‹ Le cardinal RichelieuChapitre 12 sur 41 · U LOUIS · texte numérisé non relu

U LOUIS

De plus, l'Ile ne pomait éviter do lui rendre, sinon d'aneiens respeels, au moins de «grands égards, et dos devoirs apparents. Outre (jn'ils la faisaient tiof) sonveuir do son aneieinie bassesse, elle on éprouvait son vent de Muie de Montespan d'anières et do bien expresses oonnnénioraisons , sans ménagenient. Les visites journelles on demi-public du roi à son aneienne maîtresse, toujours entre la messe et le diner, [loui" les rendre plus nécessairement courtes, et par bienséance, faisaient un contraste fort ridicule avec son assiduité longue de tous les jours cbcz celle (|ui l'avait ser\ie, et chez qui, sans nom do maîtresse ni (ré[)ouso , était le creuset do la cour et do l'Étal. Cette sortie de la cour do Mme de Montespan, pour n'y plus revenir, fut donc une ifrando délivrance [)om' Mme de Mainlenon, et elle n'ignoia i)as (|u'olle l.i dut à M. de Meaux tont ('Utière, ({ui à la lin lui en attira les ordres réitérés.

Ni maîtresse, ni épouse déclarée, Mme do M;iiiitenon était en debors de tontes les i'èg;los et des bienséances ordinaires de enur. Klle ne von ait persomie cliez elle en visite, et n'en rendait jinn.iis aneuno. Cela n'avait (pie fort pen d'exceptions. Klle allait voir la reine d'An;:letei re et la iccevait eliez elle, (piebjuefois die/ Mme d(^ Montcbevrenil , sa |ibis intinn.' amie, (pn allait très-ordinairement (lie/ elle. Jamais elle n'allait (lie/ ancnne |)iincesse du

sang, même chez Madame. Aucune d'elles aussi n'allait chez elle, à moins que ce ne lût par au- .diences, ce qui était extrêmement rare, et qui faisait nouvelle. Mais si elle avait à parler aux filles du roi, ce qui n*arrivait pas souvent, et presque jamais que pour leur laver la tête, elle les cm oyait chercher. Elles y arrivaient tremhlantes , et en sortaient en pleurs. Pour le duc du Maine, les portes tombèrent toujours devant lui en quelque lieu qu'il fût ; et depuis le mariage du duc de Noailles , il la voyait aussi quand il voulait, son père avec ménagement, sa mère fort à lèche-doigt; le roi et elle la craignaient et ne l'aimaient point.

Le cardinal de Noailles , jusqu'à l'affaire de la constitution , la voyait en particulier le jour qu'il avait son audience du roi , une fois la semaine ; et après , le cardinal de Bissy à peu près tant qu'il voulut, et le cardinal de Rohan avec mesure. Son frère tant qu'il vécut la désola. Il entrait chez elle à toute heure, lui tenait des propos de l'autre monde, et lui faisait souvent des sorties. De crédit avec elle, pas le moins du monde. Sa helle-sœur ne parut jamais à la cour ni dans le monde ; Mme de Maintenon la traitait bien par pitié, sans que cela allât au plus petit crédit; mais elle dînait quelquefois avec elle, et ne la laissait venir à Versailles ([uc le moins qu'elle pouvait, peut-être deux ou trois fois Tan an plus, et coucher une nuit. Godet,

t'v(^(iuc (le Cliarlros, cl Anl)ipny, archcvt^quc de Hoiieii, ell(^ ne les voyait (\uh Sainl-Cyr.

Ses aiulieriees étaient ponr le moins aussi difficiles à obtenii* (|iie eelles du roi ; et le peu qu'elle en arcordait, prescjne toutes à Sainl-Cyr où on allait la trouver au jour et heure donnés. On l'attendait à Versailles à sortii* de chez elle ou à y rentrer, quand on avait un mot à lui dire : gens de peu, el même ])auvres gens, et personnes considérables. On n'avait là qu'un instant, et c'était à qui le saisirait. Un très petit nombre de dames, à (pli le roi était accoutumé et qui étaient de ses particuliers, la voyaient quelquefois aux heures où le roi n'était pas, et rarement (piel([ues-unes dînaient avec elle.

L'ordinaire, dès qu'elle était levée, c'était de s*en allei* à Saint-Cyr, et ds diiier dans son appartement seule, nii avec «pielcpie favorite de la maison, d'y dounei" des audiences le moins (pTelIc pouvait, d'y régenler au dedans, d'y gouverner r(''j;lise au dcliors, d'\ lire el d'y répoudre des lettres, d'y gou\eiiiei' des mouaslèi'es d(î lilles de toutes paris, d'\ reee\oir des avis et des letli'es crespionna^^es , el rlr revenii* à peu j)rès juslemeut au tenqis (pie le roi passait chez elle. Devenue plus >ieille el plus iiilirme, en arrivant euli'e sept à huit beun;s du malin à Sainl-C\r, elle s'n mettait au lit pour se reposer, ou laiie quel(|ue remède.

