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CHAPITRE II

Mgr Lavigerie fit son entrée solennelle dans la rathédrale de Nancy le dimanche 10 mai 1863.

(irâce à une succession ininterrompue d'évôjuos émînents, qui s'appelaient d'Osmond, de ■"orbin-Janson. Donnet, Menjaud et Darboy, grâce lussi à la fermeté de caractère qui est le propre les Lorrains, le diocèse de Nancy était certainement l'un des plus religieux de la France. On jugera, par le peu que nous allons dire, si les quatre ans d'épiscopat de Mgr Lavigerie ont contribué à maintenir ce florissant état de choses.

Il n'eut point, durant son épiscopat, de plus grande préoccupation que de favoriser l'enseignement dans son diocèse.

Il J'ai considéré les établissements d'éducation, écrivait-il en 1867, comme l'appui le plus solide

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des travaux apostoliques dos prêtres de no« roisses, comme la base la plus ferme du bien je voyais à réaliser au double point de vue gieux et social, et c'est do co côté que j*ai devoir, en conséquence, diriger une grande p de mes travaux et de mes soins. »

Sa sollicitude se porta tout d'abord, comi convenait, sur la formation des professeurs.

Dans le compt(»-rendu de son administri qu'il adressait au Pape en 1867, il constatait si la réputation des maisons d'éducation diri par le clergé était supérieure li celle des établ ments laïcs par le côté religieux et moral, il était pas toujours de môme au point do vue se tifique. (( On considère leurs professeurs, dîsai comme étant au-dessous des professeurs de Tl versité. Cela tient surtout à ce que les profess de l'Université se préparent dans des écoles ciales et prennent les grades de licenciés, de teurs, d'agrégés, devant les jurys de l'instruc publique. Les ecclésiastiques ne le font pas dès lors, ils n'offrent pas les mêmes garai extérieures. C'est peut-être un tort, et c'est cei nement un malheur, parce que cela empêche certain nombre de familles chrétiennes de '.

coniier leurs enfants. »

Il eut promptement fait de remédier à c situation. La première année de son épiscopa choisit un certain nombre de jeunes eccléa tiques pour les envoyer à l'Ecole des Carmes j parer leurs examens, et au bout de trois an

avait quinze licenciés. Il voulut faire plus encore, et il établit à Nancy même une école ecclésiastique des Hautes-Études, qui ne tarda pas à obtenir de brillants succès aux examens de licence. Les candidats qui voulaient se préparer au doctorat et à l'agrégation continuèrent d'être envoyés à Paris, où ils trouvaient plus de secours pour des études spéciales.

Aujourd'hui, grâce à de telles mesures, le diocèse de Nancy est celui de France où les prêtres pourvus de grades universitaires sont le plus nombreux, et où les établissements d'éducation religieuse sont le plus florissants.

II est permis de regretter que Mgr Lavigerie n'ait pas eu plus tôt des imitateurs. On eût ainsi évité plus d'un embarras. Mais l'esprit sectaire de quelques hommes politiques y a inconsciemment pourvu, en menaçant d'exiger les diplômes officiels pour tous les professeurs de l'enseignement libre. Aujourd'hui la plupart des diocèses sont prêts. A quelque chose malheur est bon.

L'évêque de Nancy ne veillait pas seulement à l'instruction de ses professeurs; il se préoccupait encore de leurs besoins temporels. Il se proposa d'établir entre eux une sorte de solidarité; il plaça les économes des diverses maisons sous la direction d'un vicaire général ad hoc, ordonna que le dixième du revenu serait versé dans une caisse particulière destinée à secourir les établissements qui se trouveraient momentanément dans la gêne, à payer une partie des frais qu'exigeait la forma-

:U) I.K r.AMIiINAI. LAVir.KItlK.

tion des maîtres futurs, et entin à constituer po ceux qui auraient vingt-cinq ans d'enseignemfl des traitements de chanoines prébendes à Tégli cathédrale * .

