L*ARMÉE ET LA MISSION DE LA FRANCE EN AFRIQUE
courent seuls à travers les ravins et les montagnes^ Tennemi, ce n'est ni l'armée de l'Émir, ni le climat, ni le soleil, ni la fatigue : l'ennemi véritable, c'est le convoi I Avec quelle clarté il établit que, pour atteindre l'Arabe et pour le vaincre, il faut être Arabe soi-même, c'est-à-dire léger comme lui, sans chariots, sans roues, sans artillerie autre que celle de montagne !
Les vieux soldats s'étonnent et résistent. Dans vingt renconti'es, c'est l'artillerie seule qui a tenu l'ennemi à distance dans les retraites, c'est elle qui a sauvé Tannée à la Macta; y renoncer, c'est s'exposer à quelque désastre plus horrible. Le général reste inébranlable. Il fait rembarquer pour Oran le matériel de l'armée, et, la veille de la bataille, il décrit, dans le détail, les incidents du lendemain ; comment, débarrassé de roues inutiles, il passera désormais dans les sentiers de l'ennemi ; comment il fera donner toute sa troupe, et, pour la première fois depuis la conquête, il fera des prisonniers.
Tout s'exécute comme il l'a dit. A l'incrédulité, à la défiance succède l'admiration, et la guerre d'Afrique :est fondée. Il n'y manque que le moyen de vivre dans les expéditions lointaines; on le trouvera, grâce à la rapidité de nos marches, dans les silos des Arabes et dans les razzias de leurs troupeaux.
Mais, si à la Sikkak il enseigne à vaincre, à Alger il enseignera comment on change en un champ d'honneur un champ de désolation et de mort.
Plus de bornes restreintes à la conquête, plus de places et de blokhaus, où nos troupes, prisonnières des populations qu'elles ont vaincues, sont en proie à H maladie, à la faim. Il va prouver qu'il est plus facile e dominer le pays tout entier que de maintenir contre des populations insoumises vingt frontières
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mal définies, et que rien ne vaut, pour la santé des hommes, le clairon des batailles. Il ouvre donc à la fois leurs forteresses devenues des prisons, et il les lance tous à la poursuite de l'ennemi.
C'est l'époque entraînante des combats, des marches sans fin, des embuscades, des périls, de la noble ambition, de la gloire. Que d'actes de brillant courage, que de poursuites, que de ruses, que de constance, que de revers, que de retours inattendus, que d'ardeur d'une part, que de raison ferme de l'autre ! Quel drame que ces huit années, qui tiennent la France attentive et qui font connaître à l'univers les noms de tous ses capitaines I
Bugeaud a porté ses premiers coups au cœur même de la puissance d'Abd-el-Kader. Déjà Mascara est occupée; Taza, Boghar, Msila, Saïda sont détruits; Tlemcen ouvre ses portes ; Sebdou est saccagé. Tagdemt, la capitale nouvelle, est prise, et TËmir est réduit à n^avoir plus, comme il le dit lui-même, dans sa Smala désormais errante, qu'une capitale à dos de chameau.
Dans cette première campagne, et dans les dix-sept autres qui la suivront, presque sans intervalle, se groupe autour du vieux général cette pléiade d'hommes déjà illustres et d'autres que la renommée couronnera plus tard : Cavaignac, Randon, Montpensier, Bosquet, Saint-Arnaud, Montauban, Herbillon, Renault, Bourbalci, Martineau-Deschenez, Ladmirault, Bouscarin, Trochu, Daumas, Wimpffen, Vinoy, Jeanningros, Chanzy, et, à leur tète, ceux que Ton nommait les trois Africains : Changarnier, Bedeau, Lamoricière, rivaux de gloire, d'honneur, comme ils le eront,plus tard, de fidélité aux convictions de leur vie.
