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LES SŒURS MISSIONNAIRES

ce fait qu'ayant acheté à ses deux congrégations des terres considérables à cultiver, elles devraient pour le moins y trouver une ressource nouvelle à ajouter à celles que leur avait jusque-là procurées la charité. Il leur avait écrit dans ses instructions : « Vous ne serez véritablement religieux que quand vous vivrez du travail de vos mains, à l'exemple des Apôtres et des anciens solitaires. »

A cette époque les premières vignes étaient plantées à Maison-Carrée, quelques-unes étaient en rapport. « Si je n'étais retenu par tant d'autres devoirs, dit-il ce soir-là à ses missionnaires, vous me verriez vous donner moi-même l'exemple de ce travail des mains, afin de vous montrer combien je le trouve honorable et sacré, quand il est dépensé au service de l'Eglise ! » Il n'en dit point alors davantage; mais, quelque temps après, l'époque des vendanges étant venue, et le jour en étant fixé, on vit arriver à la maison l'Archevêque revêtu du rochet, de la mosette et de l'étole. Pour quelle fonction religieuse? Aussitôt qu'il les eut réunis, il leur dit : « Eh bien, mes enfants, me voici! Je viens vous donner l'exemple que je vous avais promis et que je vous dois. Partons, je vais commencer la vendange avec vous, » et il les invita à le suivre aussitôt. Arrivé aux vignes, le prélat debout fit à haute voix une prière pour demander à Dieu de ne jamais permettre que ses enfants connussent les angoisses de la faim, du moins jusqu'à mettre les œuvres en péril, qu'il daignât faire fructifier un travail entrepris pour son amour, et le leur faire pratiquer en esprit de pénitence, pour le salut de leurs âmes. Ensuite prenant lui-même un panier et une serpette, il commença bravement à couper le raisin, et eux avec lui, sous les ardeurs d'un soleil d'août. Cette solennelle et religieuse leçon en disait plus que tous les discours.

Nous avons déjà vu que MgrLavigerie se plaisait à venir se mêler fréquemment à ses missionnaires et à leurs enfants quand ils étaient aux champs. Dès que les or-

phelins l'apercevaient de loin, c'était un cri unanime : « Vive Monseigneur! Puis accourant vers lui, se bousculant, se pressant, lui prenant la main pour la baiser : « Père, Père, le baptême, le baptême! » Jusqu'à cette heure, il s'en tenait à ce qu'il avait écrit : « J'ai annoncé publiquement que ces enfants resteraient libres; et que, s'ils veulent être chrétiens, je n'accueillerais leur demande que lorsqu'ils seront en âge de se décider mûrement. Je tiendrai mes engagements .»

A eux-mêmes il demandait de travailler à s'en rendre dignes, et par là il obtenait des transformations extraordinaires. La conscience s'éclairait par les vues de la foi : « Père, baptisez-nous, lui disaient-ils, car nous ne mentons plus, nous ne volons plus, nous ne péchons plus. — Vous ne volez plus, et pourquoi? — C'est parce que Dieu nous verrait, » répondaient les catéchumènes.

A la fin de 1869, l'Archevêque visitant un petit Arabe près de mourir, l'entendait qui lui disait de sa voix défaillante, en lui montrant sa poitrine : « Père, je suis tout noir là-dedans. Je veux que tu me donnes l'eau qui rend l'âme blanche. Je veux aller au ciel! » On le baptisa. Le surlendemain, il disait à Monseigneur, dont il prenait la main pour la porter à ses lèvres : « Père, je voudrais à présent le pain de Dieu. — Qu'entends-tu par là, mon enfant, le pain de Dieu! — Père, c'est Sidna-Issa (le Seigneur Jésus) ! » On le communia quelques jours après : « A la vue de la sainte Hostie, raconte Msr Lavigerie, le visage de ce petit Arabe encore presque sauvage et mourant de la plus affreuse des maladies rayonna des clartés de la foi et de l'amour. C'était comme une lumière qui venait de l'âme et tranfigurait ses traits. Il tendit ses petits bras amaigris hors de son lit vers l'Hôte divin qui le visitait; et lorsque le Seigneur fut descendu sur ses lèvres, il demeura comme en extase, fixant le ciel. Tout le monde autour de lui, prêtres,

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