(( Il ne m'a pas seml)lr» juste, écrivait-il, qu'apfi avoir épuisé leur vie dans les travaux et dai Tabnégation du professorat, ils fussent contraint dans leurs vieux jours, d'accepter, pour suffire leurs besoins, une situation d'autant plus pénib pour eux qu'elle serait plus nouvelle, etderecoi mencer une carrière à l'Age où se fait sentir besoin de repos. »

Il s'intéresse en personne aux travaux de a professeurs, et il témoigne ouvertement l'estiii particulière qu'il a de leur mission. « L'enseigiv ment chrétien de la jeunesse, dit-il aux prêtres d son diocèse, est l'un des plus grands services (pi nous puissions rendre h la société. » Et il h engage tous à favoriser de leur mieux les établis sements libres, leur faisant comprendre que l'édu cation chrétienne des enfants de leurs paroisse est (( le complément et le soutien le plus efficac de leur propre ministère ».

Lui-même joint l'exemple à la parole. Il aug mente le nombre de ses maisons d'enseignement Au collège de la Malgrange et à l'école Saint Léopold il ajoute, en les adoptant ou les transfoï mant, les collèges de Yic et de Blàmont, laïcisé

1. Ces dernières mesures sont restées sans effet. Elle indiquent, du moins, ce qu'il faudra faire quand les cir constances seront favorables.

lepuis, ef le collège ■"ourier. à Lunéville. Il lUX maisons qui sont îi able, comme récompens es enfants qui se font le ;uccès.

La ville rfe Nancy obtir Iroit, Mgr Lavigerie, cf levait provoquer plus tai ités catholiques, voulut aits de l'éducation religl 'enseignement supériei] louveaux étudiants de naison où ils trouvaient t peu coûteuse, une b sciure, des jeux, tous les lune entre jeunes gens alait mieux encore, la { e trois prêtres expérimei ien sans les empi^cher d'

Cette protection éclai éducation des jeunes ^ eut-6tre que ne le désii ■iccs religieuses, à l'cnsi

Convaincu, non pas a réparait en France, ds ublic. un mouvement tr

. La Maison des Etudiant ■issante école de Saint-Sig

[\'l LK CARDINAL LAVUîKIUK

vilè^es acronlc^s aux coinmunnuU^ religieuses matit'^rc (rinslniction. t»l roronnaissant que qn ques-unos pouvaient rôellonuMit ne point justil par une srienco sufiisante le droit de professera subir d'exanuM) proalaldo, il adopta, en août 18 une mesure (|ui ne laissa pas de surprendre certain nonibnMle bonnes Ames. 11 exigea, pan ordonnance, que toutes les novices des congr^ lions religieuses ensei}j:nanles subiraient, av d'entrer dans rcMiseij^nement, et devant une co mission épiscopale com[»()sée d(»s ecclc^siastiq les plus instruits, un examen i^gal en sévérit celui des institutrices laïques. Le diplôme conf h la suite de ces épreuves serait désormais ab lument requis pour diriger même la plus hum école dans Icî diocèse.

Le premier moment «le surprise passé, les n gieuses se préparèrent à obéir et se présenter devant les jurys d'examen. L'épreuve fut h reuse et tourna, comme se le proposait Tévêq à rhonneur de renseignement congréganiste, fut désormais au-dessus des critiques de la m veillance. De si heureux succès tirent promp ment tomber la légère opposition qui avait pu < soulevée, à Nancy, par l'ordonnance du mois d'ac

Mais, chassé du diocèse, l'orage se reforma f loin. Deux évoques trouvèrent que leur collè| avait fait une concession regrettable à l'esprit siècle et ouvert la porte à toutes sortes d'abus, nonce du Pape ne dédaigna pas de prêter Tore à leurs plaintes; il s'émut du péril imaginaire (

Tévêque de Nancy faisait courir à l'Eglise do -'France; il lui écrivit que le Saint-Père avait vu ^avec peine la publication de son ordonnance et l'invitait à la retirer avec les ménagements qu'il jugerait convenables.

Mgr Lavigerie n'était pas homme à agir contre xin ordre du Saint-Siège; mais il n'était pas Tiomme, non plus, à céder sans autre façon dans une matière où il savait le bon droit de son côté. Prêt, non pas certes à passer outre, mais à donner sa démission si on l'obligeait à rétracter son ortdonnance, il se résolut à éclaircir promptement la .'question.

