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l'antiesclavagisme 2i;i

Il existe, près du Tanganika, d'après le récit d'un officier belge, témoin oculaire, un chef qu'on appelle le roi Wemba, du nom de son territoire, cl qui aime la musique avec autant de passion que le sang humain. Or, sa musique principale, un peu comme partout en Afrique, c'est le tambour. Mais il trouve les baguettes en bois trop dures pour son oreille, et il en a voulu de nouvelles. Il a fait couper les mains des esclaves destinés à son abominable orchestre, afin qu'ils ne battent plus les instruments qu'avec leurs moignons. Cela lui procure des sons plus doux.

Tels sont les maux sur lesquels le cardinal Lavijerie entreprenait d'attirer la compassion des peuples chrétiens. C'est un faible aperçu des émouvants tableaux qu'il évoquait partout devant les Wles qui se pressaient pour l'entendre.

Sa première conférence fut pour Saint-Sulpice : «Cette mission, dit -il, je la commence dans cette iglise où a commencé, il y aura bientôt un dcmiâècle, ma vie sacerdotale, trouvant un heureux iugure en ce que je la prêche ainsi, pour la première fois, au milieu de fidèles dont je puis dire, ïomme l'Apôtre, que leur piété est connue de tout l'univers. »

A^près avoir ensuite exposé ce qu'est T esclavage

^ans l'intérieur de l'Afrique et comment on peut

tenter d'y mettre fin, il s'adressa, en terminant, aux nombreux journalistes qui étaient venus pour Tentendre, et il leur demanda de faire connaître ce qu'il avait dit, de rendre populaire la grande cause qu'il défendait. Le lendemain, les plus importants journaux de Paris, même ceux qui ne sont pas catholiques, rendaient compte de sa conférence et en faisaient le plus grand éloge.

De Paris il va à Londres, où il prend la parole, le 31 juillet, dans un meeting que préside lori Granville, ancien ministre des Affaires étrangères et auquel assiste le cardinal Manning.

« Malgré ce qui nous sépare, dit-il à l'assemblé en grande majorité protestante, je suis certab d'avance que nos sentiments seront les même dans une cause qui est celle de l'humanité, de l justice et de la liberté. »

Il rappelle que la Grande-Bretagne a été la prc mière de toutes les nations à combattre la traif des nègres; il rend hommage à la vieille Ligue ai glaise contre l'esclavage, sous les auspices d laquelle se tient la réunion ; il se fait acclamer e louant la mémoire de l'intrépide Livingstone. Coni ment, après cela, ne pas l'écouter avec sympathi quand il raconte les maux de l'Afrique en s'ap puyant sur ce qu'ont vu ses propres missionnaire et les explorateurs anglais? Comment ne pas lï laisser dire que « l'Angleterre, par les empire nouveaux qu'elle vient de fonder ou de conquén en Afrique, a contracté, vis-à-vis de ce continent des obligations sacrées? »

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Le cardinal crut opportun, vu l'importance de l'assemblée de Londres et la qualité des auditeurs, d'exprimer nettement sa pensée sur la nécessité de provoquer une action commune des puissances européennes. Il n'est pas inutile de citer ses paroles, pour éclairer ceux qui supposeraient que la récente conférence de Bruxelles a contrarié tous ses plans :

« C'est, sans contredit, aux gouvernements de l'Europe, déclara- t-il, que l'obligation de sauver l'Afrique est tout d'abord imposée. L'honorable président de ce meeting, avant de me donner la parole, vous a rappelé comment, en 1815, à Vienne, et, plus tard encore, à Vérone, en 1822, ils se sont solennellement engagés à ne plus tolérer l'esclavage dans le monde. Mais il leur en faut la volonté. Et pourquoi ne l'auraient-ils pas? Est-il une œuvre plus noble, plus grande, plus généreuse? Sur quelles questions peuvent-ils plus honorablement se consulter et s'entendre que sur la cessation de si effroyables maux?

« Les principales nations de l'Europe, l'Angleterre, la Belgique, la France, l'Allemagne, le Portugal, ont, par un consentement commun, reconnu et proclamé leurs droits présents et futurs sur l'Afrique. Elles ont, dès lors, des devoirs vis-à-vis d'elle. De ces devoirs, le premier est celui de ne pas laisser cruellement détruire la race indigène et fermer de nouveau, en la transformant en d'inaccessibles déserts, la terre que les explorateurs avaient ouverte à la civilisation. C'est là leur premier intérêt. Mais si la voix de l'intérêt ne parle

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pas aux gouvernements avec assez de puissance, occupés qu'ils sont par d'autres soucis, il faut les forcer & entendre le cri de la miséricorde et de la pitié. Et pour cela il faut que ce cri soit poussé, enfin, par tous, avec une telle puissance, que Ton soit contraint de lui obéir. »

