AVANT -PROPOS
de tels sujets un ouvrage définitif. L'immanité, comme les vieillards, a besoin, pour bien voir, de regarder à distance. Cédons à cette sagesse ou à cette infirmité, et ne jugeons pas trop tôt : le souvenir du grand Cardinal ne perdra rien à traverser les générations, sa figure étant de celles dont les légers défauts disparaissent dans le lointain des âges, et qui se détachent de plus en plus brillantes sur les sommets de Thistoire.
Mais, sous prétexte d'attendre l'irrévocable arrêt de la postérité, avons-nous le droit de laisser, même pour un temps, le silence se faire sur une telle mémoire, et l'oubli envahir de telles œuvres? Non, certes : cette mémoire nous est trop chère, ces œuvres sont trop utiles à la gloire de Dieu et au bien des hommes. L'Église ne peut pas se désintéresser d'entreprises qui lui ont donné droit à la reconnaissance de l'Afrique entière; l'Europe ne peut pas laisser inachevé ce qu'à l'appel d'un grand apôtre elle a commencé de faire pour la libération du continent noir; la France, maîtresse d'Alger, de Tunis, du Soudan, ne peut pas oublier qu'un fils dont elle reste fière a fait partout suivre son épée glorieuse de l'Évangile qui civilise.
Et c'est pour cela. Monseigneur, qu'ayant vu de près, vers la fin de sa vie, l'illustre Primat d'Afrique, ayant admiré sur place la plupart de ses œuvres, j'ai cru bon d'écrire ce qui suit. Si j'avais un autre titre à prendre sur moi cette tâche, ce serait de pouvoir appeler mes amis beaucoup de vos missionnaires, et d'avoir quelquefois reçu ce même nom de plusieurs à qui je n'ai jamais osé le donner, comme le pieux évèque de ïagaste et le savant archiprètre de Garthage, comme vous-même. Monseigneur.
Indigne de collaborer à votre œuvre admirable, et voué, pour mon humble part, dans un petit coin de la grande ville, à préparer au siècle qui va naître une génération à la fois plus religieuse et plus éclairée, plus énergique et plus tolérante, oh! laissez-moi vous envoyer là-bas, sur la douloureuse terre d'Afrique, l'hommage ému de mon admiration et de ma reconnaissance, à vous tous, dignes fils du grand missionnaire, âmes saintes et dévouées dont la vie entière, sublime exemple pour la jeunesse française, atteste si glorieusement la vitalité de l'Église, la fécondité de l'initiative et la générosité de notre patrie.
Et je sens que ce serait la bénédiction de ma vie, si ce petit livre pouvait me valoir une part à vos mérites, en faisant qu'un peu plus d'aumônes se déversent sur vos œuvres ou qu'un peu plus de '3unes chrétiens sollicitent l'honneur de vous suivre.