Il partit aussitôt pour Rome; et trois jours après avoir reçu la lettre du nonce, sans que personne en France fût informé de rien, il entrait au "Vatican pour voir Pie IX. Comme on lui opposait les difficultés ordinaires, il répliqua que l'affaire ^tait pressée, et il demanda qu'on s'informât sans retard si le Pape voulait lui accorder un entretien immédiat ou lui assigner un rendez-vous précis pour le lendemain.

Pie IX, qui avait pour le jeune évoque une vive ' affection, le reçut à l'instant môme, non sans témoigner une grande surprise de ce voyage imprévu et sans lui demander ce qui l'amenait : ({ Mais, Très Saint-Père, c'est Tordre que vous m'avez fait transmettre de retirer mon ordonnance ^piscopale. — Quelle ordonnance? s'écria le Pape tle plus en plus étonné. Moi, je vous ai dit de ^'e tirer une ordonnance? »

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Mgr Lavigeric lui montra la lettre du nonce.

Pie IX, peu satisfait du zèle excessif de sonn présentant ofliciol, en exprima tous ses regrets* l'évoque. Mais celui-ci nVntendait point que l'ai faire se terminât do la sorte. Il obtint que son or donnancc fût examinée sans délai par la CongH gation des Evêques et Réguliers, et les cardinaiu peu habitués à une telle précipitation, procédi rent, toute affaire cessante, à cet examen. Le ré sultat fut qu'ils approuvèrent hautement la mesui qui leur était soumise, et exprimèrent le vœ qu'elle fût imitée dans les autres diocèses.

Muni de cette décision, l'évùque de Nancy repri le chemin de la France et se rendit directemeii chez le nonce, qui, ne sachant absolument rien d ces démarches, commença par lui renouveler l malencontreuse invitation d'avoir à retirer Toi donnance du mois d'août. Mgr Lavigerie tira d son portefeuille et lut, pour toute réponse, l'ai probation qu'il venait de recevoir à Rome. Puis i sortit avant que le nonce eût trouvé un mot à lu dire.

On ne s'étonnera pas que Mgr Lavigerie ait pri encore plus d'intérêt à la formation de son clerg qu'à l'éducation chrétienne des jeunes gen laïcs.

Il rappelait souvent à ses prêtres la nécessité di

altiver avec soin les vocations naissantes, leur lontrant l'importance du service ainsi rendu à Église et l'avantage qu'un travail si excellent •ur offrait à eux-mSmes dans l'inaction des prcsylères de campagne.

Pour accueillir les enfants pauvres qui se senlieat appelés au sacerdoce sans pouvoir faire les ■ais de leurs études, il créa à Nancy une maîtrise ont les élèves, gratuitement admis, faisaient leurs remières classes de latin et rcmplissaieut, en ^lour, les fonctions d'enfants de chœur dans église cathédrale.

Le diocèse de Nancy comptait alors deux petits jniinaires. celui de Fénétrange, aujourd'hui à Allemagne, et celui de Pont-à-Mousson, qui était > plus important. Il ne voulut pas qu'on y udmlt, xcepté dans les classes inférieures, les enfants ui ne se destinaient point aux Ordres, et qui pouaienl si facilement recevoir l'éducation religieuse ans les autres établissements du diocèse. Cela ne empêcha pas de maintenir dans les études du etit séminaire le programme classique de l'Unicrsité, avec plus d'esprit rehgieux dans le choix es textes et dans la direction. Il recommanda de avoriser. par des études scientifiques et littéraires rès solides, les jeunes gens qui devaient subir les preuves du baccalauréat, sachant bien que, si de

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Peut-être aussi leur inspirent-ils une plus habitude du travail intellectuel.

Le nombre des élèves du grand séminaire, qv atteignait jusqu'à deux cents, lui permit de crétfi comme dans d'autres grands diocèses, un sémi' naire spécial de philosophie. Il supprima quelques exercices qui. sous le nom de conférences, h semblaient perdre un temps précieux , et il le remplaija par un cours nouveau de droit cane nique. 11 créa, comme à Saint-Sulpice, dei chaires de plus pour la théologie. Dans Tune enseigna les éléments du dogme, et dans Taul les éléments de la morale. Avec le système qjà consiste à partager toute la théologie en trois otf quatre années de cours, et à jeter les débutants^ de prime abord et comme au hasard, dans le« traités qu'amène le cycle des études, il est presqofl impossible aux nouveaux élèves de bien com* prendre la matière de leur programme, l'impof* tance relative des questions", le sens exact dei termes qu'ils emploient, la valeur des différentes preuves.

