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ces froissements qui Talteignaient dans son intégrité, les fréquentes apparitions, au ministère des Affaires étrangères, de la fort jolie M'"" C..., qui y était très fêtée, et Ton comprendra le besoin qu'éprouva l'amie, négligée et en quelque sorte outragée, de s'exiler pour un temps. Elle était partie si découragée qu'elle laissera sans réponse les six premières lettres dont la poursuivra INI. de Chateaubriand, et ce n'est qu'à la septième qu'elle répondra en lui disant froidement Monsieur. Son émigration durera dix-huit mois et elle ne l'interrompra même pas lors de la destitution de M. de Chateaubriand ; elle savait cependant qu'elle seule aurait pu détourner la crise, ou serait tout au moins parvenue à modérer l'àpreté qu'il porta dans sa vengeance et qui eut pour la Restauration des conséquenses si désastreuses. Aux lettres qu'on lui écrivait alors pour qu'elle revînt : « Si je retournais à présent à Paris, répondait-elle, j'y retrouverais les agitations qui m'ont fait partir. Si M. de Chateaubriand était mal pour moi j'en aurais un vif chagrin, et s'il était bien j'en éprouverais un trouble que je suis résolue à éviter. » La précieuse recrue qu'était M™" Récamier, pour le clan français à Rome, est annoncée à M""" de Montcalm par son amie Swetchine. Nous venons de voir en quels termes défectueux elle avait jugé une première fois Rohan ; ce sera dans une langue autrement ironique et finement acérée, que cette femme, qui n'avait eu ni jeunesse, ni beauté, parlera de l'incorrigible enchanteresse : « Le duc de Laval est de tout ici ; M"' Récamier n'est de rien.
et paraît préférer sincèrement la vie retirée. Je ne crois pas qii"elleait visé à Tetlet, c'est heureux: sa beauté et sa célébrité étant sur le déclin, les débris ne font guère de sensation dans un pavs de ruines. » 11 y a là presqu'une injustice: en quelque lieu qu'elle fût, il nélait possible à M"" Récamier de n'être rien. Elle était à Rome, en raison de ses revers de fortune, très modestement installée ; mais son salon n'en était pas moins devenu immédiatement le point de réunion de tout ce qui passait de Français et d'étrangers de distinction. M"" Swetchine elle-même, qui se laissait volontiers aller à l'impétuosité de ses premières impressions, en l'evenait ensuite de très bonne foi. Quelques semaines après cette lettre sévère à son amie Montcalni, elle écrivait à M""" Récamier elle-même: « Je me suis sentie liée avant do songer à m'en défendre; j'ai cédé à ce charme pénéti'ant, indéfinissable, qui vousassujétit même ceux dont vous ne vous souciez pas. Quand on vous a quittée, on se demande comment on peut s'appauvrir à ce point de ce qu'on ne possédait pas hier. »
Bien que M"' Récamier abandonnât au salon de M"'' Swetchine les dissertations sur les Pères et les conciles, on se livrait parfois, dans le sien, à des discussions théologiques. Etienne Delécluze, dfins ses Souvenirs de soixante années, se fait l'écho d'une de ses discussions à laquelle assistait l'abbé de Rohan et qu'il ne se rappelait pas sans en sourire. " Faible de santé, lourd dans ses mouvements, Ballanche, écrit Delécluze, avait la tête et particulièrement le visage concassés comme s'ils eussent
reçus deux ou trois coups de pilon dans un mortier... Chaque jour, après son travail, il arrivait régulièrement chez M""" Récamier, vers trois heures du soir, et, après lui avoir fait affectueusement ses politesses, allait s'établir devant la cheminée, oîi il restait immobile comme un sphinx égyptien. Les allées et venues des personnes de la maison, les visites. l'ien ne le tirait de son calme, à moins que quelques paroles, malsonnantes a son oreille, ne vinssent, comme une étincelle électrique, enflammer son cerveau. Entre plusieurs explosions de ce genre, il en estune qui a longtemps égayé le petit cercle de la rue dcl Babuino. Après un très bon dîner chez M"' la duchesse de Devonshire, Ampère et Ballanche, qui y avaient assisté, revinrent, vers dix heures du