Changarnier, le brillant et intrépide soldat de Cons-
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tantine, de Blidah, du Col de Mouzaïa, de l'Oued- Fodda, de Ténès, de Téniet-el-Had et de cent autres combats; Changarnier, le seul resté debout, après trente années, et dont la verte vieillesse tient tête à "ses adversaires, du haut de la tribune nationale, du même cœur qu'il poursuivait l'ennemi sur les cimes de l'Atlas I Bedeau, soldat chrétien, qui gardait au milieu des camps la discipline du cloître, le sage de Tarmée d'Afrique, le modeste et noble vainqueur de Tlemcen, de l'Oued-Mouila, de l'Aurès, des gorges de la Kabyliel Et enfin, le plus illustre, le plus africain des trois, celui qui commençait à Sidi-Ferruch, simple lieutenant, sa vie militaire, et qui la terminait, géuéral, dix-huit ans après, à Sidi-Brahim par la soumission d'Abd-el-Kader, Lamoricière I
Placé à la tête de la province d'Oran, au milieu de laquelle Abd-el-Kader a établi le siège de son empire, sur les frontières du Maroc où l'Émir cherchera plus tard son appui, Lamoricière se trouve mêlé à tous les grands faits de la guerre, tantôt à côté de Bugeaud qu'il seconde de son ardeur, tantôt seul, lorsqu'il prend de rapides initiatives ou que la confiance d'un si bon juge lui abandonne, durant son absence, le sort de l'armée ; partageant sa gloire sans l'éclipser, complétant par ses qualités brillantes les grands et solides côtés du vieux maréchal.
Nous les avons vus ensemble, pendant huit années, ces deux capitaines que la France pleure encore, et dont les noms se sont trouvés sur tant de lèvres, comme pour opposer leur ombre à l'ennemi, aux époques de nos luttes et de nos désastres. Nous les avons vus luttant d'intelligence, d'énergie, de valeur, de gloire, de dévouement, d'amour pour toi, ô terre algérienne I car, si tu nommais l'un ton père, l'autre
pouvait à bon droit se dire ton fils, ayant reçu sur ton sol tous les honneurs de sa vie I Jamais on ne vit deux hommes moins semblables briller d'un égal éclat; mais jamais on n'en vit de plus dignes de cet éclat même. L'un, touchant presque à la vieillesse, ayant lentement gravi les degrés des honneurs militaires, presque obscur encore, malgré des services d'un demisiècle, aa moment où il va révéler les grandes vertus de l'homme de guerre; Taulre, favori de la forioDe, trouvant à chaque pas une nouvelle occasion de gloire, et courant, plutôt qu'il n'avance, jusqu'au sommet de la hiérarchie ; l'un, fortement nourri par l'expérience et par l'étude, ne laissant rien au hasard, disant volontiers, avec nos anciens capitaines, qu'il faut craindre l'ennemi de loin, pour ne le pas craindre de près, et calculant si bien ses coups qu'il n'en manque jamais un seul ; l'autre, bouillant du feu de sa jeunesse, se fiant aux éclairs d'une intelligence toujours en éveil, à cet instinct qui, dans la guerre, fait les hommes de génie, et triomphant de tous les périls où il se jette, à force de ressources, de volonté, de courage ; l'un, ménageant ses troupes; l'autre, les rendant, par son exemple, capables d'affronter toutes les fatigues ; le premier, juste, humain même envers les vaincus, toutes les fois que le permettent les lois impérieuses de la défense, mais voulant les contenir par la force et par la crainte; le second, les aimant et voulant gagner leurs cœurs par les bienfaits et par la confiance, missionnaire, si je l'ose dire, d'une si noble cause, et à force de foi dans son œuvre, la réalisant dans ses zouaves; et pour que rien ne manque à tant de con- 'astes, le maréchal, de grande stature, ferme encore s ses cheveux blancs, gardant la gravité de son : et de son âge, marchant, au milieu de son armée.
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eolouré de respect; le général, petit, actif, alerte. iannissant toute gênante étiquette, et, la chéchia longe sur la tête, à la main son bâton légendaire, enthousiasmant ses soldats par son humeur guerrière et par les éclairs de gloire qui, dans les combats, sortaient de ses yeux. Tous deux intrépides dans le péril, tous deux types de l'honneur, de la loyauté, de la droiture, de l'intégrité militaires; tous deux dévoués à TAlgérie non moins qu'à l'armée, et comprenant que les travaux de la paix doivent succéder sans retard à ceux de la guerre, mais ici se séparant encore : Bageaud ayant plus de foi dans la discipline et dans la main de l'État, Lamoricière croyant plus à la fécondité d'une libre initiative ; l'un et l'autre, sans avoir vu leur œuvre achevée, quittant le théâtre de leurs travaux et de leur gloire, le premier, pour mourir bientôt, en chrétien, au milieu des déchirements de la patrie; le second, pour terminer, avant Tâge, par on noble sacrifice et par une fin héroïque, une vie si noblement commencée.
