LARMËB KT LA HISSION DE LA FRANCE EN AFRIQUE
sans gloire dans leurs murailles, en proie h la nostalgie, à la maladie, au désespoir! Vous savez l'histoire Ju Mécliouar de Tlemcen et celle du régiment de ligne, chargé de garder Oran au début de laconquéle, manquant de vivres, de vêlements, de chaussures, et voyant son brave chef mourir de douleur des souffrances de ses soldats. Elle est plus lugubre encore, l'histoire de la première garnison de Hiliana, tout eotière en proie à la fièvre, et qui de douze cents hommes n'en compta que trente qui survécurent à tant de misères.
Et que dire des camps empestés lie Bouiîarik, du Fondouk, de l'Harrach, de l'Arba, de Bdne, ofi l'on ne pouvait laisser séjourner les soldats, sans qu'ils n'y prissent des germes de mort? Aussi compte-t-on parfois, dans ces rudes années, plus d'hommes malades qu'il n'en reste dans les rangs.
Mais c'est trop parler de leurs soulTrances. Je n'en
citerai qu'un dernier trait, noble comme les âmes de
ces humbles enfants de la France, qui tombaient ains
loin de la patrie, sans gloire, sans espérance, sans It
consolations mêmes de la religion, que l'esprit de (
lomps refusait à l'armée. C'est une parole simple et si
blime de ces mourants, entassés dans de sombres ré
duits, seul asile que l'on pût donner à de si nombreuse
misères, et que visitait, l'âme navrée, l'un de leurs gi
néraux. « Que faites-vous ici, mes enfants? n lei
dit-il. — « Nous mourons, mon général ! s Et il en ei
mortainsi, en vingt années, sur la terre d'Afrique, pli
I que la France n'y compte aujourd'hui de colons.
I Algériensdes âges futurs, vous qui n'aurez pas conn
I les souffrances de vos pères, et pour lesquels il i
I restera de cette histoire que les souvenirs lointains d
j passé, lorsque vous trouverez, dans les sillons de vc
campagnes, les ossements blanchis de nos soldats découvrez-vous avec respect, faites une prière pour ce braves dont aucune prière n*a béni la tombe, et dites vos lils : Voilà ce qu*a fait la France I Elle a sacrifi pour vous les meilleurs de ses enfants. Ce sont eux qui pour vous donner une patrie, sont venus ici trouver l mort, non pas la mort soudaine du combat, telle qu le soldat doit Tattendre, mais la mort lente et sombre devant laquelle leur jeunesse s'est courbée avec Thé roïsme austère du devoir I
Il y avait déjà plus de dix années que la France pro diguait à l'Afrique ses trésors et son sang. Et néanmoins, en dehors de la province de Constantine, oii h sage Bedeau organisait les indigènes, elle n'avait pas plus fait, pour la soumission du pays, qu'au premiei jour de la conquête. Aucune route n'était sûre. Aucune tribu n'avait reconnu sincèrement notre pouvoir. Assiégés derrière nos remparts, nous avions devant nous l'armée de l'Émir, c'est-à-dire un peuple entier incarné dans son chef.
L'heure était venue de mettre énergiquementla main à l'œuvre. Mais pour une telle œuvre il fallait un homme de guerre ; Dieu donna Bugeaud à l'Algérie.
Formé à l'école des grandes batailles du commencement de ce siècle, nature droite et sensée, rude, emportée, ombrageuse quelquefois, bonne, honnête, et juste toujours, il avait, sur la guerre, des idées personnelles, fruits de l'expérience, de la réflexion, de l'étude,
qu'il menait à la pratique, du même cœur qu'il me-
it ses troupes au feu; sachant ce qu'il voulait, le