soir, chez M"" Récamier, oii se trouvaient le duc de Laval, lord Kinnaird, le duc-abbé de Rohan, Moutbel et moi. Le travail littéraire dont s'occupait Ballanche, en ce moment, lui faisait diriger ses lectures sur les ouvrages de Bossuet, et, comme le dîner de la duchesse lui avait délié la langue, il laissa échapper sur le grand évêque quehjues paroles dédaigneuses, qui furent relevées aussitôt par M™' Récamier et le duc de Rohan. Mais Ballanche, relevant la tête et prenant un ton d'autorité, commença une diatribe fulminante, en motivant, comme il l'entendait, les reproches qu'il faisait à Bossuet, et, s'échauflant toujours davantage, il arriva enfin à sa péroraison en disant, comme s'il avait été hors de lui : <■<■ Qu'on ne me parle plus des vertus et des talents de Bossuet; d'un homme qui a osé dire
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que Dieu n'a pas révélé le doa^rae de l'immortalité de l'àme aux Juifs, parce qu'ils n'étaient pas dignes de recevoir cette vérité I (les mots, ajouta-t-il, en devenant presque faril)ond, et marchant a grand pas, ces mots le rendent digne du feu, et les cinquante mille bûches de l'Inquisition ne suffiraient pas pour le rôtir! » Puis s'arrêtant tout à coup : «- 11 y aurait là cinquante mille fenêtres que je m'en précipiterais d'un coup, en témoignage de ce que j'avance. » l']n laissant échapper ces dernières paroles, il appuyait la main tantôt sur l'épaule de M. de Laval, tantôt sur celle de lord Kinnaird et du duc de llohan, qui, ainsi que les autres assistants, ne pouvaient se tenir de rire, hilarité à laquelle le bon Ballanche se laissa bientôt aller lui-môme'. »
Nous avons fait précédemment allusion à une femme de chambre qui composait tout le personnel de M""' Récamier et nous avons dit que, à Rome, l'abbé de Rohan avait eu l'occasion de se dévouer à elle. Nous donnons le récit que M"" Lenormant fait de cet incident. « L'arrivée de M"' Récamier à Rome fut troublée, dans les premiers temps, par une maladie de la femme de chambre qui l'accomjiagnait. Un moment le danger avait paru s'éloigner, mais une rechute vint peu de jours après bi mettre dans le plus pressant danger. Elle
1. Un de mes amis, qui sait son Bossuct, m'indique le passage auquel fait allusion Bnllanche; il se trouve au chapitre xix (il" partie) du Discours si/r l'Histoire Universelle. « Lisez-le. me dit-il, et TOUS verrez qu'il fallait avoir amplement dinc chez une ducliesse aii^laise et avoir bu, — comme on y boit au dessert, les dames s'élant retirées, — pour trouver là de quoi crier aussi fort que l'a fait Ballanche. »
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était Suissesse pi-oleblanle. mariée à un Français catholique, dont les enfants étaient également catholiques. L'état désespéré dans lequel se trouvait la pauvre femme, à laquelle M*"" Récamier était fort attachée, excita un vif intérêt dans la société étrangère et particulièrement dans la société française de passage à Rome.
« Le duc de Rohan, que dix ans auparavant M"" Récamier avait rencontré à Rome, chambellan de l'empereur, jeune, charmant et peut-être un peu frivole, devenu veuf par suite d'un horible accident, se trouvait à nouveau dans la capitale du monde chrétien, et il était prêtre. Il vint voir ^Nl"' Récamier, lui exprima une compassion sincère pour la pauvre malade et demanda à la voir. Elle avait toute sa connaissance; on lui fit part du désir de l'abbé de Rohan de causer avec elle, elle consentit à cet entretien avec empressement. Il lui parla longtemps avec une charité vive ; la grâce la toucha sans doute, car elle voulut, après avoir entendu l'abbé-duc, abjurer entre ses mains et mourir, disait-elle, dans la religion de son mari et de ses enfants. Après son abjuration, elle se trouva mieux, et Dieu lui lit la grâce de guérir et de vivre catholique ^ »
Comme M"" Récamier avait recouru au ministère de l'abbé de Roban, M'"*" Swetchine y recourut à son tour. L'inclination du jeune Raymond de Ségur n'ayant pas été découragée par l'absence
