CHAPITRE IV
L'Archevêché d'Arles.
L'évasion était accomplie et rien n'empêchait plus Aleman de se rendre au Concile ; de Gênes, où sa galère se dirigeait, s'il allait directement à Bàlc, la route était brève, mais notre cardinal avait d'autres projets. Peut-être hésitait-il encore à prendre place parmi les Pères, dont les derniers actes avaient manifesté l'obstination méchante et la haine contre Eugène, Par sa fuite périlleuse et si contraire à tous ses intérêts, il avait montré son obéissance aux décrets du Concile et sa soumission aux dogmes de Constance, un voyage immédiat à Bâle n'était pas nécessaire. L'Empereur, d'autre part, qu'il venait de quitter, pouvait lui avoir fait pressentir qu'il espérait obtenir du Pape de nouvelles concessions et faire la paix ecclésiastique ; en laissant à cet heureux événement le temps de se produire, avant de paraître au Concile, Aleman assurait le repos de sa conscience. Embarqué d'ailleurs à Ostie dans le plus parfait dénûment, il avait besoin, pour faire à Bàle une figure digne de lui, de s'arrêter quelque temps sur la route, afin de rassembler ses amis et domestiques, de réunir ses bagages, d'amasser quelque argent. A son projet, il lui parut que sa ville archiépiscopale d'Arles convenait à merveille \ il
lui parut aussi, c'est lui qui le disait plus tard, qu'avant d'aller au Concile attaquer les abus de l'Eglise universelle, il seyait de réformer le diocèse dont il avait la charge (i). A s'y rendre, il se décida donc et, tandis que la galère génoise suivait la côte toscane, suspendant ses graves soucis de cardinal en fuite et ses réHexions sur la lutte de Rome et de Bàle, il devait songer à cette ville d'Arles, à sa cathédrale de Saint-Trophime, qu'il connaissait pour les avoir jadis été voir d'Avignon, mais où jamais il n'avait coiffé la mitre.
Sa promotion à l'épiscopat datait des premiers temps de son séjour à la cour de Martin V ; le 22 juin 1418, il avait été pourvu de l'évêché de Maguclone (2), vacant par le décès de Pierre Adhémar à qui déjà, comme lieutenant de Conzié, il avait succédé à la Chambre apostolique (3). Cette nomination était fort avantageuse au jeune prélat, qu'elle rendait suffragant de son oncle, l'archevêque de Narbonne ; la petite ville ruinée dont il prenait encore son titre avait depuis longtemps cédé la place à l'opulente Montpellier et son diocèse était l'un des plus importants du midi de la France. Retenu d'ailleurs à la cour pontificale par ses fonctions de vice-camérier, Aleman se contenta de veiller de très loin à l'administration de ses ouailles. Aussitôt nommé, avant son sacre, il y délégua Pierre de Rocosello, religieux du monastère clunisien de Moissac (4) ; plus tard, il se fit représenter à Maguelone par d'autres vicaires généraux, dont l'abbé de Saint-Sauveur d'Aniane (5). Entre temps, à Mantoue, le 20 novembre 1418, il avait été sacré des propres mains de Martin V ((5). Ses revenus épiscopaux avaient souffert d'une mauvaise gestion ; au spirituel,
(1) Jean de Ségovie, 1. VIII, ch. 17.
(2) Gall. Christ: Nov., Arles, no 3468.
(3) Pierre Adhémar était lieutenant de Conzié en 1407, 1408, 1409 (de Love, 242).
(4) Arch. du Vatican, Martin V, Reg. Div. Camer. IV, fo i52. (3) Denifle, La Désolation, n» 55 i.
. (6) Gall. Christ. Nov., Arles, no 3478.
bien des abus étaient à réformer dans le diocèse et très particulièrement en ce qui touchait le Chapitre ; de Rome, Aleman y travailla, par des requêtes au Pape et la nomination de visiteurs (i). Il fit surtout bénéficier de sa haute situation l'illustre Université de Montpellier dont, comme évêque, il était chancelier ; à sa prière^ le même jour, 17 décembre 142 1, le Pape donna dix bulles en faveur de cet établissement, dont l'une instituait une Faculté de Théologie au milieu des écoles déjà existantes, privilège demandé longtemps inutilement et enfin obtenu par le vice-camérier ; ses diocésains semblent lui en avoir été très reconnaissants (2).
Toutefois, Aleman aurait été heureux d'échanger son lointain diocèse contre un évêché de Savoie, son pays, où il aurait pu mieux servir ses parents et ses compatriotes. Précisément, l'évêque de Genève, Jean Courtecuisse, vint à mourir dans sa ville épisccpale, le 4 mars 1423 ; aussitôt, grand émoi au Chapitre ; on y prétendait avoir gardé le droit d'élection, peu à peu supprimé ailleurs par la ténacité du Saint-Siège ; cette question passionnait alors le monde ecclésiastique et les chanoines genevois voulurent affirmer leur prérogative en élisant rapidement un successeur à Courtecuisse. La majorité se mit d'accord sur le nom de Guy d'Alby ou de Cluses, l'un des membres du Chapitre, chanoine également de Lausanne et Paris, jadis vicaire général, à Genève, de l'évêque Jean de Rochetaillée. Par animosité contre cet élu, peut-être, et pour lui opposer un homme en faveur à la curie, la minorité protesta, fit traîner en longueur les opérations et enfin, le 25 août, se déclara pour Aleman. Ils n'étaient que quatre chanoines contre dix-sept, mais cela suffisait pour justifier un appel à Rome; la majorité y envoya deux délégués, afin de
(i) Denifle, La Désolation, n» 545 ; cf. Germain, Histoire de la Com- ^nune de Montpellier, II, 2 36 et s.
(2) Gariel, 128-13 I ; Germain, /'£'co/e de Droit de Montpellier, dans V Académie des Sciences et Lettres de Montpellier^ Section des lettres,\-\, 211 et VII, 282-280.
faire confirmer l'élection de Guy; de son côté, Aleman priait le Pape de ratifier la postulation que la minorité avait faite de lui. Martin V remit Taftaire au cardinal Fillastre et, quelle que fiit la faveur dont il jouissait alors, l'évêque de Maguelone perdit son procès ; l'occasion était trop belle en effet pour le Saint-Siège d'ébranler les prétentions du Chapitre en annulant toutes ses opérations-, par bulle du 3 décembre 1423, Martin V cassa donc l'élection de Gu}' et la postulation d'Aleman, déclara se réserver le droit de disposer, pour cette fois, du siège épiscopal de Genève et l'attribua au cardinal Jean de Brogny, commendataire d'Arles, l'ancien président du concile de Constance (1).
Le choix, du Pape était heureux; originaire du diocèse, qu'il avait comblé de bienfaits, Jean de Brogny y était aimé; très attaché lui-même h son pays, il accepta volontiers cette translation, qui le faisait passer de l'archevêché d'Arles à un simple évêché (2). Mais, si les Genevois n'avaient rien à reprocher au titulaire désigné par la cour de Rome, le Chapitre estima que sa prérogative était lésée ; à sa requête, le duc de Savoie, Amé VIII, envoya deux ambassadeurs à Martin V; ils devaient obte:\ir la promesse- que, à la prochaine vacance, les chanoines pourraient librement exercer leur droit d'élection ; ils devaient, en outre, demander une compensation pour l'élu Guy d'Alby, qui s'était quelque temps intitulé évêque de Genève et se trouvait réduit à sa prébende; le Pape accorda l'un et l'autre point (3).
(1) Edouard Mallet, Mémoire historique sur Velection des évéqu s de Genève, dans les Mémoires et Documents publiés par la Société d'histoire et d' archéologie de Genève, II, 167, 171 ; Gonthier, Les évéques de Genève au temps du grand schisme, dans les Mémoires de l'Académie Salésienne, XII, 342, 344-346; cf. Obituaire de Saint-Pierre de Genève, 43, note; Gall. Christ. Nov., Arles, n^ 3439.
