‹ Le cardinal Mazarin;Chapitre 7 sur 8 · H 6 LE CARDINAL · texte numérisé non relu

H 6 LE CARDINAL

Jugements sur Mazarin.

Le caractère et la vie de cet homme d'État expliquent bien les impressions si diverses qu'il laissait après lui. Jamais ministre n'a plus dominé son époque et influé davantage sur les destinées d'un peuple, en formant une disparate plus tranchée avec les traditions de ce peuple , avec son génie et ses mœurs. Loin d'être imposant et chevaleresque, Mazarin se montrait cauteleux et souple, et, il faut bien le dire , son amour désordonné de l'argent donnait à sa physionomie tout le contraire de la noblesse. Dans le maniement des affaires, il n'attachait aucun prix à l'éclat extérieur, et le soin d'assurer le succès l'absorbait complètement. Même les grandes choses qu'il menait à fin, il semblait les rapetisser par une conduite vulgaire, et par la loyauté souvent équivoque des moyens. Il n'inspirait pas l'amitié, encore moins le dévouement, et les haines qu'il suscitait manquaient elles-mêmes de grandeur. Et cependant son âme, comme son esprit, était de bonne trempe. Il avait vu, sans sourciller, sa tête mise à prix; au milieu des guerres de la Fronde, à la cour fugitive d'Anne d'Autriche,

il vécut longtemps entouré d'ho mines venus de tous côtés, dont plusieurs le haïssaient mortellement; et il montra toujours, pour ses dangers personnels, une indifférence et un calme que ses ennemis euxmêmes admirèrent. Mazarin, à tout prendre, fut un de ces hommes qu'on ne peut s'empêcher de trouver médiocres, quand on examine dans le détail leurs passions et leurs pratiques journalières, et qui, au point de vue du citoyen et du publiciste, grandissent de toute la hauteur des choses qu'ils ont faites et laissées après eux.

Nous compléterons ce tableau historique par le portrait qu'a tracé de Mazarin un de nos historiens modernes les plus distingués *.

« Mazarin avait l'esprit grand , prévoyant, inventif, le sens simple et droit, le caractère plus souple que faible, et moins ferme que persévérant. Sa devise était : Le temps et moi. Il se conduisait, non d'après ses affections ou ses répugnances , mais d'après ses calculs. L'ambition l'avait mis au-dessus de l'amour-propre , et il était d'avis de laisser dire, pourvu qu'on le laissât faire. x\ussi était-il insensible aux injures et n'évitait-il que les échecs. Ses adversaires n'étaient pas même des ennemis pour lui. S'il se croyait faible, il leur cédait sans honte ;

I. M. Mignet, Introduction à V Histoire des négociations relatives à la succession d'Espagne.

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