Le meeting de Londres entra si bien dans la pensée de l'orateur, qu'à la fin de la séance on adopta à l'unanimité cette résolution proposée pai le cardinal Manning :

« Le temps est maintenant arrivé, où toutes te nations de l'Europe, qui, au congrès de Vienne, ei 1815, et à la conférence de Vérone, en 1822, on pris une série de résolutions condamnant sévèrement le commerce des esclaves, doivent pren dre des mesures sérieuses pour en arriver à U] effet pratique. Comme les brigands arabes, don les dévastations sanguinaires dépeuplent, [en c moment, notre Afrique, ne sont ni sujets à de lois, ni sous une autorité responsable, il appai tient aux gouvernements de l'Europe, d*assurc leur disparition de tous les territoires où ils ci eux-mêmes quelque pouvoir. Ce meeting se prc pose également de faire instance auprès du gou vernement de Sa Majesté, pour que, de concei avec les pouvoirs européens qui réclament, en c moment, une possession ou une influence territc riale en Afrique, il adopte telles mesures qui puii sent assurer l'abolition de l'affreux commerce de esclaves, qui est encore pratiqué maintenant ps ces ennemis de la race humaine. »

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Cette résolution ne devait pas rester stérile. Ce fut VÂnti-Slavery Society, dans la personne de M. Sydney Buxton, soutenu par lord Granville, qui saisit officiellement de la question le gouvernement et les chambres ; et, à la suite de ces i^marches, ce fut l'Angleterre qui demanda au •oi des Belges de prendre l'initiative de la convo- ;alion des puissances au congrès de Bruxelles.

Sous l'impulsion d'un roi que la postérité nettra, pour son dévouement désintéressé au pro- ■rfs de la civilisation, au-dessus de bien des conuérants, la Belgique avait proposé la première de omhaftre la traite africaine. Le cardinal Lavi- «rie, qui, du reste, n'avait reçu des catholiques abitants de ce pays que des marques de sympalie et de charité pour ses œuvres, ne pouvait ïiic se dispenser de visiter Bruxelles et d'y prêler sa croisade.

Le IS août, dans l'église de Sainte-Gudule, il conta les crimes dont souffrait tout le HautîDgo, malgré la protection des Belges, et ii tmanda que des administrateurs prissent en main

défense des nègres sur le cours supérieur du •Mve, comme cela avait été fait avec tant de ccês dans la partie de l'État indépendant qui itend depuis Stanley-Falls jusqu'à l'Atlantique. La quête qui suivit cette conférence donnr "'"= 23,000 francs.et telle fut l'impression pro^ 'en peu de jours cinq cents volontaires si tt éi la disposition de Mgr Lavigeric pour )téger les nègres dans le Haut-Congo.

Société antiesclavagiste fut immédiatement constituée, avec des comités locaux et des associations de dames patronnesses, et le cardinal put présider, quelques jours plus tard, la première réunion du Conseil central, à la tête duquel était placé le général Jacmart.

C'était du Congo belge qu'il avait parlé à Bruxelles. Aux Allemands il parla de T Afrique allemande.

Il avait été invité au congrès catholique de Fribourg-en-Brisgau. Mais, contraint de prendre un peu de repos après tant de voyages et de dis-^ cours, il ne put se rendre au vœu des chrétieitfJ allemands; il leur adressa, du moins, en date dtt^ 28 août, un long mémoire dans lequel il décrivait avec une insistance particulière les marchés à esclaves de Tabora et d'Oujiji, qui sont les deux plus grands centres arabes des régions soumises i l'Allemagne. Il exprimait, en terminant, le déstf qu'une association nationale fût constituée elj Allemagne contre l'esclavage, à l'instar de ce qui avait été fait en Angleterre et en Belgique, et il joignait à son mémoire un projet de règlemeni général. Peu de temps après, un comité antiescla-^ vagiste était établi à Cologne, et l 'Allemagne cath(H lique prenait sa place dans la grande croisade.

Le cardinal Lavigerie faisait, de plus, remettra au prince de Bismarck, par l'intermédiaire i ministre d'Allemagne à Bruxelles, une le qui fut communiquée au Reichstag, et d laquelle il appelait l'attention du tout-puiss

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ministre sur les moyens de faire cesser la capture et la vente des esclaves dans l'Afrique allemande. « Mais, ajoutait-il, en dehors de cette mesure particulière aux territoires de l'empire, il y aurait, Prince, une action générale à exercer, de concert îvec tous les États de l'Europe qui ont été représentés au congrès de Berlin... Ces États se sont, 3n effet, formellement engagés à détruire l'esclavage et à en punir les auteurs... Une action commune de l'Europe est nécessaire pour tenir un tel engagement.. . J'ose vous supplier, au nom de tant le populations infortunées, de vouloir bien contri- )uer, comme signataire de l'Acte fondamental de îerlin, avec les autres puissances intéressées, à itablir un accord qui réglerait cette situation. »

De retour à Paris, le cardinal y constitua la Société antiesclavagiste de France « destinée, dit 'article premier du règlement général , à prourer l'abolition de l'esclavage en Afrique, et >lus particulièrement dans les territoires placés ous l'influence de la France, et dans ceux qui ne lépendent d'aucune puissance européenne ».

