‹ Le cardinal Louis Aleman et la fin du grand schismeChapitre 12 sur 23 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La fln du schisme, la mort et le culte du bienheureux Aleman

Puisqu'il avait quitté Bâle vers le mois d'avril 1447, Aleman n'y partagea pas avec les Pères la longue et triste attente qui précéda l'expulsion, mais il travaillait ailleurs dans l'intérêt commun; à bord du vaisseau qui sombrait, il allait demeurer à son poste, inébranlable au milieu des défections multipliées, jusqu'à l'entier apaisementdel orage qu'il avait imprudemment soulevé.

Deux choses restaient à faire : l'une, et c'était le plus facile, de sauvegarder les intérêts personnels de tous ceux qu'il avait entraînés à sa suite, depuis l'antipape couronné par lui jusqu'au dernier des licenciés qui lui restaient fidèles, en leur assurant, avec l'honneur et la sécurité, la situation qu'ils possédaient avant le schisme et ce qu'on pourrait sauver des avantages que chacun y avait gagnés; l'autre, et c'était le plus incertain, de réserver intact, dans la défaite présente, ce principe conciliaire qu'aucune concession n'avait encore amoindri, afin que, quelque jour, en des temps plus favorables, d'autres pussent à nouveau le proclamer en s'appuyant sur le concile de Bâle

commeil s'était lui-même appuyé sur le concile de Constance.

Ainsi restreinte, la tâche n'était pas impossible. La situation en effet ne paraissait pas si compromise qu'Aleman ne pût, en traitant, faire des conditions: outre Tobédience de la Suisse et de la Savoie, il avait encore de nombreux amis en Dauphiné, en Provence, en Lorraine, en Ecosse, en Bohême, en Moravie (i), en Pologne (2)et en AUemangne enfin, particulièrement dans les ville» impériales et en Tyrol (3). Surtout, il avait l'antipape lui-même, quelque temps si préjudiciable à sa propre cause, aujourd'hui son principal soutien. Voulait-on la fin du schisme, il faudrait amener Félix, hors d'atteinte sur son propre territoire, à une abdication volontaire, en échange de laquelle notre Cardinal espérait obtenir une reconnaissance de ses principes et un traitement honorable pour les Pères.

Mais, pour ces négociations, il fallait un négociateur, car, de traiter directement avec la cour de Rome, ce n'était pas possible. Par fortune, il y avait en Europe une puissance encore peu compromise qui, d'un côté, continuait à reconnaître l'assemblée de Bàle et dont la fidélité au Saint-Siège était, d'autre part, demeurée absolue : c'était la France ; son attitude ferme et sa décision à n'admettre ni le concile du Pape, ni le pape du Concile, pour étrange qu'elle eût pu quelquefois paraître à l'une et à l'autre partie, faisaient d'elle à présent l'artisan nécessaire de la difficile œuvre de paix.

On se rappelle comment, le 2 septembre 1440, Charles VII avait pris position en faveur d'Eugène et, depuis, il avait entretenu avec la curie les plus cordiales relations, tout en gardant avec l'ancien duc de Savoie des rapports amicaux que facilita du reste grandement le retour à Lausanne de l'antipape, lequel y recevait en 1443 une ambassade française et, l'année suivante,

(i) Raynaldi. a. 1446, n» 7; a. 1447, no 20.

(2) Cf. la lettre de l'Université de Cracovie au Concile, du 16 juillet 1448 (Bibl. Nat.,ms. lât. i5oo, non folioté),

(3) Pastor, I, 291.

envoyait au Roi son vice-camérier Jean de Grosiée (i). Il ne s'agissait probablement entre eux, à ce moment, que d'affaires toute politiques. Loin de garder rigueur à la cour de Chambéry de son attitude presque hostile au temps des guerres civiles, Charles VII cherchait à se l'attacher : le i6 août 1436 avait été signé le contrat de mariage de Yolande de France, âgée de deux ans, avec Amé de Savoie, petit-fils de l'antipape (2), et l'accord s'était maintenu ; le duc Louis, dont l'intervention en faveur des Suisses avait été bien accueillie par le Dauphin à Ensisheim, venait de conclure avec lui, en février 144(5, une alliance offensive et défensive (3) qui devait être plus tard, à l'époque de la succession de Milan, considérée par Félix comme le meilleur appui de son fils (4).

A celui-ci, au reste, cette entente paraissait si bonne que, afin de l'affermir en écartant toute cause de conflit, il faisait alors spontanément (5) à la cour de France des ouvertures tendant à clore le schisme, à l'insu certainement de notre Cardinal et probablement sans l'aveu complet de l'antipape lui-même. Scrupule de conscience (6) ou crainte que la tiare bâloise ne finît par coûter cher à sa dynastie, le duc de Savoie ne ménageait rien pour amener l'abdication de son père. Nous avons dit qu'il ne lui prêtait, malgré ses instances, aucun secours pécuniaire en Allemagne; l'un des ministres de Félix, qui passait pour le détourner d'une capitulation, le paya de sa vie (7); en même temps, le prince poussait activement avec le roi Charles les négociations qu'il avait entamées l'année précédente, en 1446 (8). Il y emplo3^ait deux

(i) Jean de Ségovie, I. XIX, ch. 18; Arch. di Stato à Turin, bullaire de Félix V, VI, fo 75.

(2) De Beaucourt, III, 326.

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