‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 22 sur 107 · Souvenirs el Correspondance, {. I, p. 2,'i · texte numérisé non relu

Souvenirs el Correspondance, {. I, p. 2,'i

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(M. et M"" Miirat), qu'elle avait connus avant leur élévation au Irùne, et chez lesquels elle arrivait exilée. Pour sortir de celte incertitude, elle écrivit à M. de Chabot qui l'avait précédée à Naples, et en reçut la réponse suivante:

« Naples, 22 novembre 1813.

« Je me hâte de répondre à la lettre que j'ai reçue de vous, hier, Madame, et je suis enchanté de voir que vous vous décidez enfin à voir Naples. Soyez sûre que c'est la raison qui vous a inspiré cette pensée. J'ai fait part, sur-le-champ, au roi de votre détermination; les ordres doivent être déjà donnés, sur la route, pour que vous y trouviez les escortes, si vous en aviez besoin. Mais on assure que les chemins sont très sûrs en ce moment.

i< Ma lettre, que je fais partir par estafette, vous arrivera demain mardi; je vous attends ici jeudi, à l'hôtel de la Grande-Bretagne, chez Magali. Songez, Madame, que, le roi étant prévenu de votre arrivée prochaine, il y aurait mauvaise grâce à reculer, et, d'ailleurs, on dit que le roi part dans les premiers jours de décembre.

(( J'eusse été capable de retarder mon départ pour vous voir ; mais mon projet n"a jamais été de partir avant le G ou le 8 décembre. Je vous engage, pour éviter lennui des auberges, à passer une nuit; alors il faudrait partir de Rome à sept heures du matin.

u Si j'osais, je vous prif^rais d'envoyer votre laquais porter le mol ci-joint, à Kome, place des

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Saints-Apôtres (c'était Tadresse de M"" de Chabot). Je remercie votre aimalde secrétaire {la nièce de M"" Kécamier, plus tard M"' Lenormant) ; sera-t-il du voyage ' ? »

« Veuillez agréer, Madame, l'iiommage de mon dévouement et de mon attachement, l'un et l'autre bien sincères.

« Rohan-Chabot. »

M""' Récamier racontait gaiement, plus tard, ce voyage de Rome à Naples, dans lequel, sur toute la route, elle avait pris, sans s'en douter, les relais préparés pour le duc d'Otrante, Au dernier des relais, dans la chambre où M""" Récamier attendait que les chevaux fussent attelés, un homme fit irruption, c'était Fouché. Aux reproches qu'il lui adressa, elle répondit par des explications où perçait quelque chose des sentiments qu'elle refrénait par respect pour elle-même.

M""' Lenormant dit encore : « Le nom, le rang de M. de Chabot l'avait fait accueillir à la cour de Naples avec beaucoup de distinction ; ses agréments personnels lui valurent d'être particulièrement remarqué par la reine ; mais il ne profita de cet avantage que dans une mesure très innocente : la piété, qui a couronné la lin de sa vie, était déjà chez lui vive et sincère. »

Tout le monde est d'accord sur l'impression que

1. En parlant couramment de son laquais ù M""' Récamier, Chabot semble ignorer les revers de fortune qui lavaient réduite à n'avoir auprès d'elle, à Rome, qu'une femme de chambre. Nous

trouverons, dans quelques années, cette femme de chambre à Chabot, devenu prêtre, se dévouera avec un zèle d'apidre.

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Chabot avait laissée à la reine Caroline; en femme experte qu'elle était, elle aurait été curieuse dentendre comment pouvaitdirey^* vous aime un homme que la crainte de l'enfer ne retenait pas de laisser parler son cœur. Quant à Chabot, si sincèrement pieux et royaliste qu'il eût été, il ne pouvait se défendre de la gratitude un peu troublante qu'une si flatteuse distinction était de nature à inspirer, et cette gratitude il l'exprimait en mettant aux pieds de lareine, et en courtisan des plus grandes traditions, les hommages qui se rendaient aux Majestés héréditaires.

(' La reine, dira Lamartine, traitait Chabot avec une prédilection marquée, qui promettait une amitié de reine, si le futur cardinal avait vu dans les plus belles femmes autre chose que la déleo talion du regard '. » Lamartine avait le cœur trop droit et il avait trop sincèrement aimé pour ressentir le moindre sentiment d'envie à voir un autre lui être préféré. Il n'en était pas de même de M. de Chateaubriand ; sentant qu'on ne rendait plus hommage qu'à son génie, et que, Jupiter vieilli, il n'aurait plus de victimes àdévorer,il considérait comme un ennemi celui à qui s'a jeunesse et sa séduction valaient un sourire. Chabot en fera l'expérience.

(( Le roi et la reine, dit enlin M""* Lenormant, invitèrent les ambassadeurs des diverses puissances et quelques étrangers de distinction à uiîe visite à Pomp(''i, suivie d'un royal déjeuner dans les

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