Exclusivement nationale, cette Société devait ependant entretenir des relations de confraternité t de mutuel appui avec les sociétés antiesclava- ;istes des autres pays chrétiens, et aussi avec les liverses congrégations de missionnaires qui évan- ;élisent l'Afrique.

Elle était dirigée par un conseil d'administraion siégeant à Paris, et qui avait pour attribution

de voter et de faire exécuter les règlements de la Société, d'en organiser et diriger Faction intérieure, d'accepter, s'il y avait lieu, les engagementî des volontaires et de leur tracer des règles obligatoires, de procurer à Tœuvre les ressources nécessaires, et d'en déterminer l'emploi. Ce conseil avait pour président M. Keller, pour viceprésident MM. Chesnelong et de Vogtié, pool secrétaire le comte de Resbecq, et pour membre MM. le baron d'Avril, le général de Charette,rai rai Fabre de la Maurelle, aujourd'hui décédé, Vict Guérin également décédé,le comte deMun,Wall( Récamier, l'abbé Le Rebours, le R. P.Bailly, le R.1 Charmetant et Mgr Brincat, directeur de Vœm

Des comités locaux d'action et de propagand étaient établis à Paris et dans les principales de France, pour provoquer les souscriptions et dévouements personnels, et pour organiser i{ associations de Dames patronnesses.

Enlin un conseil de haut patronage était inv« du soin de défendre la cause de l'abolition l'esclavage dans les assemblées politiques, it les corps savants, dans la presse, et surtout auj des gouvernements. Il avait pour président M. h Simon, pour vice-présidents MM. Wallon Georges Picot, pour secrétaire M. Lefèvre-PontaL, . Les autres membres étaient MM. Bardoux, Ch4 ' nelong, Franck, Keller, de Vogué, Buloz, Dei Cochin, l'abbé Lagrange, Charles Petit, Guillai Guizot.

De tels noms étaient la meilleure des garanl

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pour Tavenir de l'œuvre antiesclavagiste. L'appui et Taide lui vinrent bientôt de plus haut encore. Dans un Bref daté du 17 octobre, le Souverain Pontife adressa au cardinal Lavigerie les encouragements et les remerciements les plus affectueux. tt Nous ne vous exhorterons pas, y était-il dit, car de quelle exhortation aurait besoin un si ardent courage? Mais nous vous féliciterons de ce que vous êtes disposé à continuer cette œuvre, par la grâce de Dieu, avec le môme zèle et la même constance. » A ce Bref le Pape joignait l'envoi d'une somme de trois cent mille francs, à partager entre les conseils ou comités établis pour l'abolition (le l'esclavage.

En même temps le cardinal recevait de tout i'épiscopat de France des lettres chaleureuses d'adhésion à sa croisade, et le public manifestait sa sympathie par une souscription qui s'élevait, au mois d'octobre, à plus de 150,000 francs.

Le mouvement, dès lors, s'accentua simultanément dans la plupart des pays de l'Europe. Comme l'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne et la France, on vit la Suisse, l'Espagne, le Portugal, puis l'Autriche se couvrir de comités antiesclavagistes sous la direction des personnages les plus influents. A Madrid, la Reine prit elle-même la protection de l'œuvre, et M. Canovas del Castillo en accepta la présidence. A Lisbonne, tout fut organisé par le célèbre explorateur Serpa Pinto ; le roi s'offrit pour protecteur, et son second fils fut mis à la tête du comité central.

252 LE CARDINAL LAYIGERIE

Le comité national d'Italie fut fondé à Rome sous la protection directe du Souverain Poiitife ; il eut pour président le prince Rospigliosi, pour vice -président le prince Altieri, et Ton compta parmi les conseillers MM. le marquis Serralupi, de Rossi , Lancelotti , Sachetti , tous les plus dignes représentants de la noblesse et de li science.

Le cardinal s'était rendu en Italie au mois A novembre pour travailler, de sa personne, auJ progrès de son œuvre. La malveillance ou la mal» dresse de quelques journalistes, qui travestiren certaines de ses conversations privées sur le rôl de ritalie en Afrique, ne l'empêcha pas d'obteni dans toutes les parties de la péninsule un succê plus remarquable encore que dans les autres paj de l'Europe.

