AlVaires (-trang.. Home. vol. '.i.'i'J, pièce -l'-'i
LE CARDINAL DE ROMAN-CHABOT 24'o
s'élèvent-ellfis point jusqu'à la personne du Souverain Pontife, elles retombent sur le cardinal Severoli'. »
Entre l'annonce du jubilé, 17 niai, et l'ouverture de l'année sainte, '-^5 ib'cembre, il s'était produit dans les Etats romains une telle série d'assassinats, décrétés par les sociétés secrètes ; ce mouvement avait eu une telle répercussion en Allemagne et en Italie que le pape linit par partager les appréhensions de son entourage. Le 12 octobre 1S24. le chargé d'atraires, chevalier Artan(l, gérant l'ambassade pendant un congé du duc de Laval, écrivait à sa cour: « L'état dell'ervescence de l'Allemagne et de l'Italie inspire, tant au Secrétaire d'Etat (ju'au Saint- Père, de très vives inquiétudes. On commence à regretter d "avoir annoncé le jubilé, icuvre de Severoli. Je sais que le pape a dit : ^ Ils m'ont mis dans un grand embarras avec ce jubilé! » Si on va en arrière, on accusera de tout Severoli et à bon droit'. » Ce Severoli étant mort le 15 septembre, le ()ape avait repris, pour le plus grand bieu de la chrélient('. pleine possession (b^ lui-même.
I. M. de Laval en toute occasion parle du Jubilé avec une ]);u-faite convenance et avec le respect que lui inspirait le sentinieat religieux : mais il avait fiardé la marque du xvnr siècle, et ci'tte uiarr|iie se traliissail souvent dans sa conversation. A Tune de ses soirées de l'ambassade, on jiarlait <les jei/nesses de .M. de La Fayette : M. de Laval intervint et dit avec son bégaiement qui fiiisait pénétrer le trait : « M. de la Fayette a eu .M""^^ de Simiane, et .M"'° de Siinianel ce n'était pns chose facile, ne l'avait pas qui vendait. » Il mettait dans celte boutade une nuance de considération, une pointe d'envie rétroactive qui semblait tenir plus de coiuiite à La Fayette de sa con(]uèle de M""^^ de Simiane que de sa c<ioiiéralioii à toutes celles de S9.
:;. Atlaires Ktrang., Rome. vol. ;•.")!•. f" 111.
Une élude que M. Geoffroy de Grandmaison a consacrée à ce jiihilé, et qni violente les faits pour les amener à concourir à sa thèse, compte parmi les pèlerins, représentant la hante sociétiparisienne, M'"° Swetchine, Récamier et l'abbé de Rohan, qui durent assurément être des plus ardents zélateurs de l'année sainte, mais qui n'avaient pu venir à Rome en pèlerins, puisqu'ils y étaient arrivés en novembre 1823 et que l'idée du jubilé n'avait germé dans l'esprit de Severoli qu'en mars 1824. Parmi les autres pèlerins de marque, M. de Grandmaison compte les princes de Prusse et de Wurtembero:, deux luthériens ; MM. Biot et Champollion, tous deux en mission à Rome, en vue, le premier, d'expériences sur la configuration de la terre, le second d'études sur les hiéroglyphes des obélisques : on y compte enfin Raymond de Ségur, et Dieu sait si celui-là avait été appelé à Rome pour le seul désir de gagner l'indulgence plénière'.
1. Voir le Jubih' de 1825. flans la Revue la Quinzaine, numéro du 15 août 1901.
Lorsqu'il était arrivé à Rome. M. Riot. bien qu'il eût le respect profond du sentiment religieux, se tenait en dehors de toute croyance: il n'en fut pas umin? accueilli avec la bienveillance la plus paternelle par Léon Xll. et l'abbé de Roban fut chargé de l'aire les honneurs de la Ville Eternelle à son savant compatriote, .à qui il remit, de la part du Saint-Père, un magnifique reliquaire pour l'église de son village et un précieux chapelet pour M"" Riot. Ces empressements avnient un but, (]ue l'on atteignit du reste : c'était d'obtenir que M. Riot tranchât, avec sa haute autorité scientifique, ce point tant controversé de la persécution et de l'abjuration de Galilée. On ne saurait prétendre que. dans la revision de cette affaire Galilée. M. Biot n'eût pas prononcé dans sa pleine indépendance philosophique et scientifique, car ce n'est que dans ses toutes dernières années qu'il devint un catholique fervent et soumis.
