‹ Le cardinal Lavigerie et ses œuvres d'AfriqueChapitre 5 sur 60 · I.K r\iimxAi. uviGEHu · texte numérisé non relu

I.K r\iimxAi. uviGEHu

brillants uudiluires; je ne sais si ses diacour> ■'. Paris, de Londres, de Kome, de Bruxelles, d'Ali:-; de Naples, de Milan, de Carlhage, lui ont laî-un meilleur souvenir que sou sermon allemaL aux villageois du canton de Sarrebourg.

Notre conscience (l'historien nous oblige à C" fesser toutefois que le succès ne fut pas le m^a auprès de tous les paroissiens sans exception. K rentrant au presbytère, l'évCque trouva le cii: riant aux larmes, non pas certes du sermon épicopal, mais de l'apjvrt^'ciation de sa respectai' bonne, qui était sortie de l'église, absolument furieuse qu'on eût envoyé au diocèse « un év(>que ijl ne savait pas seulement le fran<:ais i>.

L'évèque de Nancy se donnait encore le drui; par ses travaux intellectuels, d'exhorter tous l'prêtres à l'amour de l'étude.

On a pu soupi;onner d'après ce qui précède. I nombre etl'importance de ses mandements, <le stinstructions pastorales, de ses lettres circulaire-. Rappelons seulement ici le mandement qu'il publl» en févrierl865 k l'occasion du -Sy/^aijw. Plût àDiou que le document pontifical eût été par tous af capté, compris et présenté comme il le fut par lui:

« Après avoir pris respectueusement connais-

brebis à l'égard de Pierre, je m'unis au Vicaire de Jésus-Christ, pour condamner les erreurs qu'il a condamnées. Ces erreurs, je les condamne, non pas dans le sens odieux et faux qui leur a été donné par une partie de la presse, mais dans le sens où l'Encyclique Quanta Cura, du 8 décembre, qui est dans toutes les mains, les proscrit ellemême, c'est-à-dire en tant qu'elles ressuscitent ou favorisent le matérialisme, le panthéisme, Ta- Hhéisme, l'indifférentismc, le naturalisme et les autres systèmes antichrétiens dans leurs applications sociales. »

Pie IX le félicita immédiatement de cette attitude et l'assura une fois de plus de « sa bienveillance toute spéciale ». Il devait recevoir plus tard le même témoignage de Léon XIII pour son explication de l'encyclique sur la liberté humaine. Il sut toujours, sur ces délicates questions, rester en parfaite communion d'idées avec le Saint-Siège, sans prendre parti dans les fâcheuses querelles qui ont si longtemps divisé et affaibli les meilleurs catholiques de France.

Mgr Lavigerie se souvint aussi plus d'une fois qu'il avait été professeur d'histoire à la Sorbonne.

A l'occasion d'une quête que l'archevêque de Tours, Mgr Guibert, avait demandée à ses collègues pour reconstruire la basilique de Saint-Martin, l'évêque de Nancy publia une étude complète sur la vie, l'influence et le culte du thaumaturge des Gaules.

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Coninieiitant, à la fin de son travail, ce passage (le notre vieille liturgie où saint Martin est loué « de n'avoir pas craint les puissants du siècle », il apprécie la con<luite de l'évi^que de Tours vis-à-vis de Tautorilé séculière en des termes où il est bien permis de voir l'idéal qu'il se proposait à luimùme.

« MMé, dit-il, par la force des choses, au mouvement qui entraînait l'empire; devenu, dans les fréquentes convulsions politiques qui se produisaient, dans ce siècle, h chaque changement de maître, le protecteur, le défenseur des proscrits, des persécutés, Martin fut obligé, par cette glorieuse prérogative, comme plusieurs des évèques de ce temps, de traiter avec les pouvoirs publics, d'approcher môme, h plusieurs reprises, du trône des empereurs.

« Il le fit toujours en évoque, c'est-à-dire en pasteur des âmes, chargé, pour sa part, de gouverner et de défendre l'Eglise, et ne mêlant à sa cause sacrée aucune passion humaine; en homme de Dieu, obligé de donner Texemple de l'obéissance et du respect, mais restant étranger à toutes les craintes et à tous les calculs d'ici-bas.

a Egalement éloigné du servilisme qui se prostitue et de l'orgueil qui se révolte, soumis et intrépide, doux et fort tout ensemble, il n'approcha ceux qui dirigeaient le monde que pour remplir sa sainte mission, sachant toujours faire entendre, sans rechercher d'autre éclat que celui du devoir accompli, le langage désintéressé, respectueux et

digne de la charité, de la vérité et de la justice. »

Résistons au désir de citer, dans cette même étude, les développements patriotiques où il explique le culte universel de la France envers saint Martin par la secrète sympathie qui rattache notre caractère national a la généreuse figure du soldat-évôque. Il est, hélas! plus à propos de rappeler la lettre pastorale qu'il adressa à son clergé, en 1866, pourTinviter h célébrer le centenaire de la réunion de la Lorraine à la France.

Après avoir rappelé, à grands traits, l'histoire de cette province toujours héroïque et longtemps indépendante, il s'écriait avec une joie qui devait, quatre ans plus tard, recevoir un si cruel démenti :

« Que le passé et l'avenir servent également de motifs à votre reconnaissance f Rendez grâces à' Dieu de vous avoir fait naître de ce sang généreux d'où sortirent les Sigisbert, les Arnould, les Pépin, les Charlemagne, les Jeanne d'Arc, les René, les Léopold, et, dans une région plus sereine encore, les Léon IX, les Gérard, les Pierre Fourier. Rendons-lui grâces de nous faire vivre sur cette terre de Lorraine, si longtemps libre, indépendante, souveraine, toujours noble et généreuse. Remercions-le d'avoir uni notre sort à celui de la France, et ne conservons ni regrets stériles, ni souvenirs jaloux du changement de nos destinées. Sans rien oublier des gloires du passé, sachons estimer à leur juste valeur les gloires, la puissance et les bienfaits du présent...