L'archevêque de Capoue et l'archevêque i Palerme, tous deux cardinaux, le secondèrent i tous leurs efforts et firent organiser des comitt dans leurs provinces. La conférence qu'il pronon< à Rome, dans l'église du Gesu, provoqua u enthousiasme que put seul dépasser celui qu témoignèrent les habitants de Naples après Tavoi entendu à leur tour.

Les journaux les moins religieux de cette dei nière ville convinrent que sa parole émue et cou vaincante avait exercé une fascination irrésistible Le cardinal Sanfelice, archevêque de Naples, qi avait assisté à sa conférence, voulut donne

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l'exemple de la générosité à tous ses diocésains. Appauvri par ses charités, il eut la touchante idée de lui envoyer la riche croix pectorale qui lui avait été offerte pur la ville en reconnaissance de son admirable conduite pendant le choléra, et dont les pierres précieuses ne valaient pas moins de dix mille francs. Le cardinal Lavigerie, profondément ému d'un tel sacrilice, ne voulut pas faire vendre un souvenir si vénérable : « Je croirais, écrivit-il au Courrier de Naples, commettre un sacrilège et surtout faire au cœur des catholiques Napolitains la plus douloureuse des blessures, n II fit porter la croix d'or au bureau du journal, pour être mise en loterie de telle sorte que le possesseur du numéro gagnant eût le doux privilège de la reporter à son archevêque.

Il n'obtint pas moins de succès à Milan. La péroraison de son discours, prononcée en italien, L'xcita un enthousiasme que le respect du saint lieu empêcha à grand'peine de se traduire par une manifestation bruyante. En voici l'exacte traduction. Qu'on se rappelle, en la lisant, les bruits de guerre de ce temps-là.

Il II me vient à la pensée que, sur notre terre d'Afrique, un usage consacré par les traditions anciennes veut que, lorsque deux hommes, deux tribus, ont répandu et mêlé leur sang sur une même terre, la guerre ne puisse plus exister entre eus. On a la croyance que celui qui viole sacré est maudît du ciel, et que celui qui en est béni.

254 LE CARDINAL LAVIGERIiS

« Or, mes très chers Frères, le vieil évêqiM africain qui vous parle appartient, par sa naissance à un peuple qui a mêlé son sang avec le vôtre Tout autour de Milan, fument encore, pour aina dire, les champs de votre liberté, les champs d( bataille de Magenta, de Montebello, de Solférino, où le sang de la France a été mêlé au sang de l'Italie

« Oh ! que ce sang versé garde la paix entre noî deux peuples ! qu'il vous préserve des maux que 11 guerre entraîne avec elle! qu'il préserve les mère! des larmes cruelles qu'elles verseraient sur leurt fils ! qu'il préserve vos cités de la ruine !

« Oh ! Seigneur ! c'est, devant ces autels, h dernière prière de ce pauvre successeur de sain Augustin.

« Pour les esclaves nègres de ma pauvre Afrique la vie ! la liberté ! la fin de tant d'horreurs ! Pou: les peuples de l'Europe, pour ces fils de sain Ambroise, la paix! la paix! la paix! La paix dam ce monde, la paix un jour auprès de vous, danî l'éternité. »

Après sa conférence de Milan, le cardinal Lavigerie se rendit à Marseille pour reprendre le chemin de l'Afrique. Avant de s'embarquer, il écrivit à M. Keller, président du conseil d'administration de l'œuvre antiesclavagiste, une lettre dans laquelle il confiait aux membres de tous les comités le soin d'entretenir et d'augmenter de plus en plus le zèle et la pitié de l'Europe.

Il avait, disait-il en substance, accompli la

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première partie de sa tâche en faisant connaître los horreurs de l'esclavage ; il restait maintenant à les abolir. II fallait songer dès lors à un ('ongrès intoinational, oix les délégués des comités de toute l'Eu rope mettraient en commun leurs lumières, leurs sentiments et leur action. Ceux qui avaient cru qu'il se proposait de supprimer, dès la première heure, l'esclavage domestique chez toutes les nations musulmanes, n'avaient rien compris à sa mission ; ce qu'il demandait aux hommes de cœur, c'était de l'aidera faire cesser la traite, c'est-à-diro la chasse à l'homme dans l'intérieur de l'Afrique, le transport et la vente des esclaves sur les marchés turcs. L'entreprise ainsi déterminée, il fallait h tout prix la mener à bonne fin, car il n'y avait pas dans le monde, en ce moment, d'œuvre plus sainte et plus nécessaire.

