CHAPITRE VIL
LA QUESTION SOCIALE (SUITE). — MOYENS PROPOSÉS PAR LE CARDINAL POUR LA RÉSOUDRE. — II. L'iNTERVENTION DE
l'État. — l'intervention exposée en principe. —
l'intervention exposée dans SES APPLICATIONS : 1° AU travail DES femmes; 2° AU TRAVAIL DES ENFANTS ; 3*^ AU REPOS DU DIMANCHE ET AU TRAVAIL DE NUIT.
Imervemion de l'État. — Les idées du cardinal Manning sur ce point ont été souvent dénaturées : il importe de les exposer clairement.
Le principe qui, pour lui, domine tout dans cette matière est que le libéralisme économique a fini son temps et laissé voir son impuissance et son insuffisance.
« Le problème à résoudre, dit-il, c'est d'améliorer les relations entre Fargent et le travail. Le travail est tout l'avoir de l'ouvrier. Il consiste dans la force et l'adresse des membres complétées par une certaine énergie qui vient de la volonté et une certaine habileté qui vient de l'intelligence. Le travail, je l'appelle un capital viva?it, expression que j'emprunte à nos ancêtres les Saxons, qui appelaient leurs troupeaux et leurs serfs de r argent vivant (live-money). Le travail, le capital vivant, a ceci de remarquable qu'il peut être transporté partout , qu'il garde sa valeur partout et que c'est lui qui a produit originairement l'argent et qui continue de l'utiliser. L'argent, je l'appelle un capital mort, parce que toute sa force et toute son utilité dérivent du travailleur qui le met en œuvre. Ces deux capitaux doivent être unis, sans quoi point de progrès. « Ils trottent sur le même cheval, » dit Adam Smith. Or, quand deux hommes trottent sur le même cheval, il faut que l'un soit devant et que l'autre soit derrière; ils ne peuvent être côte à côte. Supposons que l'argent soit devant, puisqu'il représente le résultat acquis. Mais il faut au moins que le travail, qui est derrière, lui
donne la main ; il faut que le travail et l'argent s 'entr' aident, qu'ils se soutiennent; car ils ont des rapports nécessaires.
(( Pour régler ces rapports, l'Economie politique me dit que la loi de l'offre et de la demande et que le libre-échaiige suffisent. Je ne veux point dire de mal de l'Economie politique. Je la respecte, — ailleurs cependant il se permet de l'appeler irrévérencieusement une science lugubre, a dismal science (1), — mais je ne puis vivre en paix avec elle.
« Je trouve d'abord que les lois économiques ne sont pas applicables à tous les produits, et, ce qui est plus grave, qu'elles ne s'appliquent pas au travail de l'ouvrier, le travail n'étant pas une marchandise,
(( On me dit que pour faire hausser le prix de son travail l'ouvrier a la grève, qu'il peut ainsi forcer le patron à lui faire des conditions meilleures.
« Quelquefois, oui.
(c La plupart du temps, non.
(( En voici la preuve. Sur plus de cent grèves