(2) Edouard Mallet, dans les Mém.de la Soc.de Genève, II, 171 ;Arch. de Genève, pièces historiques, n» 446.
(3)E. Mallet, ibid.^ 173; Gonthier, ibid., 346; Arch, de Genève, pièces historiques, n" 453.
Ainsi, Aleman avait échoué dans sa tentative, si du moins c'était à son instigation que la minorité du Chapitre genevois l'avait postulé ; quoi qu'il en fût, à en demeurer là, l'affaire se serait mal terminée pour lui, puisque le duc de Savoie, son souverain, avait pris parti pour son rival Guy d'Alby ; il pouvait lui en imputer l'insuccès et son mécontentement retomber sur Louis et sa famille. Grâce au Pape, au contraire, Aleman ne perdit rien à son échec de Genève ; afin de le garantir contre tout ressentiment d'Ame, Martin V écrivit au duc de Savoie pour lui recommander chaudement le jeune prélat et le lui signaler comme un serviteur utile et dévoué (i).
Et, pour le consoler d'avoir vu échapper l'Eglise de Genève, Martin V, en v nommant à sa place Jean de Brogny, lui donnait le même jour une éclatante compensation. Ce siège archiépiscopal, que laissait un des plus illustres cardinaux de son temps, Aleman y fut nommé par bulle du 3 décembre 1423(2). Il ne garda pas trois ans sa nouvelle dignité, car sa promotion au cardinalat entraîna de droit la résignation de son archevêché; lors donc que, le 27 mai 142(3, le titre de Sainte- Cécile au Transtévère lui fut attribué, le siège d'Arles fut déclaré vacant. Mais, le surlendemain même, le Pape le lui rendit en commende (3) et, dès lors, sans que rien fût change à sa situation en fait, au lieu de se dire archevêque, il s'intitula perpétuel administrateur et prince de la Sainte Eglise d'Arles ; dans les actes qui n'étaient point relatifs à son diocèse, il se qualifiait cardinal prêtre du titre de Sainte-Cécile, communément dit d'Arles, et le demeura jusqu'à sa mort.
De Mag&elone, l'avancement était brillant ; son nouveau siège, outre la gloire d'être l'un des plus anciens archevêchés des Gaules, avait encore quelque chose du lustre que le voisi-
(r^ Gall. Christ. Nov., Arles, n<> 3579. (2) Gall. Christ. Nov., Arles, ne i83o. <3) Ibid., no 1839.
nage d'Avignon, cent ans résidence de papes, avait reflété sur les églises environnantes. Tant que des souverains pontifes habitèrent le Comtat, en efl'et. les diocèses des bords du Rhône héritèrent du prestige attaché jadis, pour la même raison, aux évêchés suflfragants de Rome et si, dans le sacré collège des papes français, les cardinaux continuaient à porter les titres d'Ostie ou de Palestrina, en réalité, c'était aux Eglises de Provence, de Dauphiné ou du haut Languedoc que leurs avantages avaient passé.
Aussi, parmi les prédécesseurs immédiats d'Aleman, quelques-uns avaient été illustres : Pierre de Gros, camérier à l'époque où s'ouvrit le grand schisme, remuant personnage et cardinal de Clément VII ; François de Conzié, comme lui camérier en de graves circonstances, et cette haute dignité semblait attachée à l'archevêché d'Arles, puisqu'Aleman devait encore réunir l'exercice de l'une à la possession de l'autre ; Jean de Brogny, enfin, chef du sacré collège et vice-chancelier de l'Eglise romaine.
Nommé le 3 décembre 1423, Louis attendit jusqu'au 20 mars 1424 pour s'acquitter de la taxe à payer à la Chambre apostolique (') ; le 12 avril, le représentant de Jean de Brogn}'^ administrait encore le diocèse d'Arles, mais, quatre jours après, le nouveau titulaire entra en Jouissance de son archevêché et, de ce jour, il en toucha les revenus (2). Un mois plus tard, il en prit solennellement possession par procureur ; son fondé de pouvoirs, Pierre de Cotigny, entra, le 16 mai au matin, à Saint-Trophime, sa cathédrale : la cérémonie consistait à présenter au Chapitre les bulles du nouvel archevêque, qu'à l'unanimité prévôt et chanoines déclaraient recevoir, moyennant qu'en son nom leurs privilèges et statuts leur étaient confirmés par serment. On passait ensuite au palais
(i) Gall. Christ. Nov., Arles, n" i853.
(2) Ibid., no 1841 ; Arch. des Bouches-du-Rhône, Arch. d'Arles, comptes 1418-66, fos 167, igi.
archiépiscopal, et le fondé de pouvoirs en était mis en possession par le Chapitre, qui lui en abandonnait les clefs; les syndics d'Arles se présentaient alors et, avisés officiellement par des bulles à eux adressées, ils disaient qu'il plaisait à la ville. Enfin, un banquet rassembla les notables du pa3's chez l'archevêque, membres de la municipalité, seigneurs et dignitaires ecclésiastiques; au menu, potage aux œufs, mouton, agneau, chevreau, force épices et vin blanc. Le lendemain, Pierre de Cotigny fut prendre possession du château de Salon; quatre mois après, il revint à Arles pour recevoir tous les hommages, liges et autres, dus à l'archevêque par ses vassaux ; à la même époque se retirait le vicaire général de l'ancien administrateur, demeuré quelque temps dans le pays pour transmettre ses pouvoirs ( i).
Ainsi le diocèse était prêt à recevoir Aleman, qui ne parut point; nul ne s'en étonna; la résidence était alors une exception dont, par surcroît, il ne semble pas qu'on fît honneur à ceux qui la pratiquaient. Beaucoup s'y soustrayaient, dont les motifs étaient moindres que ceux de Louis et qui végétaient servilement chez un prince séculier, ou bien auprès de quelque prélat plus puissant, lui-même hors de chez lui, mais nanti d'une mission lucrative.
Pour Aleman, à l'époque même où l'on prenait possession pour lui de son archevêché, il partait pour sa légation de Bologne. Si d'ailleurs il n'administra pas le diocèse, au moins ne compte-t-on pas, sous son pontificat, d'aussi nombreux vicaires généraux que sous quelques-uns de ses prédécesseurs : Jean de Brogny, par exemple, en avait eu sept en treize ans, dont plusieurs simultanés, cause de désordre et de confusion (2).
{i} Gall. Christ. Nov., Arles, 0°^ 1804, i8o3, 1808, 1854; Arch. des Bouches-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-06, f'"' 214 V0-21G,
(2) Gall. Christ. Nov., Arles, lu fine, liste des vicaires généraux et capitulaires.
Au contraire, Pierre de Cotigny à qui, dès le premier jour, Louis confia son Eglise, garda cette charge jusqu'à sa mort; docteur en droit et doyen de Saint- Pierre d'Avignon, où il laisaitsa résidence habituelle, le vicaire général d'Aleman était l'ami de Gonzié(i) et son subordonné comme clerc de la Chambre apostolique et comme recteur du Comtat-Venaissin ; il devint plus tard évêque de Montauban, puis de Castres (2). Le camérier lui-même, pour honorer son neveu, consentit à prendre aussi le titre de vicaire général de l'archevêque d'Arles (3).
