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CHAPITRE XII

... Ultinia semper Expectanda dies honnni, dicique beatut Ante obitum nenio supremaque funera débet.

Non, certes, quels qu'aient pu être les succès et la gloire d'un homme, il ne faut pas se hâter de parler de son bonheur; tant qu'il reste vivant, sa fortune peut changer en un jour :

Ne proclamons heureux nul homme avant .sa mort \

Et comme elle s'applique bien, cette grave sentence de l'antiquité, à celui qui, après être resté longtemps le plus populaire des princes de l'Église, s'en est trouvé tout d'un coup le plus discuté, et qui, n'ayant jamais rencontré de vraies résistances dans ses entreprises les plus hardies, a vu, pour une dernière action, son nom livré à toutes les attaques; à celui qui, traité en frère par le pape et en égal par les chefs d'État, longtemps admiré par les catholiques comme un apôtre et loué comme un patriote par les ennemis de la religion, a été, sur la fin de sa vie, regardé comme un transfuge par beaucoup de ses amis, empressés à le maudii^^ et par beaucoup de ses adversaires, pleins de mépris pour ce qu'ils appelaient ses avances insidieuses!

* Dernier vers d'CEdipe roi.

Bien des années encore on discutera sa mémoire. Déjà, pourtant il semble que le jugement plus impartial de la postérité commence à se substituer au double excès des louanges anciennes et des récentes injures.

Lorsque son corps, au milieu de splendides honneurs, eut quitté pour jamais cette cathédrale d'Alger qu'il avait rendue illustre, tant de canons français sonnèrent le deuil de la patrie, que leur grande voix étouffa le bruit des dernières discussions. Et tandis qu'un navire national l'emmenait en silence le long des côtes africaines , et qu'étendu dans le cercueil de velours rouge entre une croix et un drapeau tricolore, il s'en allait, faisant sa dernière course apostolique, instinctivement aussi les hommes se calmèrent et le respect les saisit. Aujourd'hui tous comprennent que, malgré ses imperfections, il est bien peu de contemporains qu'il n'ait dépassés, et que son nom est fait pour traverser les siècles.

L'heure, sans doute, n'est pas venue de pressentir déjà les définitifs jugements de la postérité. Et cependant, après avoir étudié de si grandes choses, comment ne pas s'arrêter devant la figure même de celui qui les a faites? comment, le chefd'œuvre admiré, ne pas se demander quel était l'artiste?

Celui dont tous les penchants supérieurs se seraient développés sans contrainte et presque sans limites, à la lumière d'une vaste intelligence et sous la poussée d'une volonté de fer, devrait-il être regardé comme un des types les plus accomplis du grapd homme? Je ne sais; mais il ressemblerait étonnamment à ce que fut le cardinal Lavigerie.

On a affirmé de lui les choses les plus contradictoires. Elles étaient toutes vraies, parce qu'il a déployé, dans presque tous les sens , les énergies de sa riche nature. La religion et le patriotisme ont donné à l'ensemble de son œuvré la grandeur que chacun sait. Mais , alors même que l'amour de la France et de l'Église n'eût pas dirigé vers des fins invariables l'exercice presque démesuré de toutes ses puissances, sa vie, pour être moins féconde, n'en eût peut-être été que plus agitée; il n'eût peut-être fait aucun bien durable, mais il eût fait autant ou plus de bruit encore. Nul n'a eu plus

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d*idées, et nul n'a moins hésité à les faire passer en actes, en sorte qu'il donnait vraiment l'extraordinaire impression d'un homme qui fait tout ce qu'il veut.

Parmi de grandes quahtés, il avait ses défauts, et il se maintenait assez loin de ce qu'on pourrait appeler la perfection ennuyeuse. Ce n'est, par exemple, un mystère pour personne, que, dans les rares circonstances où la réflexion n'avait pas le temps, en quelque sorte, de régler les premiers élans de sa vivacité impétueuse, il lui arrivait de dépasser les bornes, sinon peut-être de la justice, au moins de la patience et de la modération. Mais la conscience reprenait vite ses droits, et spontanément, lorsque c'était encore possible, il réparait ses torts avec une bonté incroyable. De là vient qu'on a pu le croire à la fois et le plus dur et le meil^ leur des hommes.

La légende, sans doute, s'en est mêlée dans une lai^ mesure, et nous ne croyons guère à tous les rudoiements qu'on lui attribue à l'égard de ses secrétaires. Il reste vrai cependant qu'il céda trop aux premières impulsions du mécontentement, surtout dans sa jeunesse, et qu'il sévit plus d'une fois avec une rigueur précipitée contre des prêtres que leur qualité même aurait dû protéger. On se rappelle encore, à Nancy, avec quelle raideur il cassa de ses fonctions le vénérable supérieur du grand séminaire, et à Alger, comment il révoqua, en pleine cathédrale, un de ses vicaires généraux qui venait de lui résister à propos d'une cérémonie. Quant aux brusqueries qui lui échappaient vis-à-vis de son entourage, et qu'explique la multitude de ses occupations, elles étaient d'ordinaire, quand elles prenaient de l'importance, suivies d'une compensation affectueuse ou honorable. Tel chanoine d'Alger a gagné son camail en recevant sans broncher les violents reproches de l'archevêque.