Un évêque peut-il le rappeler sans émotion, et n'estce pas l'un des plus grands spectacles de ce siècle, que le général illustre de nos guerres africaines, immolant sa vie militaire au droit et à la faiblesse écrasés par la force, et, proscrit lui-même, mettant sa glorieuse épée au service de la plus auguste infortune!
Je vous admire, général, sur la brèche de Constantine, je vous admire, au milieu des soldats que vous avez formés à votre image, à Mascara, à Mouzaï'a, à Isly; mais cette gloire guerrière, d'autres la partagent avec vous. J'aime mieux vous voir, seul, auprès du vieux Pontife que tout abandonne, et couvert, dans votre défaite, de l'auréole qui enveloppe cette grande et intrépide majesté. J'aime mieux, devant ces autels,
me rappeler, telle que Ta décrite un historien digne de vous S la nuit terrible, où la mort enveloppa soudain de ses ombres la lumière d*une si belle vie. Là, seul, loin de ceux que vous aimiez, vous vous armiez, pour le dernier combat, de la croix que tenait votre main déjà défaillante, et vous invoquiez le nom de ce Dieu que l'adversité vous avait appris à connaître et qui allait vous couronner d'une gloire que rien ne peut plus vous ravir.
Tels sont les hommes que, dans les premiers jours de la grande lutte, alors qail faut frapper des coups décisifs, nous voyons réunis dans un commun effort et comme dans une seule pensée. Mais, Tagdemt ruinée, les magasins et les fabriques d'armes détruils, les troupes régulières anéanties, tout change d'aspect. Ce n'est plus une armée que le général a devant lui ; c'est un peuple, dont les tribus éparses se soulèvent, se soumettent, se soulèvent encore, selon que le Français approche ou que l'Émir les entraine par la terreur ou par l'enthousiasme. Le feu, les ravages, la mort sont partout à la fois. L'Émir se multiplie. Battu un jour dans la montagne, il apparaît, le lendemain, dans la plaine, après une course furieuse, menaçant nos alliés, enlevant nos colons, ruinant nos cultures. Pour le combattre et pour le vaincre, ce n'est plus assez d'une armée. Il faut dix armées diverses. Des colonnes légères se forment et se montrent partout à la fois, ayant chacune son chef et son centre d'action. Bedeau est à Tlemcen et Bab-el-Thaza : Changarnier, à Cherchell, aux Beni-Menasser, à l'Oued-Fodda, à Ténès, à Téniet-el-Had ; Négrier, à Tébessa; Leblond
1. Keller. Le Général Lamorîcîère^ sa vie militaire , politique t religieuse, 2 yoI. iii-8.
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en Kabylie ; Bugeaud, le duc d'Aumale, Lamoricîère, Gentil, dans TOuaransenis ; Saint-Arnaud, aux Benî- Menad; Ladmirault, dans les montagnes de Miliana; Cavaignac, Renault, dans le désert, à la poursuite des Ouled-Sidi-Cheikh ; Desvaux, à Tiaret; Géry à Médrissa. L'Émir, repoussé, fugitif, n'a plus où reposer sa tête. C'est alors que, dans une marche rapide à travers les profondeurs du Sahara, et par une charge audacieuse, le duc d*Aumale enlève la Smala fugitive, et, avec quelques centaines de cavaliers, s'empare d'un camp défendu par cinq mille hommes et où se trouvent les femmes, les amis fidèles, les trésors de l'Ëmir. Les tribus, dépouillées, réduites à l'impuissance, sont contraintes de céder à la force, et après tant d'années de luttes, Abd-el-Kader laisse l'Algérie â son vainqueur et va demander au Maroc un plus sur asile.
C'est la première fois que la paix est donnée à la colonie. Les tribus soumises sont confiées à la garde des chefs ralliés à notre pouvoir. L'Algérie va prendre enfin son essor. Quelques villages à peine s'élevaient près de l'enceinte des villes, quelques fermes isolées dans la Mitidja. Avec Bugeaud tout change, et on peut lire, dans les mêmes bulletins, les félicitations que le maréchal adresse aux troupes pour avoir battu l'ennemi et pour avoir bâti les villages ou défriché les terres.
