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46 LE CARDINAL DE UOHAN-CHAnOT
Celle conversion de Turenne, joinle au désii' qu'elle devait éprouver de mourir dans la religion de son mari et de ses enfants, avait certainement éhranlé la princesse. M. Laugel invoque le souvenir d'Henri de Uolian pour affirmer Tindéracinaltle atladiement de sa lille au proleslanlisme. Ce souvenii-, loulelois, ne l'avait pas empêchée de passer outre aux volontés si formelles de ce |)ère, pour épouser un j)a|)iste el consentir à c(î qui; ses enfants fussent cnllioliques'. Mais de 16(>S, date de la conversion de Turenne, à 1684, date de la mort de la princesse, les circonstances avaient cliauii^é au point de rendre irréconciliable la lille des rebelles qu'avaient été sa grand'mère de flolian (Catherine de l*arlhenay) et son père, le grand ll(;nri. Dès après la paix de Nimègue, le roi avait résolu de compléter l'unité politique par l'unité religieuse, et, comme l'écrivait M"'' de Mainlenon, d'assurer son salut et celui de ses sujels. Le plus efficace moyen d'assurer ce salut sembla s'imposer au roi par la révocation de Tédit de Nantes. M°"' de Rohan mourut un an avant celle rc'vocation; mais les attentats à la liberté religieuse, les
\. Henri de Rolian écrivait à sa mère, le 2C mars 1G31, alors que sa fille avait quatorze ans : <( Pour les yeux de ma fille, ils [ilaisent parce que c'est chose nouvelle. Dieu la confirme à être bonne huguenotte, car elle est partie d'icy bien ferme, et c'est une bonne opiniâtre et qui n'est pas aysée à persuader. » — L'n mois après, il écrivait de nouveau à sa mère : « Ce qui me contente de ma fille, c'est que sa gloire ne surmonte pas sa conscience et qu'elle est toute résolue sur ce point-là. Aussy aimerois-je mieux qu'on m'annonçast sa mort que son mariage à un papiste. C'est ce qui ne sera jamays. Dieu aydant, pour le moins de mon vivant. Jusques icy,je ne me doits point donner la gloire de lempescher car elle se montre inébranlable là-dessus.» {Lettres de Henri <te Jio/ian à su mère. Laugel. p. 3!J0-398.)
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trafics de conscience, les violences par lesquelles on s'acheminait à cette détestable mesure ratîermirent, par les révoltes qu'elle en ressentit, sa foi qui, jusque-là, n'avait plus guère été qu'à l'état de traditionàdemi ébranlée. Les pratiques à l'aide desquelles Louis XIV entendait assurer son salut et celui de ses sujets, lit épi'ouver à jM""" de Roluin, et à bien plus juste titre, les rancunes qu'avait ressenties Catherine de Parthenay contreHenri IV'.
N'était-ce pas encore ce même Louis XIV qui était parvenu à la l'aire rougir de sa iille, M""' de Soubise. Personne n'était donc moins autorisé que le roi à envoyer sommer la princesse de mourir avec bienséance. Elle mourut résolument huguenote, nous en avons acquis la preuve dans cette information donnée par la mieux renseignée des gazettes du temps, le Mercure de France. Après avoir, à la date du 9 avril 1684, annoncé la mort de la princesse de Rohan, le journal ajoute : « Ce qu'on ne peut assez déplorer, dans la mort de cette dame, c'est qu'elle a lini ses jours dans l'hérésie -. »
Si, comme il est impossible d'en douter, la princesse a été inhumée près de son mari, dans l'église des Célestins, cette faveur exorbitante de
i. Calliei-ine île Partlieniiy n'avait jamais pardonné son abjuration à Henri IV et lui était restée hostile. On la soupçonnait iiièiue d'être l'auteur d'un sauirlant pamphlet (]ui dénonçait l'inuratitude du Béarnais envers ses anciens coreligionnaires, à qui il «levait tout, v L'n jour que le roi attendoit les ambassadeurs vénitiens, au {.ouvre. Sa Majesté en les attendant passa le temps à rire et gausser les dames. \'oyant venir M'°' de Rohan, le roi leur dit : <,< Voici venir M"" de liohan, gardez-vous. Mesdames, qu'elle ne crache sur vous; pour le moins, si elle n'y crache, elle en médira. » [Le rèi/ne de lleuii 1\\ t. Il, p. 181. "i
■j. Mercure de France, avril 1684, p. 18" et suiv. (Bibliothèque nationale, L'-c. 331.