Faut -il rapprocher de ces emportements trop réels, bien que fort rares , ce qu'on a appelé l'esprit tyrannique de l'archevêque d'Alger? Ce serait une grosse injustice. Sans doute Mgr Lavigerie commandait en maître, et ses ordres étaient, si Ton veut, plutôt d'un général que d'un prélat. Mais avait-il

le temps d'expliquer à chacun la raison de ce qu'il fallait faire, et n'est-ce pas une nécessité, quand on meut tant de ressorts complexes, quand on mène des négociations avec tant de personnages et en tant de pays à la fois, d'exiger la plupart du temps une obéissance aveugle? Voyez -vous un général en chef, dans le feu de la bataille , expliquant à ses aides de camp le motif des ordres qu'il leur fait transmettre? Ses collaborateurs intelligents ne s'en plaignaient pas : c Le cardinal a son idée, > disaient- ils; et il ne leur en coûtait point d'agir d'abord, sûrs qu'ils étaient de comprendre ensuite.

Us savaient aussi qu'en dehors des récompenses prodiguées à leur zèle, le cardinal avait ses heures d'abandon et de confiance, où les paroles les plus aimables les reposeraient de cette sorte de contrainte; car celui qu'on a représenté comme sacrifiant tout et tous à ses idées et à ses actes, possédait encore, parmi tant de dons extraordinaires, le cœur le plus tendre et le plus délicat : il savait aimer comme une mère.

On nous pardonnera de citer ici, à ce propos, deux traits qui mettent bien en relief certains aspects peu connus de son caractère. Au printemps de 1890, lors des grandes fêtes de Carthage, il y avait, à l'infirmerie du séminaire de Saint- Louis, un jeune novice hollandais que le soleil d'Afrique ne pouvait sauver de la phtisie. En arrivant de Biskra pour organiser les cérémonies, le cardinal Lavigerie voulut voir ce pauvre enfant qui mourait si loin de son pays. Son premier soin fut de le faire transporter de l'infirmerie commune à la chambre épiscopale qui lui était réservée au séminaire; et pendant les deux mois qu'il demeura en Tunisie, même au temps de ses occupations les plus absorbantes, il ne manqua presque jamais d'aller de son palais de la Marsa lui faire sa visite quotidienne. Lorsqu'il lui était absolument impossible de sortir, il envoyait un vicaire général ou un secrétaire porter des fleurs à son petit malade.

Vers le mois de novembre 4889, un séminariste du Luxembourg, également phtisique, vint en Afrique pour passer l'hiver au grand séminaire de Kouba. Le voyage l'épuisa tellement, qu'en débarquant à Alger il eut à peine la forae 4^ se

traîner jusqu'à rarchevêché. Or la Providence voulut que ce même jour, à la même heure, le cardinal descendît de Saint- Eugène pour des affaires urgentes. Il rencontra le séminariste, l'interrogea paternellement et fut si touché de son état qu'il l'emmena avec lui dans son palais, Ty installa confortablement, fit môme construire un corridor, afin qu'il n'eût pas à traverser la cour pour se rendre de sa chambre à la salle à manger, et enfin le soigna lui-même comme une vraie gardemalade ou plutôt comme une mère. Le plus étonnant de l'affaire, ce fut que le séminariste s'habitua vite à ce régime et le trouva très naturel; il devint même si exigeant, que le pauvre cardinal en eut assez à souffrir, malgré ses efforts pour le satisfaire. Le mois de janvier, très pluvieux cette année-là, aggravant l'état du malade , les médecins ordonnèrent qu'il fut conduit à Sfax ou à Biskra. Mais il voulut absolument que son grand ami l'y conduisît lui-même, et ce ne fut qu'en promettant de l'aller rejoindre que le cardinal put le décider à partir pour Biskra avec un de ses secrétaires.

Tant d'autorité, qui le faisait respecter de tous et redouter de quelques-uns; tant de bonté, qui le faisait aimer de plusieurs jusqu'au sacrifice : voilà sans doute, au moins en partie, le secret de son prestige. Il a eu ce rare privilège d'en imposer plus à son entourage qu'au public, et de paraître de près encore plus gi*and que de loin. Cela tient probablement à ce qu'à vivre dans sa sphère d'influence on comprenait mieux l'importance de ses œuvres, mais c'est surtout qu'il exerçait une sorte de fascination par ce que j'appellerais volontiers l'excès de ses diverses qualités. Toujours extraordinaire dans sa façon d'être, toujours le plus sévère ou le plus tendre, le plus digne ou le plus familier, il répandait autour de lui, non pas sans en avoir conscience, mais ordinairement sans le chercher, l'impression d'un homme supérieur à qui nul n'a le droit de résister.

