‹ Le cardinal Mazarin;Chapitre 6 sur 8 · M 4 LE CARDINAL · texte numérisé non relu

M 4 LE CARDINAL

un peu se délasser; car il avait reçu l'extrêmeonction debout, ou au moins dans une chaise de commodité, ne pouvant presque pas rester couché, à cause de son enflure et de ses douleurs continuelles, d'où il prenait de temps en temps occasion de remontrer aux assistants à quelles faiblesses , à quelles misères aboutissent les fortunes et les grandeurs de la terre. Le mardi, huitième, sur les neuf heures du matin, son mal étant beaucoup augmenté, il dit : « Je sens approcher ma fin, je prie Dieu qu'il me fasse miséricorde1. » M. Joly (son confesseur), lui ayant demandé s'il ne voudrait pas bien faire quelque satisfaction publique pour tous les mauvais exemples et tous les scandales qu'il pouvait avoir donnés : « Très -volontiers, » réponclit-il ; de sorte que, prenant le cierge à la main, nu-tête, par forme de réparation ou d'amende honorable , il demanda pardon à Dieu de tous ses péchés, et pria ceux qu'il pouvait avoir offensés de lui pardonner. Il renouvela ensuite les protestations et les vœux de son baptême.

« Depuis, et jusqu'à la mort, il demeura en de grandes langueurs, et dans une espèce d'agonie; il souffrait extrêmement, et néanmoins sans se plaindre ; s'excitant lui-même à se conformer à la volonté divine , et confessant qu'il était un grand pécheur, et qu'il méritait encore des douleurs plus aiguës, il regarda la mort avec beaucoup de fer-

meté et de constance. Au plus fort de son mal, il se disait à lui-même : « Courage, il faut souffrir. » Il pressait souvent M. Joly de lui parler toujours de Dieu : « Bien que je ne vous réponds pas, lui disait-il, je ne laisse pas d'entendre; je vous serrerai la main pour vous le témoigner.... » Sur le minuit , il dit à M. Joly : « Je vais bientôt mourir ; mon- jugement se trouble.... J'espère en Jésus- Christ. » Ce furent ses dernières paroles; après deux heures d'agonie , il rendit le dernier soupir (9 mars 1661). Mazarin quittait ainsi la vie à cinquante-neuf ans , et le pouvoir, après l'avoir tenu dix-huit années, comme Richelieu.

Cette mort fît un grand vide dans le pays. Le peuple de Paris lui-même ne savait à quel sentiment se laisser aller : il avait la mémoire pleine encore des diatribes et des sarcasmes dont il avait poursuivi ce ministre pendant presque toute sa carrière ; il ne se sentait à son égard ni captivé par l'affection , ni frappé de respect ; et cependant il avait l'instinct que la France venait de perdre en lui un homme qui avait beaucoup fait pour la puissance et la grandeur de la nation. La cour prit le deuil à la mort de Mazarin comme pour une tête souveraine ; le peuple assista avec calme et décence à ses funérailles.

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