‹ Le cardinal Lavigerie et ses œuvres d'AfriqueChapitre 5 sur 26 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

AVAWT L EPISCOPAT

Charles- Martial Allemand-Lavigerie naquit à Huire, près de Bayonne, le 31 octobre 1825. Il a dit lui-même : « Je suis Basque, et à ce titre entêté lorsqu'il le faut, d Son père, Léon-Philippe Allemand-Lavigerie, était né à Angoulême et exerçait les fonctions de contrôleur des douanes à Bayonne ; sa mère, Laure-Louise-Esmétrie Latrilhe, appartenait à une famille très ancienne de cette dernière ville.

La vocation sacerdotale lui vint de bonne heure, bien que ses parents, d'ailleurs pleins de qualités naturelles, ne fussent pas d'une grande piété. Ce fut seulement vers l'âge de quatorze ans qu'il leur fit connaître son désir d'une façon forïielle. II fut alors présenté par son père à Tévêque de 3ayonne, Mq^ Lacroix, qui l'avait confirmé Tannée précédente. Aux questions du prélat il répondit d'un ton déjà

résolu qu'il voulait être prêtre; et, comme Tévêque lui demandait pourquoi, il ajouta sans hésiter : « Pour être curé de campagne. » Cette naïve ambition ne devait guère se réaliser.

Bien des années plus tard, l'archevêque d'Alger rappelait ces souvenirs au même évêque de Bayonne et à M. Franchisteguy, vicaire général, qui l'avait préparé à sa première commuïiion ; < Avouez, leur dit-il, qu'il a dû se rencontrer rarement qu'un arcliévéqiie à barbe blanche se soit trouvé entre Je prêtre qui lui a l'ait faire sa première communion, et l'évêque qui Vu contirmé. Et ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est qu*il a Ttiir le plus vieux des trois. »

M'S^ Lacroix se récria : <r J'ai plus de (luatre-vingts ans, et vous nvu avez pas beaucoup plus de cinquante.

— 11 est vrai, Monseigneur, répondit en riant l'archevêque; mais Votre Grandeur ignore, sans doute, les manières diverses de supputer notre course en ce monde. On peut compter par années, et on peut aussi compter par kilomètres. Les kilomètres, lorsqu'on les multiplie, usent autant que les années. Or, si vous avez trente ans de plus que moi, j'ai à coup sur cent mille kilomètres de plus que vous, et cela rétabht la balance, t>

Charles Lavigeine passa d'abord un an au petit séminaire de Larressore, qui est situé au-dessus des vallées de la Nive, sur les premiers contreforts des Pyrénées. Ce fut de ce charmant paysage qu'il fut transporté, en octobre 4840, au petit séminaire de Saiiu- Nicolas, à Paris. Les sombres murs de cette maison et ses tristes alentours lui firent d'abord une impression pénible. Mais il se laissa bientôt gagner au mouvement de cordiaUté, de travail et de pieux enthousiasme, qui animait â ce moment Saint-Nicolas-du-Chardonnet, et qui ne s* est pas ralenti depuis. Les élèves de cette époque s'appelaient Langénieux, Foulon, de la Tour d'Auvergne, Hugonin, Coultié, et le maître qui les formait s'appelait Dupanloup.

Le jeune séminariste entra à Saint-Sulpice en octobre 4843. Deux années passées à Issy et trois ans à Paris le préparèrent à l'ordination sacerdotale, qu'il reçut le 2 juin 4849 des mains de Mgï'Sibour ; il avait été ordonné sous-diacre en décembre 4846 par Mffr A lire, et il devait, en 4863, remplacer M9f Darboy