LE CARDINAL DE ROHAN-CHAIiOT 247
Cette étude de M. de Grandmaison, qui est une apologie de parti pris, se trouve, sur un grand nombre de points, en contradiction avec la vérité historique. D'après elle, Léon XII, en voulant seul le jubilé, ne s'était résolu que par son esprit déterminé et son âme maîtresse d'ellemême. Severoli semble n'avoir pas existé, La France aurait donné sa pleine adhésion à cette manifestation, c témoin, dit l'auteur, cette note écrite au crayon de la main de M. de Villèle, sur le rapport de notre ambassadeur : Distinguer les dangers du jubilé : le premier consiste dans le passage des pèlerins ; dire qiCil n est pas à redouter, et que toutes les mesures de précaution que croira devoir prendre r Autriche, dans ses Etats /F Italie, seraient rues avec plaisir par la France. C'était le bon sens qui parlait », s'écrie l'auteur; et il arrête là sa citation, négligeant le second danger ([ue M. de Villèle relève dans le paragraphe suivant : « Quant au danger des expressions employées dans la bulle, la France partage les sentiments de l'Autriche ; elle a déjà fait ses représentations et repoussera tous les écrits et tous les actes qui pourraient compromettre ses droits et sa tranquillité intérieure. »
Si celait le bon sens qui parlait dans le premier paragrapbe, c'était le haut esprit politique et un sentiment d'indépendance nationale qui s'affirmaient dans le second. Mais, comme la thèse de l'auteur en aurnit été gênée, ce second paragraphe a été simplement supprimé.
L'abbé de Rohan était revenu de Lucques à
248 LE CARDINAL DE UOnAN-CHAI'.OT
Morne, en septembre, comme le lui avait prescrit le Saint-Père, (juand il lui avait dit : « J'ai des vues sur vous. »
Le cardinal de Baussel (Hait mort, le 21 juin l<S2i , et, s'il avait été appelé à choisir un successeur à son chapeau, il n'en aurait j)as désigné un autre que l'abbé de Rohan, (jui lui inspirait une tendre estime. Présentée avec insistance par le roi et agréé par le Souverain Pontife, cette candidature semblait s'imposer.
C'est ici que nous allons voir apparaître, dans la carrière de l'abbé de Rohan. ce même astre contrariant qui avait tant de fois traversé celle de son ancêtre, le grand Henri; les influences malfaisantes de cet astre ne cesseront plus, nous les retrouverons lui ramenant l'adversité, lui en faisant une continuelle leçon à chacune de ses étapes, et, lorsqu'il croira atteindre, par la pourpre romaine, le couronnement de cette carrière, il n'y parviendra qu'au milieu de ruines irrémédiables.
A la mort de M. de Baussel, .M. de Chateaubriand n'était plus ministre des Affaires étrangères depuis quinze jours, et. pour le plus grand dommage de la royauté, il avait paru non pas renvoyé, mais chassé. M. de Villèle, son implacable adversaire, qui le remplaçait par intérim, se considérait comme d'autant moins obligé à tenir les engagements pris par l'ox-ministre que celui-ci se montrait plus implacable dans ses revanches contre lui. Aussi, le 31 août, M. de Villèle écrivait-il au chevalier Artaud, o-érant l'am-
LR CARDINAL DE ROHAN-CH ABOT 249
bassado de Romo pendant un congt' ilu duc de Laval :
<( .MONSIEIR,
« La mort do M. le cardinal do Bausset a privé le Sacro-Collogc et l'Eglise de France d'un de leurs membres les plus illustres et les plus éclaires. Sans doute, le Saint-Siège va s'occuper bientôt d'une promotion dans le Sacré-Collège, qui se trouve, aujourd'hui, réduit à quarantecinq membres. 11 serait important de tout préparer pour assurer, en cotte circonstance, la nomination d'un nouveau cardinal français.
« L'Eglise lie France est intéressée à cette nomination, le roi la désire, et il a jeté les yeux sur M. le prince de Croy, archevêque de Rouen, pair et grand-aumonier de France, dans la persuasion que le pape ne pourrait pas conférer la pourpre romaine à un prélat qui en fût plus digne', »
Comment colle candidature Croy avait-elle brus- ([uement surgi? Nous allons l'expliquer : lorsque M. de Croy succéda au cardinal de Périgord dans les fonctions de grand-aumônier, à cette dignit(' était encore attribuée la présentation aux archevêchés, évêchés et autres titres. Parla création du ministère des Alfaires ecclésiastiques, le grandaumônior s'étant vu roliror. dans co droit de présentalion, la plus impoi"lante atti'ibulion de sa cliarge. on lui devait une compensation, et le cha-