Conzié mourut en décembre 1431 et Pierre de Cotigny en même temps; le Conseil de ville délibéra, le 5 janvier suivant, d'écrire au Cardinal pour l'aviser de ce double décès et le prier de déléguer à sa place quelque vaillant seigneur évêque, en lui exprimant le souhait d'y voir nommer celui de Vaison. suffragant d'Arles, qui avait autrefois gouverné le diocèse, du temps de Jean de Brogny, à la très grande satisfaction des habitants (4). Le choix d'Aleman tomba sur son vieil ami, Pierre de Treilhia, que nous avons vu jadis à Rome auprès de lui ; sorti de la Chambre apostolique, nonce du- Pape en Castille, il venait d'être promu à l'évêché de Lodève et une fois déjà il avait eu une délégation provisoire dans le diocèse d'Arles, où souvent il séjournait en passant (5) ; par ses lettres du i o février 1432, Louis l'y nomma son vicaire général.
(i) Qui le nomma parmi ses exécuteurs testamentaires (Mugnier, Les Montfort et les Com^ié, 409).
(2) Gall. Christ. Nov., Arles, nos 1860, 1869, 1875 ; cf. sur Cotigny, Vaissette, IV, 434; Félix Vernet, Le pape Martin V et les Juifs,dans la Revue des Qiiest. hist., LI, 388; Rey, Louis XI et les Etats pontificaux, dans le Bulletin de l'Académie Delphinale, 4c série, XII, 245 ; Arch. de Vaucluse, B. 9.
(3) Gall. Christ. Nov., Arles, n"s i863, 1864. . (4) Ibid., no 1875.
(5) Gall. Christ., VI, 56 1 ; Arch. des Bouches-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, f«s m v, 1 53 v» ; Gall. Christ. Nov., Arles, no 2962.
Par le même acte i), le Cardinal conférait le même titre à quatre autres personnages : du premier, Jean de Poitiers, évoque de Valence et membre d'une illustre famille princière, le nom parut seulement pour faire honneur au diocèse ; pour les autres au contraire, s'ils n'exercèrent pas davantage leur charge, c'était une dignité dont Aleman avait voulu les gratifier. Deux d'entre eux étaient ses proches parents, François de Fitigny, que déjà nous avons trouvé à Bologne, et Henri de Saconncx, chanoine et sacristain de Lyon (2}; comme celuici, le quatrième, Antoine de Prez, licencié en décrets, chanoine de Lausanne et plus tard évêque d'Aoste, avait appartenu à la maison deConzié(3). En fait, les pouvoirs de vicaire général demeurèrent au seul Pierre de Treilhia. qui les garda jusqu'à sa mort, en 1441.
Quelles étaient en droit ces fonctions, les lettres mêmes d'Aleman nous l'apprendront: administration spirituelle et temporelle du diocèse et de la mense archiépiscopale, nomination de tous officiers, connaissance de tous crimes et délits ressortant à la justice ecclésiastique, coUationdetous bénéfices, gestion du domaine féodal, rien qui n'appartienne au vicaire général. De fait, si nous le voyons installer un bénéficiaire, concéder une indulgence, publier une décime (4), il intervient surtout dans les affaires d'ordre temporel, qu'il discute avec le gouvernement et les sujets de l'archevêché (5) ; s'il agit en matière ecclésiastique, c'est le plus souvent à propos d'un bénéfice avec ses revenus ; car le vicaire général se borne d'ordinaire à l'administration du double domaine de l'archevêque, composé d'une part, des champs et villages que tiennent de
(1) Bibl. d'Avignon, ms. 2-54, f" 112 v».
(2) Mugnier, Les Moût fort et les Coupé, 358.
■ 0) Ibid., 410. Sur Antoine de Prez, cf. GciU. Christ., XV, 372; Besson, 259.
. (4) Gall. Christ. Xov. Arles, no'^ i863, 1864, i865, 1869, etc.
(5) Ibid., no 1890; Bibl. d'Avignon, ms. 2754, (" 114 ; Arch. des Bouches-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, f» i53, etc.
lui tenanciers et vassaux ; d'autre part, des rentes et terres d'Eglise qu'il confère aux bénéficiaires de tout ordre, chanoines, curés etchapelains. -'
D'exercer sur le diocèse une plus profonde influence, les représentants d'Aleman ne le tentaient point; même, loin d'y résider à sa place, ils y paraissaient très rarement. De Conzié, tous les actes sont datés d'Avignon, où les gens de son neveu lui portaient chapons et vin claret (i). Pierre de Cotigny y résidait également ; pour Pierre de Treilhia, il semble être surtout resté dans son évêché de Lodève. Un ou deux séjours de deux ou trois journées du vicaire général au palais archiépiscopal, quelques messages qu'il envoie, ou qu'il reçoit, à cela se réduisent, pour une année quelconque, les relations du diocèse avec l'agent de l'archevêque (2). Que l'administration laissâtà désirer, on le conçoit, etque des mesures fussent parfois tentées pour remédier à une ordinaire négligence. Le (3 août 1426, par exemple, alors que Cotigny et Conzié représentaient Aleman, à sa prière et sur sa plainte, le Pape nomma l'archevêque d'Aix et l'évêque de Béziers conservateurs des biens de la mense archiépiscopale, diminués par les spoliations et les usurpations (3). Au spirituel, même état de choses ; parfois le saint chrême manquait à Saint-Trophime (4) et, pour la réforme du Chapitre, il fallait que Martin V, encore à la requête du Cardinal, instituât des commissaires extraordinaires (5).
(i) Arch. des Bouches-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, fos 2 58, 36 1 vo.
(2) Ibid., fos iii-i55 vo etpassim.
(3) Gall. Christ. Aov. Arles, no 1861. L'archevêque d'Aix était alors Avignon Nicolaï, dominicain. Pour l'évêque de Béziers, c'était Guillaume de Montjoie, plus tard hostile au Concile de Bâle {Gall. Christ., VI, 357).
(,4) Arch. des Bouches-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, fo i56.
(5) Gall. Christ. Nov. Arles, no 2g62.
Pour délaissé qu'il fût par le maître et ses représentants, le palais archiépiscopal d'Arles devait avoir pourtant quelque agrément, à en juger par les fréquents séjours qu'y faisait la cour de Provence et par les fêtes qu'on }• célébrait, mariages princiers, combats de taureaux, tenue d'Etats (i). Nous en connaissons le tinel, salle principale où furent enlevés à cette époque les écussons impériaux proscrits par l'autorité com-. taie (2), le grand escalier de pierre, les appartements d'honneur, les dépendances nécessaires pour le logement des hôtes, employés et domestiques, la tour de la bouteillerie, la taverne où se débitait le vin de l'archevêque, la geôle où ses prisonniers étaient gardés, le jardin, la cour, les étables, la ferme où mangeaient les hommes loués pour travailler dans les prés voisins (3). Le mobilier était simple : cruches de terre et pots d'étain ; au lit de parement, courtines de toile verte à un demigros la palme (4). Le palais, d'ailleurs, n'était pas inhabité : fonctionnaires et vo3^ageurs en animaient constamment les salles et les chambres.
Le chef de la maison, de même qu'il est en réalité et en l'absence ordinaire des vicaires généraux le principal administrateur du diocèse, c'est l'ofticial de la cour archiépiscopale. Ce titre appartint, de 1424 à 1432, à Fouque de Chonas, chanoine de Carpentras et, plus tard, de Valence (5) ; il vaquait en 1433, à l'arrivée d'Aleman, lequel y nomma Jean de Ferrières, prieur de Grimaud (6). Représentant de l'archevêque en matière contentieuse, l'official est, avant tout, le chef de la
(1) Ibid., nos 1733, 1738, 1739, 1745, 1809, 1812, 1814, 1823.
(2) Bibl. d'Arles, ms. i3i, f" 43.
(3) Bibl. d'Arles, ms. i35, p. 3; Arch, des Bouches-du-Rhône, Arch. d'Arles, comptes 1418-66, f»» îi3, i58, 162, 277 vo.
(4) Bibl. d'Arles, ms. i3i, p. 64 ; Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, f»» i58 v», iSg.
