‹ Le cardinal Lavigerie et ses œuvres d'AfriqueChapitre 20 sur 60 · Cameron, A travers l'Afrique, p. 383-3S · texte numérisé non relu

Cameron, A travers l'Afrique, p. 383-3S

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verts de plaies, portant sur leurs bras, sur leurs mains, sur leur dos, quand ils débarquaient, la, marque des lanières de cuir, dont on les avait dé-i chirés durant leur longue route, presque hébétés^ par les privations et par la douleur. »

Les esclaves qui sont conduits au sud de Y\ gypte ou en Turquie d'Asie, se vendent dans le cret, avec la complicité payée des autorités musi mânes. Ce trafic reste donc dans l'ombre et donne pas lieu aux scènes navrantes qui se passeï journellement sur les marchés publics de l'Afrii intérieure.

Laissons la parole à un missionnaire qui a ces derniers marchés; car la cause de l'Afrû n'a pas besoin d'avocats, ainsi que l'a dit le ci dinalLavigerie, il suffit qu'elle ait des témoins.

Ce missionnaire, le P. Guillenié, de la station Kibanga,a trouvé, en 1887,1a ville d'Oujiji, qui la principale des bords duTanganika, tout inon( d'esclaves venus du Manyéma, du Maroungou, r Ou vira et TOubuari. En raison de leur nombi ils étaient à très bon marché, mais presque exténués de fatigue et mourant de faim, u place, raconte-t-il, était couverte d'esclaves vente, attachés en longues files, hommes, femm( enfants, dans un désordre affreux, les uns a^ des cordes, les autres avec des chaînes. A qu< ques-uns, venant du Manyéma, on avait percé oreilles pour y passer une petite corde qui les tenait unis.

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Dans les rues, on rencontrait, h chaquo pas, squelettes vivants, se traînant pénibloinenl à Taide d'un bâton. Ils n'étaient plus onchainrs, parce qu'ils ne pouvaient plus se sauver. La souffraDcc, les privations de toutes sortes élaieiit pointes sur leurs visages décharnés, et tout indiquait qu'ils se mouraient bien plus de faim (juc de maladie. Aux larges cicatrices qu'ils portaient sur le dos, on voyait de suite ce qu'ils avaient souffert de mauvais traitements, de la part de leurs maîtres, qui, pour les faire marcher, ne leur épargnent pas les distributions de bois vert. D'autres, couchés dans les rues ou à côté de la maison de leur maître, qui ne leur donnait plus de nourriture. parce qu'il prévoyait leur mort prochaine, attendaient la fin de leur misérable existence...

a Mais c'est surtout du côté du Tanganika, dans l'espace inculte, couvert de hautes herbes, qui sépare le marché des bords du lac, que nous devions toir toutes les conséquences de cet abominable» prafic. Cet espace est le cimetière d'Oujiji, ou, |our mieux dire, la voirie où sont jetés tous les ndaves morts ou agonisants. Les hyènes, très ldK)ndantes dans le pays, sont chargées de leur selalture. Un jeune chrétien, qui ne connaissait *^int encore la ville, voulut s'avancer jusqu'aux rds du lac ; mais, à la vue des nombreux cadas semés le long du sentier, h moitié dévorés les hyènes ou les oiseaux de proie, il recula ^épouvante, ne pouvant supporter un spectacle ^ssi affreux.