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A Fonlainebleaii , elle avait une maison à la ville, où elle allait souvent pour y faire les mêmes choses qu'à Saint-Cyr. A Marly, elle s'était fait accommoder un petit appartement qui avait une fenêtre dans la chapelle. Elle en faisait souvent le même usage que de Saint-Cyr ; mais cela s'appelait le repos, et ce repos était inaccessible, sans exception que pour 3Ime la duchesse de Bourgogne.

A Marly, à Trianon, à Fontainebleau, le roi allait chez elle les malins des jours qu'il n'y avait point de conseil, et qu'elle n'était pas à Saint-Cyr. A Fontainebleau, depuis la messe jusqu'au dîner, quand le dîner n'était pas quelquefois au sodir de la messe pour aller courre le cerf ; et il y était une heure et demie, et quelquefois davantage. A Trianon et à Marly la visite durait beaucoup moins , parce qu'en sortant de chez elle il s'allait promener dans ses jardins. Ces visites étaient presque toujours tête à tête, sans préjudice de celles de toutes les après-dînées , qui étaient rarement tête à tête que fort peu de temps, parce (jue les ministres y venaient chacun à son tour travailler avec le roi. Le vendredi, jour* où il arrivait souvent qu'il n'y en avait point, c'étaient les dames familières avec qiù il jouait, ou une musique; ce qui se doubla et tripla de jours tout à l;i fin de sa vie.

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Vers les iiL'ul' liciii'cs du soir, dciiK (binnics do rli;iii!l)re venaient (lésljal)iller Mme de MaintcMion. Aiissitùl après, son maître d'hôtel et nn valet de eliambrc aj)poi*taienl son eouveil, un potage et (pielipie eliose de lé<;er. Dès qu'elle avait aelievé de sou[)er, ses leinmes la mettaient dans son lit, tout eela en présence du roi et du ministre, (|ui n'en discontinuait pas son travail, et (pii n'en j)arlail pas i)lus bas, ou, s'il n'y en avait point, des dames famdières. Tout cela «^fagnait dix heures, (pie le loi allait souper, et en même temps on tirait les rideaux de iMme de Maintenon.

I)a!is les voyages, c'était la même chose. Klle paitait de hoime heure avec quehpie favorite , comme Mme de Moiilchevreuil toujours laiil (pTelle vécut, Mme (rileudicoml, Mme de Dangcau, Mme de Ca>lus. l'n carrosse (hi roi la menait, toujours alTecté pom- clic, mcme poiu" allei* de Versailles, etc., à Saiii(-(]\ i-, cl des Kpiua\s, écu\ei' dcî la petite écurie, la mettait djms le cairossi* et raccompagnait à (lic\;d, c'était sa tAclie de Ions les jours. Dans les voyages, le carrosse de Mme de Maintenon menait ses lennues de chaud)i'e, et suivait celui du roi où elle était, Klle s'ai'rangeait de façon (pu* le roi, en arri\aul, la trouvait tout établie lors(|u'il passait chez elle. Partie autorité, partie invention de seconde dame d'atours d(; la daupliiiie de Ikivière, son carrosse et sa chaise, avec

ses porteurs ayant sa livrée , entraient partout comme ceux des gens titrés.

Reine en particulier, à l'extérieu)' pour le ton, le siège et la place en présence du roi, de Monseigneur, de Monsieur, de la cour d'Angletdrre et de qui que ce fût, elle était très-simple particulière au dehors , et toujours aux dernières places. J'en ai vu les fins aux dîners du roi à Marly, mangeant avec lui et les dames , et à Fontainebleau en ^rand habit chez la reine d'Angleterre, comme je l'ai remarqué ailleurs, cédant absolument sa place, et se reculant partout pour les femmes titrées , même pour des femmes de qualité distinguées, ne se laissant jamais forcer par les titrées , mais par celles de qualité ordinaire, avec un air de peine et de civilité, et par tous ces endroits polie, affable, parlante, comme une personne qui ne prétend rien et qui ne montre rien , mais qui imposait fort , à ne considérer que ce qui était autour d'elle.

Toujours très-bien mise, noblement, proprement, de bon goût, mais très-modestement et plus vieillement alors cpie son âge. Depuis qu'elle ne paiiit pkis en public , on ne voyait que coiffes et écharpe noire quand par hasard on l'apercevait.

