CHAPITRE V
Le cardinal Lavigerie n*a rien créé d'aussi grand, d'aussi utile, d'aussi durable que la congrégation des missionnaires d'Alger, devenus si populaires sous le nom de Pères Blancs.
Il y a vingt ans qu'ils existent, et déjà on les trouve partout où il y a quelque service à rendre à l'influence catholique et française, sur les rivages de la Méditerranée comme dans les profondeurs de l'Afrique.
On pouvait, cette année, aux fêtes religieuses de Garthage, saisir comme sur le fait les étonnants progrès de leur apostolat.
C'étaient les enfants de leur école d' Alger qui exécutaient et accompagnaient de leur fanfare les chants liturgiques pendant la consécration de l'église primatiale. C'était dans leur séminaire, peuplé de cent élèves, que se tenait le nouveau concile de Carthage. Un navire frété tout exprès avait amené leurs novices de Maisoncarrée.
Toutes les maisons de leur société avaient envoyé des représentants. J'en ai vu qui avaient, des premiers, traversé les Grands Lacs en pirogue, et évangélisé l'Ouganda ; ils connaissaient les rois barbares, et ils avaient baptisé les courageux martyrs de la Masse-Noire. Celui-ci avait dirigé plusieurs années la procure de Zanzibar; c'était lui qui organisait les caravanes apostoliques et les accompagnait dans l'Est africain. Celui-là était aumônier militaire à Gafsa, dans le fond de la Tunisie, et un autre était venu à cheval de Ghardaja dans le Mzab. Je me promenai souvent avec lo supérieur de ceux qui élèvent, à Malte, les petits nègres rachetés, et leur font étudier la médecine à l'Institut royal pour les envoyer plus tard soigner Jeurs compatriotes ; avant cela il avait été à Jérusalem, dans le séminaire de Sainte-Anne, où se prépare un nouveau clergé grec pour ramener les Orientaux au catholicisme et soutenir en Syrie l'influence française.
Il y avait les deux supérieurs des villages d'Arabes chrétiens, dans la plaine du ChéliflF, et plusieurs missionnaires venus des sommets de la Grande-Kabylie. Tel Père dirigeait un postulat en Hollande, ou une école apostolique près de Bruxelles; tel autre, la procure de Rome pour 'raiter avec le Saint-Siège; tel autre encore, la procure de Paris, pour centraliser les affaires de la ociété en France et dans toute l'Europe.
Ils étaient là tous, fièrement et docilement ranés autour de leur chef et de leur père, plusieurs
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attendant Tordre prochain qui devait les envoyer, un mois plus tard, évangéliser les bords du Nyanza. Et quelques-uns des journalistes présents se rappelaient la description que fait Flaubert des années cosmopolites de la vieille Carthage, où se mêlaient des Gaulois, des Latins, des Ibères, des Baléares, des Grecs, des Lybiens et des Nègres. des soldats de toutes armes et de tous pays. Autour du cardinal, comme autour des anciens capitaines, « les hommes du désert écoutaient immobiles, tout encapuchonnés dans leurs vêtemenis de laine grise * » .
La société des missionnaires d'Alger a été fondée en 1868. Comme beaucoup d'œuvres cU\^ tiennes, elle est née d'événements imprévus, de besoins suscités à dessein par la Providence.
La grande famine de 1867 fut l'occasion dont Dieu se servit pour lever tous les obstacles qui' s'étaient opposés jusqu'alors à révangélisatiou de de rAfrique. On a vu, dans le précédent chapitre! comment elle amena Mgr Lavigerie à réclameî <^| à obtenir une plus grande liberté pour l'Église qu lui était confiée. Mais les effets de ses heureusf revendications devaient s'étendre bien au delà de frontières algériennes.
Sûr de conserver les orphelins de la fanm]