‹ Le Cardinal Lavigerie (volume 2)Chapitre 14 sur 35 · LES SŒURS MISSIONNAIRES · texte numérisé non relu

LES SŒURS MISSIONNAIRES

angulaires de la société. » M. Le Maulf le promit. Au lieu de quatre religieuses, la Providence dont il secondait les vues lui en envoya le double. Il revint à Alger, avec ses huit Bretonnes : deux d'entre elles n'avaient pas seize ans.

Ce fut le 8 septembre 1869, fête de la Nativité de la sainte Vierge, que les premières futures Sœurs mirent le pied sur cette terre d'Algérie qu'elles ne devaient plus quitter. Arrivées le soir à Alger, elles furent reçues à Kouba, par les Sœurs de Saint-Charles qui devaient les initier à la double vie religieuse et apostolique. Cette première soirée fut triste. La supérieure les conduisit dans la maison qui leur était destinée, en face de l'orphelinat. Là elle leur montra leurs petites cellules toutes nues, séparées entre elles par une mince cloison de bois; puis, les quittant, elle les laissa quelques instants à leurs réflexions. Elles furent loin d'être gaies. Se reportant, de cette colline et par delà la mer qu'elles venaient de traverser, vers leurs villages de Bretagne où elles filaient leur quenouille à côté de leurs mères; puis se regardant les unes les autres, et se voyant si loin, si seules, si étrangères et si faibles, elles se demandèrent ce qu'elles venaient faire et ce qu'on pourrait faire d'elles? Ce que Dieu voudrait! mais moitié riant, moitié pleurant de leur rôle tout neuf de fondatrices improvisées, elles n'arrivèrent pas à se convaincre qu'un institut religieux pût sortir de si peu : « Vraiment, s'écria l'une d'elles pour conclure, s'il n'y a que nous pour commencer, ça promet d'être joli! »

L'Archevêque arriva quelques jours après , et raffermit leur confiance. Il leur fit faire une retraite, leur donna une Sœur de Saint-Charles pour maîtresse des novices, et leur traça lui-même les principales lignes d'une règle qu'il avait mise par écrit. La vie agricole y tenait une grande place. C'était celle à laquelle il destinait ses orphelines, et par conséquent leurs futures maîtresses. Or

ce rude travail des champs était ce qui effrayait le plus l'inexpérience des jeunes postulantes françaises: « Bêcher, piocher, labourer : mais plutôt partir! Jamais je ne pourrai faire cela, » se récriait une enfant de quinze ans. Elles ne partirent point. La retraite achevée, cette enfant fut mise à l'œuvre, comme ses sœurs. Elle piocha, elle bêcha, elle se prit même à labourer. « Les Pères du désert n'imposaient pas une vie plus rude à leurs disciples, » écrivent-elles aujourd'hui.

M^ Lavigerie estima, dès cette époque que, pour que le courant des recrues pût se former régulièrement, il était indispensable de le rapprocher de sa source, en fondant un postulat dans le midi de la France. Il s'adressa, dans ce dessein, à l'évèque de Viviers, et par lui il obtint que les religieuses de Saint-Joseph de Vans, dans l'Ardèche, déjà établies à Ben-Aknoun, reçussent en France ses postulantes , et prissent leur direction. Trois des novices de Kouba furent envoyées à Vans pour recevoir les arrivantes. Mais ce ne fut qu'un très court essai, bientôt interrompu par les événements. Ce qui en resta, ce fut l'idée qu'un postulat devait exister en France; et, cette idée, l'Archevêque y demeura fidèle, ainsi que nous le verrons.

Le travail agricole auquel il appliquait les missionnaires et les sœurs revêtait à ses yeux un caractère religieux qu'il leur faisait comprendre, non seulement par ses paroles, mais son propre exemple. « Un jour, est-il raconté, ayant réuni les Pères à Maison-Carrée, il leur rappela la parole par laquelle saint Paul se glorifie auprès des fidèles de ne leur avoir point été à charge, parce qu'il a pu suffire à sa subsistance par le travail de ses mains, en même temps qu'il leur distribuait la bonne nouvelle ; et il leur représenta que telle était la loi de l'apostolat véritable. Ensuite il rappela le mendicare erubesco, de l'Évangile, c'est-à-dire la honte de la mendicité, quand on peut faire autrement, et il appuya pratiquement sur

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