‹ Le cardinal Mazarin 16421661Chapitre 6 sur 9 · S LE CARDINAL · texte numérisé non relu

S LE CARDINAL

tl’iiii proloiid iiiNslèie, se prépara à luir de Paris à Ja première occasion.

Le 5 janvier, veille du jour des Rois, la reine, avec tous les dehors de l’insoUciance et de la gaieté, assista le soir aux jeux de ses enfants ; elle divisa avec eux et les daines de sa suite un gâteau des rois, fut reine de la fève et se coucha vers minuit. De leur coté, Mazarin, le prince de Condé et quelques seigneurs qui devaient accompagner la reine dans son évasion, allèrent souper chez le maréchal de Grammont, qui était dans l’usage d’avoir ce jour-là grande réception. Mazarin, retiré dans un salon de jeu, parut tout entier à cet amusement. Mais, à trois heures de la nuit, la reine se leva et monta en carrosse avec ses deux lils, et sortit de Paris par la porte Saint-Honoré; elle fut bientôt rejointe au cours La Reine, lieu lixé pour le rendezvous, par Mazarin, Condé et les autres hôtes du maréchal de Granunont qui étaient dans le secret. Le cortège royal ne se composait que de deux carrosses fermés, de quelques mules et de quelques chevaux. On cheminait par une nuit sombre et glacée^ sur une route que le verglas rendait à peine tenable. Arrivée au milieu de la nuit au château de Saint- Germain, la cour n’y trouva ni feu ni lits; il fallut, polir échauffer un peu les vastes appartements du château, faire couper à la hâte du bois dans la forêt. Le roi, seul, et Anne d’Autriche, couchèrent

dans un lil; tous les autres, Mazarin lui-môine et les dames qui avaient suivi la reine , dormirent sur la paille.

Cette fuite de la régente, dès qu’elle fut connue dans Paris, y répandit la plus vive agitation; les bourgeois y virent comme une déclaration d’hostilités et s’attendirent à être bientôt attaqués; mais ce fut avec élan et une sorte d’allégresse qu’ils se préparèrent à bien recevoir du haut de leurs murailles les ü’oupes royales.

Première guerre civile.

Le parlement de Paris, ardent pour la guerre civile, s’était transformé en une sorte de gouvernement insurrectionnel; il armait les bourgeois, les enrégimentait, nommait des généraux, se faisait une cavalerie en obligeant chaque porte cochère à fournir un homme et un cheval, et s’imposait à lui-mème, pour alimenter la sédition, dix fois plus que le gouvernement de la régente ne lui avait demandé pour subvenir aux charges de l’État. De son coté, Condé était parvenu à rassembler huit mille hommes, avec lesquels il tenait la campagne pour soutenir l’autorité du roi. Si petite que fût cette armée , la régente pouvait à peine suffire à l’cntrete- 65 d

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nir et à la solder. La pénurie d’argent était extrême : on fut obligé de recourir aux usuriers et de mettre en gage les diamants de la couronne. Le jeune roi manqua souvent du nécessaire; scs pages furent congédiés parce qu’on n’avait pas de quoi les nourrir.

Dans ce môme temps, une reine, la fille de Henri IV, la veuve de Charles I", roi d’Angleterre, réfugiée à Paris, y vivait dans une si profonde misère, que pendant ce rude hiver de 1649, sa jeune fille, qui épousa depuis le frère de Louis XIV, restait au lit toute la journée, faute d’un peu de bois pour se chauffer.

Cependant les partis ne tardèrent pas à en venir aux mains, et la France donna alors le spectacle de la plus étrange et de la plus ridicule des guerres, où la plaisanterie tempérait la violence des factions, et où des scènes bouffonnes se mêlaient au fléau des discordes civiles. Dans Paris, on voyait, à la tôle de la multitude sous les ai’ines, des conseillers et des présidents à mortier, un archevêque brouillon , un petit-fils de Henri IV, le duc de Beaufort, avide d’une triviale popularité et justement surnommé le roi des halles; enfin de belles dames, la duchesse de Monlbazon, la duchesse de Longueville, et Mademoiselle, fille du duc d’Orléans, qui animaient le peuple contre la cour, et qui usaient de l’empire de leurs charmes ,

MAZARIN

soit pour détacher leurs adorateurs de la cause royale , soit pour les retenir sous le drapeau de la Fronde; et le généralissime élu par ce peuple en révolte était un prince du sang, un frère du grand Condé, le prince de Conti, disgracié de la nature, bossu, et de plus, très-médiocre militaire. Les faits accomplis par l’armée parisienne répondirent bien d’ailleurs à la composition de ce singulier étatmajor.

« Les Parisiens sortaient en campagne armés de plumes et de rubans i leurs évolutions étaient le sujet de plaisanterie des gens de métier; ils fuyaient dès qu’ils rencontraient deux cents hommes de l’armée royale. Tout se tournait en raillerie. Un régiment levé par le coadjuteur de Retz était surnommé le régiment de Corinthe, parce que le coadjutem’ était archevêque titulaire de Corinthe. Ce régiment ayant été battu par un petit parti, on appela cet échec la première aux Corinthiens.

« Les troupes parisiennes , qui sortaient de Paris et revenaient toujours battues , étaient reçues avec des huées et des éclats de rire. On ne réparait tous ces petits échecs que par des couplets et des épigrammes. Les cabarets et les autres maisons de débauche étaient les tentes où l’on tenait les conseils de guerre, au milieu des plaisanteries, des chnnsnns et de In gaieté la plus dissolue. La li-

cence était si eflrénéo, qu’une nuit les principaux ofliciers de la Frunde, ayant rencontré le saint sacrement qu’on portait dans les rues à un homme soupçonné d’ètre du parti mazarin, reconduisirent les prêtres à coups de plat d’épée.

« Enfin on vit le coadjuteur, archevêque de Paris, venir prendre place au parlement avec un poignard dans sa poche, dont on apercevait la poignée , et on criait ; « Voilà le bréviaire de notre archevêque*. «

Les Parisiens appelaient eux-mêmes leur cavalerie, à cause de son mode de recrutement, la cavalerie des portes cochères; et Condé, honteux d’avoir à se mêler à cette guerre burlesque, la nommait sans façon la guerre des pots de chambre. Cependant, quoiqu’il n’eût que des forces bien inférieures à celles qu’on lui opposait, il donna, dans diverses escarmouches, quelques bonnes leçons à l’armée du parlement; il serra de près les Parisiens, s’empara de Charenton sous leurs yeux, et sans qu’ils osassent l’en empêcher, et les dégoûta de leurs savantes manœuvres en dehors des murs.

Ce qu’il y eut de plus triste dans cette première période des guerres de la Fronde, ce fut la faiblesse d’un grand homme ; Turenne, amoureux

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