Mémoires de la chic liesse de Contant^ p
bouiliet, le drapeau tricolore arboré sur tous les monuments... Dans l'impossibilité de traverser Paris, entièrement au pouvoir de l'émeute, le cardinal prit la direction de Vaugirard pour rejoindre Rambouillet par Versailles. Il était trop frappé des malheurs du roi pour se préoccuper de sa sécurité personnelle; aussi était-il parti dans le même brillant équipage — le seul qu'il eut amené de Besançon, — qui l'avait conduit à Saint-Cloud, et, où il n'y avait de supprimé (jue la livrée rouge. Arrivé à la barrière, il fut arrêté par un rassemblement en armes; sommé de dii'e qui il était, il déclara sans hésiter ses nom et qualité : on l'ariacha aussitôt de sa voiture, il se vit injurié, frappé au visage, ses colfres furent pillés, ses ornements et ses vases sacrés profanés. Des émeutiers avinés conduisirent le cardinal et son secrétaire à la niairiede Vaugirard au milieu d'une foule en délire, qui demandait à grands cris leur exécution sommaire. L'un des meneurs les plus exaltés, sous prétexte de faire subir un interrogatoire aux prisonniers, s'enferme avec eux et leur avoue qu'il ne s'est montré si violent que pour parvenir à les sauver. Le lendemain, il arrive muni d'habits de boucher avec lesquels le cai'dinal et son secrétaire se déguisent; puis, il les fait évader par une fenêtre qui donne sur la campagne. (1 est midi, la chaleur est accablante, les fugitifs, réduits par les privations et de mortelles angoisses, se traînent avec peine dans les terres labourées. Le cardinal, défaillant, ne pouvait faire un pas de plus, lorsque M. Perrin lui rend un peu de force en lui faisant
apercevoir, dans un massif d'arbres peu éloigné, la toiture dune habitation de belle apparence. Un suprême effort et l'on arrive au but. (Tétait la maison de maître d'une usine de produits chimiques.
Ils étaient chez le savant Payen. membre de rinstitut. Payen, par toutes ses convictions appartient au parti libéral; mais, aussitôt que M. de Rohan s'est fait connaître à lui, il l'assure de sa protection, n'y mettant qu'une condition, c'est de s'entourer du secret le plus absolu, ne lui laissant pas ignorer qu'il lui serait impossible de, le protéger contre ses propres ouvriers, si sa personnalité leur était révélée.
Les périls auxquels il venait d'échapper, l'écroulement qu'étaient pour lui la fuite du roi et l'avènement au trône du duc d'Orléans, avaient ébranlé le cardinal au |)oint qu'il ne restait plus maître de lui et se laissait entraînera exprimer, sans mesure, son exaspération; mais il s'empressait de s'excuser quand il se rappelait les opinions libérales modérées, mais très arrêtées de son hôte et son sauveur. Après une semaine de rigoureuse claustration, grâce aux mesures prises par M. Payen. Monseigneur put gagner la Belgique.
A juger la Révolution de Juillet à soixante-dix ans de distance, avec préventions et système, on ne pourrait (jue déclarer entachées d'illégalité flagrante les mesui-es de sauvetage qu'elle a cru devoir prendre. En effet, en pleine etlervescence révolutionnaire, la Chambre des députés, sous les menaces de la rue et dans le but de les désarmer,
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n'ayant qu'un mandat législatif, sans se concerter avec la Chambre des pairs, avait usurpé le pouvoir constituant pour bouleverser la Charte, renverser une dynastie et la remplacer par une autre ; et cela à une faible majorité de 222 sur 440. On pouvait prétendre que la déchéance et le bannissement de Charles X et du Dauphin étaient le châtiment des Ordonnances et de la dure répression dont ils avaient agfj:;ravé la violation de leur serment; mais le droit conféré parla Charte au duc de Bordeaux restait intégral, et, comme le disait M. de Chateaubriand, ce n'était pas le sang de son père qu'on pouvait invoquer contre lui. En supposant qu'on eût proclamé Henri V, qu'on lui eût constitué un conseil de régence, présidé par un La Ferronnays, composé d'hommes de cœur et de tête comme MM. de Mortemart, de Broglie, Martignac, Casimir Périer; dans cette hypothèse, on ne saurait calculer, disait-on, ce que de tels hommes auraient pu jeter d'imprévu dans la balance des événements, ni affirmer qu'ils n'auraient pas pu forcer l'histoire à prendre un autre tour.
Mais l'histoire ne se refait pas à l'aide de spéculations rétrospectives ; il faut, pour prononcer un arrêt, se pénétrer de l'esprit même de l'époque qui est en cause ; or il semble bien évident que ce qui a été fait, si illégal que c'eût été, la plus impérieuse, la plus inexorable des nécessités l'imposait. Nous n'en voulons d'autre preuve que la déclaration de l'ami le plus fidèle de Charles X, le duc de Fitz- James : absent de Paris et y rentrant quand l'œuvre révolutionnaire était achevée, il
était monté à la tribune de la Chambre des pairs et avait dit : « La grande considération du salut du pays — compromis par des ministres encore plus imbéciles que perfides, — cette grande considération est la seule qui ait pu porter tant d'esprits sages à promulguer, avec une telle précipitation, les actes qui, depuis six jours, ont décidé du destin de la France. Tout est consommé, et, voyant l'anarchie prête à nous ressaisir et à nous dévorer, traînant à sa suite le despotisme et l'invasion étrangère, ils se seront dit : « Met- « tons-nous même au-dessus des lois et des prince cipes, pour sauver la patrie. » De tels motifs ne pouvait me trouver sourd à leur influence. C'est à eux seuls que je sacrifie tous les sentiments qui, depuis cinquante ans, m'attachent à la vie ; ce sont ceux qui, agissant sur moi avec une violence irrésistible, m'ouvrent la bouche pour prononcer le serment que l'on exige de moi. »
La possibilité de l'avènement de Henri V au trône, elle ne paraissait plus soutenable. Comment, en efTet, au lendemain de l'attentat, espérer que le pays, dans l'indignation et l'enivrement de sa victoire, accepterait comme roi le petit-lils de Charles X. Et puis, si éclairé et résolu qu'un consejl de régence eût pu être, comment sei'ait-il parvenu à soustraire le jeune roi à l'aveugle politique de son grand-père et de sa mère ; aurait-il fallu le séquestrer, faire de lui, toute proportion gardée, une sorte de Louis XVII? « Rien de tout cela, a dit le duc de Broglie, ne rimait à rien, n'avait l'ombre de bon sens, ne pouvait com-
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vait comporter deux minutes de discussion-. » Il n'y avait pas, pour le duc d'OrU'ans, d'usurpation à commettre, il fallait opter entre l'anarchie et la monarchie, qui seule pouvait faire échapper la France à l'ahîme entr'ouvert, et une seule monarchie était possible. Ce qui entachera à tout jamais la mémoire de Charles X, c'est que, son attentat contre le pays, il l'avait obstinément voulu et poursuivi, soit comme héritier présomptif", soit comme roi, et que, de son fait, le principe monarchi([ue a été irrémédiablement ruiné. Louis-Philippe l'a si bien compris que, à pcirtir de son avènement, il ne lui est pas échappé une seule fois de dire : le trône ^ la couronne; sa dynastie a pu avoir de brillants rejetons, elle ne pouvait plus avoir de racines-. »
Il ne fallait pas attendre de xM. de Rohan la