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ACfaires Etrang., vol. 'JG7, f° loi

LE CARDINAL DE HOHAiN-CHABOT 347

étonnement. Cette politique qu'on lui dénonçait, M. (le Polijiuac lui avait confié qu'elle lui était inspirée d'En-Haut et que rien ne saurait prévaloir contre elle.

Le résultat des élections avait été accablant pour le ministère, qu'il remettait on face d'une majorité hostile beaucoup plus forte que celle qu'il avait cru devoir dissoudre. Le gouvernement, n'entendant pas se soumettre, se trouvait acculé au coup de force dont l'appréhension tenait, depuis cinq mois, en angoisse, non seulement laFrance, mais l'Europe. Le 2(3 juillet, les Ordonnances étaient publiées : la Chambre était dissoute avant d'avoir été assemblée; deux lois fondamentales : celle sur l'exercice du droit électoral, celle sur la liberté de la presse étaient renversées de fond en comble par voie d'ordonnance. C'était un arrêt de mort pour tous les journaux.

Ettoutcelafondésur le prétendu droit que, à l'aide d'une interprétation enfantine, on faisait résulter de l'article 14 de la Charte. Le régime légal était interrompu, celui de la force commençait; Paris se soulevait, c'était une révolution.

En sortant, le 27 au matin, pour aller dire sa messe, aux }rissions étranf/('rcs, l'abbé Perrin est frappé de l'aspect insurrectionnel de la ville ; d'un groupe de jeunes gens s'élève ce cri qui le désigne ; « Ça n'ira pas tant (ju'ils ne seront pas tous à la lanterne! » En rentrant, l'abbé, très ému, fait part de ses appréhensions au cardinal ; la sécurité de celui-ci n'en est pas ('branlée. Il ne saurait admettre que ce qui est incontestablement le bon

droit ne triomphât pas. Toutefois il envoya un homme de confiance aux nouvelles chez son ami Polignac, qui, ministre de la Guerre par intérim, passait tranquillement une adjudication. Le prince lit répondre, dans sa béate sécurité, que tout allait au mieux; en prenant en effet les précautions qui s'imposaient le plus rigoureusement, il aurait cru faire un acte d'ingratitude envers la Providence dont il se croyait linstrument.

Avec cette confiance impertuhable qui faisait de lui, a dit M. de Chateaubriand, un muet éminemment propre à étrangler un empire, M. de Polignac avait mis en garde le roi contre tous les avertissements qui pouvaient lui venir, au point que, pour cette journée du 27, Sa Majesté avait donné ordre de ne laisser parvenir jusqu'à lui que le cardinal de Rohan,à (jui il avait accordé une audiance, dans le but d'arrêter les détails de laremise de la barrette, l'une des solennités des plus pompeuses de l'ancienne monarchie. Voilà de quelles hautes préoccupations était hanté le roi, après avoir déchaîné une crise qui allait l'emporter lui et sa dynastie !

Les ambassadeurs d'Angleterre, de Russie, le nonce du Pape étaient accourus à Saint-Cloud pour signaler au roi la gravité de la situation; le duc de Duras dut les éconduire; ils se montrèrent aussi froissés du procédé que consternés de l'aveuglement de Sa Majesté qui donnait toute sa vérité à ce mot de Rivarol: (( Autrefois les rois avaient leur couronne sur le front, ils l'ont aujourd'hui sur les yeux. » Le cardinal de Rohan, écrit la du-

chesso de Gontaut, dans ses Mémoires, arriva tranquille. Sa voiture belle, sa livrée rouge e'clatantefiit prise pour celle d'un des princes d'Orléans ; le poste sortit pour rendre les honneurs. Heureuse de voir M. de Rohan; je le questionnai; venant du paisible faubourg Saint-Germain, il ignorait tout ce qui aurait pu ébranler la tranquillité du roi, s'il l'eût interrogé ; mais il n'en fit rien. Après avoir été instruit par moi de Tinsurreclion de Paris, le cardinal inquiet du sort de sa bellemère, la comtesse de Sérent, voulut retourner en toute hâte près d'elle et me promit de me donner des nouvelles dès son retour à Paris ^.

Si calme qu'eût été la rue de l'Université, les sorties et les rentrées du cardinal en brillant équipage avaient donné l'éveil et fait croire, de sa part, à des connivences avec la Cour ; bientôt des groupes s'étaient assemblés sous les fenêtres de l'bôtel de Sérent et n'avaient pas laissé de devenir menaçants. La comtesse de Sérent — une bellemère n'est pas tenue d'être héroïque — s'alarma pour sa sécurité personnelle de la présence d'im bomme aussi notoirement compromettant que l'était le cardinal, et elle ne mit pas grand ménagement à le lui insinuer. Ce sont là des choses qu'on ne se fait pas répéter; M. de Rohan donna à l'abbé Perrin des ordres pour son départ immédiat. De foudroyantes nouvelles lui parvenaient coup sur coup : le triomplie de l'insurrection, l'abdication du roi, sa fuite sur Ram-

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