‹ Le cardinal Lavigerie et ses œuvres d'AfriqueChapitre 13 sur 60 · LK CAR1»L\AL LAVIGEKIK · texte numérisé non relu

LK CAR1»L\AL LAVIGEKIK

chell. Il fut nommé Sainte-Monique, en souvenir (le l'admirable mère à qui l'Afrique doit la conversion de son plus grand docteur. Les deux premières familles qui s'y établirent furent celles de François Ben-Aïssa et de Jean Schériff, qu'on avait d'abord installées non loin de Saint-Eugène, au pied de la Bouzaréah. D'autres ménages vinrentles rejoindre, et le village de Sainte-Monique ne tarda pas à être presque aussi grand que celui de Saint-Cyprien.

Les deux ensemble comptaient dès lors une quarantaine de familles ; c'en était assez, si*eUes persévéraient dans la foi chrétienne et l'amour de laFrance, pour démontrer victorieusement, comme c'était le principal dessein de l'archevêque, qu'il n'est pas impossible de relever la race arabe de sa profonde déchéance ; mais c'était trop peu pour assurer l'avenir de tous ses enfants. Il aurait voulu, en effet, les établir tous de la même manière, et ceux qu'il avait dû laisser à l'orphelinat ne craignaient pas de lui en faire souvent la demande. Mais il eût fallu que le gouvernement français lui vînt en aide pour le surcroît de dépenses que l'établissement de nouvelles familles, dans les conditions indiquées plus haut, aurait ajouté à toutes les charges qui lui incombaient déjà.

Au lieu de cela, on proposa à la Chambre, en 1874, de supprimer le crédit de 90,000 francs qu'on lui accordait depuis deux ans pour Tachèvement de ses villages et la nourriture des huit cents orphelins qui lui restaient.

Un député algérien, M. Warnier, le meilleur

tmi des évoques d'Alger tant qu'il y avait trouvé on intérêt, eut le triste honneur de faire cette proposition, en l'appuyant sur deux calomnies, [ui, cent fois réfutées, ont été cent fois reproduites antôt par l'ignorance, tantôt par la mauvaise foi.

A partager 90,000 francs entre huit cent trois irphelins, on trouvait 113 francs pour chacun, 'est-à-dire à peine la moitié du nécessaire ; on ►sa bien dire que l'archevôque recevait 11 30 francs >ar enfant, en dépensait seulement 130 et mettait e reste dans sa poche. Cet outrage, plus malaroit encore que grossier, ne provoqua que des ►rotestations indignées.

Une perfidie plus habile consista à dire que la Dndation des villages avait surexcité le fanatisme nusulman et que les orphelins, se trouvant isolés u milieu des Arabes, couraient les plus grands isques d'être massacrés. La surexcitation du anatisme mahométan était une allégation gratuite t déjà réfutée par une expérience de deux ans. lais d'affirmer, comme le faisait M. Warnier, 'isolement des orphelins « au milieu des musulnans, loin de toute famille chrétienne », c'était in odieux mensonge, car le chemin de fer d'Alger . Oran passait alors comme aujourd'hui entre les leux villages, et avait deux stations tout près de à; ils touchaient d'un côté à la mine de fer de Témoulga, de l'autre à celle de l'Oued-Rouïna , outes deux exploitées par des Européens; et enfin, ans parler des fermes françaises disséminées un >cu partout, il y avait, à une distance d'une lieue

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à peine, un hameau de colons au marché des Attafs.

M. Warnier, quî avait écrit, en 1865, à Tévêque d'Alger : « Quand des renégats combattent notre œuvre, il est bon de démontrera la France catholique que l'avenir de l'Algérie n'appartient ni aux Arabes ni à l'islamisme », M. Warnier s'attira de MgrLavigerie une réponse écrasante.

Le crédit fut maintenu, cette année-là, par la majorité de la Chambre. Mais, en 1875, il ne fut pas demandé par le gouvernement général, et il en résulta un coup funeste pour l'avenir des orphelins qui n'étaient pas encore établis. Il fallut les placer pour la plupart, garçons et filles, comme domestiques dans des familles de la colonie, et alors se réalisa, pour un trop grand nombre d'entre eux, le vœu franchement exprimé par un journal irréligieux de Constantine :

« M. Warnier a proposé à l'Assemblée nationale de disséminer ces enfants dans nos villages, au milieu de familles européennes « qui leur rendront « le service de leur apprendre ce qu'est \a véritable tt famille chrétienne ». Bravo ! J'applaudis de toutes mes forces à cette idée. Avant un an, les trois quarts de nos néophytes ne seront plus catholiques . sans avoir pour cela envie de se faire musulmans. »

C'était pourtant trop espérer. Les orphelins qu'on put placer convenablement persévérèrent dans le bien, et il y en a aujourd'hui qui sontmis-

onnaires, officiers, docteurs en médecine des fa-

LES ORPHELINS ARABKS ET LE l'HOSKLYTfSMK HT

cultes de France. Les orphelines qui furent confiées à des communautés religieuses ou h des maisons sûres se sont toutes bien conduites. Quant aux pauvres enfants qui ont cc^dé à rentraînemonl du mauvais exemple, la responsabilil(^ en retombe tout entière sur ceux qui les ont voués do partipris à la corruption, en supprimant le peu do ressources qui eût assuré leur avenir. Du moins peut-on dire que tous ceux qui sont morts ont fini dans des sentiments de foi et de repentir.