La formation des jeunes clercs aux vertus sace^ dotales l'intéressait plus encore que leurs études* Il voulait surtout qu*on les habituât à l'obéissance et à l'humilité. Il allait souvent leur parler luimême sur ce point. Non content des exhortations publiques, il les recevait plusieurs fois chaque année individuellement dans son appartement du séminaire ; il les interrogeait, les reprenait, s'il en était besoin , cherchait à les mieux connaitre

afin de les mieux diriger pour le présent et pour l'avenir.

Il n'abandonnait pas ses prêtres à eux-mêmes au sortir du séminaire. Il favorisa les études du clergé en maintenant les conférences ecclésiastiques établies par ses prédécesseurs, et en y ajoutant un contrôle efficace par la création d'un conseil central. Il obtint de Rome le pouvoir de ^ conférer les grades du baccalauréat et de la licence , en théologie aux clercs soumis à sa juridiction, et ^ il eut la satisfaction de voir un certain nombre de ses prêtres profiter de ce privilège.

Voyant combien l'absence d'un code précis de lois diocésaines pouvait offrir d'inconvénients pour la discipline ecclésiastique, il fit une exacte recherche des anciens règlements qui s'y rapportaient. Il les vérifia, les examina et les promulgua de nouveau sous le titre de Recueil des Ordonnances jEpiscopaleSy Statuts et Règlements du diocèse de J^ancy.

Il resserra encore les liens de la discipline ecclésiatique par la création d'une officialité diocé- . saine. Auparavant l'évêque prononçait seul, selon sa conscience, sur les accusations portées contre ses clercs. Conformément à l'ancien usage de l'Église, Mgr Lavigerie substitua à cette juridiction un tribunal composé de prêtres choisis dans tous les degrés de la hiérarchie; il ne réserva à l'évêque que le droit de faire grâce. Ses règlements reçurent les éloges du ministre des Cultes, et le Saint-Siège, estimant « qu'ils étaient parfaitement

:tR LK CAIlliINM. I.WIliKIUK

ailapti'S à la situation pivsoiito ilv rÉgiiso France •>. invita iu»s rvt^c|iit»s h établir chez fctto sap» iii>tittiti<»ii '.

^fgr Lavi^i'rir s«' pivotM-upa, dos son arrivéel Nancy, du sort ili's pivtros <[iii, accablés parW années nu 1rs iutirinités, étaient obligés do renoi CCI* au saint ministère et aux modiques ressourtf qui y sont attachées.

« Que faire alors? écrivail-il à son clei^,s nVsl-ce pas pour le prètn» li» cas de cotte détre* oxlrènu» dont parle rKvan^ile : Je ne puis travail 1er, nous dit-il, fodi'rr non vah'o; mendier, les lois riiabil que je porte, riionneur même du sacerdoc me rinlei'dis<.*nt : mrniUcare cnihesco, »

Il fallait doter le diocèse d'une caisse de rt traite ou de prévoyance. C'est ce qu'il lit parus ordonnance du G septembre 1863. Tout fut préT

1. Peut-«*tr(.' est-co jiuur avoir expérimenté la sévérité i cette institufiou (|u'uii piètre de Nancy aurait gardé T mauvais souvenir de son évrquo, et se serait exposée mésaventure que conlo i'anecdule suivante, dont je n'O! pas, du reste, •4;arautir raulhenlicité.

