Arch. Nat. Minutes des décrets. AK, iv
avaient eu héréditairement ce titre que la loi de 1791 leur avait interdit; lorsqu'il leur fut de nouveau attribué par l'empereur, le faubourg Saint-Germain les appela les comlcs refmtj^. Les titres conférés ainsi ne devenaient définitifs que par renregistrement au Sénat des lettres patentes; Chabot, n'ayant pas poursuivi cet enregistrement, ne fui pas comte de l'Empire.
Les faveurs impériales n'avaient en rien entamé l'ardente et inviolable fidélité que la duchesse de Rohan avait vouée à ses princes; tant que dura l'Empire, elle se borna à une petite guerre de dédains et d'épigrammes, qui se surveillait toutefois de façon à ne pas dépasser l'intérêt que Fouché pouvait avoir à se montrer tolérant. On sait à quel point cette opposition mondaine avait le don d'énerver l'empereur : un jour que, aux Tuileries, sortant de la chapelle, il avait aperçu, parmi ceux qui faisaient la liaie, Auguste de Chabot, il l'aborda par ces mots: « Conseillez donc à madame votre mère de tenir sa langue. » Chabot détourna l'orage en répondant avec un sourire : « Votre Majesté doit savoir que nous vivons dans un temps où les lils n'ont plus le moindre pouvoir sur leurs parents. » Ce qui aggravait les susceptibilités de l'empereur, c'est que M"" de Rohan s'était constamment refusée à comprendre les avances faites par sa cousine La Rochefoucauld, et sa belle-sœur la duchesse de Montmorency, pour qu'elle consentît à être présentée.
En décembre 1812, M. et M"'" de Chabot retournèrent en Italie. Le Saint-Père avait été trans-
férc à F(3ntaineb]eau, et c'est là qu'ils allèrent s'agenouiller à nouveau devant lui. Ils avaient du reste à lui soumettre non pas un dissentiment, mais la seule divergence de vues qui se soit élevée entre eux. Nous avons dit de quelle inébranlable fidélitéétait la foi monarchique de M""" de Chabot, et qu'elle n'admettait aucune compromission avec ce qu'elle appelait la dévolution couronnée. Elle ne s'étaitsoumise, qu'après avoir refréné ses révoltes, à l'atteinte que lui semblait comporter le titre de chambellan. Ce voyage d'Italie allait leur faire retrouve!' leurs alliés, les Borghèse impériaux, à Uome; et, à Xaples, les Murât, que Chabot avait connus grands-ducs de Bcrg ; se laisser attirer à leur cour, n'était-ce pas manquer à ce sentiment de fidélitt' qui, [)our M'"' de Chai)ot, était un devoir et une vertu.
Le pa[)e indiqua, avec son inilexil)le douceur, ce qui lui semblait la solution : Chabot devait exactement s'acquitter de ce qui, dans la situation qu'il avait dû subir, s'imposait strictement à lui ; quant à M'"" do Cihabot, pour qui le voyage de Uome n'était qu'un pieiLx pèlerinage, persouiie ne pouvait s'étonner ([u'elle se dérobât aux exigences de son rang, à la condition qu'elle ne fît aucune exception à son incognito. Cette sentence arbitrale fut aussi respectueusement accept('e (jue r(.'ligieu sèment exécutée. L'empereur se montra, dans cette circonstance, plus endurant pour son chambellan qu'il no l'avait été, six mois auparavant, pour Matthieu de Montmorency et M""' Hecamier qui, tous deux, avaient été exilés pour avoir
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enfreint l'interdit qui avait frappé (^oppet et avoir passé vingt-quatre heures.