(5) Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, fos 242,
(6) Gall. Christ. Nov., Arles, n" 1884; Grimaud, Var, arr. Draguignan.
justice archiépiscopale et, pour celte cause, toujours gradué en droit. Il siège in auditorio causarum curie Arelalensis, où il connaît de toutes les causes ressortant au for ecclésiastique, ainsi que des procès des clercs, dont il est le juge naturel. D'autre part, président des synodes diocésains, il y porte les règlements qu'il sera chargé de faire appliquer. Si, d'ailleurs, ce qui le distingue des vicaires généraux, c'est qu'à ceux-ci plus particulièrement appartient la juridiction gracieuse, il en exerce ordinairement les pouvoirs, sous réserve expresse de leur approbation ; en leur absence même, c'esi l'official, plus ou moins effectivement dirigé par eux, qui gère les intérêts de l'archevêque en matière politique, judiciaire, bénéficiaire et domaniale. Mais, quelles que soient ainsi ses préoccupations temporelles, le caractère de son office est tout juridique et spirituel ; c'est lui le chef du diocèse (i).
Le second dignitaire de la maison archiépiscopale, c'est le procureur-fiscal (2), qui tient le rôle du ministère public au tribunal de l'official; en outre, et comme celui-ci, les circonstances l'amènent à s'occuper constamment des intérêts temporels de l'archevêque ; toujours il est sur les chemins d'Avignon, de Beaucaire ou des Saintes-Mariés, pour prévenir un confîit avec le gouvernement, suivre un procès, passer un bail, inspecter péages et salines (3). Un autre fonctionnaire, dont le traitement de 5o florins fait presque l'égal de l'official (4). c'est le clavaire (5), ou trésorier-payeur-général de la claverie
U) Ibid., no> 1862, 1864, 1874, 1884, 1F86 ; Arch. des B.-du-Rhône. Archev. d'Arles, comptes 1418-66, fo* 229, 23o, 23i, 265, 374 v", etc. Cf. Fournier, Les Officialites au moyen âge, Paris, 1880, 3-24.
(2) Jusqu'en 1432, c'est Guillaume Blégier, que remplace Guillaume Lagier (Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, Comptes 1418-66, f" 470 VO).
(3) Ibid., fos i52 v" à i56 tx. pasiim . 14) Ibid., ft» 140.
(3) Jusqu'en 1431, c'est Pierre Bacon, que remplace Monet BoyssarJ {Ibid.., fos 167, 414).
d'Arles; dans sa circonscription, qui embrasse la plus grande partie du diocèse, il perçoit tous les droits et revenus de Tarchevêque, pa\e les dépenses ordinaires et extraordinaires, participe, avec l'official et le procureur-fiscal, à l'administration de la mense, emploie enfin les sommes disponibles sur les ordres d'Aleman ((). Vivent encore à l'archevêché d'Arles, et dans leur ordre hiérarchique, le bouteiller, le portier, le cocher, le cuisinier, le préposé au bois de chauffage; au-dessous d'eux, le barbier, le courtier, le fournier, le médecin et les journaliers de toute sorte, continuellement occupés au palais, où ils mangent: faneurs, vendangeurs, jardiniers, menuisiers, tonneliers, maréchaux-ferrants, maçons et blanchisseuses (2). En outre, pas de jour où la vieille maison ne soit animée de quelques hôtes de passage : table ouverte, c'est une tradition archiépiscopale, pour tous les étrangers qui traversent la ville, prêtres, moines, seigneurs, agents du roi, marchands, petites gens enfin qui ne se nomment point; le 3o juin 1424, par exemple, il arrive ainsi dix-sept chevaux à l'écurie (3). Outre cette hospitalité courante, chaque séjour des vicaires généraux est marqué d'un grand festin ; ils traitent, aux frais d'Aleman, les notables du pays, gentilshommes, chanoines, représentants de la ville et du roi.
Qui banquettent encore à l'archevêché, où ils disposent en maîtres de tout, bêtes et gens, ce sont les Aleman d'Arbent. Pierre, le frère aîné de Louis, réside en Avignon, ce paradis des Savoyards ; il vient souvent à Arles, qu'il défend en 1424 contre les Catalans, amenés par la rivalité à Naples des rois d'Aragon et des comtes de Provence (4), A sa mort, en 1430, son fils Hugues hérite de sa situation dans le diocèse; un autre neveu du cardinal, Hugues de Fitigny, prieur de Contamine,
(i) Ibid., fos 229 v, 364 vo, 55i vo, 549 etpassim.
(2) Ibid. , passim .
(3) Ibid., fo 291 vo et pjssim.
(4) Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arlc, Comptes 1418-66, fo 264 vo, et pjssim.
établi dans le Comtat, se fait fournir aux frais de son oncle de blé, d'avoine et de vin claret ; Louis de Fitigny, que l'on a comme les autres déjà rencontré à Bologne, Henri et Jean de Saconnex, d'autres Bugistes passent et repassent (i).
Outre la maison archiépiscopale, ainsi fréquentée, ilya dans le diocèse d'autres centres d'administration. Le principal est Salon, très ancienne seigneurie des archevêques d'Arles; le cardinal y est représenté par Jean de Pérouse,chanoine de Vienne, prieur de Saint-Just au diocèse de Maguelone, qui se qualifie officiai de Salon et Martigues (2); investi de lapleineconfiance d'Aleman, qu'il va voir à Rome, il en gère activement les intérêts politiques et financiers, sans préjudice des attributions attachées à son titre (3). A Salon, au dessous de l'ofîicial, vivent son clerc, un juge, un vice-juge, un procureur-fiscal, un clavaire, un portier, un bouteillier; au temporel, un viguier et son lieutenant (4); bref, un personnel aussi complet que dans la maison d'Arles. A Beaucaire et aux Saintes-Mariés, nous trouvons vice-officiaux et procureurs-fiscaux; ailleurs, châtelains, juger, et baillis, à Trinquetaille, à Saint-Ghamas, à Saint-Mitre (5). Pour toutes ces administrations, la capitale n'est pas la ville archiépiscopale, mais Avignon, séjour ordinaire des représentants d'Aleman et de sa famille, grand marché financier et centre des communications avec l'Italie.
Avec le gouvernement civil, au contraire, c'est à Aix que vont traiter les gens de l'archevêque. On a dit et répété qu'Aleman aurait été l'intime conseiller du roi Louis III, alors comte de Provence (ô) ; mais, de relations personnelles, nous
{i)Ibid., f"» i3o yo, 3o6 v», 488 v», etc.
(2) Arch. des B,-du-Rhône, Archev. d'Arles, Livre d'Or, f» 117.
(3) Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, fos 118 yo, 1 19, i33, i54, etc.
(4) Ibid., fo» 1 17 yo, III vo, 23o, 488. (3) Ibid.Jo' 114 V", 124 yo, 214, etc.
(6) Gall.Clirist., I, 383 ; Acta S5. Bolland, septembre,V,437; Manni, 1 3.
ne voyons pas trace entre eux (i). Il est vrai que des patentes royales confirmèrent les privilèges judiciaires et financiers de l'église d'Arles (2) ; mais, si le ton de ces lettres est gracieux, il s'explique assez par le besoin qu'avait le Roi, alors engagé dans les affaires de Naples, de la bonne volonté d'Aleman, vice-camérier en ce temps-là. Retenus qu'ils étaient l'un et l'autre à l'étranger, leurs relations étaient celles de leurs représentants: rien ne les troublait, que les conflits soulevés par l'exercice de la juridiction archiépiscopale, petites tempêtes ordinairement vite apaisées, mais que marquaient d'un côté une excommunication et, de l'autre, une saisie du temporel (3). Compris presque tout entier dans le comté de Provence, le diocèse prenait, à Beaucaire, pied sur le royaume de France ; là, c'était une autre administration, mais les mêmes procédés, saisies tôt faites et tôt levées, bonnes relations du reste (4).