Rentré à Alger, h la fin de janvier 1889, le cardinal eut bientôt à subir, îi la suite de toutes ses fatigues, une crise plus douloureuse de la névralgie rhumatismale dont il souffre depuis longtemps. Il dut céder aux conseils des médecins, et aller prendre à Biskra un repos complet.

■ Mais il lui tardait de continuer sa mission, et on le voit, dès le milieu d'avril, prononcer dans la cathédrale d'Alger une de ces allocutions qui gagnaient pour toujours un auditoire à sa cause, et

([ui, reproduites par la presse religieuse, avaient leur retentissement dans tous les pays chrétiens.

C'était le vendredi -saint. Il prit, pour sujet de son discours, la Passion de l'Afrique.

« Ils continuent, s'écria-t-il, ces esclaves, leur passion douloureuse : livrés à d'infâmes bourreaux, qui les traquent de toutes parts comme des botes fauves, qui les vouent aux plus afifreuses tortures, à la captivité, aux hontes d'une débauche sans nom, à la mort... Jamais on n'avait rien vu dans des proportions si abominables. A Jérusalem, le Calvaire était le sommet d'une colline. Il ne portait que trois croix. En Afrique, c'est un continent immense. Le sang y coule, de toutes parts, des veines de millions de Noirs, mêlé aux larmes des mères devant lesquelles on massacre leurs fils. »

Cependant les divers .comités d'Europe, fidèles à leurs instructions, continuaient activement la propagande antiesclavagiste. L'Autriche et la Hollande s'enrôlaient à leur tour dans la généreuse croisade, et il se fondait des sociétés jusqu'en Amérique. Plusieurs conseils nationaux avaient créé des bulletins pour mieux répandre leurs idées, et tous se faisaient seconder par la meilleure partie de la presse. De nombreuses conférences étaient données dans les principales villes. M. Jules Simon en fit une, le 10 février (1889), dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, et ceux qui l'ont entendu savent que ce

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jour-là le célèbre orateur se surpassa lui-niùnie. Qaelle émotion et quelle netteté dans sa description de l'esclavage africain ! avec quelle éloquence il exprimait son indignation contre rindifTérenco publique, son admiration pour la vaillance des missionnaires et de leur illustre chef !

« Voilà où nous en sommes, s'écriait-il, ère de progrès, monde de la civilisation, philosophes, nous qui, depuis tant de siècles, travaillons ou croyons travailler au progrès de Thumanité...

« Le spectacle des missionnaires me consolerai I Un peu des misères qui se passent là, si on pouvait jamais s'en consoler. Mais enfin, plus on est malheureux de savoir qu'elles existent, et plus on sent le besoin et le devoir d'exprimer la profonde admiration et la profonde reconnaissance que méritent ^es jeunes hommes, qui partent h vingt-quatre ans, abandonnant leurs parents, leurs amis, presque leurs idées et leurs sentiments, laissant tout ce ïu'ils ont de grand et de cher derrière eux, et aU «ut au loin affronter de tels maux et guérir ou consoler de telles souffrances...

« Ici, nous ne sommes. Messieurs, que des

^hos; nous venons répéter faiblement les paroles

<l*un grand homme de cœur... Il avait rendu assez

ïie services pour laisser un souvenir immortel

parmi les gens de cœur, et c'est h soixante- quatre

ans qu'il a entrepris cette croisade, car c'est une

croisade, une croisade contre la barbarie ; c'est la

croisade propre de l'humanité. Il est allé prêcher

partout : à Paris, à Bnixelles, en Italie, en Angle-

terre. Il continuera, il amassera des trésors de pitié dans les dmes compatissantes ; il apprendrai l'humanité à se connaître ; et peut-être fera-t-il une œuvre encore plus grande que la destruction de l'esclavage, peut-être amènera-t-il les puissances européennes, qui ne pensent qu'à s'entredéchirer, à se rappeler qu'il y a mieux à faire, un grand opprobre à laver, une grande rédemption à accomplir et la possibilité, pour les hommes de notre temps, de servir ensemble, d'un même cœur, en présence de Dieu, la cause sacrée de l'humanité et de la justice. »

Le Saint-Siège et le gouvernement français donnèrent, vers la même époque, ime marque signalée de leur bienveillance pour la croisade antiesclavagiste en agréant la demande que leur fit le cardinal Lavigerie d'élever à la dignité épiscopale, avec le titre d'auxiliaire de Carthage, Mgr Brincat, le jeune et zélé prélat, à qui avait été confiée la direction générale de l'œuvre. On ne pouvait, écrivait l'archevêque d'Alger à ses prêtreSt faire un meilleur choix « pour des fonctions si lourdes et qui demandaient, avec toute la force de la jeunesse, la vertu sûre, le zèle actif, le dévouement entier au Saint-Siège, la distinction ai l'esprit, l'habileté pour traiter les affaires avec les gouvernements et avec les œuvres diverses »

Mais déjà le cardinal avait jugé que l'heure étai venue de convoquer son congrès international

L*ANTIESCLAVAGISMK ^59

Par une lettre envoyée d'Alger, le 25 avril 1889, il invita les présidents et membres de tous les comités antiesclavagistes à se réunir h Lucorne au mois d'août, pour établir entre eux une entente el des liens fraternels, pour résoudre les difficultés qui avaient pu se présenter depuis plusieurs mois et étudier en commun les moyens les plus pratiques de mener leur œuvre à bon terme.