De là encore, dans ses habitudes extérieures et son genre de vie, ces apparences extrêmes qui ont si souvent égaré l'opinion, quelques-uns admirant son austère simplicité, et la plupart ne parlant que de son luxe. Ils avaient tous raison.

Le cardinal Lavigerie fut, dans sa vie privée, le plus simple et le plus austère des évêques; il en fut, au dehors, le plus magnifique. Mais qu'il resta loin, dans son prétendu faste, des ridicules amplifications de la légende! N'a-t-on pas écrit, au lendemain de sa mort , dans un journal qui se prend au sérieux, qu'il lui fallait une frégate à lui seul quand il traversait la Méditerranée, et qu'il parcourait les pays étrangers avec une suite royale? Le seul navire frété pour lui a été celui que le gouverneur de l'Algérie, noblement inspiré, a obtenu de l'État pour conduire sa dépouille mortelle d'Alger à la Goulette \ Sa suite royale, en voyage, se composait de son domestique et d'un ou deux secrétaires. Les Pères Blancs qu'on voyait autour de lui à Paris étaient ceux qui résident habituellement dans celte ville, à la Procure des missions d'Afrique.

Deux ou trois fois par an, tout au plus, il recevait les personnages marquants du clergé et de l'administration civile et militaire, et alors on peut dire qu'il agissait en prince. Tout le reste du temps il suivait le régime sévère de ses religieux, les Pères Blancs , et pas un seul dessert ne se montrait sur sa table. Ses repas étaient fort courts, et il regrettait comme perdu le peu de temps qu'il y consacrait.

Familier, moqueur, plein de traits imprévus et toujours original dans ses entretiens ordinaires, il reprenait naturellement le ton de la majesté quand se présentait un personnage de marque ou lorsqu'un de ses interlocuteurs, mis trop à l'aise par son abandon, manquait en quelque manière au respect qui lui était dû. Aussi la plupart de ses familiers, même ceux qui lui étaient le plus attachés, avaient pris l'habitude de se taire le plus possible en sa présence, et c'était un frappant spectacle pour les visiteurs que ces chanoines, ces vicaires généraux, ces prélats romains, gardant à table ou au salon le même silence qui chez nous, dans le monde, est le lot des enfants.

Et cependant il entendait la plaisanterie, ou plutôt disons

1 II est vrai, cependant, qu'au début de son séjour en Tunisie, le gouvernement avait mis à sa disposition un petit croiseur, le Hussard, pour les nombreuses courses qu'il lui fallait faire dans la Méditerranée.

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qu'il l'aimait, car nul n'avait Tidée de s'attaquer à lui. Condamné dès lors à plaisanter seul, il en usait sans parcimonie, et c'était l'entourage qui faisait les frais. Il eût manqué à la tradition épiscopale en ne se moquant pas un peu de son coadjuteur avec succession, Mo^ Dusserre, qui acceptait, du reste, ses bons mots avec un calme au moins apparent. Un jour, dans une grande réunion, après avoir parlé d'un médecin dont les remèdes avaient failli le tuer, il se tourna vers l'archevêque de Damas :

€ Vous le connaissez. Monseigneur? :» lui demanda-t*il. Et Mo"" Dusserre de répondre innocemment :

€ Mais non, Éminence.

— Alors je vous demande pardon ; mais c'eût été si naturel ! »

Et aux fêtes de Carthage, à l'archevêque de Cagliari, qui lui commentait en vers latins le toast habituel : Ad multos annos, il dit en l'interrompant d'un air confidentiel :

« Faites attention qu'il y a là mon coadjuteur. >

N'insistons pas sur ce côté un peu secondaire du caractère du cardinal Lavigerie. On sait assez qu'en bon Gascon il aimait à rire et à se moquer du prochain; quelques-uns de ses tours de jeunesse sont restés légendaires à Saint- Sulpice et à l'école des Carmes; et plusieurs de ses mots cruels, qu'il ne convient pas de rappeler, ont fait fortune aux dépens de personnages haut placés. Étant donnée la gfavité réelle et apparente de sa vie et de son attitude, c'était, dans cet homme extraordinaire , un contraste de plus, et non le moins frappant.

