LE JUBILÉ ÉPISCOPAL
montrer la vanité le plus souvent amère et ridicule de toutes choses : honneurs et même honneur compris. » Et un peu plus tard, exprimant à son ami son regret de ne le pas voir assister à cette fête : « Puisque, cher Seigneur, vous ne voulez pas venir à mes noces d'argent, je vous retiens du moins pour mon enterrement. Je veux que vous puissiez dire aux fidèles, du haut de notre chaire d'Alger : « Voici « son extrait mortuaire! » de la même voix que vous y avez dit, il y a vingt et un ans : « Voici ses Bulles! » Mais je sais d'avance que ce ne sera pas du même cœur. »
Il était encore à Biskra, lorsque, le 19 février 1888, une Lettre pastorale de lui à ses diocésains leur apporta, disait-il, des méditations que, « durant les semaines qu'il venait de passer dans le silence des déserts », il avait faites sur ces vingt-cinq années de son épiscopat. « Que si mon cœur, ajoutait-il, est contraint, à ces souvenirs, de saigner devant vous, je ne puis oublier que j'ai pris pour symbole de mon ministère le pélican qui ouvre ses veines, pour donner à ses fils la nourriture de chaque jour. )>
Ces souvenirs de vingt-cinq ans se rattachaient a de grands noms et à des événements immenses. C'était d'abord et en tête Pie IX, son consécrateur, alors régnant et glorieux, puis dépossédé, prisonnier, et insulté dans sa tombe. C'était l'Empereur, tout-puissant alors, et aujourd'hui inhumé obscurément dans l'exil, sans un pied de terre pour sa sépulture dans son empire d'hier. C'était le jeune prince, #son fils, tombé dans un coin sauvage de l'Afrique, et restant, comme son père, exilé jusque dans la mort. Et la France écrasée, terrassée comme par la foudre et se déchirant elle-même de ses propres mains ! Et la Lorraine, sa Lorraine, son premier patrimoine d'évêque, arrachée à la France! Et la société, l'ancienne société française, partie pour d'autres destinées ! Et la religion éternelle livrée en proie à l'impiété brutale et toute-puissante : « Ah ! mes chers frères, de toutes les menaces qui se dressent devant moi, à la fin de ma carrière, celle-là est la plus redoutable.
LE CARDINAL LAVKiElUE. — H.
Je me console de tout, de ma vieillesse qui succombe, de ma santé qui a disparu, des persécutions ouvertes ou cachées. Mais ce dont je ne me console pas, c'est de voir dans notre patrie la religion outragée, l'Eglise méconnue, Dieu blasphémé, parce que cela, c'est la fin de la France si, par un coup soudain, elle ne remonte pas aux sources de la vie, je veux dire à son Dieu. »
A ce tableau, le Cardinal opposait celui des grandeurs spirituelles de ce même quart de siècle qui avait vu Léon XIIT se lever après Pie IX. « Je viens de voir, disait-il, dans ce désert que l'Ecriture compare souvent à la vie, je viens de voir, après les sombres orages qui avaient comme voilé le jour, le ciel s'éclairer d'une pure lumière vers le soir, et le soleil se coucher radieux dans la pourpre et l'or, pour annoncer les jours purs qui allaient suivre. C'est ce que je vois aujourd'hui, Seigneur, au soir de mon épiscopat, dans le ciel de l'Eglise, et j'en bénis votre bonté ! »
Cet épiscopat en France, en Algérie, en Afrique, il en disait les joies et les peines, les craintes et les espérances. Il saluait la pacifique légion de ses compagnons d'armes, les missionnaires d'Alger. Il se recommandait lui-même au Juge suprême d'une vie dont il voyait venir le terme. « Priez pour que Dieu m'accorde de pleurer dignement mes fautes, avant de paraître devant lui, comme Augustin mourant les pleurait dans son Hippone avec tant d'amertume. Priez afin que je termine dans sa grâce une vie déjà longue, et que je puisse ainsi moi-même, durant toute l'éternité, continuer a vous aimer et à prier pour vous. »
La fête fut admirable. Le Cardinal avait désiré qu'elle fût célébrée à Alger, « dans une pensée de tendresse et de justice paternelle », comme il disait. Les évêques de l'Algérie, le coadjuteur d'Alger, l'auxiliaire de Carthage avaient écrit chacun une circulaire à leur clergé pour les associer à cette solennité. Ce devait être la fête de l'Eglise d'Afrique tout entière.
Le 12 mars 1888, la cour mauresque de l'archevêché se