Mais que sont aujourd'hui devenus les orphelins pour lesquels Tarchevôque d'Alger a pu réaliser librement ses projets, les Arabes chrétiens de Saint- Cyprien et de Sainte-Monique?

Il faut dire tout d'abord que la population des Jeux villages a déjà quintuplé. On avait établi vingt-deux ménages à vSaint-Cyprien, et dix-nouf à Sainte-Monique; il y a aujourd'hui cent cinquante Habitants dans le premier village, et cent douze ^ans le second. Cet accroissement s'est fait sans ^u'un seul colon ou un seul indigène soit venu s'y installer, mais par l'unique excédent des naissances. Il y a présentement par famille une Moyenne de quatre ou cinq enfants; et ce nombre ^'augmente tous les ans.

Le fait ne mérite-t-il pas d'être signalé, h une époque où la dépopulation, ce signe le plus certain

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des temps de décadence, commence à attrister la mère patrie?

Malgré cette augmentation d'enfants, dont quelques-uns à peine commencent à être en âge d'aider leurs parents, les jeunes ménages ont assez bien travaillé pour suffire à leurs nouveaux besoins. Quelques-uns même ont pu agrandir à leurs frais la propriété qui leur avait été concédée. Pendant mon séjour à Sainte-Monique, un des habitants, le plus riche, il est vrai, a acheté et payé comptant une concession de 6,000 francs sur la commune de Carnot.

Il faut dire que leurs économies sont moins exposées que celles des colons aux prodigalités du vice. Du Maroc jusqu'à Tunis, ce sont, comme Ta observé avec admiration un journaliste radical d'Alger, les deux seuls villages où il n'y ait pas de cabaret. Dans tous les autres, il y en a presque autant que de maisons ordinaires, et quelquefois davantage ; un de mes amis a vu, près de Dellys, un hameau de neuf habitations, parmi lesquelles il y avait cinq cafés.

Est-ce à dire qu'on ne prenne point de récréations chez nos Arabes chrétiens ? Durant la semaine, il est vrai qu'ils s'en passent assez bien; mais le dimanche, avant et après les vêpres, on peut les voir s'amuser ensemble à des jeux divers, aux boules, aux quilles, etc., dans le vaste préau de l'école ou devant l'église. Ils jouent même ^uelque argent, de quoi payer une bouteille ou

^ix, que le supérieur des Pères ne dédaigne pas

de leur vendre lui-même, si bien qu'avec beaucoup de mauvaise chance ou de maladresse, ils peuvent perdre jusqu'à une somme de cinquante centimes. Mais ce primitif établissement de jeux ne fonctionne ni pendant la semaine, ni après la prière du soir le dimanche.

Ces jeux du dimanche sont la seule circonstance où les Pères, qui sont au nombre de trois dans chaque village, se mêlent régulièrement à la vie ordinaire de leurs paroissiens, car ils ont pour principe de développer le plus possible leur initiative. Sans doute ils ne leur refusent jamais un conseil ou un service, mais ils tiennent à leur laisser décider eux-mêmes les questions d'intérêt matériel, de culture, d'achats, de vente, en un mot, toutes leurs affaires. Ils ont, du reste, bien assez de remplir leurs triples fonctions de médecins, d'instituteurs et de curés.

Médecins et pharmaciens gratuits, ils le sont bien plus encore, comme nous le verrons, pour les Arabes des tribus voisines, que pour les habitants des deux villages. La mauvaise conduite, et surtout l'ivrognerie, qui, jointes en été aux ardeurs du climat, font succomber tant de colons, sont choses absolument inconnues à Saint-Cyprien et à Sainte-Monique, et l'on s'en aperçoit à la rareté des maladies.

Les Pères sont tout autrement occupés comme instituteurs (qu'on se rassure, l'administration ne les a pas dispensés de leur brevet) ; leurs écoliers sont déjà nombreux, d'âges différents, aussi intel-

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ligents en général et. pour le-moins, aussi turbulents que les enfants de France. Paul Bert, dont le voyage en Algérie a rendu de vrais services à la liberté de Faction catholique, parce qu'il en a constaté les excellents résultats au point de vue français, Paul Bert apprécie comme il suit les écoles laïques établies chez les indigènes :

u L'instituteur enseigne ce qu'il sait, ce qu'on lui a appris à enseigner, ce qui est estimé dans les écoles normales et apprécié de MM. les inspecteurs... Un jour, dans une école de la Grande- Kabylie, Tinstituteur me montrait avec fierté des enfants qu'il préparait au certificat d'études. C'est là une conception délirante. Le certificat d'études : les casse-tête de Tarithmétique, les Mérovingiens, les subtilités de la grammaire, les bizarreries de l'orthographe. Dans une autre, je prends le cahier de rédactions du meilleur élève. Dictée... je vous le donne en mille, les Remords de Frédégonde!... Mais ces enfants, familiers avec Brunehaut et les intérêts composés, je leur demandais en vain rétendue de la France, le nombre de ses soldats, le bien qu'elle a fait à leur pays, leurs devoirs envers elle * . »

Invité par le Père supérieur de Sainte-Monique à visiter et à interroger ses élèves, je me rappelai ce passage de Paul Bert, que je venais de relire dans le charmant ouvrage de M. Charvériat sur la Kabylie, et je m'en servis pour diriger mon petil

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