It

comme évêque de Nancy. On aura remarqué que ces trois noms d'archevêques sont aussi les noms de trois martyrs. Lorsque, en 1885, tendant la main pour son clergé privé de ressources, il monta dans la chaire de Saint- Sulpice pour faire appel à la charité de cette paroisse, à la vue de l'église où il avait reçu ses ordinations, à la vue des séminaristes qui lui rappelaient sa jeunesse , il se laissa gagner à l'émotion de tant de souvenirs, oublia un moment le sujet de son discours et commenta, dans un exorde que n'oublieront jamais ceux qui l'ont entendu, ce verset des Psaumes : Junior fui, et-enim senui, et non vidijuslum mendicantem panem suum, € Moi aussi, s'écria-t-il, j'ai été jeune et me voilà vieux! mais je ne puis ajouter avec le Psalmiste que je n'ai pas vu le juste mendier son pain et celui de ses enfants... Ma jeunesse, tout dans cette église me la remet sous les yeux. Je vois d'ici ces élèves du cher séminaire où j'ai passé des années si heureuses, et cet autel où j'ai reçu les saints Ordres, et ces dalles mêmes où je me suis étendu trois fois pour l'émouvante cérémonie de la prostration. Mais à ces doux souvenirs se mêlent aussi des idées plus austères. L'archevêque de Paris qui m'a fait sous-diacre a été tué sur les barricades; l'archevêque de Paris qui m'a fait prêtre a été assassiné dans le sanctuaire; l'archevêque de Paris que j'ai remplacé sur mon premier siège épiscopal a été fusillé comme otage. Grand Dieu! à quels temps sommes-nous donc revenus? Malheur à toi, Jérusalem, qui tues les Prophètes et qui mets à mort ceux qui te sont envoyés! Et vous, mes chers enfants, l'honneur et l'espoir de l'Église, comprenez ce qu'il vous faudra de zèle, de vaillance et de piété, pour être dignes de votre destinée. >

Le grand séminaire avait été interrompu pour l'abbé Lavigerie par un séjour à l'école des Carmes, où il prépara en un an sa licence es lettres. Signalé déjà par les témoignages de

U LE CARDINAL LAVIGERIE

ses professeiips, il avait été appelé dans cette maison par Myr AfTre, qui venait de la fonder pour en faire comme l'école normale des petits séminaires et des collèges libres de France, Voici en quels termes il devait apprécier plus tard cette célèbre institution : t Pendant que d'une main ferme Mg^ Affre soutenait la lutte pour la liberté d'enseignement, de l'autre ce grand prélat préparait, avec un vrai sens pratique, les instruments qui devaient permettre d'user un jour de la victoire. Plut à Dieu que tous les autres évéques de France eussent compris alors que, pour sauver l'enseignement religieux, depuis la plus humble école de frères et de sœurs jusqu'aux sommets de renseignement public, il était nécessaire de lutter à armes égales en prenant les mêmes grades et les mômes brevets que les maîtres de l'enseignement laïque! Ils ne le firent pas, et Ton sait ce qu'il nous en a coûté et ce qu'il nous en coûte encore. >

Ordonné prêtre à moins de vingt-quatre ans, il fut, après un court professorat au petit séminaire de No tre- Dame -des- Champs, rappelé à l'école des Carmes par l'abbé Cruice, depuis évêque de Marseille; et il y prépara, également en une seule année, ses examens de doctorat es lettres.

Le 12 juillet 4850, il soutint en Sorbonne une thèse latine, de Hegesippo, et une thèse française qui avait pour titre : Essai sur Vécole chrétienne (VÈdesse. Les examinateurs, qui étaient MM. Victor le Clerc, Villemain, Cousin, Ozanam, Saint-Marc Girardin et Wallon, le reçurent à Tunanimité.

Trois ans plus tard, il devait prendre en Sorbonne le titre de docteur en théologie. Il y ajouta en 4861, à Rome, les doctorats en droit civil et en droit canonique. Ne serait-ce pas une preuve que les grades ne nuisent pas toujoui^ au développement du zèle sacerdotal?

Le nouveau docteur es lettres devint immédiatement professeur de littérature latine à l'école des Carmes. La maison n'étant pas assez riche pour faire à ses maîtres une situation suffisante, il fut en même temps nommé aumônier de deux couvents de religieuses.

En décenibre 4853, l'abbé Lavigerie concourut, sur Tinvi-

tation de Ms^ Sibour, pour une chapellenie du chapitre de Sainte-Geneviève. Il obtint la première place.

Ce nouveau succès acheva de le tirer de pair. M. Maret, doyen de la Faculté de théologie, depuis archevêque de Lépante, le demanda pour la suppléance de la chaire d'histoire ecclésiastique en Sorbonne. L'archevêque de Paris et le ministre de l'instruction publique agréèrent cette demande, et il commença son cours dans les premiers mois de 1854, pour le continuer pendant sept années. Au bout de trois ans il fut nommé professeur titulaire. Ses collègues étaient, outre Ma' Maret, le P. Gratry, les abbés Beautain, Duquesnay, Hugonin et Freppel.

