‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 32 sur 107 · Boniface-Louis-André de CasfeUane, p · texte numérisé non relu

Boniface-Louis-André de CasfeUane, p

membres des chambres en uniforme ; le corbillard était fort beau, six chevaux le conduisaient. Les cent gardes étaient sous les armes dans leur hôtel ; un fort détachement de la garde nationale ouvrait la marche ; ensuite un détachement pareil de grenadiers de la garde royale ; puis nos gardes qui entouraient le cercueil. Beaucoup de prêtres, de pauvres, de tambours couverts de crrpes. Le cortège entier, malgré le froid, a suivi, à pied et nutète, parle quai jusqu'à Saint-Germain-LAuxerrois. L'Ej^lise était tendue entièrement en noir avec le> armoiries. C'est Tabbé de Bombelle qui a dit la messe. L'office a duré une benre : c'était très pompeux '. »

L'éloge funèbre de M. de Rohan fut prononcé par son ami le duc de Choiseul, à la (Ihambre des Pairs; l'impression en fut ordonnée. J'ai eu quelque peine à retrouver ce discours. — qui n'est pas au Moniteur, mais dans les annexes aux procès-verbaux de la Chambre des Pairs, — et je n'ai pas été pavé de mes peines. Il est surprenant que. ayant été l'ami de M. de llohan, le duc de (Choiseul ait pu parler de lui pendant vingt minutes sans sortir des plus fades Ijanalités, ni trouver un trait qui marque cette rare figure de grand seigneur.

Le prince de Léon devenait duc de Rohan et succédait à son père dans sa dignité de pair de France; son frère Fernand sera désormais prince de Léon.

Nous avons dit ce qu'était le duc de Rohan

\. A. de Castellane, p, 203 et 20 i,

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comme homme privé, cétail faire pressentir ce qu'il était pour sa famille. Entre lui et M""' de Rolian. la commnnaulé de sentiments et de vertus avait cimenté l'union la plus ]jrofonde,et la séparation fut un déchirement tel pour la veuve que sa santé en fut irrémédiablement éhranlée. Sur le conseil de ses médecins et sur l'insistance de sa famille, elle se décida à partir pour Saint-Sauveur. Le mariae:e prochain du duc de Berry allait comporter des fêtes oii M. de Rohan aurait eu la place que lui assignaient son nom et sa charge; la duchesse avait hâte d'échapper aux douloureuses impressions que l'écho de ces fêtes lui apporterait. Elle partit, le 6 juin, accompagnée de son fils, le nouveau duc de Rohan, de ses lilles et du fidèle Laperche.

M"*" de Rohan s'était imposé l'ohligation de consigner, chaque soir, dans une sorte de collaboration avec son lils, ses impressions de la journée, pour en conserver le souvenir à sa famille. J'ai pu, en parcourant ce journal, — grâce à une conliance qui a été pour moi une rare distinction. — j ai pu pénétrer dans l'intimité de ce noble esprit, goûter le charme de ces qualités de fraîcheur, de délicatesse; cette limpidité dans l'émotion, ces nuances adoucies et reposées qui sont comme les derniers reflets d'une société aujourd'hui disparue. Une telle œuvre pourrait devenir l'ornement de cette littérature à laquelle son auteur était si loin de penser.

Nous avouerons toutefois n'avoir pas ouvert ce rnanuscrit sans une cerlaine api)réhension : M™" de

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Rohan traversait le Midi au moment oi^i il était sillonné par les horreurs qu'avait déchaînées la Terreur blanclie. Toutes les villes qu'elle visitait : Avignon, Nimes, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, voyaient les cours prévotales prononcer, sur des défenses qui osaient à peine élever la voix, des peines capitales qui étaient suivies de massacres ; je craignais que, cédant à laccès de tièvre politique qui sévissait autour (relie, il ne lui échappât, comme à M'^^' de Sévig^né sur les pendaisons de Bretagne, un mot malheureux. Eh bien! non; il n'y avait plus de place, dans ce cœur déchiré, jiour un sontimeni de haine, et c'est à peine si, à deux reprises, sur cette longue route, toute semée des jalons de la guerre civile, elle semble céder, p;ir une sim|)h' réllexion, aux passions de son parti.

