‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 90 sur 107 · Affaires étrantr.. Rome. vol. 968. f · texte numérisé non relu

Affaires étrantr.. Rome. vol. 968. f

engagé dans la crise du soulèvement des légations et voyant, par la persistance de l'occupation autrichienne, s'aggraver, chaque jour avec la cour romaine, les difficultés qui le poussèrent au coup de force d'Ancône,le gouvernement eutd'autres préoccupations que M. de Quélen, qui fut amnistié par l'ouhli.

Le ;> mars, M. de Sninle-Aulaire informait le général Sébastiani que, dans son premier consistoire, Grégoire XVI avait, le 27 février, imposé le chapeau à M. de Rohan et lui avait fait la remise de l'anneau cardinalice. L'imposition de la barrette lui avait été faite dans de bien humbles conditions, il fut dédommagé par celle du chapeau : le pape s'était rendu dans la salle royale porté sur la sedia gestatoria^ revêtu des magnifiques ornements pontificaux, la tiare en tète; il était entouré de vingt cardinaux, de la cour pontificale, du corps diplomatique, des chevaliers de Malte et de la noblesse romaine ; c'avait été la plus magnilique des cérémonies.

En lisant la formule de création des cardinaux, le pape proclama M. de Rohan cardinal de la Sainte Eglise romaine du titre de la Trinité des Monts, titre qui avait été précédemment porté par le cardinal de Glermont-Tonnerre'.

1. Après avoir annoncé au ^^énéral Sébastiani la remise du chapeau à M. de Rohan, le comte de Sainte-Aulaire ajoute : « Un navire est parti, cette nuit, pour Corfou, avec trente-neuf fies individus les plus compromis dans le soulèvement des légations, entre autres le fils de Louis Bonaparte: l'autre est mort a l-'orli. Certaines insinuations m'ont été faites, je les ai durement repoussées. Elles m'autorisent à vous dire que le bonapartisme était au fond de tout ceci et non pas seulement par le

Certains faits historiques ont eu une telle poi'tée et ont laissé des traces si profondes qu'ils grandissent tous ceux qui ont été appelés à y concourir. Telle est la campagne de r Avenir, dans laquelle M. de Rohan a eu une part d'action qui suflirait à rendre son nom inoubliable. Rappelons, en quebjues mots, par quel mouvement de l'opinion a été déterminée cette campagne de F Avenir.

Les dernières luttes de la Restauration avaient tout fait pour compromettre l'Eglise dans sa cause; de là, nous l'avons dit, ce caractère antireligieux de la Révolution de .luillet.

La jeune école catholique, qui se groupait autour de Lamennais, comprit l'obligation qui s'imposait de ne plus confondre l'idée religieuse avec l'idée du pouvoir politique, de légitimité. Jusque-là on s'était dit catholique et royaliste en vertu des mômes idéesetdes mêmes intérêts. Une telle confusion semblait à Lamennais et à son cercle une dégradation du christianisme ; il crurent qu'il était bon de montrer à la France qu'on pouvait être hdèle à Jésus-Christ sans être inféodé au trône, fût-il celui des de.scendants de saint Louis. C'est pour soutenir ce bon combat, et reconquérir à l'Eglise sa popularité perdue, que Lamennais et ses disciples fondèrent le journal l'Avenir. A la résumer dans cette idée, on peut dire que l'entreprise de 1831, sitôt interrompue, n'en a pas moins été l'une des plus

concours des membres de la famille et leurs alliés (les Mare?calchi et les Pepoli' qui se sont déLlarês. >^{XÏÏ. étrangères, Rome, vol. 968, pièce 170;.

fécondes du xik" siècle : cest j)ar elle en elfet que commença de s'établir cette conviction, qui est aujourd'hui la doctrine de l'Eglise, que l'adhésion à un symbole religieux n'entraîne pas nécessairement l'adhésion à une forme politique; c'est elle encore qui a ouvert le champ de bataille où continue de se débattre l'un des plus grands problèmes de nos destinées, la délimitation des rapports de l'Eglise et de l'Etal. Toutefois les idées de Lamennais avaient un tort, c'était de se proclamer vingt ans trop tôt, d'être imprudemment affirmées; de présenter, enfin, comme une menace à tous les trônes et une révolution, ce qui n'était qu'une expansion phis ouverte et un développement plus accessible du christianisme. Elles avaient un autre tort, c'était de réclamer l'abrogation du Concordat et la séparation de l'Eglise et de l'Etat commecondition essentiellede lalibertédel'Eglise. Soutenu par des disciples tels que Lacordaire, Montalembert, (îerbet, et par un maître, dont le style est l'un des plus puissants, des plus magnifiques de la langue française, cette polémique avait profondément divisé les catholiques. Tous les survivants de l'ancien régime, les vieux évêques, qui avaient subi les persécutions révolutionnaires, s'alarmaient, comme de compromissions avec cette révolution, de ces nouveautés qui passionnaient au contraire la jeunesse, aussi bien ecclésiastique que laïque.

