‹ Le cardinal Manning et son action socialeChapitre 21 sur 90 · LE CARDINAL MANNL\G · texte numérisé non relu

LE CARDINAL MANNL\G

de nos anciens amis et compagnons vivent encore!

(( Nous avons eu une longue montée sur ces 80 degrés, car même vous ne restez pas loin en arrière et j'espère « que nous ne briserons pas la cruche à la fontaine ». Je m'émerveille de votre activité et de votre résistance à ce temps (la chaleur de juillet) .

(( Que toutes les bénédictions soient sur vous deux jusqu'à la fm.

(( Croyez-moi toujours à vous affectueusement.

« Henry, E. Cardinal Mannik G (1). »

Cette courtoisie me rappelle un petit fait, en apparence insignifiant, mais qui prouve l'extrême délicatesse du Cardinal à l'égard de son ancien ami. Celait il y a trois ans. Dans une conversation à laquelle j'avais l'honneur d'assister, le Cardinal parlait de l'école neutre et disait tristement : « Sur cette question d'éducation, l'avenir pour nous n'est pas certain. » Je mis en avant le nom de Gladstone, oubliant que celui-

i. [Correspondant, "l'ô octobre 1892.

ci s'était montré favorable aux écoles neutres. « Nous ne pouvons pas compter sur lui, »

répondit le Cardinal. Et comme pour l'excuser aussitôt, il ajouta : « Les chefs de partis sont des esclaves. De peur de perdre un adhérent, ils font des concessions regrettables. Ils sacrifient tout à la politique. » Ayant mis cette conversation par écrit, je l'envoyai à SonÉminence pour ne rien pulilier qui ne reçût son approbation. Elle voulut bien la relire. Arrivé à cet endroit où le nom de Gladstone avait été prononcé, le Cardinal le biffa et au lieu de la phrase personnelle : a Nous ne pouvons pas compter sur Gladstone,. » mit cette assertion générale : (( Nous ne pouvons pas compter sur les chefs de partis (1). »

C'est par des procédés de ce genre qu'il réussit à vivre en paix au milieu d'adversaires. Jamais par sa faute il n'ajouta au conflit des doctrines des oppositions de personnes, et l'on comprend que Gladstone ait pu dire de lui : « Depuis son changement religieux, il y eut entre nous des vissicitudes ; mais je suis très certain que

i . Cf. notre ouvrage : ÏÏlrîandeen Austalie, Lille, Désolée, ch. r.

jusqu'à la fin de sa vie, ses sentiments personnels n'ont jamais varié à mon endroit ; je suis également certain qu'il a tenu la promesse qu'il me fit en 1851 , de porter mon souvenir devant Dieu, aux moments les plus graves. C'était là une promesse à laquelle j'attachais la plus grande valeur ( 1 ) . »

En transcrivant ces lignes, je me dis involontairement : Lequel de nos hommes d'État français oserait aujourd'hui les signer?

Le cardinal Manning était-il libéral? était-il conservateur? — Il tenait pour Gladstone à cause de la question irlandaise. Mais cela ne le brouillait point avec lord Salisbury. En France, les partis confisquent à leur profit le patriotisme ; ils identifient leurs théories avec la nation. Rien de semblable en Angleterre, où les deux fractions qui se succèdent au pouvoir représentent, l'une, l'esprit de conservation, l'autre, l'esprit de progrès, les deux forces d'impulsion et de résistance dont le juste équilibre empêche la routine et les révolutions. Chacun se range dans ces deux camps suivant son tempérament d'homme

1 . Merrij England, Lettre de Gladstone citée par l'Univers du 15 février 1892.

hardi ou d'iiomme sage, et l'on fait trêve à tout, dès qu'il s'agit des intérêts supérieurs de la patrie, de l'honneur, de l'empire et des principes fondamentaux de la Constitution.

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