Les Chabot s'arrêtèrent à Lyon pour exprimer leurs sympathies à un autre malheur, celui de leur cousine, la duchesse de Chevreuse. Pour obtenir la restitution de leur immense fortune, le duc de Luynes avait consenti à être sénateur, et sa bru. Madame de Chevreuse, à accepter une place de dame du palais de Timpératrice. Mais, habituée à exercer sur son monde un empire que ses caprices ne purent jamais lasser, la duchesse ne subissait qu'en frémissant la contrainte de son servage, et elle s'en vengeait en faisant peser sur la nouvelle cour ses airs de déesse sur les nuées. Pour prendre à son tour sa revanche, lorsque la famille royale d'Espagne arriva à Fontainebleau, l'empereur attacha la duchesse au servif^c de hi reine. En apprenant à quel poste on la destinait, M'"' de Chevreuse avait dit qu'elle pouvait bien être prisonnière, mais qu'elle ne serait jamais geôlière. L'empereur répondit à la lierté de ce i-efus en exilant la duchesse à quarante lieues de Paris.
Lorsque, en décembre 1<S12, les Chabot retrouvèrent leur cousine a Lyon, elle s'y était échouée après avoir, depuis quatre ans, traîné son exil, qui la torturait, dans vingt résidences, sans se lixer dans aucune, et mourant du mal de Paris et de cet exil. Le lien qui rattachait son mari à l'empire s'aggrava pour M"' de Chabot par ces persécutions aussi mesquines dans leur principe qu'odieuses dans leurs [)rocédés, qui avaient
frappé, autour d'elle, M""- de Staël et Récamier, ainsi que ses parents, Matthieu de Montmorency et la duchesse de Chevreuse.
Cet exil avait conduit M'"" Récamier à Rome d'où, à peine arrivée, elle écrivait à Camille Jor- (hin:
<■ l'.oiii.-, 21 avril 1812.
« .. Je n'ai acc(?pté aucune des invitations qui me venaient de tous côtés, parce que j'étais encore souffrante, mais je me trouve en relations de visite avec tout le monde. J'ai vu Werner, (jue vous connaissez ; il s'est fait catholique et me parait dans la plus haute exaltation religieuse. J'ai vu aussi M. de Chabot, ami de Matthieu, un jeune homme aimable et bon, passant aussi sa vie dans les ég:lises. Voilà les heureux du siècle ' . »
M""" Récamier, après ses succès de l)eauté, avait compris que le dernier moyen de paraître belle était de ne plus y prétendre tout en restant attentive aux hommages. Elle disait à une de ses amies: « Ah ! ma chère, du moment où j'ai vu que les petits savoyards, dans la rue, ne se retournaient plus, j'ai comprisque tout (Hait Uni. » Il est à supposer que Chabot avait fait comme les petits savoyards, qu'il ne s'était pas retourné, car la belle Juliette semble avoir voulu le lui faire expier par le portrait qu'elle nous trac(î de lui d'une malice
1. Sourcil irs et correspondance lires des papiers de Madame Hcca/iiier, \. I, p. 19a.
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aigre-douce, nous le montrant, comme un jeune Eliacin, bornant son bonheur à courir les églises.
On trouve encore, dans cette lettre, une autre indication, celle de la rigoureuse observation de la sentence du pape : M"' Récamier ne fait pas la moindre allusion à la présence de M"" de Chabot à Home; il n'est pas davantage question d'elle dans le portraitci-après,queM"'' Lenormanttracede Chabot dans les Souvenirs : « M. de Chabot ai-riva à lîome vers le commencement de l'hiver, et fut bienlùlau nombre des visiteurs les plus assidus de sa belle compatriote. M. de Chabot était chambellan de l'empereur, et c'était encore un des grands seigneurs ralliés par prudence au gouvernement de Bonaparte. Il était dans toute la fleur de la jeunesse, et avait, en dépit d'une nuance de fatuité, la plus charmante, la plus délicate, je dirais presque la plus virginale ligure qui se pût voir. La tournure de M. de Chabot était parfaitement élégante, il était pâle, sa voix avait une grande douceur. Il avait j)eu d'esprit (assun-ment, un homme qui n'a pas été amoureux de la divine .luliettel); mais, quoique dépourvu d'instruction, il avait le don des langues; il en saisissait vite et presque musicalement non point le génie, mais l'accent'. j>
On engageait fort M"" Récamier à compléter son voyage par un séjour à Xaplcs; elle en avait bien le désir, mais elle hésitait encore et se demandait quel accueil elle recevi-ait des souverains de ce beau pays, le roi Joachim et la reine Caroline