‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 60 sur 107 · Journal du inaréclud de Caslellane, t. III, p · texte numérisé non relu

Journal du inaréclud de Caslellane, t. III, p

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changement de ministère, et combien il se trouvait déplacé dans nne pareille combinaison. L'archevêque lui donna l'assurance que sa notoriété constitutionnelle était précisément ce qui avait déterminé M. de Polignac à se ladjoindre et que le prince espérait, par lui, désarmer les libéraux sincères. Il lui affirma, en outre, que le Roi et son ministre, assurés de la majorité à la Cbambre, ne voyaient ni pr('texte, ni occasion à un coup d'Etat, qui était à mille lieux de leur pensée. Avant de se rendre aux Tuileries, M. Courvoisier avait vu M. Pasquier, qui lavait en haute estime, il lui avait donné l'assurance qu'il n'entrerait au ministère que dans le but de détourner le Roi de toute mesure qui conduirait à une violation de la Charte. Il exposa enfin ses objections au Roi avec une respectueuse liberté, en essayant de lui faire comprendre que la majorité qu'on lui promettait ne reposait que sur des suppositions qui, avec le ministère qu'il venait de choisir, ne se réaliseraient pas. Le Roi resta inébranlable et, faisant appel aux sentiments d'attachement de M. Courvoisier, il finit par lui donner l'ordre d'accepter les Sceaux.

M. de Rohan ne tarda pas à faire l'expérience de l'intlexibilitéqueM. Courvoisier apportaità ce qu'il considérait comme son devoir. L'archevêque, en arrivant dans son diocèse, avaitobtenu, par une mesureexorbitante,leposte de premier avocat général à Resançon à un jeune magistrat, M. Ronnechose, qu'il avait connu à la Congrcgation, il avait même été son directeur. Peu sympathique à ses collègues

qu'éloignaient un ton de suffisance, de morgue cassante, une ardente ambition et des prétentions au gentilhomme qu'il rendait constamment froissantes, M. de Bonnechose n'était pas aimé du barreau pour qui il était insultant en toute occasion. Lorsqu'il vit M. Courvoisier à la Justice, il ne douta plus de la réalisation de ses visées qui n'allaient à rien moins qu'à un posted'avocat général à Paris. Muni d'une lettre que n'avait pu lui refuser Tarchevêque, il se présenta à la Chancellerie et exposa sa requête au Garde des Sceaux. M. Courvoisier avait trop de relations avec Besançon pour ignorer combien peu de sympathies s'y était conciliées le jeune de Bonnechose, mais il se fit une oblisation de l'oublier. Il se contenta de lui mettre sous les yeux, en regard de son dossier, nombre de ceux de magistrats qui avaient de très anciens services, la plus incontestable valeur, et àquil'on se trouvaitdans l'impossibilité d'accorder un poste équivalent à celui qu'il réclamait, lui, au début dune carrière où il avait été comblé.

Il n'y avait pas à insister. — M. de Bonnechose rentra à Besançon, estimant que le sort d'une monarchie, servie par des ministres d'esprit si étroit, était bien compromis '.

En mars 1830, .M. de Bohan était appelé à Paris

1. Un trait qui achève de peindre le caractère de M. de Bonnechose, c'est la disposition de son testament par laquelle, cardiQal-arciievè(iue de Rouen, il a prévu, jusque dans le moindre détail, le moniimenl que la irratilude de ses diocésains ne manquerait pas d'èlevL'r à sa mémoire. C'est assurément pour ne pas émettre un doute injurieux sur cette gratitude que. dans ce même testament, Son Emiuence a omis de contribuer, pour si peu que ce l'ut, à l'érection de ce monument.

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par M. de Polignac et il y arrivait en pleine crise j)olitiqiie. La session législative venait de s'ouvrir et la Chambre, dans la discussion de l'adressse, avait voté le fameux paragraphe 10, à la majorité de 221. Là encore, M. Courvoisier avait fait preuve de haut esprit politique. Il ne conleslail pas à la Chambre le droit de refuser sa conliance au Ministère, mais il voyait, dans les tei-mes du paragraphe de la Commission, refusant son concours au Hoi, un outrage qui entraînerait fatalement le gouvernement à desmesures irrénK'diables. Ce fut lui qui inspira à son ami Lorgeril cet amendement, qui substituait un refus de confiance au l'efus de concours, et dans des termes dont la modération laissait ouverture à une transaction. Cet amendement, combattu ardemment, à droite et à gauche, par deux orateurs qui montaient pour la ))remière fois à cette tribune dont ils devaient être l'honneur, Berryer et Guizot, cet amendement n'eut pas même les honneurs du scrutin. Plus tard les sincères libéraux, qui avaient commis plus qu'une faute en repoussant aveuglement cette transaction, en demanderont pardon à Dieu et aux hommes, reconnaissant que, par là, ils avaient réduitle Roi à choisir entre son ministre etlaChambre, et acculé le pays à une révolution.

