‹ Le cardinal Manning et son action socialeChapitre 59 sur 90 · The Dailf/ News. January, 1892 : One who knewhim · texte numérisé non relu

The Dailf/ News. January, 1892 : One who knewhim

que j'ai suivies de près, il n'y en a que cinq ou six qui aient tourné en faveur de l'ouvrier.

Pourquoi? parce qu'entre le patron et lui la lutte n'est pas égale.

(( Le patron a une cuirasse d'or. On ne travaille pas : il peut attendre, il n'a pas besoin de gagner : ses réserves sont là. L'ouvrier, lui, ne peut pas attendre, parce que, pendant qu'il se croise les bras, sa femme et ses enfants souffrent.

(( Le capital- vivant doit manger; le capitalmort peut dormir.

(( Le conflit est donc inégal.

(( On dit encore que le travail est libre, que si l'ouvrier n'est pas content ici, il peut chercher ailleurs. Mais, avec la division des industries, et la division des tâches dans une même industrie, l'ouvrier n'est apte qu'à un genre de besogne, et, par conséquent, il ne peut pas chercher loin.

(( On ajoute qu'il peut choisir entre le bon et le mauvais patron ! Mais souvent il n'y a qu'un patron, et si celui-là est un exploiteur, que faire? Il faut du pain, l'on doit bien passer par ses conditions.

« Donc, en dernière analyse, avec le système du contrat libre, les patrons sont les maîtres.

(( Voilà pourquoi ce système est prôné par beaucoup d'entre eux.

« Voilà pourquoi ils s'indignent contre toute intervention d'un arbitre, contre toute ingérence d'un tiers dans ce qu'ils appellent les choses qui les regardent, dans ce que je nomme leurs intérêts.

(( La réglementation du travail, disent-ils, est une affaire entre nos gens et nous.

(( Je réponds : Non; car, à ne considérer le travail que comme une marchandise dont l'ouvrier est le vendeur et le patron l'acheteur, les conditions du marché ne sont pas les mêmes, parce que le besoin n'est pas le même de part et d'autre : nous venons de le voir.

(( En de telles circonstances si l'État intervient, ce doit être en faveur du plus faible, parce qu'il doit proportionner son action au besoin, et du plus utile, parce qu'il doit songer au bien commun; donc en faveur de l'ouvrier, puisque l'ouvrier est faible et qu'il amasse cependant les richesses de l'humanité.

(( Mais le travail n'est pas une marchan-

dise, une valeur régie par des lois économiques; c'est un acte liumain et social, qui a des conséquences morales pour l'individu et la famille.

(( Ah! si le but de la vie est de multiplier les aunes de drap et de coton, si la gloire de PAngleterre consiste à produire ces articles et autres similaires, dans la plus grande quantité et au plus bas prix possible... bien! c'est compris : en avant dans la voie où nous sommes !

(( Au contraire si la vie domestique d'un peuple est la vraie vie, si la paix et l'honneur du foyer, si l'éducation des enfants, les devoirs d'épouse et de mère, les devoirs de mari et de père, sont écrits dans une loi naturelle autrement importante que toute loi économique, si toutes ces choses sont autrement sacrées que toutes celles qu'on vend au marché, alors, je le déclare, il faut agir en conséquence.

(( Mais si, dans certains cas, la non réglementation du travail conduit à la destruction de la vie domestique, à la négligence des enfants, si elle transforme les femmes et les mères en machines vivantes, les pères et les époux

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(qu'on me pardonne le mot!) en bêtes de somme, qui se lèvent avant le soleil, et retournent au gîte le soir, épuisés de fatigue, et n'ayant plus que la force de prendre un morceau de pain et de se jeter sur un grabat pour dormir : la vie de famille n'existe plus, et nous ne pommons continuer de ce pas. |

(c Je sais que j'aborde un sujet difficile, mais ^ je crois qu'il faut l'envisager avec des dispositions de calme et de justice, et avec la volonté Ijien arrêtée de mettre le travail et ses profits au second plan, la moralité et la vie de famille de la population ouvrière au premier. Je pose en principe que le parlement doit intervenir. Comment? Dans quelle mesure? Toute la difficulté est là (1), ))

Le cardinal Manning a considéré séparément les divers cas d'intervention qui se présentent. Il se prononce nettement sur chacun d'eux et toujours dans le sens de l'affirmative.

L'interventionnisme est un engrenage : quand on y met la main, il semble que tout le corps doive y passer. C'est ce qui donne à réfléchir.

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