Un petit incident signala ses leçons sur le jansénisme; — la postérité ne se représentera guère le cardinal Lavigerie enseignant à vingt personnes, de tout âge et de tout sexe, l'histoire des cinq propositions. Ces fameuses propositions avaient alors leurs partisans, et peut-être en ont-elles encore. Elles avaient même leur journal, V Observateur, Les rédacteurs de cette feuille, qu'il serait téméraire de qualifier de publique, se firent un devoir d'assister à des cours consacrés à un sujet si brûlant. Comme il fallait s'y attendre, les idées du professeur ne furent pas de leur goût, et ils demandèrent sa destitution.

« Nous devons, écrivirent- ils, dénoncer publiquement son enseignement hérétique et rationaliste à Mgr l'archevêque de Paris, qui est le surveillant de la doctrine dans son diocèse et qui ne peut autoriser un enseignement aussi pernicieux. Pour remplacer les vieux dogmes catholiques, M. Lavigerie en a proclamé plusieurs nouveaux, entre autres l'infaillibilité du pape. >

Comme on peut le croire, le professeur « hérétique et rationaliste > n'en continua pas moins ses cours. On est toujours le rationaliste de quelqu'un.

Il sentait pourtant que là n'était point sa \raie vocation, et il préludait à sa vie active en aidant M. Beluze,

3 pieuse mémoire, à fonder le cercle catholique des étu-

ants, aujourd'hui si connu sous le nom de cercle du

nxembourg. Quand on y établit la Conférence Ozanam,

16 LE CARDINAL LAYIGERIE

il en devint le président, et il Test resté à titre honoraire. Mais bientôt une plus vaste carrière s'ouvrait à son zèle, et il cessait d'enseigner Thistoire pour la faire k son tour.

L'œuvre des écoles d'Orient avait été fondée en 1855 pour promouvoir dans le Levant, par le moyen de renseignement public j rintluence catholique et française.

Les premières réunions, tenues chez le savant Cauchy, étaient généralement dirigées par Charles Lenormant, cette belle intelligence et ce grand cœur, et par le P. Gagarin, un princi^ russe converti, qui de diplomate s'était fait jésuite, et qui avait donné pour but à sa vie de fairt? entrer dans la véritable Église ses frères de l'Église orientale. Autour d*eux se groupèrent bientôt des hommes d'élite, qu il suffit de nom* mer : le maréchal Bosquet, le contre-amiral Mathieu; MM, de Montalembert, de Falloux, de Broglie, de l'Académie française; Wallon, de Saulcy, de Rougé, Séguier^ de Wailly, Tulasne, de Vitte, Garcin de Tassy, Flandrin, membres de rini^titut; Melchior de Vogué, de Gabriac, Faugère, Charles de Bourmout, fils du vainqueur d'Alger; de Parieu^ Le Serrurier, Auguste Nicolas, Benoist d'Azy, de Mas -Latrie, de Bertou; les comtes de Cotte et de Goyon, aides de camp de Tempereur, et enfin l'admirable Ozanam.

Malgré le :^èle de tant d'hommes supérieurs , on n'avait pu réunir plus de seize mille francs en une année, lot'sque, vers la fin de 185G, la pensée vint aux membres de Toeuvre d'en confier la direction à un prêtre, plus apte, par son caractère mt^me, ;i solliciter la charité des fidèles. Ils choisirent Tabbé Lavigerie, t't, pour être plus sûrs de le voir nccepler cette charge, ils s'adressèrent à son confesseur.

("était le P* de Ravignan.

Celui-ci, qui entrevoyait pour lui un autre liorizon que renseignement et l'étude, se prêta volontiers aux désirs des

membres de Tœuvre. Il transmit la proposition à Tabbé Lavigerie, qui, sans être surpris ni troublé d'une telle ouverture, dit simplement : « Si vous croyez, mon père, que ce soit la volonté de Dieu, je suis prêt. — Je le crois, > répondit le P. de Ravignan. Et tout fut conclu.

Le lendemain, le P. Gagarin vint prendre Tabbé Lavigerie dans le petit appartement qu'il occupait dans une maison de la rue du Regard, celle qui porte le numéro 12, et où devait longtemps rester le siège de l'œuvre des écoles d'Orient. Il le présenta aux membres du conseil, qui lui exprimèrent toute leur reconnaissance et lui remirent, avec les registres, la caisse trop facile à porter. En sortant, le P. Gagarin lui dit avec un franc rire : « Vous voilà à l'eau, mon cher abbé; maintenan il faut nager. »

Et il « nagea i>, avec cette confiance et cette décision que nous retrouverons partout.