Mgr Lavigcrio, depuis longtemps archevêque d'*AJger,! promenait un jour sur ]h quai d'une gare, en France, sa) aucun signe apparent de sa dignité, lorsqu'il se vit abo der par un prêtre c^ui, comme lui, attendait le départe train. Après l'avoir salué sans faron, ce prêtre engagi avec lui ce petit dialogue :

« Pardon, mon Père, vous êtes missionnaire, n'est-i pas? Cela se voit à votre barbe. — lié ! oui, monsieur l*abb je suis missionnaire. — Où cela, sans indiscrétion? — n'y a pas d'indiscrétion, je suis en Algérie. — Ah! voi êtes en Algérie ! Alors vous devez connaître notre ancic évêque, Mgr Lavigerie (car Je suis de Nancy). — Je cro bien que je le connais î — Est-ce ([u'il est toujours aussi?.

pour assurer la libre gestion de cette caisse. Son conseil d'administration était composé de onze membres dont la majorité était élue par le clergé diocésain, c'est-à-dire par les intéressés, et renouvelée de même tous les cinq ans. Un compte rendu des opérations devait être, en outre, publié chaque année, et envoyé à tous les souscripteurs. On ne pouvait trouver de meilleures garanties de durée et de bonne gestion; et le succès couronna sans retard cette sage initiative. Quand Mgr Lavigerie quitta son diocèse, quatre ans plus tard, la caisse de retraite possédait un capital respectable, et elle avait déjà secouru un grand nombre d'ecclésiastiques infirmes.

— Aussi? — Aussi peu commode? — Ah ! monsieur Tabbé, il est pire que jamais, maintenant que le soleil d'Afrique lui a donné sur la tête. — Cela ne m'étonne pas, allez, mon Père. Moi qui vous parle, j'avais deviné du premier coup son caractère, car j'ai bientôt fait de reconnaître mon monde. — Gela se voit tout de suite, monsieur Tabbé. —

— Figurez-vous qu'il voulut, un moment, me faire son vicaire général. — Ah ! vraiment? — Oui, mon Père, son vicaire général. Mais je savais à qui j'avais affaire, et je me gardai d'accepter. »

Les deux interlocuteurs, devenus tout à fait amis, continuèrent à médire ensemble de l'ancien évéque de Nancy, jusqu'à ce que le train fût en gare. A ce moment, l'archevêque d'Alger, entr'ouvrant son manteau pour laisser voir sa croix pectorale, dit à l'abbé : « Eh bien, monsieur Tabbé, dans ce que nous avons dit, il y a du vrai, il y a du faux. Ce qu'il y a certainement de faux, c'est que je vous aie jamais demandé pour vicaire général, » Et il s'en alla en souriant. L'abbé, dit-on, ne souriait pas.

Le principal siijnt do ce livre étani r<pu\r africaine du cardinal Lavigerio, il n'y a gui'^rc li' d'exposer ici qne ce qui est de nature & le faiconnaître lui-mi>mc. Le peu qui vient d'i^lre <\ montre dc'jîi son caractère et ses idi^es; quclqii' mots maintenant sur son zMc religieux.

Il établit l'uniformitt^ dans la liturgie de S' diocèse en imposant à toutes les paroisses le cénmonial romain; toutefois il obtint du Saïnl-Sii'C le maintien d'anciennes coutumes locales qii étaient chères au clerg*'- et aux fidMcs des campagnes.

Il s'attacha à donner un (îclat cx(raordinair<' aux cérémonies religieuses de sa cathédrale, dam l'espérance, justifiée par l'événement, qu'il attira ralt ainsi plus de monde aux offices, et aFin d donner aux élèves du grand séminaire, pour l'ornementation, pour le chant et tout le culte extérieur, un modèle qu'ils pourraient imiter plus taH dans la mesure des ressources de leurs paroîssof

Jamais il ne négligeait une occasion favorabli de développer dans son diocèse le respect de choses divines par des solennités capables di frapper les âmes et de les émouvoir.

On n'a pas encore oublié, à Flavigny ni à Pontà-Mousson, lesmagnilîques processions qui eureni lieu dans ces deux villes, lorsque le cardinal

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Donnet vint, dans la première, bénir la nouvelle abbesse des Bénédictines *, et, dans la seconde, présider à la translation des restes du martyr saint Pius accordés par Pie IX au petit séminaire.

