‹ Le cardinal Manning et son action socialeChapitre 80 sur 90 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Je songeais à ces choses, le lendemain des funérailles de notre archevêque, M^" Tliibaudier. Je me promenais sur la plage de Gravelines, en face de cette mer houleuse qui nous sépare de l'Angleterre. C'était par une soirée sombre, qu'éclairait tristement un soleil rouge envahi par la brume comme un brasier par les cendres.

Il me semblait entendre dans le lointain, par delà les flots, la plainte de tout un peuple escortant le cercueil du primat de Westminster, et voir passer dans les rues de Londres Timinense cortège funéraire.

Non, me disais-je, depuis que Thomas Bccket abordait sur cette hospitalière rive de France, réputation semblable à celle de Manning n'est pas venue d'Angleterre jusque chez nous. Une Église qui possède de tels hommes n'est pas une Église morte ; c'est une Eglise qui revit et

qui prend sa place au grand soleil de la catholicité.

Il me semblait aussi revoir la vénérable figure d'ascète que j'avais contemplée vivante et radieuse, au parloir de la maison épiscopale, entre les portraits chéris de Pie IX et de Wiseman. Je revoyais ses yeux calmes et doux, rayonnant d'une tranquille lumière. Manning vint à nous, comme un religieux qui sort de sa cellule, sans préoccupation de dignité, avec la simplicité d'un homme qui va à d'autres hommes : bon, digne, vrai, profondément vrai, disant à tous, comme l'héroïne de la tragédie antique, l'admirable Antigone : Je suis né pour r amour, non pour la haine! — n'ayant rien de la pose, rien de l'étiquette, rien de cette espèce de défiance que nous portons tous devant les étrangers.

Nous étions pour lui des inconnus : il ne savait pas notre manière de croire et de penser ; cependant il déclara tout haut ce qu'il pensait lui-même.

Je le revois pressant de son bras amaigri et de ses doigts transparents de blancheur une main qui m'est bien chère, bénissant un enfant qui

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