riiiliiimation dans une église (riinc protestante impénitente, et ù la veille de la révocation de ledit de Nantes, n'a pu être arrachée au roi que par rinlluence que, jusqu'au dernier jour, a exercée sur lui M'"' de Soubise.
A la mort de la princesse il y eut une trêve dans la lutte entre Rolian-Rolian et Hohan-Chabot; cette trêve dura assez pour faire croire? à la iin des lioslilités; mais elles reprirent Ideutot de plus belle. A l'automne de ITOU, le duc de Rohan avait envoyé en Angleterre ses deux fils aînés : le prince de Léon et le chevalier de Hohan. En dépit de ses habitudes d'économie, il avait mis ses fils en mesure de soutenir diguement leur qualité, aussi furent-ils accueillis avec distinction par toute la haute aristocratie anglaise. En même temps qu'eux se trouvait, à Londres, le prince de Guémcné, chef de la maison de Rohan ' : « Il vivoif, dit Saint-Simon, à Londres comme à I*aris, dans l'avarice et l'obscurité, sans y voir qui que ce fût qui eut ni renom, ni em|)loi. ni ligure. Le contraste du brillant du prince de Léon et du che-
\. « Le prince de Guéméné. le duc de Montbazon son pi've ne s'élant pas démis de son duché, eu prit le prétexte de conserver le nom de (Juéméné le reste de sa vie, pour ne pas changer de nom si vieux. Il vécut obscure, et mourut de même à soixantedouze ans, au château de llochefort, le 20 octobre lr27. » [Ecrits inédits de Saint-Simon, Notice Monlbazon. t. Mil, p. 161.) Dans cette même notice, Saint-Simon raconte une aventure de chaise percée dont la princesse de Guémené faillit, à Versailles, rendre victime le duc de Duras, qui en divertit le roi et toute la cour.
valier de Rohan le piqua à travers sa stupidité, sans toutefois vouloir rien faire de tout ce qui le pouvoil mettre dans une meilleure compagnie et le fit considérer. L'extrême bêtise n'empêche pas l'orgueil; il s'imagina que son nom de Guémené le faisoit ignorer, lorsque celui de Rohan procuroit au chevalier et à son frère toutes les prévenances, dont il n'avoit éprouvé aucune, dans le souvenir qu'il supposoit que les Anglais avoient du célèbre duc Henri de Rohan. Plein de ce dépit, il repassa la mer et conçut le dessein de faire quitter le nom et les armes de Rohan aux enfants du duc de Rohan'. »
Sans avoir recours à aucune tentative de conciliation, le prince envoya un exploit au duc de Rohan. Dans cet exploit, il lui reconnaissait, en raison de son titre, le droit de porter le nom de Rohan; mais il le contestait à ses enfants, à l'exception de l'aîné appelé, après son père, à être duc de Rohan. D'après lui, en effet, une femme ne pouvait transmettre son nom à un tiers que dans le cas où il n'y avait plus de mâles dans la famille, ou que ceux qui restaient y donnaient leur consentement. 11 prétendait enfin qu'un nom ne pouvait se prescrire, et que les intéressés conservaient le droit de protester contre l'usurpation qu'on fait du leur, quelle que soit la durée de la possession invoquée, parce qu'elle ne saurait iHre que précaire.
Le duc de Rohan avait d'abord répondu que, à la vérité, il n'était pas de la maison de Rohan,