Mais souvent il ne faisait appel au rire que pour cacher son émotion. Nature vibrante et impressionnable à l'excès, il lui suffisait d'un mot ou d'une pensée venant du cœur pour être ému jusqu'aux larmes. C'était alors pour se donner une contenance, qu'il s'empressait de se moquer de lui-même ou des autres :

« Demandez à Mgr Livinhac de vous bénir en même temps que moi, disait-il un jour au clergé de Fontainebleau, rappelez-vous les épreuves qu'il a souffertes pour Jésus- Christ, et pensez , Messieurs , que ses mains ont porté les Uens du marlyi^e. >

Voyant rattendrissement des auditeurs et le sien même , il se hâta d'ajouter :

<t Avec ces mains-là, moi, quelles riches ^ quêtes j'aurais pu faire ! i>

Cette finesse parfois redoutable n'était que la moindre qualité de son intelligence. Rarement on en aura vu de plus prompte et de plus étendue. L'étude Tavait encore agrandie et rendue plus souple. Dès le petit séminaire et à Saint-Sulpice, il sut se faire distinguer d'un maître comme Mfl^ Dupanloup et parmi des condisciples comme les futurs cardinaux Langénieux et Foulon. Nous avons parlé au commencement de ce livre de ses quatre doctorats et du succès que, tout jeune encore , il obtint comme professeur à l'école des Carmes et à la Sorbonne*.

Avant d'être absorbé par ses travaux apostoliques , il compose plusieurs ouvrages. Licencié es lettres, il édite des auteurs grecs et latins, des cours de versions et de thèmes grecs, un Dictionnaire grec- français, une Histoire sainte et une Histoire de VÉglise abrégée. Docteur es lettres à l'âge de vingt -cinq ans, il donne au public sa thèse française sur YÉcole chrétienne d/Èdesse et sa thèse latine sur Thistorien Hégésippe. Professeur d'histoire ecclésiastique à la Sorbonne, il renouvelle l'intérêt des questions qui font l'objet de son cours, comme il est facile de s'en convaincre en Usant ce qui en a été publié dans ses Leçons sur le jansénisme. S'il a quitté trop tôt la carrière des lettres pour y laisser un sillon durable, du moins a-t-il gardé de ses fortes études une vue très juste de toutes les questions d'histoire ou de littérature , et une grande aptitude à s'assimiler les matières d'érudition religieuse ou profane qu'il lui fallait connaître pour l'honneur et le progrès de ses œuvres. C'est sur son ordre que le P. Delattre s'est mis à étudier, avec tant de succès, les antiquités de Carthage. Lui-même a écrit des pages savantes sur saint Martin, sur Saint -Louis de Carthaf?e, sur Sainte-Anne de Jérusalem et sur la mission du Sahara.

* Cf. chapi I, pages 13- 16^

Personne n'était plus familier que lui avec l'admirable histoire des anciens diocèses d'Afrique; il possédait presque de mémoire le long ouvrage que leur a consacré, au commencement de ce siècle ) le religieux italien Morcelli; il avait même entrepris d'en faire paraître une traduction, que Ms^ Toulotte devait mettre au courant des nouvelles découvertes. Aussi ses lettres pastorales et ses discours sont-ils remplis des souvenirs de saint Augustin, de saint Cyprien, de Tertullien, de sainte Félicité, de tous les grands martyrs et docteurs qui illustrèrent jadis les nombreuses Églises de l'Afrique romaine.

11 écrivait et parlait le latin classique avec une étonnante facilité. A soixante-cinq ans, il dictait sans notes à ses secrétaires, dans celte langue, les convocations du concile de Carthage et les décrets qui devaient être présentés aux Pères.

En français, son style, qui n'était pas exempt d'un peu d'emphase oratoire, échappait toujours au convenu : dans ses discours ou écrits solennels, par l'élévation et la force de la pensée, la chaleur de l'inspiration et l'éclat des images; dans sa correspondance, par l'abandon, la bonne grâce, l'esprit, ou encore, lorsqu'il le fallait, par une étonnante vigueur d'écrasement. Le député algérien Wamier, qui fit supprimer à la Chambre, en 1874, le crédit voté jusque-là pour les orphelins arabes, reçut de lui une lettre dont il ne put jamais se relever.

Ses deux chefs-d'œuvre en fait de grande éloquence nous paraissent être sa lettre sur la consécration de la basilique de Garthage, et le discours qu'il prononça en 1875, dans la cathédrale d'Alger, pour l'inauguration du service religieux dans l'armée d'Afrique. Ce dernier pourrait môme prendre place parmi les plus belles joeuvres de la chaire française. 11 triomphait surtout dans l'improvisation, et dans ses der* nières années il improvisait toujours. Ses causeries pleines d'esprit, de naturel, de traits inattendus et souvent pathétiques, exerçaient le charme le plus séduisant.