On sait que le congrès de Lucerne dut ôtre prorogé à cause de la proximité des élections françaises. Les partis attachaient, non sans raison, une telle importance à l'issue de cette opération, que la plupart des hommes politiques sur lesquels s'appuyaient les comités esclavagistes n'avaient pas cru devoir se rendre à l'étranger au moment où s'ouvrait la période électorale. Mgr Lavigerie, en arrivant à Lucerne, trouva dans les registres d'inscription le nom de dix-huit Français en tout, dont quatre seulement étaient membres de l'œuvre et pouvaient, dès lors, prendre part aux délibérations de l'assemblée. Il crut, d'une part, que l'intérêt de sa patrie ne lui permettait pas d'insister auprès des membres retenus en France par la campagne électorale, et, d'autre part, qu'il compromettrait son œuvre en se passant du concours de la nation où elle trouvait le plus d'appui. Il faut ajouter que le cardinal voyait de sérieux ivantages à ce que son œuvre ne s'engageât point lansune voie définitive avant de connaître ce qui erait décidé à la prochaine conférence de ruxelles.

Au reste, la grave maladie qui l'éprouva alon Teût rendu incapable de suivre assidûment lei délibérations du congrès.

Les comités nationaux n'en continuèrent pas moins, à la suite de cette prorogation, leurs tra vaux et leur propagande. Mais, pour passer à l'action proprement dite, il était nécessaire d'attendre que les puissances réunies à Bruxelles eussent terminé leurs délibérations. Or, les plénipotentiaires, assemblés dès le 18 novembre 1889, n'ont signé VActe général de leurs résolutions que le 2 juillet 1890.

Le cardinal Lavigerie était à Alger lorsque lui fut envoyé l'Acte général.

Il l'ouvrit avec tremblement, craignant d'y trouver des mesures insuffisantes, ou peut-être hostiles à la réalisation de ses vœux; mais il n'eut, comme il le raconte, qu'à rendre grâce à Dieu, dont les diverses nations chrétiennes et même musulmanes avaient suivi les inspirations, après avoir inscrit son nom en tôte de leurs travaux.

Les puissances avaient adopté et consacré en principe toutes les mesures que lui-même avait sollicitées dans ses nombreux discours. Elles avaient déterminé, en cent articles, les remèdes à employer contre l'esclavage; elles avaient considéré la question dans tous ses détails, depuis Is

LANTIESGLAVAGISME *261

chasse à Thomme et les caravanes par terre, jusqu'à la traite maritime et à la vente. Comme l'avaient réclamé le Pape et le cardinal, elles voulaient que Ton ne négligeât ni la force, ni les œuvres de charité et de civilisation.

Mais on ne saurait donner une idée plus claire de l'Acte général de Bruxelles qu'en en citant quelques extraits.

Voici, par exemple, quels sont, d'après l'article premier, les mesures qu'on devra prendre aux pays d'origine :

« 1* Organisation progressive des services administratifs, judiciaires, religieux et militaires dans les territoires d'Afrique placés sous la souveraineté ou le protectorat des nations civilisées.

« 2® Etablissement graduel, h l'intérieur, par les puissances de qui relèvent les territoires, de stations fortement occupées, de manière que leur action protectrice ou répressive puisse se faire sentir avec efficacité dans les territoires dévastés par des chasses à l'homme.

« 3° Construction de routes et notamment de '^oies ferrées reliant les stations avancées à la ^te, et permettant d'accéder aisément aux eaux ^térieures et sur le cours supérieur des fleuves et ^vières qui seraient coupés par des rapides et des Cataractes, en vue de substituer des moyens économiques et accélérés de transport au portage actuel de l'homme.

a 4** Installation de bateaux à vapeur sur les taux intérieures navigables et sur les lacs,%.N^ç,

l'appui des postes fortifiés établis sur les rive!

« S"" Etablissement de lignes télégraphiques assi rant la communication des postes et des station avec la côte et les centres d'administration.

(( 6° Organisation d'expéditions et de colonnei mobiles, qui maintiennent les communication!

des stations entre elles avec la côte, en appuient l'action répressive, et assurent la sécurité des routes de parcours.