Quant aux Arlésiens, leurs rapports étaient excellents avec l'archevêché ; on échangeait présents et festins (3); le 3o août 1428, instruit de la révolution bolonaise par un marchand d'Arles qui avait vu le Cardinal, le Conseil de ville fit porter au procès-verbal de la séance qu'il déplorait cet événement et transmit à Louis l'expression de son dévouement (6). Si quelque chose rompait cette harmonie, là encore, c'était un conflit de juridiction (7).
Cette justice archiépiscopale, dont l'exercice était si difficile,
(1) Dans un recueil des lettres de Louis III (Bibl. d'Aix, ms. 768). on ne trouve pas une fois le nom de Louis Aleman
^2) Bibl. d'Arles, ms. i3i, f» 43; Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, Livre d'Or, f" 116.
(3) Arch. des B.-du-Bhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-6G, f» i33 ; BibL d'Arles, ms. 216, a. 1443.
(4) Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, f" 264, v.
(5) Ibid., fos III, II 3, i34, 483 vo, etc. ■ (6) G'aU. Christ. Nov., Ailes, n» 1867.
(7) .A.rch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, Répertoire des titres, au 3 septembre 1424.
donnait beaucoup d'affaires aux gens de l'archevêché, perpe'tuellement occupés d'enquêtes et instructions, de l'arrestation des prévenus, de l'entretien des prisons, de l'exécution des peines prononcées, détention, fustigation et, plus souvent, amendes ([). Tout ce tracas est improductif, car les condamnations ne rapportent pas ce que les prisonniers coûtent à nourrir (2). Les arrêts au criminel sont rendus solennellement en parlement par l'official assisté des quatre notaires attachés à sa cour (3).
Ce parlamentiim se tient une fois Tan. Deux fois, dans la semaine postérieure au deuxième dimanche après Pâques et dans la semaine qui suit le 18 octobre, fête de saint Luc, le synode réunit à l'archevêché tout le clergé diocésain, régulier ou séculier, qui n'est pas exempt de l'ordinaire. Le premier jour de chaque synode, un mardi généralement, un appel est fait à Saint-Trophime après la grand'messe et les absents condamnés à 5 sous d'amende ; le second jour, encore une grand messe et absoute à la cathédrale, sermon en latin par un religieux, nouvel appel, et l'amende est cette fois de 10 J sous ; puis l'official confirme les statuts diocésains, les modifie ^ à l'occasion et les complète. C'est la partie essentielle du synode \ la confirmation est de forme, mais de nouveaux règlements publiés sous le pontificat d'Aleman nous renseigneront sur l'état de son Eglise. Beaucoup de postes y vaquent faute de titulaires ; aussi vient-il peu de monde au synode qu'on suit, d'ailleurs, peu assidûment ; dans les mœurs, il n'y a rien à reprendre qu'un certain luxe de vêtements, des collerettes trop hautes, des coiffures à longues cornettes, des couleurs bigarrées; quant au clergé régulier, on se préoccupe surtout
(i)Arch. des B.-du-Rhône, Arch. d'Arles, comptes 1418-66, f"» i52 vo, 264 v», 355, etc.
(2) Ibid., f"» 79 v«, 89, 342 vo etpassim.
(3) Jbid,, f"« 159, 181 vo, 232 v°, 343 ; sur les notaires de la cour, cf. ibid. fo 229, et Fournier, les Officialités au moyen âge, Paris, 1880, p. 41 et s.
de la clôture des monastères de femmes ; si d'autres règles concernent exclusivement les ecclésiastiques, elles sont d'ordre disciplinaire et canonique, visent les commendes, la résidence, la procédure à suivre pour les excommunications, si fréquentes alors que chaque curé est tenu de publier tous les dimanches celles qu'on aura prononcées dans sa paroisse. Knfin, certains statuts obligent tous les fidèles, interdisent aux nourrices de coucher avec les petits enfants, rappellent d'anciennes prescriptions relatives à l'emploi des toxiques, au concubinage, au choix des parrains et marraines, au mariage, qu'on célèbre par abus entre garçons de moins de quatorze ans et filles qui n'en ont pas douze (i).
Aux s3modes de Pâques et de saint Luc, l'archevêque reçoit de son clergé, en cire ou en argent, quelques redevances fort modiques (2); à cette espèce de revenus on en peut rattacher d'autres, tous peu considérables: le produit du sceau, de la chancellerie et de hi justice archiépiscopales (3) ; un droit sur les funérailles célébrées au cimetière des Aliscamps (4) ; quelques livres de poivre et de cire avec quatre lamproies vivantes, payées annuellement par les Juifs d'Arles (5); les étrennes et présents otîerts à titre gracieux par la ville et les gens du pays, dont la somme atteignit 180 florins en i42()(()), peut-être à cause de la récente déconfiture du Cardinal à Bologne.
Plus solides sont les revenus fonciers de l'archevêque,
(i) Sur les synodes au temps d'Aleman, Gall. Christ. Nov., Arles, n's 3326, 3327, 333o, 333i, 3335, 3340 ; Arcli. des B.-des-Rhône, Archev. d'Arles, Comptes 141 8-66, f»» 159,229
(2) Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, fos 77 v", 78.
(3) Ibid.., fos 70, 73, 75, 80, 82.
(4) Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1442-68, f» i3.
(5) GjII. Christ. Nov., Arles, n" i885 ; cf. Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, f» 84 v".
(b) Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, f^' 323.
diminués cependant, au XVe siècle, par les conditions économiques au point que Benoît XIII avait réduit de moitié la taxe due par l'Eglise d'Arles à la Chambre apostolique ( i). Avec ses cotissoiis de Crau, dont les moutons paissent en hiver l'herbe savoureuse, Aleman a des terres à blé disséminées dans tout le diocèse, des marais en Camargue, un étang sur le bord de la mer, des salines aux Saintes-Mariés, l'importante seigneurie de Salon, la viguerie de Mondragon, cù il bat monnaie, des vignes, des prés, des bois par petits lots de tous côtés; une dime sur les agneaux et chevreaux de Crau, bon revenu, mais source de procès ; le péage d'Arles, le port de Fourques, une rente à Beaucaire payable par le roi de France, certains droits dérisoires depuis longtemps convertis en charges, comme sa part du premier esturgeon péché dans le Rhône au printemps; des maisons, des moulins, des granges, des jardins qui sont loués. Les autres parties de ce domaine sont également tenues à titres divers par des fermiers, dont les redevances se nomment cens, dîmes, septimes, quartes, herbages, lods, trezains, quarantaines, vingt-cinquièmes et génénquement peusiones. Certaines terres, cependant, prés et vignes, sont exploitées directement par les gens de l'archevêque. Ce qu'elles rendent, avec les droits acquittés en nature par les tenanciers, froment, orge, seigle, avoine, vin du Plan et de Crau, se consomme à peu près entièrement à la résidence archiépiscopale ; le reste est vendu et le produit en figure au budget annuel avec la recette en argent (2).
Pour la perception de ces revenus, le diocèse est divisé en deux claveries, circonscriptions respectives des clavaires d'Arles et de Salon (3). Chacun d'eux, d'autre part, paye sur
(1) Gall. Christ. Nov., Arles, n» 1764.
(2) Gall. Christ. Nov., Arles, n»* 1200, 1882, 1826, 1890, 1900, 3298; Bibl. d'Arles, ms. i3i, p. 64; Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66 et comptes 1442-68, fjssim.