Mais que parlons-nous de ses qualités littéraires? M9f Lavigene n'a jamais écrit pour écrire. Il a dit ce qu'il avait à dire au jour le jour, comme missionnaire et comme évêque;

et son langage, comme tout en lui, était encore de l'action. C'est pour cela que beaucoup de ses écrits, dignes d'être gardés longtemps pour Fexcellence de leur forme, mériteront encore une plus longue durée par l'intérêt des matières qu'ils traitent. Qu'il raconte sa mission de Syrie; qu'à propos de ses orphelins arabes, il fasse appel à la pitié des chrétiens de France ou à la justice du gouvernement alj^^érien; qu'il prononce l'éloge funèbre de Pie IX ou celui de nos généraux; qu'il expose la mission de la France et de son armée en Afrique; que, dans sa première lettre d'archevêque, il entretienne ses diocésains du passé, du présent et de l'avenir de l'Algérie; qu'il émeuve les capitales de l'Europe sur le sort des esclaves noirs, ou que, au moment de relever le siège de saint Cyprien, il retrace, à la manière de Bossuet, les étonnantes destinées de cette Carthage qu'il a fait sortir une quatrième fois de ses ruines : tout ce qu'il dit touche aux grands événements de ce siècle, et tout prend Timportance d'un document historique.

Faut-il rappeler les bruits qui coururent à plusieurs reprises sur sa candidature à l'Académie? On sait qu'en 1884, invité par le secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions à se présenter dans cette section de l'Institut, il le remercia de cet honneur par une lettre publique, et que, sans se prononcer bien nettement sur son acceptation éventuelle, il refusa de solliciter les suffrages suivant la règle établie : « Que dirait-on de moi, expliquait-il, si pendant que les miens ne cherchent que les palmes du martyre, on me voyait briguer les palmes de l'Institut? Un tel rapprochement est condamné par son expression même. Il y a vraiment là incompatibilité, et il faut me laisser dans ma barbarie. :^ A la fin de 1889, l'auteur de ce livre lui ayant demandé si, pour l'honneur du clergé, il n'entrerait pas volontiers à l'Académie française, il répondit qu'il acceptei;ait peut-être , si on l'exemptait des démarches : a Encore faudrait-il savoir, ajouta-t-il, à qui je devrais succéder. Me voyez-vous faisant l'éloge de l'auteur comique qu'on vient de remplacer? (C'était, je crois, M. Labiche.) Qu'est-ce que je pourrais bien dire sur son compte? Je ne vois qu'un siège qui puisse un jour me convenir : celui de M, de

Lesseps; il sépare les continents, et moi j'essaye de les unir. D

On ne saurait regretter que l'Institut de France ne lui ait

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pas ouvert spontanément ses portes. Nous ne voulons pas dire que sa personne était au-dessus, mais elle était en dehors de ce genre spécial d'honneurs. Le terme d'académie implique, malgré tant d'exemples du contraire, quelque chose de peu compatible avec l'action, et Ma»" Lavigerie était surtout un homme d'action. Ce fut si bien là son caractère dominant, qu'on aura peut-être élé surpris de nous voir tant insister sur ses autres qualités; nous l'avons fait précisément parce qu'elles étaient moins connues.

Rien ne lui manquait de ce qui fait les conducteurs d'hommes et les ouvriers des grandes choses. Il saisissait d'une vue rapide et sûre le but à atteindre; il s'exaltait lui-même par la pensée de la grandeur de l'œuvre, et il communiquait l'enthousiasme à tous ceux dont le concours était désirable. On a cru parfois qu'il manquait d'esprit de suite, pour l'avoir vu modifier sur quelques détails le plan de ses opérations. Mais les opérations elles-mêmes étaient presque toujours à longue échéance. En ce qui intéressait plus gravement sa mission d'apôtre chrétien et de Français civiUsateur, il poussait la pénétration jusqu'à deviner l'avenir, en quelque sorte, et il prenait de si loin ses mesures qu'on était tout surpris, l'événement arrivé, de le trouver toujours prêt à en tirer parti pour le bien du pays et de l'Église. On l'a bien vu dans le soin qu'il prit d'établir ses missionnaires à Garthage six ans avant Toccupation de la Tunisie , et lorsqu'il se fit nommer délégué apostolique du Sahara et du Soudan plus de vingt ans avant que ces immenses régions fussent soumises à notre zone d'influence. Combien durent ne voir dans ce dernier acte que l'intention d'étonner le public par un titre plus sonore que réel!

Le même homme qui, dans la conception de ses plans, poussa l'esprit de hardiesse jusqu'aux limites extrêmes au delà desquelles il n'est plus que l'esprit d'aventure, ne se mouvait pas avec moins d'aisance dans l'exécution et dans

la pratique. Il ne s'effrayait pas des plus grands moyens : il ne dédaignait pas les plus humbles.