C'est dans ces années que se fondent Chéragas, Douera, Saoula, Beni-Mered, Fouka, Nemours, El- Arrouch, La Galle, Smendou et cent autres colonies ; que les ports d'Oran, de Mers-el-Kebir, de Philippeville, de Bône et d'Alger reçoivent leurs premiers agrandisssments ; que les routes sont partout commencées; que le commerce prend vie, et que les po-
pulations arrivent dans des proportions encore inconnues, pour commencer ce rude et utile labeur, auquel appartient Tavenir. Je raconterai, quelque jour, l'histoire de vos travaux et de vos souffrances, colons de l'Algérie. Je les ai partagés avec vous, et nul plus que moi ne leur rend hommage; mais je dois donner des bornes à ce discours et m' arrêter à la création de la colonie. L'armée se multiplie pour une aussi grande œuvre ; le génie construit les routes, les ponts, les murailles ; l'artillerie transporte les immigrants ; la cavalerie fait les moissons et les fourrages ; l'infanterie est partout où la main de l'ouvrier est nécessaire. Les chefs sont colons comme les soldats : Bosquet fonde Sétif, Pélissier construit Mostaganem, Marey-Monge relève les ruines de Médéah, Saint- Arnaud crée Orléansville, Randon dessèche les marais de Bône. C'est un atelier immense où chacun porte àTœuvre commune le tribut de ses efforts, une main au travail, Tautre sur son épée, également prêt à s'attaquer au sol ou à l'ennemi. Bugeaud est l'âme de ce mouvement, et tant qu'il est là, sa volonté lui donne un succès rapide. Mais il lui manquera le temps d'organiser les œuvres de la paix, comme il avait organisé celles de la guerre. Il comprenait à la fin, après avoir eu longtemps des pensées contraires, que l'intérêt suprême de la colonie était de marcher vite, même aux dépens quelquefois d'une rigoureuse discipline. S'il eût survécu à la guerre il aurait renversé, sans doute, les barrières élevées par un vain formalisme et la perpétuelle intervention de l'État; et comme il avait conquis l'Algérie, en l'ouvrant librement à l'armée, il l'eût colonisée, en l'ouvrant librement aux colons.
Cependant Abd-el-Kader smge à un retour offensif plus menaçant que ses attaques passées. Une agita-
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Uon sourde, produite par ses partisans fanatiques, éveille dans l'Émir Tespérance de renverser le Sultan du Maroc, de s'emparer de son trône, et d'entraîner contre nous, à sa suite, non plus quelques tribus découragées, mais tout un peuple nouveau.
Le faible Abd-Erraman est contraint, pour échapper au péril qui le menace, de se déclarer contre nous. Le maréchal, toujours attentif, accourt du fond de la Kabylie. Isly sera le théâtre du plus noble des exploits de ce vrai capitaine. C'est là qu'il mettra le sceau à sa renommée et qu'il cueillera des lauriers immortels. (Test là, qu'ayant en face de lui une armée de vingt mille hommes déjà réunie, et n'en comptant lui-même que dix mille, il retiendra les impatiences de son armée, et attendra que les renforts marocains soient arrivés et que l'ennemi ait doublé son nombre. C'est là qu'il expliquera à ses lieutenants que, pour des masses indisciplinées, le nombre est une faiblesse, et qu'avec dix mille hommes de vieilles troupes ils sont d'autant plus sûrs de vaincre que le nombre de leurs adversaires s'est augmenté. Il le prouvait, la veille du combat, avec sa verve ordinaire, par les exemples fameux de Tantiquilé, où de faibles armées, comme celles d'Alexandre, avaient aisément triomphé de multitudes barbares. Mais il le prouva bien mieux, le lendemain, sur le champ de bataille, lorsque ces tourbillons mêlés d'hommes et de chevaux s'élançant sur notre armée, ils la trouvèrent disposée dans un savant ordre, qui faisait pleuvoir sur les assaillants, engagés dans les échelons formés par nos troupes, des feux qui se croisaient de toutes parts. Les premiers qui se sont élancés s'enfuient éperdus et jettent un nouveau désordre parmi ceux qui se précipitent, au hasard, sur leurs pas. Bientôt la confusion est à son comble.
les Marocains tournent leur fureur contre eux-mêmes, et nos soldats, ne trouvant plus rien qui leur résiste, n'ont qu'à marcher vers le camp en frappant tout ce qui ne peut fuir. Cent des nôtres succombent à peine, tandis qu'on ne peut compter leurs morts. Leur artillerie, latente du prince qui les commande, leurs drapeaux deviennent notre proie, et parmi le butin, des monceaux de chaînes avec lesquelles ce chef de barbares avait ordonné de lui amener nos généraux enchaînés après leur défaite. Tant il méprisait notre petit nombre ! Mais le maréchal lui avait montré, selon ses maximes favorites, qu'on ne décrète point la victoire, que l'enthousiasme ne tient guère contre les coups d'une bonne artillerie et que le nombre ne remplace ni la science ni la discipline.