(3) Un acte de 1444 signale en outre les clavaires de Pertuis et Mira-
sa caisse toutes les dépenses, gages des employés, entretien des bâtiments, exploitation des terres, frais de bureaux et de voyages, aumônes, dépenses de bouche enfin et d'écurie, chapitre démesurément grossi par le grand nombre des hôtes extraordinaires. Une bonne part des recettes demeure ainsi dans le pays-, Aleman, d'ailleurs, ne prend pas l'argent qui reste à la fin de l'exercice ; à ses représentants, à Jean de Pérouse son receveur, à ses vicaires-généraux, à ses créanciers, à ses banquiers, il fait verser par le clavaire, à diverses époques de l'année, des sommes dont le total n'égale jamais l'excédent du revenu sur la dépense. Dans la claverie d'Arles, pour l'exercice 1424-1425, la recette en argent fut de 1476 florins; sur place, on emplo3'^a 641 florins et l'archevêque n'en prit personnellement que 680 (i).
A part ce chapitre du budget, les rapports d'Aleman avec sa maison archiépiscopale sont assez peu fréquents. De temps en temps il y passe quelques-uns de ses familiers qui vont et viennent de Rome en Provence; il écrit parfois, des messagers lui sont envoyés et de son vin de Crau ; lui-même, on ne le connaît point (2).
Aussi, l'émoi dut être grand lorsqu'il arriva en 1433. Il était parvenu de Rome à Gênes, entre le 16 et le ly juillet, après une traversée de quatre jours, et débarqua dans un si triste appareil que le peuple en fut attendri (3) : on se rappelle, en effet, dans quelles conditions lamentables il avait quitté Rome. A Gênes, un autre bateau l'attendait par ordre du duc de Milan (4); il reprit la mer et remonta le Rhône jusqu'au port
mas (Bibl. d'Arles, ms. i35, f" 2), mais c'est en tant qu'abbe' de Montmajour qu'ils y administraient les intérêts d'Aleman.
(i) Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, fo 280 v» et passim ; comptes 1442-68, passim.
(2) Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, f<'s 154, 1S9, 325. 328 v», etc.
(3) Mansi, XXX, 623, lettre du duc de Milan au Concile de Bàle.
(4) Jean de Ségovie, I. VIII, ch. 17.
d'Arles sur la galère génoise, dont le patron, Baptiste Cizero, fut largement gratifié par la ville et par le Cardinal de vin, de moutons et biscuits (i).
En arrivant, le 6 août, Aleman descendit à l'archevêché : on V fit grande fête et les réceptions se succédèrent. Les Arle'siens s'empressaient, prodiguant veaux, oies et chapons (2) ; le Conseil de ville offrit douze tasses d'argent à bords dorés et, de plus, il écrivit au duc de Milan et aux Génois, pour les remercier de l'assistance qu'ils avaient prêtée au Cardinal. Arles, qui passait pour malsain en été, retint peu Aleman (3) ; après avoir fait distribuer d'avance, en l'honneur de la Saint- Louis, des aumônes aux pauvres et aux Mineurs, il partit le 19 août pour son château de Salon (4), où, reposé des émotions de sa fuite, il put jouir enfin de sa nouvelle indépendance. Déjà sa maison se reconstituait; avec les familiers que nous lui connaissons, nous trouvons auprès de lui, à ce moment, son écuyer Claude de Montfort, d'une illustre maison de Savoie, marié à une fille de la famille de Chissé, et Claude de Bardonenche,savoyardlui aussi et parent de Conzié (5). Revenu à Arles à l'entrée de l'hiver (6), il 3^ reçut une compatriote, la belle Anne de Lusignan, fille du roi de Chypre, fiancée à Louis, prince de Piémont et fils aîné du duc de Savoie (7).
Cependant, le Cardinal travaillait à l'administration de son Eglise, réglait la collation des bénéfices (8) et cherchait à pra-
(i) Gall. Christ. Nov. Arles, n« 1877; Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, fo^ 5oo, 5oi, 599 \«».
12) Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-60, fts 499-5o3 yo.
(3) Gall. Christ. Nov., Arles, nf"" 1877-8.
(4) Arch. des B.-du-Rhône, loc. cit., fos 5o3 vo, 5o5 v".
(3) Ibid., fos 5o5 v», 5o9 : Mugnier, Les Montfort et les Confié, 285,
(6) Bibl. d'Arles, ms. i3i, p. 62.
(7) Arch. dép. Savoie, C. 63 1.
(8) Bibl. d'Arles, ms. i3i, p. 62.
tiquer certaines réformes pour se préparer mieux au rôle qu'il pensait devoir jouer à Bâle. Des abus, il en voyait surtout chez ses proches voisins, les chanoines, et voici longtemps qu'il s'en préoccupait. Le Chapitre d'Arles, qui portait d'or à un aigle e'ployé de sable, couronné de même, avait embrassé au Xllc siècle la règle de saint Augustin, et ne l'observait guère. Aussi, dès la première année du pontificat de Louis, les difficultés avaient-elles commencé ; au synode d'avril 1425, comme l'official venait de faire lire un nouveau règlement, relatif d'ailleurs à tout le clergé du diocèse et qui ne visait pas les chanoines, le précenteur Guillaume Limousin avait, séance tenante, protesté contre la publication de ces Statuts, en tant que contraires aux privilèges du Chapitre ; à son tour, l'official avait protesté contre ce langage et réservé les droits de l'archevêque (1). Le conflit s'était ensuite envenimé ; vainement le Cardinal avait prodigué les exhortations et les avertissements, certains chanoines continuaient à percevoir les revenus de leurs offices sans en remplir les charges; le culte était fort négligé, le trésor de Saint-Trophime mal entretenu, le cloître troublé de rixes et l'honneur de l'Eglise d'Arles très compromis par quelques libertins. Pour en finir, Aleman fit appel au Pape et Martin V, à sa prière, le 20 novembre 1430, commit à la réforme du Chapitre, outre l'official, Pierre de Cotign}' alors vicaire-général et son futur successeur, Pierre de Treilhia, avec pleins pouvoirs, pour deux ans, de châtier, destituer, interdire les récalcitrants (2). Si ces commissaires tentèrent quelque chose, leur œuvre fut imparfaite et, pour proscrire tous les abus, il fallait l'œil du maître. Pendant son séjour en Provence, Aleman s'\- employa; le 20 mars 1434, après tierce, dans la salle du Chapitre, devant les chanoines et les prêtres bénéficiers ou leurs représentants, il prononça quelques paroles d'exhortation et lut, de sa propre bouche, un
(1) G.ïll. Christ. Nov., Arles, 333o.
(2) Jbid., n" 2962, mal daté de 1429.
long règlement qu'il avait rédigé en quatre-vingt-quinze articles. Tout y était prévu, la police du cloître, le fameux cloître roman, où seront interdits le port des armes, la danse, le jeu, et dont les deux portes seront rigoureusement fermées la nuit ; le rétablissement de la vie commune au réfectoire et au dortoir ; l'institution d'une école pour les jeunes chanoines, car quelques-uns sont des enfants qui s'endorment à l'église {i) ; la célébration des offices au chœur, où l'on ne portera plusdes chapes de laine déchirées, ni des chaperons à cornettes, ni de ces vêtements verts ou rouges, ornés de nœuds ou de boutons, mais de bons surplis et des soutanes à petit collet ; l'administration de la mense capitulaire; les obligations propres au prévôt, au prieur claustral, au précenteur, au sacristain, à l'aumônier, à l'ouvrier et aux vingt prêtres bénéficiers ou chapelains attachés à la cathédrale (2). A Arles encore et puis de Bàle, Aleman se plut à réorganiser définitivement son Chapitre par quelques autres mesures (3); il s'en concilia si bien l'affection, que les chanoines à leur tour, pour lui montrer à leur attachement, s'engagèrent solennellement, en présence du ' vicaire-général, le 21 novembre 1437, à réciter une collecte à l'intention du Cardinal chaque fois qu'ils célébreraient la messe (4).