A-t-il, à Nancy, une difficulté avec le nonce, il quitte sa ville épiscopale sans avertir personne, et va s'expliquer avec le pape, qui lui donne gain de cause. S'il est contrario dans ses œuvres par un gouverneur d'Algérie, il saisit de raffidre l'opinion publique, va trouver le chef de l'État et obtient satisfaction. Pour combattre la plaie de l'esclavage, il décide qu'il parcourra les capitales de l'Europe, qu'il y organisera des meetings, des conférences, des comités, qu'il s'assurera le concours des hommes les plus en vue de chaque nation ; et il le fait. Pour évangéliser l'Afrique , il n'entreprend rien moins que de fonder un ordre destiné à cette seule fm, une armée de missionnaires qui , dès le noviciat et dans le cours entier de la vie, porteront le costume et suivront les habitudes extérieures des habitants de l'Afrique; et cette œuvre, la plus importante de sa vie, est celle où il réussit le mieux.

Dans le détail des affaires, sans doute, il fait fond sur le dévouement ou l'obéissance de ses collaborateurs. Mais ils n'agissent guère que sous ses ordres, et il dirige tout par luimême. Chaque matin il lit en entier sa vaste correspondance, et, tel du moins que nous l'avons connu vers la fin de sa vie, à demi paralysé de la main droite, il dicte toutes les réponses à ses secrétaires. De tous les postes qui dépendaient de lui, celui-là était sûrement le plus laborieux et, en général, le moins envié. Le grand vicaire sur lequel il s'appuyait le plus était littéralement écrasé de travail, et il n'avait, disait-il, de repos et de vacances qu'en bateau ou en chemin de fer, lorsque le cardinal l'envoyait tout d'un coup ^ pour affaires plus graves, à Tunis, à Rome, à Paris, à Bruxelles,

Rien ne lui coûtait dans l'exécution d'un acte qu*il avait jugé nécessaire, ni sa peine, ni celle des autres , et Targent moins que tout le reste : c Une question d'argent ne m^a jamais arrêté, d aimait-il à dire.

Son activité s'exerçant au loin et sur des œuvres plus sérieuses dans leur fond que faciles à constater, il lui fallait, pour entretenir le zèle de la charité, frapper souvent Topinion par des écrits, des assemblées, des cérémonies, enfin

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par une sorte de mise en scène qu'on a parfois appelée théâtrale, mais qui, en somme, était aussi légitime qu'efficace. Si grandioses que fussent les apparences, elles ne dépassaient point la réalité; et, d'autre part, chacun de ces coups d'éclat dérivait les ressources de la bienfaisance publique sur des fondations utiles, sur les orphelins, les esclaves affranchis, tous les pauvres clients de nos missions.

On lui a notamment fait un grief de ses fréquents recours à la publicité, et il est vrai qu'il a accompli peu de choses importantes sans en confier le récit à la presse, aux bulletins de ses œuvres, à ses lettres pastorales. Mais eût- il fait de si grandes choses, s'il avait pratiqué l'amour du silence et l'humilité du cloître? Et l'abnégation de soi n'a-t-elle donc qu'une formule? Chacun fait le bien à sa manière, dit vigoureusement saint Paul : alius sic, alius vero sic. Le cardinal Lavigerie, en grand homme d'action qu'il était, considérait comme son premier devoir de réussir dans ses entreprises, et, tant que la conscience n'avait rien à dire, il sacrifiait tout le reste au succès.

Peut-être cependant ne reculait-il pas assez lorsqu'il s'agissait de sacrifier les hommes eux-mêmes. Non pas, certes, qu'il ait abusé du dévouement de ses missionnaires pour les exposer à la mort, comme d'aucuns l'ont grossièrement cru; il a dû souvent modérer le zèle de ses Pères Blancs, il n'a jamais eu besoin de l'exciter. Mais il a donné lieu de penser plus d'une fois qu'il oubliait trop facilement les services rendus; et, en effet, d'éminents collaborateurs ont été traités par lui comme de simples instruments que, l'œuvre faite, on abandonne. Sans doute, la légende qui s'est emparée de lui, de son vivant même , avec une complaisance qu'elle réserve d'habitude aux morts, la légende a répandu sur ce côté de son caractère, comme sur beaucoup d'autres, d'étonnantes exagérations; mais on ne pourrait vraiment pas dire que sans cesse il eut devant les yeux cette maxime si juste et si profonde, bien qu'un peu emphatique, du philosophe de Kœnigsberg : « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, en toi-même et en autrui, toujours comme une fin, jamais comme un moyen. » De là vient peut-être que, tout compte

fait et malgré des traits de bonté touchants, il a provoqué plus d'admiration que d'amitiés durables.

