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Mais ces abstentions n'étaient plus guère que d'attitude et d'acquit de conscience; au fond, l'exaspération contre la révolution et le gouvernement qui en était sorti, s'était peu à peu sensiblement modifiée; peu à peu elle avait cédé au sentiment du devoir, à l'attachement au pays. Tant que son séjour à Rome avait pu se justifier pour le cardinal par les obligations du conclave et de la lutte contre les doctrines de l'Avenir, les diflicult(\s si graves de sa situation l'avaient moins préoccupé ; mais ces deux prétextes, à rester éloigné de son siège, lui manquant, cette situation avait pesé de tout son poids sur sa conscience d'évêque et de Français. Il ne se lassait pas de faire demander, tant aux directeurs du séminaire qu'aux prêtres autorisés de son diocèse, si l'opinion publique serait moins opposée à son retour ; invariablement prévenu contre lui par l'audace de ses débuts, effrayés aussi des préventions toujours ardentes du parti avancé, on lui répondait que ce retour compromettrait l'œuvre si péniblement poursuivie de la pacification religieuse.
Le cardinal souffrait cruellement du mal de son diocèse et de l'exil ; dans ce mal, c'était surtout la pensée de son cher séminaire qui l'obsédait. Pour faire diversion à ses regrets, il entreprit d'écrire un manuel de piété à l'usage des séminaristes. Ecrit sous l'aiguillon de cette nostalgie, ce petit traité est plein de l'onction la plus tendre, la plus sensible, avec une intensité de sentiment qui ne se retrouve dans aucune autre œuvre du cardinal. On y voit aussi percer un curieux indice d'apai-
sèment. Dans les prières de la messe, au Mémento, se trouve cette mention : « Répandez, Seigneur, vos grâces les plus précieuses sur le Pape, l'archevêque et sur le roi très chrétien qui nous gouverne, successeur des plus fermes appuis de noire religion. » Il y a loin de ce simple Mémento aux préventions premières que le cardinal avait crues irréconciliables.
Il se produisit toutefois, à ce moment, une série d'incidents qui auraient été de nature, les uns à décourager les velléités de retour du cardinal vers le gouvernement de Juillet, les autres à aggraver contre M. de Rohan les préventions du pouvoir.
Le premier de ces incidents, qui eut un caractère dramatique, tant par ce qu'il fut en lui-même que par les conséquences qu'il entraîna, fut la visite du roi Louis-Philippe à Besançon, en juin 183t. A la réception des corps constitués el lorsque le clergé fut présenté à Sa Majesté, il y eut comme l'impression que le rôle principal était joué là par un absent que chacun sentait présent, le cardinal. Le doyen des vicaires généraux, qui, soutirant, avait pris sur lui de ne pas se dérober à sa mission, avait préparé, dans le silence du cabinet, son allocution au roi, avec la préoccupation de la réserve qui, dans une telle harangue, s'imposait à la parole d'un prêtre, et aussi de ne pas sembler condamner trop hautement par son attitude celle dé son archevêque. En se trouvant face à face avec le roi, le doyen fut nomme saisi par l'émotion ambiante qui transpi-
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rait de l'assemblée, et, au lieu d'essayer de sauver la situation en articulant résolument les quelques mots qu'il avait à dire, il les balbutia d'une voix tremblante qui en aggrava rinipression. « Sire, avait-il dit, le clergé de la ville et du diocèse de Besançon vient, par notre organe, olï'rir à Votre Majesté l'hommage du respect et de la soumission que la religion elle-même commande envers les dépositaires du pouvoir. » Le roi répondit : « Je suis persuadé de la sincérité de vos vœux,mais j'estime qu'il faut quelque chose de plus que la soumission aux lois, ilfaut que Ton croie que vous entretenez l'esprit d'obéissance et d'afïection pour le gouvernement, qu'il est de votre devoir comme de votre intérêt de recommander. Permettez-moi devons dire que j'ai trouvé que cela manquait à votre discours. »
Relue aujourd'hui comme un document historique, la réponse du roi semble sévère. Mais, articulée comme elle le fut d'un ton vibrant, acéré, et indiquant clairement que la leçon portait audelà et au-dessus du vicaire général, cette réponse fut comme une étincelle dans un milieu chargé d'électricité; l'effet en fut foudroyant. Le malheureux vicaire général rentra chez lui chancelant pour se mettre au lit, et mourut huit jours après.