Ce qui avait achevé de gagner à Louis les sympathies de son clergé, c'est aussi le zèle qu'il mit à rebâtir sa cathédrale. A la vieille façade, dont la merveilleuse ornementation subsiste encore aujourd'hui, il ne toucha point ; mais, de son temps, à l'intérieur, à l'entrée de la qutitrième travée de la nef, s'ou- f vrait un escalier qui descendait dans une crypte; au-dessus, après la cinquième travée et un transept à bouts carrés, une abside circulaire était flanquée à droite et à gauche de deux
(1) Cl. Germain, Histoire de la comviune de Montpellier, II, 24^^.
(2) Gall. Christ. Nov., Arles, n° 2969.
(3) Ibid., n»s 1881, i883.
(4) Ibid., no 1888.
absides plus petites, également voûtées en cul-de four ; les bras du transept avaient probablement aussi leurs petites absides. Cette partie de l'église, mal entretenue sans doute et peut-être trop exiguë, fut transformée par notre Cardinal ; pour établir le pavé sur un même niveau, il détruisit la crypte et remplaça l'antique abside par un chœur spacieux, avec collatéraux et chapelles collatérales, sur l'emplacement de l'ancienne bibliothèque et du trésor; de cette construction, toujours debout, la simplicité dans la voûte, l'ogive et le haut des piliers s'harmonise bien avec la belle sobriété de la nef; les bases prismatiques, au contraire, et les voussures compliquées dans les bas côtés sentent malheureusement un peu trop leur XVe siècle. Aleman fit en outre rétablir le maitre-autel sous le nouveau transept et placer par-dessus la châsse d'argent où l'archevêque Gasbert,au XlVe siècle, avait enfermé les reliques de saint Trophime ; la chaire fut également changée sous son pontificat ; enfin, à en croire un de ses biographes, il aurait agrandi et décoré l'archevêché d'Arles et son château de Salon (i).
Dès le surlendemain du jour où il arriva d'Italie, le 8 août 1433, Louis était allé visiter le monastère de Montmajour, dont il e'tait le quarantième abbé (2). C'est à une lieue d'Arles, sur une colline isolée, dans une plaine fertile, que s'élèvent encore les ruines magnifiques de l'antique abbaye, la crypte, l'église, le cloître, monuments grandioses du style roman provençal. Fondée au X® siècle, rapidement enrichie et puissante, cette maison avait eu déjà, au XIV« siècle, des cardinaux pour
(i) On ne sait à quelle époque précise les travaux furent commencés à Saint-Trophime ; ils étaient en cours en 1436, alors qu'Aleman, depuis deux ans, était à Bâle; c'est donc certainement pendant son séjour dans le diocèse qu'il en conçut le projet, s'il n'en fit même pas entreprendre l'exécution (Saxius 35i, 352 ; Bibl. d'Arles, ms. i3i, p. 46, 61 ; Revoil, Architecture romane du midi de la France, II, Paris, iSyS, 34-37 ; Le Musée, Revue Artésienne, \, 1868, 99.
(2) Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, f<'499 v«.
administrateurs et le Pape lui-même s'en était quelquefois réservé.la jouissance. En 1406, toutefois, Benoît XIII y avait nommé un abbé régulier (i),qui mourut le 12 septembre 1430. Lorsque la nouvelle en parvint à l'archevêchéd'Arles, les gens d'Aleman se mirent aussitôt en campagne ; on se concerta, des messagers furent expédiés de toute part et, quatre jours plus tard, notre cardinal était élu ou plutôt postulé comme abbé par les moines de Montmajour (2).
Restait à obtenir l'agrément du Souverain Pontife qui s'était jadis réservé la nomination à l'abbaye; peut-être fut-il indisposé par cette élection si tôt faite au mépris de sa prérogative; du moins, s'il ne l'annula point, Martin V'se refusa-t-il à la confirmer. Quelques mois après, il mourut et avec Eugène IV, son successeur, Aleman se trouva bientôt en conflit à propos du concile de Bàle. Cependant, nous l'avons remarqué, et c'est à l'honneur de l'un comme de l'autre, le nouveau pape se décida à trancher en sa faveur la question toujours pendante de Montmajour; par bulle du 25 juillet 1431. après avoir infirmé l'élection faite par les moines, comme contraire à la réserve apostolique, il donna l'abbaye en commende au Cardinal (3).
Abbé commendataire, Louis exerçait de Rome, dans son monastère, bien moins d'influence encore qu'il n'en avait dans dans son diocèse comme cardinal administrateur. Les religieux se gouvernaient à leur gré, sous l'unique directionde leur prieur claustral ; Aleman commettait bien à l'administration iie son abbaye ses vicaires-généraux d'Arles (4), mais, en fait, il n'avait gagné à sa nomination qu'un titre et sa part dans les revenus de la maison, très diminués d'ailleurs à son époque.
(1) De Marin, 27-86.
(2) Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1418-66, f»* I 54, i34 vo, I 56 vo.
(3) GjU. Christ. Nov., Arles, n» 1873.
(4) Bi)l. d'Avignon, ms. 2734, f^ 1 12 v».
tant pour des causes générales (i) que pour une raison particulière à Montmajour.
On y vivait principalement, en effet, d'une rente payable par les Hospitaliers de Saint-Antoine-en-Viennois. En l'an iioi, des Bénédictins de Montmajour avaient été appelés en Dauphiné pour y veiller sur les reliques du thaumaturge, récemment apportées d'Orient ; mais, vers le temps qu'ils fondaient cet établissement, certains seigneurs commençaient autour d'eux à se vouer au service des malheureux atteints du feu sacré et leur société devenait peu à peu l'ordre puissant des Hospitaliers; entre eux et les Bénédictins, procès et rixes éclatèrent, si bien que Boniface VH! dut intervenir en 12Q7: les Hospitaliers demeureraient seuls maîtres à Saint- Antoine, mais leur maison, érigée en abbaye, paierait au monastère provençal une renteannuelle de 1 3oo livres petits tournois.
Sur l'estimation de cette somme, un interminable conflit ^'ouvrit quelques années plus tard entre Bénédictins et Antonins, qui prétendaient la réduire à cause des variations de l'unité monétaire. Martin V, en effet, consentit à ce que les i.3oo livres fussent converties en i.3oo florins; Montmajour en appela au Parlement de Poitiers, qui maintint au contraire l'ancienne évaluation; Saint-Antoine, à son tour, porta l'affaire à Rome, où, quelques jours avant la nomination de notre cardinal à l'abbaye arlésienne, Eugène IV se prononça contre elle (2). Touten poursuivant leur instance au Parlement, Aleman et les Bénédictins saisirent alors, par requête du 4 septembre 1434, le Concile de Bàle où le cardinal venait d'arriver ; une commission fut nommée par les Pères et cita l'abbé de Saint-Antoine, lequel avait eu soin de se faire également incorporer, afin d'avoir quelque crédit sur l'assemblée ; des incidents soulevés en grand nombre prolongèrent le
(1) Denirte, La Désolation, n" 890.
(2) De Marin, 44-71; Guigue, La Lés;ende du grand saint Antoine translatée du latin en français, Lyon, 1889, xxx-xxxi.
procès, que retardaient aussi les mutations survenues au sein de la commmission, dont plusieurs membres quittèrent Bâle avant la fin de l'affaire ; toutefois, le 3o avril 1438, sentence en faveur d'Alemanfut portée par le Concile ; ce décret fut cassé par le Pape, sur appel des Antonins, d'autant plus volontiers que notre cardinal était à cette époque en guerre ouverte contre Rome; cependant, le Parlement de Paris se prononçait aussi pour les Bénédictins, de sorteque l'abbaye de St-Antoine, le 3o janvier 1443, dut enfin s'exécuter et verser une somme considérable entre les mains de Louis et de ses moines; mais l'année suivante, Aleman, excommunié, était privé de son monastère, les Antonins mirent à profit la situation, et le conflit durait encore, en 1466, après la mort du Cardinal (i).