Mais il n'existait rien au-dessus de lui pour ceux qui subissaient d'un peu loin son heureuse influence, et ils l'aimaient passionnément. Ce que Napoléon était pour ses soldats, il Tétait, lui, pour ses missionnaires, pour ses orphelins, ses Arabes, ses nègres, pour ceux qui formaient en quelque sorte son peuple, et dont il était à la fois la providence et le héros. Le brave nègre à qui il daignait appliquer un soufflet, en guise d'amitié, en demeurait fier toute sa vie.

Sans doute il n'a pas vécu sans s'attacher de fortes afl'ections, mais c'est surtout par le prestige qu'il a conduit les hommes.

Le prestige, — cet éclat indéfinissable qui rayonne autour des esprits vraiment supérieurs et s'impose même aux regards des ennemis, — ai-je assez fait comprendre comment, avec ses immenses qualités et ses quelques défauts, ce grand homme le possédait à un degré que bien peu d'autres, en ce siècle, auront pu atteindre, et que deux ou trois à peine auront dépassé? Si un tel don pouvait s'expliquer, ce serait, comme nous avons essayé de le faire voir, par le développement extraordinaire qu'avaient pris, dans sa puissante personnalité, les quaUtés les plus diverses et, d'ordinaire, les plus inconciliables : une énergie indomptable et une bonté de cœur qui se fondait parfois en tendresse, l'ironie et l'enthousiasme, le souci des détails et l'art de combiner les effets d'ensemble, la hardiesse dans les conceptions et l'habileté dans la pratique.

Tant de forces réunies, dont il avait conscience, et qui, même laïque, l'eussent fait un des premiers dans toutes les situations, étaient fort heureusement disciplinées par les deux passions qui dominent toute sa vie et en font la grandeur : l'amour de l'Église et l'amour de la France.

Autant les autres dispositions de sa nature semblent se contredire et se heurter en un mélange qui déconcerte; autant la religion et le patriotisme s'accordent pour donner à l'ensemble de sa vie, malgré tant de notes disparates, une bar-

monie supérieure et facile à saisir, tellement que l'opinion publique, égarée sur tant d'autres points, ne s'est jamais trompée sur celui-là, et que pas un journal n'a omis de dire sur sa tombe qu'il fut un grand apôtre et un grand citoyen. Et c'est encore en servant la France et l'Église qu'il a bien mérité de la civilisation, que l'une n'a jamais cessé de favoriser et dont l'autre reste, malgré tout, une protectrice très généreuse.

Si le patriotisme était, tant qu'il ne rend pas injuste visà-vis des autres peuples, une vertu où l'on puisse excéder, le cardinal Lavigerie eût été trop patriote. Il serait facile d'extraire de ses écrits les pages les plus ardentes qui aient été tracées sur la grandeur et la mission de la France. Mais cette éloquence est encore trop froide, si on la compare à ses actes. La France, soldat de Dieu et lumière du monde, voilà sans doute comme tous ses admirateurs parlent d'elle, mais au passé; c'est ainsi qu'il en parle, lui, au présent. Qu'il s'agisse de sauver tout un continent, l'Afrique, ou de réconcilier, pour le salut du monde moderne, l'Église avec la démocratie , c'est la France qui lui apparaît comme le seul et nécessaire artisan de ces grandes œuvres, et certes il n'aura pas tenu à lui qu'elle ne remplisse cette double mission. Mais qui donc oserait dire que l'avenir trompera sa sublime confiance?

Où son patriotisme nous paraît le plus admirable, parce que c'est là qu'il fut le plus ingénieux et le plus éprouvé, c'est dans le soin constant qu'il prit de dissimuler aux provinces de son influence la rupture de la France officielle avec ses traditions religieuses. Le jour où il serait admis, en Afrique et en Orient, que nous ne sommes plus le grand peuple catholique, c'en serait fini là -bas de notre prépondérance. Le cardinal a tout fait pour éviter ce malheur. Et Dieu sait si nos tristes parlements lui ont rendu la tache difficile, retirant les secours budgétaires aux œuvres religieuses de Palestine et d'Algérie, refusant tout subside à l'Église tunisienne, entravant par des lois antifrançaises le recrutement même des missionnaires.

L'histoire dira qu'il a réussi plus que personne à retarder

les effets de ces mesures insensées. Mais maintenant qu*!! n*est plus là, qui donc, si Ton y persévère, en arrêtera les conséquences? Pour lui, du moins, secondé par des hommes comme les Cambon et les Massicault, à qui on ne refusera pas le mérite d'un patriotisme intelligent, il aura maintenu jusqu'au bout notre prestige séculaire, et, par une justice providentielle, ses funérailles elles-mêmes auront été le plus magnifique triomphe de cette sage politique. le grand et salutaire spectacle, pour les peuples africains, que celui de notre gouverneur, de nos généraux, de notre armée et de tous nos représentants, entourant là-bas de royaux honneurs le cercueil du grand archevêque, et conduisant son deuil de la part de la France !

