‹ Le Cardinal LavigerieChapitre 17 sur 50 · LE JUBILÉ ÉPISCOPAL · texte numérisé non relu

LE JUBILÉ ÉPISCOPAL

transforma en salle du trône pour la circonstance. Le Cardinal passa de là à la cathédrale, où il avait fait dresser un siège élevé, en face du sien, pour M6* Averardi, premier conseiller de la Nonciature, représentant le Saint-Siège. Au repas, offert ensuite aux neuf prélats et aux trois cents membres du clergé, des séminaires et de l'école apostolique , le nom de l'Archevêque d'Alger fut porté jusqu'aux cieux. Mgp Géraigiry, évêque de Panéas, représentait la Palestine : en termes excellents, il évoqua les souvenirs de la fondation de l'Œuvre des écoles d'Orient, du voyage en Syrie de 1860, et du séminaire de Sainte- Anne de Jérusalem. Le premier conseiller de la nonciature célébra l'union étroite du Cardinal avec Rome. Mgr Combes le compara au palmier de l'oasis qu'il venait de quitter, et lui souhaita les palmes de victoires sans nombre. Mgr Lavigerie trouva, pour répondre à chacun, la note juste et simple d'une parole tour à tour aiguisée de finesse ou enflammée de reconnaissance. A Mgr Dusserre, son coadjuteur, qui lui offrait, au nom de tout le clergé diocésain, un riche anneau pastoral, il répondit en lui donnant l'anneau que lui-même portait : « Monseigneur, je vous le destinais, après ma mort. Laissez-moi vous l'offrir dès ce jour. Je ne vous demande, en retour, qu'une seule grâce : c'est que, lorsque ma main sera glacée et que la vôtre se lèvera sur mes fils pour les bénir, vous pensiez quelquefois qu'au delà de la tombe je les aime encore et que je les bénis avec vous. »

Les pauvres ne furent pas oubliés. A l'issue delà messe, montant en chaire, et montrant partout inscrit le mot de Caritas, il demanda qu'une quête fût faite en leur faveur immédiatement : « C'est le jour de mon jubilé, mes chers frères. Or Jubilé veut dire joie. Vous ne pouvez mieux réjouir mon cœur qu'en faisant l'aumône aux pauvres pour lesquels je vous implore. » Et lui-même donna l'exemple de la générosité.

Lorsqu'il remonta d'Alger à Notre-Dame d'Afrique et

à Saint-Eugène, le Cardinal y trouva ses familles d'Arabes chrétiens des deux villages du Chélif, qui lui présentèrent leurs nombreux enfants à bénir et mirent à ses pieds les plus beaux produits de leurs fermes. Ce fut une très grande joie de se revoir. Il les combla de tendresse, les fêtant eux-mêmes, les hébergeant, les régalant dans une abondante diffa où il prit place au milieu d'eux. On ne pouvait plus se quitter.

A la Tunisie était réservé un monument durable de ce grand anniversaire : ce fut, on le devine, un monument de charité. Aux témoignages de reconnaissance qui lui vinrent de là, le Cardinal répondit en annonçant que, moyennant le concours d'un généreux chrétien, M. Perret, de Lyon, il fondait à la Marsa un orphelinat agricole pour l'entretien gratuit de huit jeunes orphelins de la Tunisie. Il donnait des ordres à son chancelier, M. Tournier, pour que l'établissement s'ouvrît dès le ier mai de cette année, et pour que les demandes d'admission fussent reçues immédiatement : « Vous serez heureux comme moi, mon cher chancelier, de donner ainsi aux familles pauvres de la Tunisie, cette nouvelle marque de paternel intérêt et de charité pastorale. »

Enfin, après les fêtes de Pâques, il adressa au clergé de sa juridiction son remerciement public pour cette unanime manifestation : « Je vous appartiens désormais, Messieurs, tant qu'il plaira à Dieu de me garder sur la terre, plus complètement encore que par le passé. »

Il en donna la preuve immédiatement, en profitant de ces trois mois de séjour à Alger, pour en reprendre en main l'administration : « Je voudrais, écrivit-il, donner plus efficacement à mon vénérable coadjuteur, dont je connais la sagesse et le zèle, le concours et l'appui qui lui sont nécessaires, et faire ainsi face, avec lui, à des embarras qui, d'un jour à l'autre, pourraient devenir plus grands. » Dans cette circulaire d'une vingtaine de pages, datée du i5 avril, étaient traités et réglés divers changements dans

LE JUBILÉ ÉPISGOPAL. 437

le personnel eeclésiastique , le budget des séminaires, celui de la caisse de secours aux prêtres âgés ou infirmes, l'observation de chacune des ordonnances synodales, que l'Archevêque se disait « profondément et douloureusement surpris de voir tombées si tôt en désuétude, malgré tout le zèle de son vénérable coadjuteur. » — « Tel est, concluait sa lettre, l'ensemble des réflexions et des conseils que j'ai cru nécessaires, pour donner à notre vie diocésaine une vigueur nouvelle. J'ai la confiance que vous ne verrez dans cet acte de ma sollicitude paternelle que ce qui s'y trouve réellement, à savoir mon désir de remplir un devoir sacré. »

Quelques jours après, 4 mah Ie Cardinal partait pour Rome, à la tête d'une députation de ses missionnaires et du clergé algérien. Ce n'était pas un simple pèlerinage diocésain ni même régional qu'il accomplissait, comme tous ceux qui y conduisaient alors les catholiques pour le Jubilé sacerdotal de Léon XIII. Ç'allait être Je point de départ d'une grande expédition humanitaire et chrétienne.

Mgr Lavigerie, contre ses prévisions, ne devait plus revoir Carthage, ni cette année ni la suivante. Il venait à Rome recevoir du Vicaire de Jésus-Christ le commandement et le signal de son entrée en campagne contre l'esclavage en Afrique.

Page 1