Pour assurer le succès de l'œuvre, il fallait la faire connaître, la prêcher. Le nouveau directeur entra en campagne. Ses sermons de Paris ayant eu des résultats encourageants, il s'en alla parler, autant que ses cours le lui permettaient, dans les villes de province. Après les entretiens, il recueillait les offrandes et créait des comités.

Que de fois il devait revenir, dans la suite, à cet apostolat de frère quêteur!

Ce n'est pourtant pas que ses débuts ne lui aient laissé que de doux souvenirs. S'il fut le plus souvent accueilli avec sympathie, il se fit, d'autres fois, éconduire en termes aussi peu flatteurs pour sa personne que pour sa mission. On ne connaissait, disait- on, ni les écoles d'Orient, ni la Sorbonne, ni l'abbé Lavigerie. S'il insistait, a-t-il raconté luimême, on lui faisait entendre qu'il pourrait bien être Vescroc qui s'était présenté depuis peu dans les villes voisines, sous l'habit ecclésiastique, et que la gendarmerie recherchait partout.

Des compliments plus flatteurs n'étaient pas toujours le ûgne d'un meilleur accueil. L'archevêque de Besançon, Mor Mathieu, qui ne connaissait pas alors l'abbé Lavigerie, mais qui fut depuis l'un de ses amis les plus chers, avait dii

IB LE CARDINAL LAVIGERIE

rauloriscr à prêcher dans sa cathédrale, bien qu'il eût luimême, a ce moment, une grande église à faire hàtir et qu'il craignit de voir dériver ailleurs les ressources de la charité diocésaine. Il chercha donc à tout concilier et s'ahsenta lorsqu'il apprit la venue du prédicateur, laissant a son grand vicaire la mission de le décourager et d'arrêter tout élan des fidèles.

I^ grand vicaire s'acquitta en conscience de sa mission, « Ahl mon pauvre abbé, disait-il à tout instant, vous aurez bien des maux!... On a déjà prêché et quêté dans notre cathédrale plusieurs fois depuis quelques semaines. Et puis, dans ce pays, ou est de glace pour toutes les œuvres et on ne se laissa pas facilement émouvoir par des étrangers. Croyez-moi, renoncez ft prêcher, votre insuccès est certain.

— N'ayez crainte, répondait Tabbé Lavigerie. Pour le sermon, je suis à bonne école. A la Sorbonne, les auditeurs ne sont pas nombreux. Comme saint François de Sales, je me contente de trois personnes. j>

Quand il fut question des visites à faire aux habitants les plus recommandables, ce fut une autre tactique. Jamais le grand vicaire ne voulut consentir, sous prétexte qu' ^ il connaissait trop ses devoirs i>, à laisser l'abbé faire ses visites seul, et, à peine entré dans un salon, il se hâtait de dire que dans le diocèse on était accablé par les œuvres locales et très froid pour tout ce qui venait du dehors.

Le dimanche suivant, l'abbé Lavigerie usa en chaire de tous ses moyens pour emporter une place si soigneusement défendue. L'auditoire fut enthousiasmé. Comme la quête était interdite dans l'église, il fut suivi à la sacristie par une grande partie des fidèles. On souscrivit sur l'heure cent soixante deux dizaines, ce qui faisait seize cent vingt francs de revenu annuel pour les écoles d'Orient. Le grand vicaire était là , déoonte* nancé et songeur. L'heureux orateur ne put s'empêcher de reiitrepreiidre un peu à son tour : « Eh bien! monsieur le vicaire j^^énéral, lui dit-il, voyez si vous avez calomnié Monseigneur et votre bon diocèse. Nulle part je n*ai obtenu un succès semblable! j>

Un curé de cathédrale alla plus loin encore que ce grand

vicaire; il mit le quêteur à la porte pour tout de bon et sans métaphore. Peu d'années après, Tévêque de ce diocèse étant mort, il fut question de lui donner l'abbé Lavigerie pour successeur. Le cardinal raconte qu'il ne put s'empêcher de sou* rire, en pensant à la figure du pauvre curé, obligé de faire entrer solennellement dans son église celui qu'il en avait si peu cérémonieusement éconduit. c Mais, ajoute-t-il, je perdis l'occasion de lui rappeler, selon l'usage, que les rois de France ne vengent pas les injures des ducs d'Orléans, car je fus nommé évêque de Nancy. »

Malgré ces difficultés, d'ailleurs assez rares, la campagne oratoire de l'abbé Lavigerie eut un grand succès auprès des fidèles.

