‹ Le Cardinal Lavigerie (volume 2)Chapitre 28 sur 35 · HOSTILITÉS DES CHAMBRES · texte numérisé non relu

HOSTILITÉS DES CHAMBRES

Déjà, le i5 avril 1876, une lettre de Mgr Lavigerie au père Charmetant lui faisait part de ses vives appréhensions : « Mon cher enfant, on se prépare à nous livrer sur le terrain du budget pour 1877, soit à la Chambre des députés , soit en Algérie , une bataille d'extermination. C'est à l'occasion de la malheureuse subvention de 75.000 francs pour les villages que l'on doit nous déclarer la guerre au Parlement. Ces misérables députés, qui sont la grande majorité, veulent demander une enquête approfondie sur chacune de nos œuvres et stations. Que sortira-t-il de là? Quel malheur immense c'est pour notre liberté d'action que d'avoir sollicité l'appui de l'Etat! Cela peut, entre de pareilles mains, amener la ruine de l'œuvre. »

Mgr Lavigerie partit pour Paris, au mois de mai, vit les ministres, mit sans peine dans ses intérêts l'intègre M. Dufaure, président du conseil, et reçut de lui l'assurance de son appui moral, et au besoin de son intervention personnelle dans les débats.

Il sut alors que, cette fois, ce serait le budget diocésain de l'Algérie tout entière qui allait être frappé, églises, séminaires, paroisses, asiles religieux, en même temps que ses missions et stations hospitalières arabes. Qui serait là pour les défendre? Il eut l'inspiration de remettre sa cause dans la main de M. le député Keller : il n'en pouvait trouver qui fût plus au service de Dieu et de la France. A cet effet, il lui présenta, par écrit, le tableau exact de la situation des diocèses d'Algérie : ce qu'il avait fait, ce qui lui restait encore à faire, les engagements qu'il avait pris, sur la foi des traités, pour la construction des églises nouvelles; puis l'état nécessiteux des édifices diocésains d'Alger, archevêché, cathédrale, grand séminaire, petit séminaire de Saint-Kugène; enfin la situation de ses missions et de ses écoles, le mettant en présence de toute cette pépinière encore tendre de civilisation chrétienne, que la France se devait à elle-

même de ne pas déraciner, à l'heure même où elle promettait et donnait déjà de si beaux fruits.

Cependant la composition de la commission du budget donnait lieu à toutes les appréhensions. Et puis l'Archevêque avait des envieux, et le mal trouvait des complices dans les rangs de ceux mêmes qui devaient être, parétat, les ouvriers du bien. C'est la grande tristesse que celle-là. Ennemis et faux amis faisaient l'opinion avant le vote, et ils la faisaient contre lui. Son exaspération était grande parfois, et tant d'animosités, tant de déchaînement contre l'Eglise d'un côté, tant d'indignités de l'autre l'excédaient à ce point que, ne les pouvant souffrir, il eût préféré mourir : « Comment cela finira-t-il? écrivait-il le 10 novembre, à Mgr de Rodez; mon désir est que cela finisse bientôt. J'en ai assez de vivre au milieu de telles bassesses et de telles horreurs. »

Ce fut le jeudi, 3o novembre, que l'ordre du jour amena la discussion de la partie du budget de l'Algérie relative au culte catholique. Le gouvernement avait proposé, pour les travaux nécessaires aux édifices diocésains, la somme de 200.000 francs, comme les années précédentes. La commission du budget l'avait réduite à 100.000. M. Keller démontra la nécessité de maintenir l'ancien chiffre. Le rapporteur de la commission était cette fois M. Alexis Lambert, un grand manieur de sophismes, qui défendit son rapport avec la calme et froide habileté de ces habitués de la parole, pour qui la facile correction de la forme tient lieu de tout le reste, y compris la vérité et la justice. La réduction proposée par lui fut maintenue.

Même lutte, même issue à la discussion du crédit affecté aux séminaires d'Algérie. La subvention sur ce chapitre était de 100.000 francs; elle fut réduite à 80.000. M. Alexis Lambert était toujours là, embrouillant les chiffres à plaisir. M. Dufaure monta à la tribune pour les rectifier. Il appuya sur l'extrême utilité d'une dé-

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