QUÊTEURS. DOMAINE DE LA MAISON-CARREE. PRESTIGE DU PON- TIFE
Juillet 1868 -mai i869.
Mgr Lavigerie écrivait de Paris, le 28 juillet 1868, à M. l'abbé Bourret : « Je pars ce soir pour Rome. A la grâce de Dieu ! » C'était la plus mauvaise saison pour un voyage en Italie. Au souvenir de ce qu'il y avait enduré l'année précédente, il prit la précaution de régler ses affaires, comme s'il ne devait pas revenir : « Si je venais à mourir en route, disait la même lettre, tout ce qui est déposé chez vous, appartenant à l'œuvre des orphelins arabes, devra être donné au diocèse. Je fais don de ce qui m'appartient personnellement au diocèse d'Alger. »
Peu de jours après, 10 août, nous le retrouvons à Paris d'où il écrit au même ami : « Votre lettre que je reçois ici, me trouve encore sur le flanc. Mon voyage était une vraie folie, avec les atroces chaleurs que j'ai trouvées. Enfin j'en suis hors. J'ai été reçu en triomphe et comblé par le pape. Quant aux affaires, tout a été parfait. »
La principale de ces affaires était celle de laquelle il écrivait familièrement qu'il revenait de Home « saharatisé et négrifié, » c'est-à-dire Délégué apostolique du Sahara et du Soudan.
Dès la première année de son épiscopat d'Afrique, l'Evêque missionnaire avait tourné ses regards vers ces immenses régions sahariennes et soudanaises qu'il tenait pour de futurs prolongements de notre civilisation et de notre conquête. Voici comment à cette époque il en écrivait magnifiquement à MM. les membres du conseil de la Propagation de la foi :
« Au sud de l'Algérie et des autres Etats barbaresques, qui longent la Méditerranée, sur le littoral du nord, s'étend, entre le 35e et le i5e degré de longitude, une mer de sables, parsemée d'oasis plus ou moins étendues, jetées comme des îles au milieu de cette immensité. C'est ce vaste pays que les anciens appelaient la Lybie intérieure, l'Ethiopie intérieure, et que nous nommons aujourd'hui le Sahara. Il a pour limites à l'ouest l'Océan, à l'est l'Egypte ; et mesure par conséquent environ 4o degrés de longitude. »
L'Evêque en rappelait l'histoire, et il montrait, bien au delà de nos frontières actuelles, après de longues journées de marche à travers les sables, l'empreinte que les Romains y avaient laissée de leur génie de domination, de civilisation et de conquête. Il rappelait ensuite les apôtres des premiers siècles dépassant les légionnaires romains, et fondant au fond du désert, à Ouargla, à R'damès, des villes épiscopales. Puis il décrivait ces Eglises vaincues, ensanglantées, détruites par la barbarie des Vandales ariens, des Arabes musulmans. Alors l'Afrique entrait dans cette longue agonie, agonie cruelle, héroïque, trop peu connue, qui dura des siècles, suivis d'autres siècles de mort, dont il fallait qu'elle sortit enfin, à la voix de Jésus-Christ, Résurrection et Vie.
Cette vaste contrée, Mgr Lavigerie savait que la Sacrée-