Le 18 mars, en etïet, l'adresse était présentée au Roi; le 19, la session était proroguée au 1" septembre, et, le 16 mai, la Chambre était dissoute. Les deux mois, qui avaient séparé la prorogation de la dissolution, avaient été employés par M. Courvoisier à des luttes incessantes avec ses collègues

et av'ec le Roi pour les détourner de ce recours à des élections dont il prévoyait avec certitude le péril. Lorsque, en dépit de ces avertissements, la mesure fut édictée, il ne lui restait qu'à i-emettre les Sceaux au Roi ; c'est ce qu'il lit le 19 mai.

En sortant du château il venait trouver .M. de Rohan et lui exposer les motifs de sa retraite. Prévoyant le caractère d'opposition tranchée qu'auraient les élections, il ne voulait pas que le Roi s'illusionnât en attrihiiant cet échec au défaut de cohésion de son Gahinet, et il voulait encore moins d'une responsahilité quelconque dans les coups de force auxquels en sérail réduit le Roi, s'il refusait de se rendre à l'évidence. Sa Majesté, du resle qui savait que sou ministre ne se séparait d'elle que pour ohéir à sa conscience, l'avait comblé, dans sa reiraite. des marques de son estime et de sa bienveillance.

M. de Rohan ne pouvait se montrer plus rovalisteque le Roi, et, s'il regrettait M. Courvoisier pour le service de la monarchie, nous verrons que, à cette retraite, il n'avait personnellement rien à perdre.

Le 1"' avril, Lamartine devait prononcer son discours de réception à l'Académie française, où il remplaçait Daru. « Peu de jours auparavant, écrit-il dans ses Sourc/iirs et Portraits, le duc de Rohan, qui ('taitdevenudéjà art'lit'V(M)ue de Resançon et cardinal (?), vint me prendre dans sa voiture en se rendant aux huileries, pour me dissuader d'une déclaration conslilutionntdle (pie je devais faire dans mon discours à l'Académie. Les deux

partis opposés mettaient beaiicoLip d'importance à ce que ma déclaration fût pour ou contre eux. (( Prenez garde, me dit M. de Rohan à la lin de sa conversation, votre destinée politique dépend de ce que vous allez dire. Nous ne vous pardonnerons jamais si vous vous déclarez contre nous. — Je ne me déclarerai que contre les exagérés des deux partis, lui dis-je ;mais, si l'attachement à la Charte vous paraît dangereux pour mon avenir, condamnez-moi dès à présent, car j'ai cru cette conciliation nécessaire entre l'ancien régime et l'avenir de la France, et, si c'est vous ollenser que de le dire touthaut, soyons ennemis dès aujourd'hui. Je ne vous en aimerais pas moins comme un de mes premiers amis. » Nous nouslîmes nos adieux. Je prononçai mon discours tel ({ue je l'avais conçu, il eut un brillant succès et, de ce jour, on me compta au nombre de ces royalistes libéraux, fidèles à la monarchie, qui voulaient la défendre et non lui complaire en la perdant '. »

Lamartine, dans cette mise en scène si précise, ne se souvient qu'avec sa complaisante imagination et tout y est d'invention pure. Si, à la fin de 1829 et dans les premiers mois de 1830, les relations entre lui et M. de Rohan furent actives, ce n'était pas du tout, de la part du prélat, le désir de détourner de velléités d'opposition son ami qui en était à mille lieues ; c'était pour seconder le désir qu'avait le poète, en raison du dégoût qui lui inspiraient la presse et les discussions politiques, de

i. Lamartine, Poitrails et Souveniis.

rentrer dans la carrière diplomatique et dojjtenir l'ambassade de Grèce. M. de Hoiian l'avait même conduit au prince de Polignac, et Lamartine était sorti enclîanté de cette entrevue. Les journées de juillet ont seules empêché qu'il ne fut nommé à Athènes. Mais il était, au moment de sa réception, si éloigné de s'inféoder aux 221 que, même après juillet 1830, il faisait encore partie du groupe h'gitimiste qui se réunissait chez M. Arthur de la Bourdonnais.

Quant à son discours de réception, il est impossible d'y découvrir trace d'esprit d'opposition, en Fevanche on y trouve à chaque ligne de ces aperçus en quelque sorte divinatoires, qu'ont seuls les poètes, et qui, éclairés par les événement, prennent un sens profond et prophétique. Dans un grand parallèle établi entre la poésie et l'action, entre la vie du littérateur en temps régulier, et cette même existence dans la période des orages, sous prétexte de peindre Daru et de lui assigner son cadre. Lamartine s'esquissait déjà à lui-même son programme, « un programme en lettres d'or », dira-t-on. Lamartine, académicienrécipiendaire, prophétisait le Lamartine du gouvernement provisoire K

M. de Rohan avait à se trouver, en ce moment, à Paris, un intérêt autrement important que le manifeste de Lamartine à inspirer. Nous avons dit la fraternelle intimité qui, dès l'enfance, avait lié l'archevêque au prince de Polignac. Parvenu au

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