‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 95 sur 107 · Journal, t. MI. p · texte numérisé non relu

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ébranlé, en dévoilant, an Mo/ri/eur, les faiblesses d'nne princesse royale, nièce de la reine. Mais n'est-ce pas une preuve éclatante de Taberration de ces temps qu'un homme tel que M. de Falloux, le plus éclairé et le plus fidèle des légitimistes, en apprenant l'accouchement de la princesse soit allé à la Haye, oii Lucchesi résidait depuis dix-huit mois comme représentantdu roi de Naples,que là, n'admettant pas un instant le mariage d'Italie, il se soit livré à une enquête enfantine à l'issu de laquelle il affirme que Lucchesi n'a pas quitté la ville un seul jour pendant toute la période utile. (jLioi, Lucchesi étaitdonc un personnage assez historique pour que, à ce moment oii rien n'éveillait l'attention sur lui, sa piste ne fut pas perdue l'instant de raison qui lui aurait suffi à rejoindre sa femme et à devenir responsable de sa grossesse autrement que par la i\ct\on pafer isest... M. de Falloux clôture son procès-verbal par la déclaration ci-après : « J'ai trouvé, ici, des gens assez accueillants pour me permettre de leur demander si, sur le jugement intime qu'ils portaient du caractère de Lucchesi, ils le croyaient capable de se prêter à un arrangement peu honorable; ils m'ont répondu : « Oui, surtout par légèreté'. »

On est confondu de voir un galant homme, tel que M. de Falloux, se permettre, sur une princesse qui était au moins la mère incontestable de son roi, une pareille indignité, et l'on se demande s'il en espérait un accroissement de prestige et d'honneur

1. Lettre de M. de Falloux à Henri de Castellane {Journal du maréchai,t.lU, p. 80).

pour le patrimoine de cette dynastie à laquelle il avait juré foi et hommage?

Il y a une dernière question à se poser; comment la princesse, qui pouvait se justifier pleinement en faisant appel au témoignage d'hommes tels que le P. Rosaven et M. de Rohan, s'est-elle courbée sous la calomnie qui a pu ainsi s'enraciner dans la légende. C'est, a-t-on dit, par entêtement pour ses droits de régente dont elle craignait que la publication de son acte de mariage ne la dépossédât; c'était aussi pour sauvegarder son titre de duchesse de Berry, d'enfant de France, et échapper à l'injure qu'avait imaginée M. de Blacas, dans sa brutalité de parvenu tout puissant : il n'appelait la princessse que /a femme Lucchesi. Ces deux arguments ne sont pas soutenables, car, à supposer qu'on admette cette morale particulière aux races royales, d'après laquelle l'honneur doit être sacrifié à la dignité, quelle aggravation la publication de son acte de mariage aurait-elle ajouté à la révélation qu'elle avait faite de ce mariage, et qui avait été insérée au Moniteur du 25 février. Il y a une autre explication à son silence, c'est ce que, depuis un an, elle avait enduré de persécutions, de violations de toutes ses pudeurs. Elle avait eu toute sa bravoure béarnaise pour afTronter les bleus et les procédés de M. Thiers, il ne lui en restait plus devant le débordement de ce torrent de boue qu'elle aurait été impuissante à endiguer; elle renonça à se justifier, à bout de force et saturée de dégoût, elle avait dit : «J'en ai assez ! »

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