(( 7" Restriction de l'importation des armes à feu, au moins des armes perfectionnées et des munitions, dans toute l'étendue des territoires atteints par la traite. »

La Conférence, continuant ce détail, déjà si complet, décide a de mettre les populations indigènes à même de concourir à leur propre défense; de diminuer les guerres intestines entre les tribus par la voie de l'arbitrage ; de les initier aux travaux agricoles et aux arts professionnels, de façon à accroître leur bien-ôtre, aies élèvera la civilisation et à amener l'extinction des coutumes barbares, telles que le cannibalisme et les sacrifices humains » .

Pour ce qui concerne les caravanes, il est décidé que (( dans les régions du littoral connues comme servant de lieux habituels de passage ou de points d'aboutissement aux transports d'esclaves venant de l'intérieur, ainsi qu'aux points de croisement des principales routes de caravanes traversant la zone voisine de la côte^ des postes seront établie par les autorités dont relèvent les territoires, i)

l'antiesclavagismis ^63

l'effet d'intercepter les convois cl do libérer les esclaves » (art. 16).

On ajoute qu^unc surveillance rigoureuse sera organisée parles autorités locales dans les ports el les contrées avoisinant la coteau l'elTcl d'empocher la mise en vente et l'embarquement des esclaves amenés de l'intérieur, ainsi que la formation et le départ, vers l'intérieur, de bandes de chasseurs à l'homme et de marchands d'esclaves (art. i 7.)

Pour la délicate question de la traite maritime, les puissances signataires s'engagent à prendre des mesures efficaces pour prévenir l'usurpation de leur pavillon et pour empocher le transport des esclaves sur les bâtiments autorisés à arborer leurs couleurs (art. 23). Mais à cause des traditions de la marine française, et pour prévenir des incidents internationaux, on réduit le droit de visite aux navires de moins de 500 tonneaux, c'est-à-dire, en fait, aux boutres indigènes, qui, seuls, naviguent dans ces parages lointains avec un aussi faible tonnage. En outre, le môme droit de visite réciproque ne peut s'exercer que dans un rayon déterminé.

De plus, les contractants, parmi lesquels il faut remarquer le Sultan de Constantinople, celui de Zanzibar, et le Schah de Perse, s'engagent à prohiber dans leurs territoires l'importation, le b'ansit, la sortie et tout commerce des esclaves. Pour plus de sûreté, les agents diplomatiques et consulaires, et les officiers de marine des puissances contractantes prêteront, dans les limites

des conventions existantes, aux autorités locales leur concours, afin d'aider à réprimer la traite, là où elle existe encore ; ils auront le droit d'assister aux procès de traite qu'ils auront provoqués, sans pouvoir prendre part à la délibération.

Enfin, pour assurer dans l'avenir l'exécution des mesures adoptées, la Conférence institues Zanzibar, sous le protectorat de l'Angleterre, uii bureau qui devra veiller à la poursuite et à la répression des délits dans les pays de traite.

L'œuvre de la Conférence d^e Bruxelles fera honneur à la diplomatie de l'Europe contemporaine *. Tout ce qu'on peut regretter, c'est qu'il n'y soit question ni des travailleurs libres d'Afrique, trop souvent recrutés et traités comme des esclaves, ni de ces sectes secrètes de musulmans fanatiques, qui érigent l'esclavage en dogme et soufflent à travers l'Afrique, où ils se propagent avec une rapidité inquiétante, la haine de tous les peuples civilisés, des Turcs aussi bien que des chrétiens,

YI

L'Acte général de la Conférence de Bruxelles avait été signé au commencement de juillet 1890.

1. Il n'est pas possible que la Hollande, en refusant plus longtemps sa signature au protocole de Bruxelles, ose assumer devant Thistoire la responsabilité d'avoir réduit à néant les bonnes intentions de toutes les puissances civilisées.

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Ce fut le 22 du môme mois que le cardinal Uvigerie convoqua un Congrès libre antiesclavagiste, par une importante lettre adressée d'Alger aux présidents et à tous les membres de ses divers comités.

11 y rappelait les enseignements du Pape et ce îu'il avait dit lui-même sur la nécessité et les moyens de combattre l'esclavage ; il y analysait l'Acte général de Bruxelles, et après avoir loué les puissances contractantes d'avoir pris en main la direction de la croisade africaine, il indiquait la part qu'elles avaient réservée, dans cette œuvre, aux initiatives privées. Il citait les articles qui avaient été rédigés à cette intention : l'article 2, ^i donne pour tâche aux stations et aux croisières intérieures « de protéger, sans distinction ie culte, les missions établies ou à établir »; l'ariicle 88, disant que « les puissances signataires avoriseront, dans leurs possessions, la fondation Rétablissements de refuge pour les femmes et l'éducation pour les enfants libérés » ; Tarticle 4, lans lequel on lit : « Les puissances promettent accueil, aide et protection aux associations nationales et aux initiatives individuelles qui vou- Iment coopérer, dans leurs possessions, à la

