HOSTILITÉS. — L'AFRIQUE D'AU DELA
contre elle par le césarisme et le gallicanisme, depuis Philippe le Bel jusqu'à Napoléon.
Les allocations furent refusées pour 1878, comme elles l'avaient été pour 1877. De plus, le Conseil général d'Alger, aiguillonné par cet exemple, rejeta, lui aussi, les pauvres subventions accordées aux établissements religieux hospitaliers : « Chose douloureuse et consolante à la fois! écrivait l'Archevêque. Le scrutin public a constaté que tous les membres musulmans du conseil, sans exception, ont voté pour nos communautés catholiques, tandis que les Français se déclaraient contre elles. Eh bien, rien n'honore davantage nos institutions religieuses que de voir les musulmans , qui les persécutaient il y a moins d'un demi-siècle sur cette terre algérienne, prendre unanimement leur défense aujourd'hui qu'ils les voient à l'œuvre parmi eux. »
C'est pour de tels affronts que l'Archevêque rentra de France en Algérie. Cette terre ne portait plus pour lui que des épines. Lorsqu'à la fin de l'année, il repassait les événements qui l'avaient remplie, il n'y voyait que tristesse. Il se comparait mélancoliquement au saint homme Job recevant coup sur coup les messagers qui lui portaient l'annonce de ses malheurs; et, comme le vieil Iduméen, lui aussi, il s'animait à dire la parole de résignation à la volonté du Dieu qui peut prendre ce qu'il a donné et rendre plus qu'il n'a ôté.
Mais la résignation n'était pas, loin de là, l'acquiescement aux doctrines qui, dans le rapport du député Guichard, servaient de préambule à tout un plan de spoliation et d'asservissement de l'Église. L'Archevêque protesta en face et publiquement. Il en écrivait ainsi à Mgr Robert : « Votre Grandeur aura lu le rapport sur le budget des cultes inséré dans le Journal officiel des 1 1 et 11 décembre derniers. Les perspectives dont ce rapport nous menace sont de la plus haute gravité, et un semblable langage, malgré sa modération hypocrite, nous
annonce un complot à la Bismarck pour détruire, s'il se peut, l'Eglise en France. Le premier jour de l'an, accompagné de tout mon clergé, j'ai cru devoir appeler sur ce point l'attention de M. le gouverneur général, et lui dire que, si de semblables questions pouvaient être introduites en Algérie, elles y apporteraient le trouble dans tous les esprits et ajouteraient encore aux périls ordinaires de la colonie... Enfin j'ai terminé en lui disant qu'il ne fallait pas se faire d'illusion , que les questions soulevées si imprudemment touchaient directement à nos consciences, et que mes prêtres et moi nous y laisserions nos têtes, s'il le fallait. Mon clergé tout entier a confirmé mes paroles. »
Ce que Mgr Lavigerie venait de dire au gouverneur général, il voulut l'écrire sans retard au ministre des cultes. Il le fit dans une longue Lettre que nous trouvons rédigée et corrigée de sa main. C'est un chef-d'œuvre de raison et de courage sacerdotal ; et nous regrettons d'autant plus d'avoir à l'abréger. Il ne s'agit plus ici des crédits diocésains, il ne s'agit plus d'intérêts temporels quelconques. « C'est la foi et la constitution de l'Eglise catholique qui sont atteintes ou niées par plusieurs des dispositions que M. le Rapporteur propose de ressusciter contre elle; et lui, non seulement comme évêque obligé de défendre d'imprescriptibles droits, mais comme citoyen effrayé des troubles qu'elles peuvent apporter dans son pays, il vient faire part de sa tristesse et de ses réflexions à l'homme d'Etat, sans autre passion que celle de la vérité et celle de la France. »
D'un ton ferme, il discute les principes gallicans et césariens de 1682, les prétentions des légistes du quatorzième siècle , les articles organiques du régime consulaire et impérial, toutes choses qu'il proclame depuis longtemps jugées, réprouvées, condamnées par le Saint-Siège et par l'épiscopat tout entier. Et il déclare « qu'aucun Evêque, aucun prêtre , aucun fidèle digne de ce nom n'hésitera