« Et maintenant. Messieurs^ demandons à Dieu,

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pour celte patrie qui nous est doublement chère, pour la France et pour la Lorraine, les vertus qui assurent la vie des nations... Et que les fils delà Lorraine, unis k ceux de la France, restent toujours T les fils aînés de l'Eglise. »

C'était à la fin de cette môme année 1866 qu'il devait ôtre appelé à quitter sa chère province de Lorraine. Le i8 novembre, deux jours après la mort de Mgr Pavy, évoque d'Alger, il recevait du maréchal de Mac-Mahon, qui l'avait connu à Nancy même, une lettre où le gouverneur-général de l'Algérie lui demandait l'autorisation de le présenter à l'empereur pour ce siège important et difficile. L'évoque de Nancy répondit :

« Monsieur le maréchal, après avoir réfléchi mûrement et prié Dieu de m'éclairer sur ce que je devais répondre à Votre Excellence au sujet delà demande si imprévue qu'elle m'adresse, en date! d'avant-hier, je viens vous dire ma pensée avecj toute franchise.

« Jamais je n'aurais songé de moi-même il quitter un diocèse que j'aime profondément et oik j'ai commencé des œuvres nombreuses; et si Vot»] Excellence me proposait un siège plus consid^ rable que celui de Nancy, ma réponse serait cer^l tainement négative. Mais je n'ai accepté Tépiscopat que comme une œuvre de dévouement et de saci'ifice. Vous me proposez une mission péniblfiii laborieuse, un siège épiscopal de tous points inférieur au mien, et qui entraîne avec lui l'exil

'abandon de tout ce qui m'est cher; vous p [ue j'y puis faire plus de bien qu'un autr (Vêque catholique. Monsieur le maréchal, n< ■épondre qu'une seule chose à une semblabl josition : j'accepte le douloureux sacrifie n'est offert, et, si l'empereur fait appel à m^ vouement, je n'hésiterai pas, quoi qu'il coûte. J'autorise volontiers Votre Excelle faire connaître ma réponse à Sa Majesté. »

Certes, l'évêché d'Alger était, humaini parlant, bien au-dessous de celui qu'allait q Mgr Lavigerie ; mais, placé au milieu des in: si sur une terre à peine conquise, il répi mieux à sa vocation d'apôtre. 11 suivait, en •■ tant cette lointaine mission, l'attrait impérii sa jeunesse et l'appel même de Dieu. Doci trument de la Providence, il comprit dÈ quelle devait être sa destinée, et il en acceptt une simplicité aussi éloignée de l'orgueil qu faiblesse, le pénible et glorieux fardeau.

« Je ne vous quitte, disait-il à ses dioc dans sa lettre d'adieu, je ne vous quitte que que ma conscience a dû faire taire mon co vous quitte pour porter, si je le puis, moi cours à la grande œuvre de civilisation chré qui doit faire surgir, des désordres et des té d'une antique barbarie, une France noi Daigne la bonté de Dieu soutenir mon co donner à mes lèvres la prudence, k mes m zèle actif, à mon cœiir la charité nécessaii une telle œuvre ! »

ÛO LK CAHItnAL LAVlGEHIt:

Il laissa snn f^v^rhé cnlro des mains ami- Mgr Foulon, qui lui succi'ila, et qui est auj-^' d'hui cardinal arclievi^quc de Lyon, avait •'! l'aris, lanl an jn-lit sôniinain' qu'à Sainl-Sul; t'I h l'Écolf des Carmes. l'un de ses plus, di compaguiuis dVIude. AusHi pouvuit-il diro à dioci'sains : •• Vous le connatlrcz bipntùt, et \' pourrez apprécier, comme je l'ai fait moi-iii-'L durant trente années, l'élévalion d'esprit cl cuiur, la piété, la forme et calme sagesse de vnouvel évi^que, »

Lue bulle pontilicalc, datée du 2o juillet \^'' et publiée en France le 9 janvier suivant, viiid'ériger le diocèse d'Alger en archevôché, en I donnant pour sufTragants les diocèses nouvtll ment créés, d'Oran et de Conslanlîne. Le prenii' archevêque d'Alger fut nommé par décret 'i 12 janvier et préconisé le 27 mai-s. Il entra Ja' Alger le Itî mai 1807.

CHAPITHE III

i/AiiCHEVÉQUE DALGER

MINISTRATION DU DIOCÈSE. ~ RAPPORTS AVEC ROME ET AVEC LES SUFFRAGANTS I CONCILE DU VATICAN.

Lorsque, le 16 mai 1807, les habitants d'Alger rent entrer solennellement dans leur ville cet chevôque de quarante-deux ans qui abandonnait lur jamais Jes dignités qui lui étaient réservées i France, et dont les traits imposants et le regard icidé semblaient justifier dès l'abord tout ce l'on disait de lui jusque dans l'Orient, ils com- ■irent qu'un tel homme portait en lui de grands isseins et de hautes destinées.

Ce qu'il devait faire désormais, Mgr Lavigerie

sut et le voulut dès le premier jour, et c'est là ■ut le secret de sa vie. L'important et le difficile ins ce monde, c'estde voir assez tôt l'œuvre qu'on

doit faire, et de s'y consacrer tout entier, sans ipritde retour.

ïl avait indiqué clairement, dans une sorte de ansui talion adressée à quelques évéques avant son

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