Avec cette rente mal payée, Montmajour avait heureusement des domaines assez étendus ou dispersés pour être répartis entre les deux claveries de Miramas et Pertuis ; en outre, certains biens, plus proches du monastère, étaient administrés pour le Cardinal par son clavaire d'Arles. En saqualité d'abbé commendataire, Aleman paye la moitié des dépenses et perçoit même part sur hs revenus : à son compte, la moitié de la recette que donne la pêcherie de laCalade, soit i florin et demi, comme la moitié du salaire dû au barbierqui rase les religieux,soit 10 florins ;le reste appartientaux moines. Sur l'exercice 1442-43, dans la claverie d'Arles, les recettes ordinaires ne couvrirent point lesdépenses,pour lapartduCardinal(2).Sans doute que ce fut une exception, mais il ne dut jamais retirer de son abbaye un bien gros revenu, 'encore y voulut-il signaler son administration par des embellissements ; il offrit trois verrières
(i) Ribl. d'Aix, ms. 829, p, Sog, Siy, 3i8; ms. 902, p. 257-264 ; Arch. des B.-du-Rhône, Archev. d'Arles, comptes 1442-68, f"» i35-i55; comptes 1418-66, fo 825 V" ; Haller, III, 2, 189, 221, 253, 259, 296, 3i8, 590, 593; IV. 27 etpassim; Jean de Ségovie, 1. XIII, ch. 27,
(2) Arch. des B. du Rhône, Archev, d'Arles, comptes 1418-66, f»» 56o et s.; Comptes 1442-68, l'os 129 et s.
à Téglise de Montmajour; de son temps, en outre, les cloches furent refondues et peut-être construisit-on les deux chapelles bâties sur la grande salle annexée à la crypte (i). En se contentant de ce monastère uni à son archevêché, Aleman donnait l'exemple de la modération et gardait le droit de se joindre plus tard, à Bàle, aux réformateurs ennemis du cumul exagéré des bénéfices, un des pires abus de l'époque.
Si, pour saisir le Concile de son procès contre les Antonins, le Cardinal attendit d'y être incorporé, il eut,dès son séjour en Provence, à s'occuper d'une autre affaire déjà portée devant les Pères. Vers le temps, en effet, qu'il arrivait dans son diocèse, Louis de Glandevès, évêque de Vence, avait été élu au siège épiscopal de Marseille par les chanoines marseillais ; le Pape y avait nommé de son côté le général des Carmes, Barthélémy Rocalli, qu'il récompensait ainsi d'avoir abandonné Bàle où il avait siégé. Glandevès aussitôt d'en appeler au Concile, qui délégua, par décret du 20 novembre i433, Louis Aleman, présent alors dans son diocèse et métropolitain de l'évêché contesté. C'est ainsi qu'à Arles même il eut à juger le premier de ces procès qu'il allait voir ensuite se multiplier à Bàle étrangement et 3^ créer l'atmosphère la plus fatale à l'œuvre que lui-même devaity tenter. Il se prononça pour Glandevès, qui fut installé le 25 février 1434. Mais le compétiteur de son protégé, soutenu par Eugène IV, fit si bien que l'affaire fut rouverte devant les Pères et prolongée jusqu'en 1438 ; l'année suivante, le roi René la trancha de fait contre Glandevès, au mépris de la sentence portée d'abord par le Cardinal et ratifiée par le Concile (2).
- Aleman n'avait pas attendu en Provence la fin de ce conflit ; c'était pour aller à Bâle qu'il avait fui de Rome et il était
II) Bibl. d'Arles, ms. i35, p. 3 ; de Marin, 90 ; Revoil, Architecture romane du midi de la France, II, Paris, 1873, 29.
(2) Gall. Christ. Nov. Marseille, n"» 720-722, 725, 727, 728, 788; Haller, II, 65, 297, 5io, 522, 526 ; III, 334, ^tc. ; Jean de Ségovie,!. XIII, ch. 27.
pressé de s'y rendre ; son retard commençait, d'ailleurs, à y soulever quelque inquiétude; les Pères l'attribuaient aux mauvais bruits répandus sur le Concile et sommaient l'Empereur d'y porter remède(i). Pareil motif n'eût pas arrête' le Cardinal; pas davantage l'épidémie régnante dont moururent quelquesuns des ambassadeurs du roi Louis partis de Provence pour Bâle à peu près en même temps que lui (2). Venu à son diocèse pour}' faire quelques réformes, il y fut retenu, sans doute, par la nouvelle que la paix entre Eugène et les Pères s'allait conclure d'un moment à l'autre ; naturellement, il attendit, pour aller siéger, que celte solution eût enlevé à sa soumission au Concile tout caractère d'hostilité contre le Pape. Dans les prem.iers jours de l'année 1434, il dut apprendre que l'accord était rétabli ; il se hâta d'en finir avec ses affaires d'Arles et il en partit, peu avant le 10 avril (3;, après un séjour de huit mois.
En remontant le cours du Rhône, il parvint à Vienne vers le milieu du mois ; Charles VII y tenait cour plénière, en y attendant le cardinal de Lusignan que lui envoyaient les Pères de Bàle, afin de préparer la paix entre la France et l'Angleterre. Aleman, sans pouvoirs officiels, s'entremit-il auprès du Roi pour faciliter la tâche à son collègue ? Du moins passa- t-il pour être venu à Vienne de par le Concile et fut-il solennellement reçu, en dehors de la ville, par plus de cinq mille cavaliers, dont beaucoup de grands seigneurs, Charles d'Anjou, le duc de Bourbon ; Charles V^II le pria de le recommander aux Pères et de les exhorter à faire la réforme (4). Le 19 avril, Aleman était à Lyon, où il avait été pour la seconde fois, le i3 mars 142c), pourvu d'un canonicat dans la prima-
(i) Jean de Ségovie, I. VI, ch. 23.
(2) Ibii., 1. VI, 32.
(3) Il était ce jour- là dans sa principauté de Mondragon, sur la route {Gall. Christ. Nov., Arles, n» 1882).
. (1) Le Bouvier, 887 ; Jean de Ségovie, 1. VIII, ch. 17 ; Haller, III, ii3 ; de Beaucourt, II, 3o3-3o4.
tiale de Saint-Jean, par les chanoines bien aises de rappeler à eux leur ancien collègue devenu cardinal ; à son passage, il fut mis en possession et le lendemain, 20 avril, dispensé de résider (1). De Lyon il prit le chemin de Savoie où il rencontra le duc Amé VIII, qui le traita fort honorablement (2) ; c'était sans doute la première fois qu'il voyait son souverain d'origine, dont il devait un jour faire un antipape, en cette ville de Bâle qu'alors il gagna probablement par la route ordinaire, de Genève, Lausanne et Soleure.
(i) Beyssac, 28-32.
(2) Jean de Ségovie, 1. VIII, ch. 17. Des paroles d'Aleman, que nous V trouvons rapportées, il ne découle pas nécessairement qu'il ait personnellement rencontré le duc de Savoie, mais seulement qu'il en fut bien traité. Cette entrevue est, cependant, plus que vraisemblable, car le Duc, présent à Chambéry le 2 avril, était à Genève le ler juillet (Arch. Dép. Savoie, C.63i) ; sur la route et dans cette dernière ville, il n'avait guère pu ne pas rencontrer le Cardinal ; nous savons, d'ailleurs, qu'il reçut, à leur retour, les ambassadeurs que le Concile avait envoyés à Vienne et qui passèrent, quelques jours après Aleman, par le rnème itinéraire ('Jean de Ségovie, 1. VIII, ch. 18).