Le couronnement de la statue de Notre-Dame de Bon-Secours, à Nancy, fut plus solennel encore. Entre la cathédrale et le faubourg Saint-Pierre, le cortège eut à passer sous dix arcs de triomphe, et il ne rencontra pas une maison qui ne fût ornée de fleurs, de verdure et de drapeaux. Plusieurs sociétés chorales et deux musiques militaires prêtaient leur concours à la fôte. Le maréchal Forey y assistait avec sa brillante escorte de hussards. Ce fut un imposant spectacle quand, après le couronnement de la statue, le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, Mgr Dupont-Desloges, le grand évêque de Metz, et Mgr Lavigerie bénirent ensemble, du haut de la tribune, l'immense foule agenouillée.

L'évêque de Nancy ne cessait de stimuler le zèle de ses prêtres par de pressantes instructions adressées aux membres des diverses fonctions ecclésiastiques, tantôt au clergé des paroisses, tantôt aux

i. C'était Mgr Lavigerie qui avait obtenu du Pape l'érection en abbaye de l'ancien monastère de Flavigny, illustré par le séjour de D. Calmet et de D. Ceillier. Disons encore, à propos de communautés religieuses, qu'il fit venir à Nancy les Dames de la Retraite, et qu'il donna des règles canoniques à deux congrégations diocésaines qui en étaient dépourvues, les Sœurs de la Sainte-Enfance de Marie et les Frères de Saint-Charles.

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ilirecleurs du grand séminaire ou aux professeurs des établissements libres. Ce fut pour intéresser son clergé au bien général du diocèse et l'exhorter d'une façon indirecte à y coopérer activement que, plusieurs fois, il lui rendit compte, par lettres circulaires, dos actes de son administration épiscopale.

Le trait suivant montrera, du reste, comment il savait donner l'exemple dans ses tournées pastorales.

Estimant qu'une visite épiscopale doit toujours être, dans les paroisses qui en sont favorisées, l'occasion d'un réveil religieux, il ne trouvait aucun travail trop pénible pour obtenir un résultat si important. Il y avait dans le diocèse de Nancy, notamment dans le canton de Sarrebourg, plusieurs pays de langue allemande dont les habitants, dans leur ignorance du français, n'avaient jamais le bonheur d'entendre les exhortations de leurs évêques. Mgr Lavigeric jugea que ce serait un grand avantage et une vraie joie pour ces populations pleines de foi, de voir l'évoque du diocèse leur parler dans leur langue.

Le malheur était qu'il ne savait pas un mot d'allemand.

Cela ne l'arrôta point : a Bah ! se dit-il, en cela comme dans le reste, il suffit de vouloir. » Il voulut " en effet. Trois mois le séparaient de la tournée épiscopale. Il se mit à étudier la grammaire allemande, prit quelques leçons d'un professeur du lycée, puis, à grand renfort de dictionnaire et de

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syntaxe, composa trois sermons qu'il apprit par cœur. ^

Arrivé dans la première paroisse de langue allemande, il s'apprêta à s'exécuter. Les grands vicaires voulaient le détourner de son projet, lui disant qu'infailliblement l'assistance et euxmêmes ne tarderaient pas à rire : « Que les fidèles se mettent à rire, leur dit l'évoque, cela ne me troublera pas; mais pour vous, c'est une autre affaire^ vous seriez capable de me faire rire moinaême. Mettez-vous derrière l'autel. » Le moment venu de prendre la parole, Tévêque, debout dans le sanctuaire, commence avec une certaine anxiété, mais aussi avec beaucoup de conviction : Es ist mir ein grosses Vergniigen midi in eurem Mittel zu befinden. Dock bedauere ich sehr dass ick eure schœne sprache nicht gut rede * .

Après cette phrase, il promène, un peu inquiet, ses regards sur les auditeurs. Et que voit-il sur tous les visages do ces bons paysans? — Au lieu des sourires prévus, les marques d'une émotion joyeuse, et des pleurs d'attendrissement! Profondément touché lui-môme, il se retourne vers ses vicaires généraux : « Vous pouvez venir maintenant, leur dit-il, vous ne me ferez pas rire. » Et il continua^son allocution.

Le futur cardinal devait parler plus tard dans les plus grandes églises du monde et devant les plus

1. C'est pour moi une grande joie de me trouver au milieu de vous. Je regrette seulement de ne pouvoir mieux parler votre belle langue...

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