1. M'"" Lenonnant. Souvenus et Correspondance lues des papiers de M"" hécumier,X. II, p.ii" et 58.
de M"* Straéline, les Ségiir renoncèrent à persister dans leur opposition et, le mariage ayant été résolu, on fit appel à M. de Rohan qui donna aux époux la bénédiction nuptiale'. Les relations n'en continuèrent pas moins à être tendues entre les Ségur et M""" Swetchine, et, pour amener un rapprochement, il ne fallut rien moins qu'un malheur : la mort de M*"" Nadine. En août 1836, M""' Swetchine écrivait à M. de Germiny :
« J'ai eu le chagrin de perdre, sans la revoir, une jeune femme que nous avions élevée et mariée en France, M"" Raymond de Ségur. Elle vient d'être enlevée à la plus pleine et la plus heureuse vie de femme et de mère-. >'
Nous avons dit la tyrannique domination qu'exerçait sur le Pape le cardinal Severoli. Sentant sa fin approcher, le cardinal tint à affirmer, une dernière fois et avec éclat, son pouvoir : il imposa au Saint-Père de proclamer, pour l'année 1825, l'ouverture du grand jubilé, dont il avait réglé d'avance toute la mise en oiuvre.
\. Le duc de Laval écrit, le l"^' février 182o : <. J^e l'umte Il.ivmond de Ségur vient d'arriver à Ruine, pour s'y marier avec une jeune Russe, adoptée par le général Swtcliiue, beau-1'rère du prince Gagarin. M™" la comtesse Nesseirode, femme du ministre des Affaires étrangères de Russie et intime amie de cette famille, assistera à cette cérémonie. » Pas la moindre allusion à M"'- Swetchine, ce (jui prouve que, en 1825, elle n'avait pas pris pied chez nous et n'y avait pas encore ce petit groupe de fervents admirateurs qui, plus tard, par le peu de discrétion qu'ils mettront à la célébrer, à vouloir en faire à la fois un classique et une mère de l'Eglise, ont provoqué une réaction qui, de son côté, est allée trop loin en méconnaissant ce qu'il y avait en elle de vraiment rare et distingué.
"2. En novembre tSoT. M"» Swetchine était aux Nouettes, le château des Ségur en Normandie, d'où elle écrivait : <' Je me trouve fort bien chez mes amis Ségur. »
24i LE CAKblNAL I)L llUllAN-ClIADuT
dette décision avait alarmé les royaumes frontières des Etats romains, et ces alarmes furent aggravées par la lettre encyclique (|ui accompagnait la bulle annonçant, le 17 mai. jour de l'Ascension, louverture, pour le 25 décembre, de Tannée sainte. Cette lettre, qui navait été communiquée à aucun des ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège, critiquait avec amertume la plupart des principes de droit public sur les- (juels reposaient les gouvernements de l'Europe. M. de Villèle, qui faisait, après la révocation de M. de Chateaubriand, l'intérim des Alfaires étrangères, écrivait à notre ambassadeur' : « Il est sans doute naturel que, en ouvrant Tannée sainte, le Saint-Siège s'attache à ranimer la piété des fidèles et à entourer la religion d'un nouveau lustre ; mais il eut été prudent d'éviter des publications propres à blesser une partie des gouvernements de l'Europe, et de ne |)as remettre en controverse des ({uestions qui touchent à un grand nombre d'intérêts particuliers. 11 paraît que, à Rome même, la lettre encyclique a fait sur les esprits une impression peu favorable. On croit y reconnaître l'ascendant du cardinal Severoli, chef des y.clanti. Ce prélat qui, par l'intolérance de son caractère, Texaspéralion de ses opinions, semble appartenir à d'autres temps, a pris sur la direction des affaires une inllueuce qui s'est fait sentir en plus d'une occasion. Aussi les critiques, dont celte lettre encyclique ont été l'objet, ne