-pression de la traite, sous la réserve de leur Worisation préalable et révocable en tout lemps,

leur direction et contrôle, et à l'exclusion de

^ut exercice delà souveraineté. »

Ainsi l'Acte général admettait le concours des

^ciétés antiesclavagistes pour la formation de

corps volontaires, pour la fondation d'œuvres de charité en faveur des victimes de l'esclavage, pour le développement et la protection des Missions. Il était clair aussi qu'on pouvait seconder l'action des puissances en éclairant l'opinion, tant l'opinion indépendante que celle des commissaires délégués au bureau de Zanzibar, et en favorisant partout l'observation des règlements de la Conférence.

Le Congrès, convoqué d'abord pour le 15 octobre, s'est réuni à Paris le 21 septembre. Chaque comité national s'y est fait représenter par trois délégués, qui ont eu à délibérer sur ce programme proposé par la Direction générale de l'œuvre :

V Décider s'il y a lieu que chaque comité national anliesclavagiste se réserve, en Afrique, une sphère territoriale d'action qui lui soit propre, et laquelle.

2° Décider si les comités nationaux doivent, de concert avec leurs gouvernements respectifs, travailler à former des corps de volontaires pour combattre la traite, soit aux pays d'origine, soit | sur les routes des caravanes.

y Décider les moyens qu'il y a lieu d'employer, suivant les habitudes de chaque pays, pour assurer des ressources suffisantes aux œuvres destinées à secoufir les victimes de l'esclavage.

4** Nommer, à la majorité dos voix, le jury qui devra juger, au nom de S. S. le Pape Léon XIU, le concours pour le meilleur ouvrage populaire en faveur de l'abolition de l'esclavage.

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En dehors de ces questions officiellement proposées, chaque comité national, par l'organe de ses représentants, est resté libre de soumettre aux délibérations du Congrès les questions qui lui ont para le plus utiles.

Le matin même du 21 septembre, Mgr Livinhac, parti depuis plusieurs mois do la région des Grands Lacs africains, arrivait à Paris avec quatorze indigènes de l'Afrique équatoriale, tous chrétiens et destinés à faire des études complètes eiL médecine ou en théologie. Le soir, il officiait pontificalement aux vêpres de Saint-Sulpice où se faisait l'ouverture solennelle et religieuse du Congrès libre antiesclavagiste, et ses jeunes nègres occupaient une place d'honneur dans Téglisc.

Après les vêpres, et pendant que cent vingt choristes exécutaient une cantate sur l'esclavage, un vrai cortège d'évôques se rendait au banc d œuvre. C'étaientle Nonce Apostolique, Mgr Fabre, archevêque de Montréal, au Canada, Mgr Brincat, Mgr Celli, Mgr Combes, évoque de Constantine, Mgr Livinhac portant la croix pectorale sous son burnous arabe. On se montrait, dans

l'assistance, les délégués les plus connus du Congrès, MM. Jules Simon, KcUer, Georges Picot,

de Vogué, Allen, le vénérable doyen de l'anties-

clavagisme anglais.

Cependant le cardinal monte en chaire, et les

Pères Blancs qui lui ont fait escorte se tiennent

debout et immobiles sur les degrés.

268 LE CAHDINAL LAVIGËRIIi:

Il présente à l'auditoire le généreux évèquc missionnaire qui a souffert la prison pour la foi et qui dirigera désormais, sous son autorité pendant sa vie, et comme son successeur après sa mort, toutes les œuvres de Missions africaines. Il fait ensuite Thistoire de ce qui a été accompli depuis deux ans pour amener l'abolition de l'esclavage, depuis la lettre du Pape aux évêques du Brésil et les discours qu'il a prononcés lui-même en commençant à Saint-Sulpice, jusqu'aux récentes décisions de la conférence de Bruxelles. Il déclare j que l'heure est enfin venue pour l'antiesclava- 1 gisme d'entrer dans la période d'action décisive, ! et que les divers comités nationaux vont se mettre à l'œuvre, chacun dans les régions soumises à rinfluence de son pays. Entrant ensuite dans le détail pour ce qui concerne la France, il annonce que le comité de Paris s'occupera surtout du Sahara et des parties du Soudan qui viennent enfin de nous être concédées.

Les délégués des divers pays. Allemands, Anglais et Irlandais, Autrichiens, Belges, Espagnols,- Français, Italiens, Portugais, n'ont pas eu de ■ peine à se mettre d'accord^ Les questions qui leur étaient soumises avaient été tellement mûries de-

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