Un autre incident fut une mesure de persécution dont on atteignit le cardinal et dans la personne de son plus fidèle ami. L'abbé Dupanloup, au moment où il était parti pour Rome, était catéchiste des enfants du roi Louis-Philippe, et la reine Marie-Amélie l'avait en haute estime. Le
ministère Laffite, informé qu'un prêtre, investi (le la confiance de leurs Majestés, s'était ouvertement affiché à Uome avec un prélat en rébellion contre le gouvernement, mit la reine en demeure d'avoir à retirer son titre de catéchiste à l'abbé Dupanloup. La reine ne put que se soumettre. Un ne saurait, sans l'outrager, faire peser cette mesure d'absurde rigueur sur la mémoire de xM. de Sainte-Aulaire; si l'on n'avait à l'en défendre, il suffirait de constater que dans toute sa correspondance, il n'est pas fait la moindre allusion à l'abbé Dupanloup, qui n'a été frappé par M. Mérilhou que sur la dénonciation de la presse jacobine. Si l'abbi' avait été mis en demeure de se justifier, il lui aurait été facile de le faire, car, loin de conspirer avec M. de Rohan. il n'avait fait que seconder efficacement les vues du gouvernement de Juillet par son intervention dans l'allaire de l'Avenir.
Le troisième incident, qui interrompittoute relation entre M. de Sainte-Aulaire et le cardinal, et qui aurait pu entraîner pour lui l'aggravation de ses rapports avec le gouvernement français, fut l'arrivée en Italie de Madame la duchesse de Berry'. La princesse avait entrepris cette sorte de croisade contre le gré formel des exilés d'Holyrood et dans le but de se conférer, de sa propre autorité, le rôle de régente qu'on lui contestait. Elle n'avait pas même l'approbation de ses amis les plus dévoués, et M. de ('haleaubriaiid lui écrivait: « Vous
\. La (Iiicliosse écrivait le 31 juillet à la comtesse de Mcdray : « Vous aile/, êti'c étonnée, ma chère Suzette, de nie savoir dans notre belle Italie; je vus prendre les eaux de Lucques pour mes reumatismes. »
ne trouverez, en France, ni un trône, ni une tombe ; ce qui pourrait arriver de plus funeste à la petite fille de Henri IV serait d'être prise, jugée, condamnée et graciée. »
Le 11 juillet 1831, M. de Sainte- Aulaire ayant été informé, de Paris, par dépêche chiffrée, que la princesse quittait Turin pour se diriger sur Rome, s'empressait d'en conférer avec le Pape. « Sa Sainteté, écrit Tarahassadeur, m'a donné l'assurance qu'elle ne laissera pas aux ennemis de la cour pontificale un prétexte pour la représenter comme un foyer de conspiration carliste et il m'a demandé défaire immédiatement connaître au cardinal secrétaire 'd'Etat toutes les circonstances du séjour de hi princesse qui pourraient paraître dangereuses ou inconvenantes'. »
Si M. de Hohan, en raison du culte qu'il avait toujours eu pour les exilés, s'était montré respectueusement empressé auprès des ex-reines de Naples et de Hollande, quelle considération aurait pu le retenir quand il s'agissait de porter l'hommage de son inviolable attachement à celte régente de France qui l'avait si constamment honoré de sa bonté, en l'associant, mieux qu'à ses joies, à ses malheurs. Le (jardinai s'attacha aux pas de la princesse et l'accompagna dans toutes ses stations. Une chapelle cardinalice devait se tenir à l'occasion de la Saint-Charles, dans une église sous la protection de l'Autriche, et la duchesse de Berry, qui devait y assister, avait préparé à cette occa-
i. Aff. Etrang.. Rome, vol. 970, f" 133.
sion une manifestation hostile au ^ouvememonl de Juillet. M. de Rohan essaya de quelques conseils de modération, faisant observer que de tels agissementspourraientsusciterde sérieux embarras au gouvernement Romain; Son Altesse n'en fit, comme d'habitude, qu'à sa tête. Si Madame avait encore été à l'Elysée, Rohan aurait pu se dérober; mais elle était en exil, il la suivit. Heureusement, le Pape, informé de ce qui se préparait, lit annoncer qu'il ne se rendrait pas à la cérémonie; tout le corps diplomatique s'abstint, et Madame en fut pour sa petite conspiration.
En véritable conspiratrice qu'elle était, du reste, la princesse s'entendait à dépister la police de l'ambassade, semant habilement de faux bruits sur ses projets, ses déplacements et l'ambassade y était souvent prise. M. de Sainte-Aulaire disait notamment au ministre, dans le post-scriptum d'une dépêche du 13 décembre : « Madame la duchesse de Berry, arrivée hier à Rome, continue demain sa route surLucques'. » Or ce lendemain, était le 14 décembre et, ce jour-là môme, la duchesse contractait mariage, à Rome, avec le comte de Lucchesi-Palli ; c'était le P. Rosaven qui avait béni leur union morganatique et le cardinal de Rohan qui célébrait leur messe de mariage. Voici la traduction de l'acte de ce mariage qui a été écrit de la main du P. Rosaven :
u Je, soussigné, cerlilie que Son Altesse Royale Marie-Caroline-Ferdinande-Louise, Madame, du-