En même temps que sa patrie, il a aimé passionnément rÊglise; il Ta aimée efficacement. Ce n'est pas certes à la fin d'un tel livre qu'il est besoin de le démontrer. Et qui donc , en ce siècle, contribua davantage à la propagation du catholicisme?

S'il chercha toute sa vie, avec autant d'éclat que de hardiesse, la gloire extérieure de l'Église et l'expansion de son influence, il ne se montra pas moins attaché, dans toute la sincérité de son âme , à l'esprit de piété qui doit animer chaque fidèle, et à Fesprit de discipline qui soumet les membres de la société religieuse au souverain pontife leur chef. Cet archevêque aux libres allures professait une tendresse d'enfant à l'égard de la sainte Vierge, et il faisait du chapelet sa prière préférée. Ce grand homme d'action avait une dévotion profonde au Saint-Esprit; souvent, dans le cours de ses travaux, en face d'une difficulté imprévue ou d'une plus grave décision à prendre, il s'arrêtait quelques instants pour se recueillir, et, se mettant à genoux avec ses secrétaires, récitait pieusement le Verii sancte. Sa personnalité altière et indépendante s'inclinait docilement devant l'autorité du chef de l'Église , et il faisait de l'obéissance au pape la plus nécessaire des vertus pastorales. Il disait à ses missionnaires à la fin d'une retraite:

«Je vous ai rappelé, mes enfants, toutes les vertus que réclame votre vocation. Mais que je suis loin de vous en donner l'exemple! Il en est une pourtant, sur laquelle je

tiens à vous servir parfaitement de modèle : c'est l'obéissance au saint -siège. Si jamais je manque à mon devoir sur ce point esssentiel, s'il m'arrive de ne pas conformer ma conduite, je ne dis pas seulement aux ordres, mais aux simples désirs du souverain pontife, ce jour-là je veux que vous m'en fassiez des reproches publics, et que vous vous regardiez comme dégagés de tout lien d'obéissance envers moi. i

Ce fut le bonheur de ce grand évéque et de ce grand patriote de pouvoir, toute sa vie, servir à la fois et l'une par l'autre les deux grandes causes de l'Église et de la France. A ces deux passions il faut joindre l'amour de l'Afrique, une pitié profonde et dévouée pour cette terre malheureuse dont il sut prévoir, mieux que cela, préparer la résurrection et la délivrance. Et ce fut là surtout que se trouvèrent d'accord sa religion et son patriotisme.

Au lendemain de l'occupation tunisienne, le P. Delattre disait à un religieux italien qui, fidèle aux coutumes, voulait l'empêcher de sortir la croix pour l'enterrement d'un de nos soldats : c Laissez-moi faire : la croix peut toujours paraître où s'est montré le drapeau de la France, i Ce sont bien, en effet, les conquêtes de la France qui ont donné le premier coup à l'esclavage, au mahométisme, à la barbarie, à tous les maux dont souffre le continent noir. Le cardinal en était fier, et il trouvait toujours de l'éloquence pour saluer dans nos armes l'instrument providentiel du salut de l'Afrique.

€ C'est vous, disait -il à nos soldats dans la cathédrale d'Alger, c'est vous qui ouvrirez les portes de ce monde immense, et les clefs de ce sépulcre sont ici dans vos mains. Déjà il est ouvert par votre conquête. Un jour, si vous êtes, par vos vertus, dignes d'une mission si belle, la vie y renaîtra avec la lumière, et tous ces peuples, aujourd'hui perdus dans la mort, reconnaîtront qu'ils vous doivent leur existence; et, en apprenant votre gloire, votre valeur, il seront fiers de leurs ancêtres.

« Pour moi, mes yeux ne verront pas ce jour; mais je l'attendrai, du moins, avec une ferme confiance qui me suivra jusque dans la mort. Là, si Dieu fait miséricorde à mon

LA PERSONNE DU CARDIX.lL 334

âme, mes prières chercheront encore à en hâter la venue. Prosterné devant le trône de l'A^pieau, dont le sang a racheté tous les peuples du monde, j'unirai ma voix à celle des martyrs, des docteurs, des pontires de Tancienne Afrique, qui implorent depuis tant de siècles la résurrection de leur patrie. Lorsque enfin ces vœux seront exaucés, ma cen di^e refroidie tressaillira au fond de sa tombe, et, déjà perdu dans les clartés éternelles, j'entendrai avec des transports nouveaux, mêlés à l'hymne de Taction de grâces, les noms que je viens de vous redire et que je veux porter sans fin gravés dans mon cœur, TÉglise, la France, la terre africaine : l'Église, dont je suis le ministre; la France, dont je suis le fils; TAfrique, que vous avez conquise et dont Dieu m'a fait le pasteur! *

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