C'est le dernier coup porté à la puissance de l'Émir. Il essaie, par un suprême effort, de lutter encore et profite d'une absence du maréchal pour reparaître en Algérie. Il massacre à Sidi-Brahim un détachement de nos soldats, et il tente, par ce sanglant exploit, un appel désespéré à ses anciens partisans. Mais le vieux lion, comme il le nomme, ne lui laisse pas le temps de rallumer l'incendie, Il accourt au premier cri d'appel, oubliant l'ingratitude qui a déjà payé ses premiers services. Lamoricière, Levasseur, le duc d'Aumale, Yusuf. Pélissier, Canrobert occupent à la fois l'Eghris, le Chéliff, le Dahra; et Abd-el-Kader, chassé de toutes parts, s'enfuit jusque dans la Kabylie. Ces fiers montagnards lui déclarent que, s'ils ont toujours respecté leurs hôtes, ils n'ont jamais accepté de maître. L'Émir cède à la fortune et reprend une dernière fois le chemin du Maroc. Là, menacé par les soupçons toujours éveillés du Sultan, il rend à la générosité de la France un suprême hommage en venant se remettre entre ses mains.
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C'est Lamoricière qiïi accueillera, à Sidi-Brahim, sur le théâtre même du dernier massacre de nos soldats, l'Émir fugitif,et un prince de la maison de France, le duc d'Aumale, recevra l'épée de ce nouveau chef des croyants. Bugeaud venait de quitter l'Afrique pour n'y plus revenir; mais, quoiqu'il fût absent du dernier acte de ce drame, il en était néanmoins le héros : c'était le fniit de ses huit ans de victoires.
Comment parler des années qui vont suivre, des ^andes expéditions de la Kabylie, des pointes hardies iccomplies dans le Sud, des insurrections toujours •éprimées? Les noms, qui, entre tant d'autres, se tressent dans ma mémoire, de Randon, de Maclahon, de Barrai, d'Aurelle de Paladines, de Cha- •on, de Bataille, de Marmier, de Lebrun, de Pourîel, de Desvaux, de Cissey, de Beaufort-d'Haut- [K)ul, de Ducrot, de Martimprey, de Fénelon, de Margueritte, de WolfF, de Colomb, de Deligny, de Chaiizy,de Sonis, de Lacroix, de Lallemand, de Cérez, l'avertissent qu'il faut finir, de peur que la louange, s'adressant presque plus qu'à des vivants, ne paisse prendre, sur mes lèvres, les apparences de la itterie.
Telle est l'œuvre de la conquête. Jamais peuple ne
^pensa plus généreusement son sang et ses trésors ;
lais armée n'acquit plus de gloire. Et néanmoins,
[œuvre répondrait-elle à de si nobles efforts, si elle
îvaît s'arrêter aux résultats qui sont sous nos yeux?
Des travaux immenses et magnifiques, des villes,
monuments, des routes, de vastes entreprises;
au fond, un pays, qui a coûté à la France plus
for qu'il n'en aurait fallu, il y a quatre années, pour
fer sa rançon, et qui ne peut jusqu'ici se sufïire à
■même; une colonie qui compte moins d'habitants
français qu*elle n'a coûté d*hommes à la France; des terres, qui ont donné moins de richesses, malgré leur admirable fécondité» que celles que Ton eût obtenues des terres de la mère patrie, avec les mêmes efforts. Est-ce donc pour cela que nous avons vu la Providence tout conduire comme par la main? Est-ce là ce qu'elle voulait, lorsqu'elle précipitait ces barbares, lorsqu'elle contraignait la France à la suivre, malgré tant de résistances, lorsqu'elle donnait tant d'invincible ardeur à ses soldats, tant d'aveuglement à ses ennemis, et à la fin, tant de sagesse à ses capitaines, et qu'elle forçait le plus grand de tous à confesser publiquement qu'il ne se rendait qu'à sa voix ? Et ne Tavons-nous pas vue, nous-mêmes, se servir des moyens qu'elle seule emploie, parce que seule elle les tient dans sa main puissante? Il y a quelques années, lorsque, par un triste retour, nous voyions, au lieu de la France nouvelle que notre armée était venue conquérir, se dresser devant nous je ne sais quel; projet de royaume barbare, par quels tonnerres ne fûmes-nous pas réveillés, et quels sinistres lueurs ne frappèrent pas nos regards? Les fléaux des anciens jours, les mêmes qui domptaient, entre les mains de Dieu, l'aveuglement des Pharaons, les sauterelles, la famine, la peste, ouvrirent les yeux aux plus incrédules, et forcèrent d'abaisser toutes les barrières ; et, hier, encore, l'insurrection formidable qui semblait devoir nous perdre n'est-elle pas devenue, entre les mains d'un homme * dont vous n'oublierez ni l'énergie, ni l'intégrité, ni la haute intelligence, et dans ^elles d'un successeur* illustre à tant de titres, et
L'amiral comte do Gucydon.
