‹ Le cardinal Manning et son action socialeChapitre 73 sur 90 · Tabîet, Jan · texte numérisé non relu

Tabîet, Jan

cite ces paroles du Cardinal dans un hommage funèbre qu'il lui rend au nom de toute l'association , et il estime que les citer est suffisant pour donner une grande idée du caractère humain et du précieux dévouement de l'illustre prélat.

Qu'on nous permette de rapprocher de ces lignes, d'autres paroles non moins graves et qui furent prononcées à propos des soldats de l'Angleterre à qui la loi défend le mariage.

(( Trouvera-t-on normale la situation du soldat non marié? A qui fera-t-on croire qu'elle puisse développer autre chose que des vices? Quelles vertus sortiront, dites-moi, de ces casernes de célibataires, non plus cloîtrés comme des moines que la volonté libre a conduits et maintient au couvent , mais enfermés entre quatre murs par l'exigence d'une loi commune à subir, et d'un temps réglementaire à passer là , non de gré , mais de force? — Peut-être dira-t-on que ces hommes , violentés à vivre seuls , seront plus militaires, quand la guerre viendra! — Mais d'abord l'état de guerre est l'état d'exception ; et le plus de temps que les hommes sont destinés à vivre est , Dieu merci ! le temps de paix. Et, même en temps de guerre, pour qui

iront-ils se faire tuer? Pour un foyer? Ils n'en auront pas construit. Pour une femme? Ils n'en auront pas aimé. Alors pour qui se battrontils? Pour cette politique, qui n'est plus que le l)ien égoïste de quelques-uns et à laquelle les âmes vraiment patriotiques ne croient plus?

Non, mais pour la seule inavouable créature qu'aura pu approcher le soldat sans une interdiction formelle de la loi , pour une maîtresse peut-être (1)! »

Glissons sur ces choses , n'appuyons pas , ne discutons pas. Il y aiu*ait trop à dire. Et suivons le Cardinal dans le développement de ses idées. 11 veut donc la pacification universelle, ou du moins la suppression du militarisme, la plaie la plus profonde de notre société contemporaine.

Qui prendra l'initiative d'une pareille mesure? Qui osera la proposer et qui la proposera avec désintéressement?

Ici Manning se tourne vers le Pape , vers le Chef auguste de la société chrétienne la plus universelle et la plus forte, a La paix du monde . dit-il , dépend de l'autorité du Souverain Pon-

1 . La Question ouvrière et sociale, par le cardinal Manning. Boyer-d'Agen, p. 56-57.

tife, et cette autorité, pour s'exercer efficacement, a besoin de rindépendance complète, de rindépendance territoriale, en d'autres termes, du pouvoir temporel. »

C'est par ce côté qu'il envisageait la grave question romaine trop souvent considérée comme une question italienne tandis qu'elle est une question chrétienne.

(( Le Pape est autre chose qu'un des princes de ritalie. Sa politique est guelfe; mais son ministère est international, et un ministère international ne peut pas s'exercer sur le domaine d'une nation particulière. Il doit être au-dessus et en dehors de telle ou telle frontière.

« L'occupation de Rome par les Piémontais crée donc une situation anormale. Aussi longtemps que le Chef souverain de la religion, arbitre de la chrétienté, ne sera pas établi comme maître indépendant dans sa ville libre, une alerte quelconque suffira pour troubler la paix du monde.

(( Ce n'est point pour gouverner àla guise des rois une motte de terre, que notre Chef spirituel a besoin de souveraineté ; non certes. Ce qu'on appelle son royaume serait plus juste-

ment appelé sa maison, son Jioîne, Et le home du Pape doit renfermer les biens qu'abrite le Jwme du plus modeste citoyen anglais : la sécurité, le bien-être, l'indépendance.

(( Gomme une âme a besoin de son corps pour vivre dans la société des hommes, de même les droits imprescriptibles de Dieu, droits que la papauté représente, ne sont rendus sensibles, inviolables et saufs que dans un Etat neutre, et cet État neutre a été jusqu'ici l'État romain.

(( On me dit que Pltalie a besoin de Rome. Je réponds que c'est fâcheux.

(c Mais il n'est pas moins certain que l'Europe a besoin de paix, et qu'au prix d'une ville dont ses congrès internationaux disposeront, quand ils le voudront bien, elle saura un jour ou l'autre trancher la question. Il faut laisser au temps qui use les volontés les plus résistantes le soin de la résoudre, et s'en rapporter à la sagesse de Dieu qui saura bien, pour protéger la liberté de son Pontife, trouver des intelligences et des volontés (1). »

Le Cardinal considérait donc la souveraineté

Page 1