‹ Le cardinal Manning et son action socialeChapitre 87 sur 90 · LA SITUATION POLITIQUE EN FRANCE · texte numérisé non relu

LA SITUATION POLITIQUE EN FRANCE

Hier je lisais dans une Revue anglaise un article sur la situation de la France. L'auteur, homme calme et sensé , fait des observations affligeantes pour notre patriotisme, mais dont il est difficile de contester la justesse.

En France on ne lit pas assez les Revues étrangères. Elles abordent carrément les questions, les traitent à fond et disent à chacun son fait , sans ménager les puissances établies, sans se payer de mots , de recettes de charlatans ou de palliatifs frivoles.

Dans notre vieille Flandre où les familles sont fortes, l'industrie prospère et les communes bien établies, il y aurait profit à savoir ce que pensent et disent les Anglais.

L'auteur de Farticle que j'ai sous les yeux,

{. Voir D'Irlande en Australie, cli. xi, p. 83 et 81.

prétend que le peuple français est d'une ignorance déplorable sur les vrais intérêts de la patrie..., que les élections, surtout dans les petites villes et les campagnes, ne sont pas des luttes politiques , mais de misérables querelles de familles, des rivalités de jalousie et d'ambition. . . ; qu'il a manqué au peuple une éducation politique...; que lorsque le suffrage universel fut établi, on aurait dû changer le mal en bien, et au lieu de discuter sur la valeur théorique de ce mode d'élection , apprendre aux foules la manière de s'en servir.

Il dit encore que les hommes sérieux et intelligents, les prêtres surtout, étaient naturellement chargés de cette éducation...; que c'est une absurdité de séparer l'éducation politique de l'éducation morale...; qu'il n'y a pas deux consciences...; que Fhomme privé et l'homme public sont soumis également au dccalogue...; qu'il n'est pas admissible qu'on soit catholique dans l'église, et que, dans une salle de scrutin, on fasse de son vote une arme contre le catholicisme...

Qu'en ce moment, il ne s'agit plus, en France, de questions de dynasties ou de personnes, de

monarchie ou de république; mais qu'il faut avant tout sauver la société, que le clergé est le sauveur des nations..., que les évoques ont fait la France, et que seuls ils pourront la refaire! — Mon Anglais a-t-il tort?

Il répète ensuite ce que le cardinal Manning nous a dit sur le manque de liberté en France. En France, d'après lui, il n'y a plus que deux classes d'individus : les oppresseurs et les opprimés. Les oppresseurs, ce sont les fonctionnaires, les chercheurs de places, les sangsues, les délateurs. Les opprimés, ce sont tous les autres, tous ceux qui sont réduits à parler des libertés communales, des droits de la famille et de la religion, sans pouvoir rien faire de plus, hélas! ou sans se donner la peine de faire davantage.

Je lis avec grand profit dans les Revues anglaises plusieurs de ces articles sur la France. D'autres passagers font comme moi.

Ils demandent si ces Revues étrangères se rendent bien compte de notre situation. Je crois que oui ! D'abord il est des choses qu'on voit mieux à distance. Et puis les Anglais sont des hommes judicieux et pratiques; en général

même, ils sont bien disposés pour la France et par conséquent ils n'exagèrent point le mal.

Tous sont unanimes à admettre qu'en France l'autorité a passé des mains des classes dans celle des masses; que les masses sont incapables d'exercer cette autorité par suite de leur ignorance, et que cette ignorance est due à l'inertie politique deV aristocratie, qui aurait dû s'emparer du peuple avant que la franc-maçonnerie et le socialisme ne s'en emparassent. Par aristocratie, les Anglais entendent les nobles, les industriels, les savants, le clergé. Et maintenant que faire?... Gémir dans les salons, se lamenter à huis-clos dans les presbytères... est-ce assez pour conjurer le mal? Le socialisme, c'est l'ennemi . Est-on prêt à tenter contre lui une lutte désespérée?

APPENDICE IIÏ

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