Le général Chanzy.
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ont la modestie a seule le pouvoir de fermer aujourlliai mes lèvres, un moyen de reprendre l'œuvre interrompue et de guérir tant de blessures?
Non, l'étemelle Sagesse, qui proportionne toujours lies moyens à la fm qu'elle veut obtenir, ne se proposait pas, par de si grands coups, des effets jusqu'à présent si précaires. D'ailleurs, en empruntant la main iela France, Dieu ne voulait-il pas faire entendre au londe qu'il avait de plus grands desseins?
Ce n'est pas ta mission, ô France chrétienne, d'aricher, pour prix de ton sang et de ta gloire, les tréiirsdes peuples vaincus; ce n'est pas ta mission de fschasser devant toi pour te faire place, en les liîanl à la mort : ton génie est de communiquer, au rix du sacrifice, tes sentiments et tes lumières. C'est ice que tu as fait pendant tant de siècles pour la érité; c'est là ce que tu as fait même pour tes irreurs ; c'est là ce que tu fais encore par tes écrits, ar ta parole, par ta langue restée celle du monde inlisé. C'est là ce que tu es venue faire dans ce londe barbare. Tu es venue, non pas seulement y Percher de l'or, mais y porter la justice; non pas paiement y récolter de plus riches moissons, mais semer la vérité; non pas y fonder ton pouvoir sur i servitude et la destruction des vaincus, mais y ^nner un peuple libre et chrétien. Et si tu doutais de Ha parole, parce qu'elle pourrait te paraître inspirée ar mon ministère, quoique je sois le successeur de ks évêques qui ont formé ton âme et que je con- We ton âme aussi bien que toi-même, j'emprunterais celle d'un soldat, de celui qui a connu également les ardeurs nouvelles et ton ancien cœur, de Lamori* i^ière, qui, parlant de ta conquête et des desseins de l^eu sur elle, a renfermé en ces simples mots tout ce
que je viens de dire : La Pro^^dence, qui nous destim A CIVILISER l'Afrique, nous a donné la victoire.
Voilà ta mission. Elle est belle, elle est digne de toi et tu ne Tas payée trop cher ni par tes trésors, n par le sang de tes fils, ni par votre gloire, ô soldati de l'armée d'Afrique ! Et maintenant laisse dire cem qui s'étonnent ! Le soleil, lorsqu'il s'élance dans ss course à travers les cieux, s'arrête-t-il, en répandan sa lumière, aux plaintes de ceux qu'inquiètent ses ardeurs? Avance par la pratique de l'humanité et d( la justice, par l'exemple des nobles vertus qui sonl l'apanage des nations chrétiennes, par la charité envers les faibles, par les inspirations de l'Évangile i car si tu as promis de respecter, dans ce peuple, h sanctuaire de la conscience, tu n'avais pas le droit d'humilier, comme tu l'as fait durant tant d'années, la croix devant le croissant, en paraissant oubliei ton culte et le renier même, quelquefois, par les insultes dont tu le laissais couvrir; tu n'avais pas le droit d'enchaîner la vérité et d'empêcher nos lèvres de la répandre. Et ne crains pas que pour ressuscite! la foi sur ces rivages, je demande les armes san glantes par lesquelles le Coran l'a étouffée, il y a de longs siècles. Je sais que si, pour la liberté de son ministère, un évêque doit être prêt à donner sa tête, il doit garder en tout les règles de la sagesse et de la douceur. Je sais que ma poitrine devrait, s'il le fallait, être la première à se placer devant les vaincus pour protéger, contre d'injustes violences, leurs âmes autant que leurs corps.
Mais ce n'est pas assez d'un peuple. Montez en prit, avec moi, sur ces cimes inaccessibles qui bornt notre horizon et jetez vos regards surl'immenï qui nous entoure. Auprès de nous, les débris