A Tarare, sa chaise de {)oste se croise avec celle de la duchesse de Berry, (|ni la lait |)révenir du désir qu'elle a d(^ la voir, et, aux lémoignages de profonde sympathie [xmi- son malheur que la princesse exprime à sa cousine, eeUe-ci ne peul répondre que par des sanglots. Partout où elle s'arrête, l'explosion des sentiments d'atlachemenl pour le roi lui vont au co iir : <■ Le témoignage de l'amour ([ue l'on porte à nos princes "chéris et à leur race, écrit-elle, peuvent seuls faire diversion à ma profonde douleui'. -> On croirait que, chez elle, la plus grande dame de France a disparu pour ne laisser subsister (jue la veuve. IMus trace, en elfet, dans ces notes, de préoccupations de ce qui est dû à son rang. I''lle retrouve, à Toulouse, une

M"* de Gange, qu'elle a connue en émigration. «Elle a bien, vouiii^êcni-elie^ se soiivejii?' de moi. » M""" Rosséguier, soulïrante, ne peut pas la recevoir, mais elle veut bien lui faire dire par ses filles combien elle regrettait de ne pas la voir. Ce sont encore les autorités de Saint-Sauveur qui lui apportent des témoignages de bienveillante gratitude pour la peine quelle a prise de faire, pour les pauvres, une quête qui avait réussi. Elle ne se souvient pas davantage des divergences politiques qui avaient autrefois tant de prise sur elle; il suffit quon puisse se réclamer dune ancienne liaison avec M. de Rolian pour que loii soit cordialement accueilli par elle. C'est à ce titre qu'elle voit tous les soirs, à Saint-Sauveur, deux anciens serviteurs de l'empire, qui sont restés d'incorrigibles libéraux, MM. de Monlesquiou et Mole. C'est encore une bien douce consolation mêlée de fierté qu'elle éprouve quand, de toutes parts, on lui répète que son fils aîné est la vivante image du feu duc.

Nous avons dit que, dans cette période, elle n'avait cédé qu'en deux rencontres aux passions de son parti. A Castelnaudary, elle traverse la plaine oià son ancêtre, le duc de Montmorency, a été battu et fait prisonnier. A Toulouse, elle retrouvera la cour de l'hôtel de ville, oià il a été décapité ; et, à Moulins, le magnifique tombeau que sa veuve désespérée lui a fait élever dans l'église du couvent oii, après son malheur, elle s'était enfermée. « Quoique coupable sansdoute, dira M'^MeRohan. puisqu'il avait porté les armes contre son roi, il serait cependant injuste de le confondre avec ceux

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de ce temps-ci, qui n'inspirent que 1 horreni' et le plus profond mépris, tandis qu'il inspira, lui, le plus vif intérêt à toute la France, qui demandait à grands cris sa grâce. » Montmorency, l'un des derniers sectateurs de l'anarchie féodale, pour servir l'ambition de cet indigne duc d'Orléans — qui reporte la pensée à IMiilippe-Egalité, — Montmorency s'était mis en révolte contre l'autorité royale, et Richelieud'avait impitoyablement, mais justement frappé. Je reconnais avec M""" de Uohan qu'il ne saurait être confondu avec ceux que frappera à son iouv la. Terreur hlanche et dont tout le crime était d'avoir senti frémir en eux la fibre nationale et qui ne s'étaient ralliés à l'empereur que pour repousser, de toute leur énergie, l'étranger que d'autres appelaient de leurs vœux. Quelques jours après, elle écrira de nouveau : « Nous passâmes à Urgon, lieu assez fameux par la terreur panique qu'eut Bonaparte, à son premier départ de France, et d'où il ne serait pas sorti sain et sauf sans le déguisement dont il s'atTubla et le courage, assez mal employé, d'un de ses officiers qui l'accompagnait, auquel il dut la vie et nous tous nos malheurs. » Le fanatisme politique n'y va pas par quatre chemins : le retour de l'île d'Elbe ayant été un crime, pourquoi n'aurait-il pas été prévenu par un simple assassinat?

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