Croyant mettre un terme aux divisions qu'il avait soulevées, Lamennais annonça, dans un manifeste admirable, (ju'ils allaient, lui et ses dis-

ciples, soumettre au jugement du Saint-Père les doctrines de r Avenir. Avant qu'ils se missent en route, l'abbé DupanJoup écrivait au cardinal de Kohan : « Je suis bien consolé de ce que vous me dites de la fermeté du pape relativement à M. de Lamennais et à ses partisans : c'est bien important. Le jeune clergé est teiriblement accessible à ces doctrines de schisme, d'orgueil et de liberté efTrénée. »

Jusqu'à présent, on avait cru que la campagne de r Avenir n'avait soulevé de préoccupations que dans le camp religieux, on ignorait que le mouvement qu'elle avait déterminé avaitparu au gouvernementde Louis-Pliilippo comporter les plus graves conséquences politiques. Nous sommes en mesure d'établir que les appréhensions du Cabinet français lurent telles que Casimir Périer n'hésita pas à se substituer au ministre des Affaires étrangères; à diriger lui-même, par des instructions de chaque jour, notre intervention dans ce conflit, ne s'en désintéressant que quand il aura la certitude que le pape est résolu à mettre fin à la lutte par une encyclique.

Le 18 novembre 1831, Casimir Périer écrivait à M. de Sainte-Aulaire qu'il n'hésitait pas à considérer comme un nouveau gage des sentiments pacifiques et conciliant de Grégoire XVI, l'improbation manifestée par Sa Sainteté à l'égard des doctrines de l'Avenir. « Vous savez. Monsieur le comte, ajoute-t-il, que cet ecclésiastique se rend en ce moment à Home, dans le but et sous prétexte d'y défendre ses doctrines, bizarre mélange

(le l'iiUrauiontanisme le plus exagéré et d'un ardent républicanisme. Si peu de chance qu'ait un tel système d'être accueilli par un gouvernement aussi sage et aussi expérimenté que le gouvernement Romain, il importe de ne pas se désintéresser de celte atfaire, aussi longtemps qu'elle n'aura pas été définitivement tranchée'. )> Le Président du Conseil ne se disait si certain de la désapprobation par Rome des doctrines de Lamennais que dans le but de parvenir à imposer cette désapprobation ; mais, au fonil, il conservait de telles inquiétudes que, six jours après sa première dépêche, il revenait à la charge et à l'aide des arguments les plus pressants.

« Paris, 24 novembre 1831.

(( Monsieur le Comte,

« Dans la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire, le 18 de ce mois, j'appelais voire surveillance sur les démarches que M. de Lamennais va tenter, auprès de la cour de Rome, pour obtenir l'approbation du Saint-Siège en faveur des doctrines professées par l" Avenir, doctrines repoussées l)ar la presque totalité de l'i'piscopaf, par la très grande majorité du clergé, et qui ne compte guère comme partisans que quelques jeunes prêtres sans expérience.

« Comme il est probable que vous ne recevez pas régulièrement cette feuille , je crois devoir

■1. Atl'aires Etrang., Rome, vol. 970, f° 318.

422 LE CARDINAL DE ROIIAN-CnAROT

VOUS adresser nn exemplaire du numéro dans lequel elle a annoncé le départ pour llome de trois de ses rédacteurs. Il vous fera connaître le plan que s'est tracé M. de Lamennais et vous aurez. dès lors, plus de facilité à le déjouer, si, ce qui nous parait impossible, il pouvait surprendre, même en apparence, les sulïrages du Saint-Siège. Je ne dois pas vous cacher que cette circonstance compliquerait de la manière la plus déplorable les embarras que les dispositions d'une partie de notre clergé suscite d(^jà au gouvernement du roi. La cour de Rome comprendra facilement que les intérêts de la religion seraient le plus gravement compromis dans une collision semblable.

« Veuillez agréer,

(' Casimir Périer ^ »

M. de Sainte-Aulaire s'empresse dese conformer aux instructions (lu ministre, en exposant au pape, dans une longue audience, ce que redoute le gouvernement des doctrines de M. de Lamennais. L'ambassadeur a trouvé le Saint-Père en complète conformitf'' d'appréciation avec le ministre tant au sujet de ces doctrines, que le Souverain Pontife juge factieuses et menaçantes pour la paix de l'Eglise et l'œuvre de pacification religieuse poursuivie par le gouvernement français. M. de Sainte-Aulaire rend compte au président du conseil de son entrevue avec les trois pèlerins dans la dépèche ciaprès :

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