‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 59 sur 107 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le ministère Martignac, renversé par une aberration du centre gauche, M. de Polignac est appelé aux affaires. — Révolle et consternation générales. — M. de Rohan concourt à la formation du ministère en désignant au roi M. Courvoisier pour les Sceaux. — L'adresse des 221. — La Chambre prorogée, puis dissoute le 16 mai. — M. Courvoisier donne sa démission le 19.

— Discours de réception de Lamartine à l'Académie française.

— Lamartine attribue à ce discours un caractère d'opposition qu'il n'a nullement, et imagine, avec M. de Rohan, une rupture qui n'a jamais eu lieu. — M. de Polignac fait désigner, par le roi, M. de Rohan pour le chapeau. — Négociations à ce sujet conduites à Rome par M. de La Ferronnays. — Refus d'une promotion de faveur par le pape, qui consent à une anticipation à une promotion de couronnes. — Impatience de M. de Polignac, résistance très nette de M. de La Ferronnays. — Acquiescement donné à la promotion par les puissances intéressées.

— Le 5 juillet, iSL de Rohan est proclamé cardinal. — Il vient à Paris pour y recevoir la barrette qu'apporte le prince Chigi.

— Résultat des élections accablant pour le ministère, qui se trouve acculé au coup d'Etat. — Ordonnances du 26 juillet. — Soulèvement par lequel le peuple de Paris y répond. — Le 28, audience du roi au duc de Rohan pour régler la remise de la barrette. — Le 21), le cardinal obligé, par des rassemblements menaçants devant son hôtel, de (juitter Paris. — Arrêté à Vaugirard par les émeutiers, sa voiture mise au pillage, ses vases sacrés profanés, il n'échappe que par miracle à la mort. Est sauvé et recueilli par Payen, de l'Institut, qui lui facilite sa retraite en Belgique, d'où il passe en Suisse. — S'Installe chez les Jésuites à Fribourg; devenu un embarras pour les Pères, il se réfugie à l'évêché.

Le minislèrc Martignac s'était donne' comme mission de prati(iiier loyalement le régime constitutionnel ; de mettre ce régime en équilibre en dépit des violences de parti ; de servir enfin les

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intérêts de la royauté plu lot que ses préjugés. A ce moment, la France était prospère, il ne lui manquait que la paix pour être puissante. Mais, cette paix, le mainlicm au pouvoir au-delà de toute limite du ministère \ illèle Tavait reudue fatalement précaire; le terrain était comme miné sous les pieds. Le ministère ne pouvait durer qu'à la condition d'avoir le concours du centre gauche ; or ce groupe, par l'obligation de résister à la politique des ultras, avait partie liée avec la gauche, et s'était comme faussé le sens politique par la longue habitude de l'opposition. Aussi, au lieu de désarmer par un système de fusion et d'oubli, par un programme de conciliation et de larges réformes, il n'eut, à l'égard de M. de Martignac, qu'un parti pris de marchandage, de mesquine taquinerie et d'injustice voulue. A propos d'une loi sur l'organisation de nos institutions administratives, loi qui édictait pour tous les conseils le principe électif et donnait pleine satisfaction au parti libéral, ce parti poussa l'aberration jusqu'à faire échec au ministère sur une misérable question de procédure. ^< On ne pouvait sacrifier, a dit l'un des chefs de ce parti, M. le duc de Broglie, on ne pouvait sacrifier plus stupidement le fond des choses à la puérilité de la forme. » Cette faute impardonnable ne fournit pas moins au roi l'occasion, guettée par lui, de se débarrasser d'un ministère qu'il subissait, pour appeler celui de ses vœux qui allait lui permettre de porter la main sur la Charte et de refaire un ancien régime à sa guise. Par une ordonnance insérée au Moniteur^ le

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S août 1829, M. de Polignac était appelé aux affaires. Cet événement était loin d'être imprévu ; depuis un an, tous les partis s'en menaçaient chaque jour, ou s'en défiaient; ce fut cependant comme une slupél'aclion et, à travers toute la France, un cri d'indignation et de détresse. Les royalistes sensés partageaient, sans exception, la révolte et la consternation générales. Pour trouver une explication à cette insanité, on disait qu'elle avait été commise sous la pression de l'étranger. Le duc de Dalberg écrivait à ce sujet : « M. de Bender, ambassadeur d'Autriche, s'est fâché, avanthier, et a dit : « On se moque en prétendant qu'il « y a là une inlluence étrangère ; l'inlluence, en « tout ceci, est. celle de Charenton, et Gharenton « est en France '. »

M. de Hohan avait coopéré à la formation de ce Cabinet, mais dans ce qu'il avait de plus sensé et de plus honorable. C'est, en effet, sur ses instances que M. Courvoisier, alors procureur général à Lyon, fut nommé ministre de la Justice. M. Courvoisier, lors de la constitution du .Ministère, se trouvait au.v eaux de Luxeuil; il avait été informé par le télégraphe et avait reru l'avis de sa nomination avec un véritable sentiment d'effroi. Il répondit qu'il demandait h rtMléchir et partait pour Paris où il mettrait aux pieds du Roi les raisons qui auraient dû empêcher de penser à lui. A son passage à Besançon, il vit M. de Rohan, lui exposa toutes les craintes que lui inspirait le

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