SA THÉORIE DE LA PRÉDICATION
J'ai rapporte une parole du maréchal de Grammont à propos de Bourdaloue. Quand on lit les sermons du célèbre jésuite, on se demande comment cet homme d'un style à la Port-Royal, solide et correct, mais sans animation et sans éclat , fut cependant le prédicateur le plus couru de son siècle.
Comment le cardinal Manning, grave, digne, précis, passe-t-il pour orateur en Angleterre?
Bourdaloue avait la conviction, la vertu et la dignité : la conviction nécessaire à tout homme qui parle, la vertu indispensable au moraliste, et la dignité de manières qui convient à un prédicateur de Cour.
Manning avait les mêmes qualités. La singulière noblesse de son port et la solennité imposante de sa parole faisaient de lui une grande fmure dans TÉalise. On avait coutume de dire à Londres que c'était la peine de faire un long voyage pour le voir monter dans la chaire de sa
pro-cathéclrale, grave, recueilli, sans la moindre préoccupation du fond ou de la forme de son discours, portant sur ses traits la sérénité de la foi et les célestes émotions d'un cœur plein de l'amour de Dieu et des hommes (1).
Dans son livre du. Sacerdoce éternel, il a donné une théorie de l'éloquence sacrée qui rappelle la pratique des Pères de l'Église et qui tient tout entière dans cette phrase de Fénelon : « L'homme digne d'être écouté est celui qui ne se sert de la parole que pour la pensée, et de la pensée que pour la vérité et la vertu. » Rien de plus instructif, pour juger le cardinal Manning comme orateur, que ce chapitre xiv® de son livre. La parole qui sort vivante et enflammée du cœur d'un homme apostolique est celle qu'il place au-dessus de toute autre; c'était la sienne.
Quand on lit les développements qu'il donne à sa théorie, on est tout désorienté, no est rejeté à cent lieues de nos précis de rhétorique, et des clichés sur le meilleur sermon qui est celui qu'on sait le mieux, sur les trois sortes de style, sur la disposition, sur l'élocution, etc.