‹ Le cardinal Manning et son action socialeChapitre 17 sur 90 · The Spcctator · texte numérisé non relu

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32 r E CARDINAL MANNING.

du plus inexpérimenté des hommes, parlant avec une politesse exquise, et avec cette mesure , cette sûreté et cette possession de soi que les Anglais admirent , faisant des gestes rares et dignes, comme un homme qui choisit parmi ses pensées et qui n'en donne que la fleur, froid et réservé au premier abord comme celui qui ne se jette pas à tout venant , mais d'une sensibilité contenue , bien que toujours prête à jaillir ; homme du monde enfin, et du meilleur monde; et plus tard, ajoutant à cette courtoisie d'éducation la bonté qui vient de l'expérience, avec la gracieuseté pour les dames et la tendresse pour les enfants qui sont les fruits de la vie de famille. 11 fut toujours désireux de passer pour un véritable gentleman, et, suivant l'expression pittoresque d'un journaliste, il aurait été heureux qu'on écrivît au frontispice de sa haute et calme personnalité : Anglais de la bonne race. Réellement , dit le Daily News, il était un beau gentilhomme de la vieille Angleterre. He ivas in Iruthavery fine old En glish gentleman . Les biographes qui signalent en lui d'autres qualités mettent toujours au bout de leur énumération cette caractéristique suprême, cette intradui-

siblo cpitliète qui pour les Anglais a l'attrait d'un charme irrésistible : He loas gentle (1).

Outre la belle tenue , Manning avait acquis à Oxford une autre chose non moins anglaise :

l'habitude de la discussion. Dans les collèges universitaires, les grands élèves forment entre eux des conférences, des Dehating-Societies, espèces de parlements en miniature, où l'on traite des questions littéraires ou politiques, mais plus souvent politiques. On y soutient le pour et le contre, on dirige et on résume les débals , on fait des procès-verbaux et même on puljlie des revues. jManning fut président de VUnion Debating-Cluh. Ses camarades ont raconté qu'ayant un jour à intervenir dans une discussion sur les mérites respectifs de Byron et de Shelley, il ne se trouva guère dans son élément. (( C'était, écrivit-il lui-même au Pa// Mail Gazelle, une passe d'armes des élèves d'Eton. J'étais au bureau. Je me souviens de l'irruption des trois orateurs de Cambridge. Nous, Oxfordiens, nous étions précis, réguKers, ennemis de

\ . Maiining was atruly wise and great man, zealous, devoted, self sacrificing,... and gentle. (The Western-Mercury, Jiilius Rare.)

tout excès en paroles et gestes. Les Cambridgiens envahirent la discussion comme un torrent qui se précipite sur un moulin à eau. Nous rentrâmes dans nos plumes comme des oiseaux, et fûmes ahuris comme des moutons (1). )) Manning prenait sa revanche dans les débats de commerce ou de politique. Nul ne l'égalait pour l'histoire et les lois constitutionnelles, et il se fit, dès Oxford, une réelle réputation d'orateur d'affaires.

C'est en comparant cette éducation pratique , ouverte à deux battants sur la vie réelle , avec notre éducation littéraire, fermée aux choses du dehors , que le Cardinal disait : « En France , vous n'avez pas de formation poh tique. Un journal d'un sou qui, le premier, n'y entend rien, est le seul livre où vous daignez apprendre celte science si complexe des intérêts internationaux et de leur juste équilibre! Làdessus, l'Anglais réfléchi et mieux informé vous rendra quelques points. Je le répète :

la politique, en Angleterre, est une science acquise; en France, elle n'est qu'une improvisa-

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