‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 88 sur 107 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Soulèvement des légations; premières intrigues bonapartistes.

— Le nouvel ambassadeur à Rome, comte de Sainte- Aulaire. — 11 demande le rappel du nonce Lambruschini et que sa démission soit imposée à rarchevèque de Paris. — Action décisive de M. de Rolian dans ces deux affaires. — Le chapeau lui est remis par Grégoire XVL — Affaire de iAveniv.

— Lamennais en appelle à Rome. — Energique intervention de Casimir- Périer auprès du Saint-Siège dans le but d'obtenir la condamnation des doctrines de V Avenir. — Rohan désigné pour présenter au pape les trois pèlerins, Lamennais, Lacordaire et Montalembert. — Avec le concours de Tabbé Dupanloup, le cardinal contribue pour une large part à la condamnation prononcée par l'encyclique Mirari vos. — L'adhésion au gouvernement que le cardinal aurait été disposé à donner est entravée par divers incidents. — Le roi» Louis-Philippe à Besançon. — Rigoureuse réponse que, à sa réception, le roi fait au vicaire général. — L'abbé Dupanloup révoqué de sa mission de catéchiste des princesses royales. — La duchesse de Berry à Rome. — Rohan se montre ouvertement et partout avec elle. — La princesse épouse le comte Lucchesi-Palli. — C'est Rohan qui célèbre la messe de mariage.

La haute estime dont jouissait, de longue date à Rome, M. de Rohan ; hi part active qu'il avait eue à l'élection du pape, lui assuraient auprès du Saint-Père, non seulement une tendre sympathie, mais une influence dont il sut profiter pour ses amis et souvent aussi pour épargner des diflicultés au gouvernement de son pays; mais, dans ce caslà, sans jamais s'en réclamer auprès de l'obligé, ne voulant pas, en raison des préventions qu'il lui savait, le contraindre à la gratitude. Nous allons le voir à l'œuvre.

412 LE CARDINAL DE ROIL\N-CH ABOT

M. de Metternicli a dit que la révolution de Juillet avait eu, en Europe, une tout autre répercussion que celle de 1789; elle détermina, en elTet, non seulement en Belgique et en Pologne, mai& dans les légations romaines, des soulèvements qui seront une cause de longs dissentiments entre la France et Rome. Bologne, Ferrare et Ravenne s'étaient insurgés à la fois. Les légations possédaient jadis certaines franchises qui, avant leur réunion au domaine de l'Eglise, en faisaient de petites nations fières de leur indépendance. Réuniespar l'empereur au royaume d'Italie, associées à un gouvernement fort, elles devinrent promptement éclairées et prospères.

Le Congrès de Vienne fit retomber brusquement ces malheureuses provinces sous la dominatioit romaine, qui, sans ménager en rien la transition, sans leur rendre même leurs privilèges d'avant 1797^ les soumit au même suffocant système administratif que subissaient les autres Etats de l'Eglise, Ce mouvement n'était donc pas l'œuvre factice de la propagande révolutionnaire, mais bien l'explosion de révoltes profondes, longtemps comprimées.

Le pape, qui savait les relations de Rohan avec la duchesse de Saint-Leu, le chargea de faire comprendre à la princesse quelle ne pouvait, plu& longtemps, résider à Rome, ses deux fils s'étant mis à la tête des insurgés de Spolète. Le Saint- Père se montra profondément affecté d'une aussi impardonnable trahison de la part de princes, à qui il avait paternellement accordé, depuis de longues années, l'hospitalité dans ses Etats.

L'Autriche, qui redoutait pour ses possessions en Italie, la contagion de ces soulèvements, pressait le gouvernement romain de consentir à ce qu'elle occupât les légations insurgées et y rétablît l'ordre. Mais la France voyait, dans cette intervention, que Rome inclinait à accepter, une atteinte à sa dignité et déclarait qu'elle ne la tolérerait pas sans prendre une garantie ; d'un autre côté, elle s'épuisera à conseiller, mais en pure perte, au gouvernement romain, de désarmer ces soulèvements par une amnistie et de larges réformes.

C'est dans ces conditions difficiles que le comte ée Sainte-Aulaire venait prendre possession de l'ambassade de Rome, en remplacement de M. de La Ferronnays. et son arrivée coïncidait avec l'avènement au pouvoir de Casimir Périer. Le gouvernement français ne pouvait se faire plus dignement représenter. Esprit des plus distingués, « homme de bon lieu, élevé aux grandes affaires », comme dit Montaigne, écrivain de la descendance directe de M'"" de Staël, M. de Saint-Aulaire portait un nom qui était synonyme de dignité, d'urbanité et d'élégance.

La dépêche du 25 mars 1831, par laquelle M. de Sainte-Aulaire rendait compte au ministre de l'audience où il s'était fait reconnaître par le Saint-Père comme ambassadeur, cette dépèche se terminait par un chiffre dont voici le déchiffrement : (( Je dois vous dire que le cardinal de Uoban se place très convenablement à mon égard. Il a parlé au pape dans les meilleurs termes et je

lui dois une partie de la bienveillance particulière avec laquelle j'ai été accueilli.

(( Je chercherai à profiter du désir qu'on éprouve de calmer notre mécontentement pour obtenir deux concessions auxquelles vous attachez du prix, je veux parler du rappel du nonce et de la démission de l'archevêque de Paris'. »

M. Lambruschini, le nonce dont on demandait le rappel, semblait ne s'être donné d'autre mission que de braver le gouvernement auprès duquel il était accrédité et de violer le concordat, qui était le pacte entre la France et Rome; se mettant, malgré les protestations du ministre des (Cultes, en relations directes et constantes avec les évêques, envenimant tous les conflits par l'habileté de ses intrigues et l'audace de ses récriminations sur la politique du gouvernement. Tout récemment, s'étant procuré, par des moyens qu'il ne pouvait pas avouer, les instructions adressées au cardinal Isoard, il en aurait fait donner lecture au conclave si notre ambassadeur, qui n'avait rien à redouter de cette divulgation, n'avait déjoué cette manonivre simplement parce qu'elle était une flagrante violation d'un secret d'Etat.

On n'a pas oublié l'inconvenance de l'attitude que M. de Quélen avait prise dans l'affaire des ordonnances sur l'Instruction publique, et qui lui avait fait interdire par Charles X de se présenter devant lui. Au lendemain de la prise d'Alger, lorsque les menaces de coups d'Etat tenaient le pays

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