Bviii face-Louis-André de Castellane. p. 20'J
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(Hait implacable à les cliàtier d'une défaillance et d'une maladresse par un de. ces traits qui marquait la victime et ne s'oui)liait plus. C'est chez elle que fut organisée celte campagne forcenée contre la dissolution de la Cliambre introuvable; c'est là quêtait l'arsenal de ces propositions ultraroyalistes et vraiment révolutionnaires, qui tendaient à tout remettre en question, les idées et les intérêts modernes ; à constituer la société entière à l'état de suspicion.
La duchesse de rsarbonne, petite, laide, bossue, poussait la passion contre-révolutionnaire jusqu'à réclamer qu'on rétablisse les anciens supplices. Son salon aurait été intenable s'il n'avait été éclairé du sourire et de l'exquise bonne grâce de la duchesse de Maillé.
'> Ma cousine de Clermont, disait M. de Chateaubriand à M. de Marcellus, a vm cercle de deux ou trois affidés, de véritables énergumènes qui chassent de chez elle tous les hommes sensés ; MM""' de Montcalm et de Duras, au contraire, tiennent une cour qu'elles dirigent et qui les aime. »
Citons enfin le salon de la jolie M™*' Moreau, qui venait de recevoir, par une faveur qui était le plus indécent des défis, le titre de maréchale, parce que le général, son mari, avait été tué par un boulet français dans l'état-major de l'empereur Alexandre. Naturellement elle était entourée des ultras les plus emportés; naturellement encore elle criait à la trahison à la nioindri» velléité de lassitude ou de défaillance.
(.e roi Louis XVIll avait fort à faire pour câliner
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l'ardeur de si fanatiques sujettes; il lui arriva, à plusieurs reprises, de leur en dire son sentiment; il le faisait avec une mesure courtoise et avec un sourire qui était démenti par un regard d'ordinaire sévère jusqu'à la dureté. Celle de ces dames à qui il passait le plus voloutiers ses algarades était M"' de Rohan, qui le désarmait par son espril. 11 la désignait, quand il recevait im souverain, pour faire son wisth.
Nous avons assez dit les excès et les aveuglements pour que nous nous reposions le cœur à contempler ces nobles figures qui apparaissent dans le lointain comme les bons génies, malheureusement trop peu écoutés, de la Restauration.
En opposition au cercle des ultras se dressait celui des doctrinaires, qui s'étendait de M. Royer- Collard, — en passant par les salons de MM. de Rroglie, Guizot, de Rarante, Mole, — pour aller jusqu'à M. de Sainte-Aulaire. Entre ces deux cercles, il y avait divorce obstiné, complet; ils étaient séparés par des préventions et une morgue réciproques. Deux grandes dames, de caractères différents, mais d'égal élévation d'esprit, s'étaient donné la mission de parvenir aune alliance de la légitimité et de la liberté, à un compromis avec les anciennes races et les puissances nouvelle»; ces grandes dames étaient la marquise de Montcalm et la duchesse de iJuras.
M""" de Montcalm était Richelieu ; lors de la Terreur^ elle avait accompagné son frère en Russie et, comme lui, elle était restée française de cœur en émigration. A lavoir on la devinait de grande
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race : elle avait le front haut et fier, et, semblait-il, fait pour le diadème; la démarche révélait noblesse et dignité, mais plutôt le force que la grâce. L'œil ne savait feindre ni voiler la pensée et, dans une juste colère, était capable de flammes. Tout ce qui ressemblait de près ou de loin à de Tastuce la révoltait. Les défections, dont le parti ultra avait payé l'admirable dévoûment de son frère, l'avaient ulcérée, aussi M™" de Duras écrivait-elle a son amie Swetchine : «. M"" de Montcalm a été malade, elle est mieux, mais la politique la dévore, c'est son vautour. » Le pli que les perfidies de cette politique lui avaient imprimé au ca^nr et au front faisait que son abord était souvent glacial pour les nouveaux venus; M™" de Duras, elle-même, avouait qu'elle était parvenue à désarmer sa malveillance, mais que personne ne l'avait crainte plus qu'elle. Toutefois, lorsqu'on avait désaruK', non pas sa malveillance, — ellen'enpouvaitéj)rouver, — mais sa hautaine réserve, on était bien vile gagné parcelle nature si loyale, si généreuse, si inépuisablement bonne. L'égale de son frère par le caractère, elle lui était supérieure par l'intelligence; c'est à la fermeté d'une telle àme que M. de Ilichelieu avait dû de soutenir vaillammenl son œuvre de conciliation, de se résigner aux spoliations révolutionnaires au point qu'il pût se donner en exemple à ceux qui réclamaient des mesures d'expropriation contre les détenteurs de biens nationaux. Elle dissimulait son vautour à son frère, pour qu'il ne fléchisse pas dans la lulle, à ses amis pour qu'ils soutiennent sans défaillance le bon combat, M"" Swet-
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chine écrivait (VcUr à M"' de \ irieu, au sujel de la mort du duc de Hicliolieu : n Cotte malheureuse femme n'a échappi' à aucun malheur possihle. Sou Ame est un mod«de de force et de courage ^ >>
M"" de Duras, dans un milieu aussi littéraire que politique, et gardant comme un reflet de la gloire de M"' de Staël et de Chaleauhriand, uroupait autour d'elle tous ceux qui, résolument attachés au principe de la Hestauralion, essayaient de la modérer et devenaient son appui et son honneur: ceux enfin qui, ainsi qu'on le disait alors, voulaient monarchiser la nation et nationaliser la monarchie. Si de hien des cotés ou luttait pour parvenir à cette œuvre de conciliation, on y parvenait chez M"" (le Duras par le seul ascendant dune grande existence et d'un esprit orné, qui joignaient à une atl'ahilité aristocratique et à Fintelligence de tous les progrès, une autorité qui faisait de sonapprohation un litre. De cette lutte, où s'accusait ailleui's l'elfort, -on ne sentait ici que la grâce.
Ce salon, le plus largement ouvert de tous ceux que nous avons traversés, irritait, par son éclat à la fois aristocratique et lihéral, certains cercles fanatiques, qui croyaient prendre une revanche contre ceuxquony rencontrait: M.M. JNlolé, Cuvior, de Broglie, Yillemain, de Barante, en les appelant (/es espf'fes di- gens. L'envie et la haine allèrent plus loin et se livrèrent à une guerre de bons mots qui ne relevaient en rien de la tradition française. Qu'on en juge : il n'y avait pas eu, dans la vie de