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« Ayant demandé à un Arabe pourquoi les cadavres étaient aussi nombreux aux environs d'Oujiji, et pourquoi on les laissait aussi près de U ville, il me répondit avec indiflférence :

« Autrefois, nous étions habitués à jeter en cet endroit les cadavres de nos esclaves morts, el, chaque nuit, les hyènes venaient les emporter. Mais, cette année, le nombre des morts est sicoasidérable, que ces animaux ne suffisent plus aie» dévorer; ils se sont dégoûtés de la chair humaine! ))

L'esclavage domestique, dans les pays musulmans de l'Asie et de l'Afrique du nord, n'a riendl très cruel. C'est l'intérêt môme des maîtres den« pas laisser périr des marchandises qui leur reviefr nent cher, h cause de la distance ; peut-être austf redoutent-ils le voisinage de l'Europe, et craignentils qu'on entende les gémissements des victimes Mais, alors môme que les musulmans de Turquie d'Egypte, de la Tripolitaine et du Maroc traiteraiei) leurs esclaves avec plus de douceur encore, ei seraient-ils moins responsables des crimes et àî massacres que commettent les négriers pour aj provisionner leurs marchés?

Et certes il suffirait bien au malheur de la ra( noire des débouchés que l'Afrique centrale offi elle-même aux esclavagistes.

C'est là que le fléau sévit dans toute sonhorreu et les nègres, après avoir d'abord imité les Arabe les ont vite dépassés. Mgr Augouard, des missioi

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ûaires du Saint-Esprit, raconte que, dans le Haut-

Oubanghi, les esclaves sont tout simplement de

la viande de boucherie ; c'est pour les manger

qu'on les achète, ou qu'on les enlève de force,

chez les tribus plus faibles; s'ils sont trop maigres,

on les engraisse jusqu'à ce qu'ils soient à point.

Un voyageur s'étant écrié avec indignation

devant ces sauvages : « Mais vous ne faites donc

^cune différence entre l'homme et l'animal ? » ils

lui répondirent du ton le plus naturel : a Oh! si.

lia chair de l'homme est bien meilleure. »

Si tous les nègres de l'Afrique centrale ne font pas de leurs esclaves un aliment ordinaire, tous les traitent avec une brutalité d'autant plus révoltante qu'ils n'ont généralement affaire qu'à des femmes et à des enfants. Les hommes pourraient 8'enfuir; on les tue, ou bien on les réserve pour l'A-sie. La femnie et l'enfant suffisent, du reste, au jer travail qui est nécessaire dans un pays où culture n'existe pour ainsi dire pas. Les enfants it roués de coups sous le moindre prétexte. Les Les servent à des débauches sans limite ; elles vendent à si vil prix que les plus petits chefs en ittous plusieurs, et qu'on a vu les deux derniers nsde l'Ouganda en enfermer jusqu'à 1500 dans

harem.

Mais ces malheureuses sont moins encore des

struments de désordre que des instruments de

>uleur. Speke affirme que, pendant qu'il demeu-

lit dans l'enceinte de la résidence royale chez le

iverain de l'Ouganda, « il ne s'est pas passé de

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jour OÙ il n'ait vu conduire à la mort quel une, quelquefois deux et jusqu'à trois de c heureuses femmes qui composaient le ha Mtésa * . » Un missionnaire rapporte qu'un du Bukumbi lui disait un matin, avec au calme que s'il se fût agi de la chose la plus du monde : « J'ai tué cinq de mes femmes ] la nuit », sans môme paraître croire que < ôtre extraordinaire.

Le peuple n'est pas plus débonnaire. Une esclave avait été envoyée par son maître rs du bois pour cuire le repas du soir, dans Is voisine de Tabora, alors complètement i par les pluies de la masika. A peine entrée ( champs, elle commença d'enfoncer, et bien se trouva prise dans la boue jusqu'aux bn pouvoir se dégager, et contrainte de rester bile pour ne pas être submergée. Elle apj l'aide avec désespoir, mais ceux qui passai( de là ne faisaient qu'en rire. Son maître voyant pas revenir, se mit à sa recherche £ bâton, sans doute pour l'assommer. Il la dans cette cruelle situation, et, sans rien faii la secourir, il lui jeta de loin son bâton qu'elle pût se défendre, lui dit-il avec une ironie, contre les hyènes qui allaient ven nuit. Il rentra ensuite chez lui tranquillemi lendemain, toute trace de la malheureuse avait disparu.

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