Pour faire entrer plus complètement dans la vie catholique l'œuvre des écoles d'Orient, le conseil, jusqu'alors composé de laïques, s'adjoignit peu à peu un nombre égal de prêtres, et il obtint d'encourageantes approbations du cardinal Morlot ainsi que du pape lui-même.

Il ne manquait plus à l'œuvre que la recommandation des services rendus. Le moment de la mériter se présenta bientôt.

A la fin de 1859 et au commencement de 1860, la Syrie et

surtout le Liban furent le théâtre d'affreux massacres. Des

milliers de chrétiens tombèrent sous les coups des Druses et

des Métualis, Les autorités turques, loin d'empêcher ces

troubles, les favorisèrent de leur complicité, quand elles n'en

prirent pas elles-mêmes l'initiative. Comme cela devait se

produire pour les Arméniens en 1895 et 189G, on vit dans

beaucoup d'endroits l'armée régulière s'unir aux bandes

"'assassins. Les cruautés les plus infâmes marquèrent ces

oènes de carnage, dont le pillage et l'incendie rendaient les

onséquences plus funestes et plus durables pour les malheu-

eux survivants.

Pour nous borner à quelques exemples, tous tirés du récit de témoins oculaires, à Saïda et dans les environs, les hommes, les femmes et les enfants qui n'avaient pu fuir assez vite avaient été égorgés; quarante villages avaient été brûlés, les éj^Hises et les couvents renversés, plus de cent cinquante mille télés de bétail enlevées.

Dans la seule ville de Damas, il avait péri hait mille cbré* tiens. Des maisons où ils demeuraient, pas une n*étaît restée debout. Elles étaient toutes détruites, rasées de telle sorte qu'il n'en restait plus un seul débris habitable ; et de ces débris mêmes tout ce qui pouvait être d'une valeur quelconque avait été enlevé, soit par les habitants de la ville et des faubourgs, soit par les Bédouins accourus du désert pour prendre part à cette immense curée. Le pillage avait duré vingtdeux jours, sous les yeux complaisants du gouverneur turc*

Ce qui s'était passé à Damas et à Saïda s'était reproduit à Djezzin, Hachaya, Hasbaya, Metten, Zahleli, Deir-el-Kamar. Les ruines sanglantes de ces malheureuses villes recouvraient les cadavres de près de vingt mille victimes de tout âge et de tout sexe. Deux cent mille chrétiens, appartenant à toutes les communions, erraient sans asile, sans vêtements et sans pain ; trois cent mille autres attendaient avec anxiété le même sort que leurs frères.

Ces nouvelles suscitèrent dans l'Europe d'alors une émotion profonde. La Russie, l'Angleterre, la Grèce, TAutriche, envoyèrent sur les côtes de Syrie des navires de guerre pour protéger les populations du littoral et pour offrir, au besoin, un refuge à la colonie européenne.

Protectrice traditionnelle des chrétiens d'Orient et plus accessible que toute autre nation aux sentiments d'humanité, la France fit davantage. Elle ne se contenta pas d'offrir sur ses vaisseaux un asile sûr à ceux qui redoutaient la continuation des massacres, elle accorda à ces foules indigentes tous les secours nécessaires; le commandant de Tescadre leur distribua, dès le début et avant toute souscription, troiî^ cent mille francs d'aumônes et plus de dix mille rations par jour. La Grèce, il faut le dire à son honneur, ne tarda pas à suivre ce généreux exemple.

^^^^^^^^^^^■f llll^

'^iKUI^H^^^^^H' ~

^^^^^Hf^ll

JvfVPflEnS^^^^^^^^^^^^^I^K F

iwHB^Hwpti

^^^^Hl

1 ■B^B^^BB\^ByB^^^^^^^^^fl^B^iniiMiJ

■VBÊ^^^h^EmIÊÊ

'^^^H^^bWR

^I^^^^^^HL^^^^H^B^j ÀjSft <>* 'v^^i

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^Rr

^V^r^^U^^^^I^Hiii^

ÏW 1

^^W^^ it^^^H i^K^^^^I i^^hK'^

ai L 1 fi^BpW^^^m^^Li *^^

;"- iaas^w M^iMH f^ hX^^i^v^g^K

b^HSt^Kl^-H^ I '^II^hViVI

Page 1