Elle n'allait jamais chez le roi qu'il ne fût malade, ou que les matins des jours qu'il avait pris médecine, et à peu près de même chez Mme la duchesse do Bourgogne, jamais ailleurs pour aucun devoir.

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Chez elle, avec le roi, ils élaiont chacun dans leur fault'uil, une lahle devant chacun d'eux, aux deux coins de la cheminée, (41e du cnlé du lil, le roi le dos à la muraille du côté de la porte de rantichaml»re , et deux tahourets de\ant sa tahle , un pour le minisire ([ui venait travailler, l'autre pour son sac. Les jours de travail , ils n'étaient seids cnscnd)lc que tort peu de ten)})s avant cpie le ministre entrât, et moins encore fort souvent après qu'il était sorti. Le roi passait à une chaise percée, revenait au lit de Mme de M.iintenon, où il se tenait dehout fort i)eu, lui donnait le bonsoir, et s'en allait se mettre à tahle. Telle était la mécani(juc de chez Mme de Maintenon.

Peuplant le travail , Mme de Maintenon lisait ou travaillait en tajjisserie. Elle entendait tout ce qui se passait entre le roi et le ministre, (pu parlaient tout haut. Rarement elle y mêlait son mot , |ihis rarement ce mot était de (pu'i(|ue conséquence. Souvent le roi lui demandait son avis. Alors elle répondait avec de j^^randes mesures. Jamais , ou connue jamais, elle ik; paraissait an'eclioimer rien, et moins cncon; s'intéresser pour personn(;; mais elle él;iil d'accord avec le ministre, qvn n'osait en parlinilier ne pas convenir de ce (fu'elh; voulait , ni encore moins hroncher en sa |)résence. Dès qu'il s'a^iss;iit donc de (piehpie }:ràce ou de (piehpie emploi, la chose étiiit arrêtée entre eux avant le Ira-

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vail où la décision s'en devait faire, et c'est ce qui la retardait quelquefois, sans que le roi ni personne en sût la cause.

Quand ils étaient près de venir travailler, ou qu'ils sortaient de chez elle, elle prenait son temps de sonder le roi sur eux, de les excuser ou de les vanter, de les plaindre de leur grand travail, d'en exalter le mérite , et s'il s'agissait de quelque chose pour eux, d'en préparer les voies, quelquefois d'en rompre la glace, sous préfexte de leur modestie, et du service du roi qui demandait qu'ils fussent excités à le soulager, et à faire de hien en mieux. Ainsi c'était entre eux un cercle de besoins et de sciTices réciproques, dont le roi ne se doutait pas le moins du monde. Aussi les ménagements entre eux étaient-ils infinis et continuels.

Si les ministres , et les plus accrédités , en étaient là avec 3Ime de Maintenon, on peut juger de ce qu'elle pouvait à l'égard de toutes autres sortes de personnes hien moins à portée de se défendre , et même de s'apercevoir. Bien des gens eurent donc le cou ronqui sans en avoir pu imaginer la cause, et se donnèrent hien des sortes de mouvements pour la découvrir, et pour y remédier, et très-inutilement.

Le court et rare travail des généraux d'armée se passait oi'dinaiienient les soirs en sa présence , et celle du secrétaire d'État de la guerre. Par cehii de

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Ponk'hartraiii, ronipli du rapport dos cspioniiafios cl des lustoiivs de tonte osprco de Paris cl i\c la cour, elle était à portée de taiir })caucoup de l)ieii l't de mal. Torcy ne tiavaillait point cliez elle, et ne la vo\ail comuik* jamais. Aussi ik* l'aimait-clic point, cl moins encore sa icnuTie,dont \c nom d'Ainaud gâtait tout Icm* mérite. Torcy avait les postes. C'était i)ar lui cpic le secret en passait au l'oi tête à tète, et le roi souvent en portait des morceaux: à lire à Mme de Maintenon ; mais cela n'avait point de suite. Elle n'en savait (juc pai* lambeaux, selon ce ((ue le roi s'avisait de lui en dir(î ou (\c lui en porter.

Tout(*s lesaiïaires éti'an^ères passaient au conseil d'Ktat, ou si c'était (juchpic cliose de pressé, Torcy le |)ortait sui--le-cliamp au loi , ainsi à des heures rompues, et point de travail ré^lé cl [)ai'ticulier avec lui. Mme de Maintenon eùl fort désiré ce j;em*(! (U' tra\ail ré;ilé clic/ clic, |)om' avoir la même influence sur les aflaircs d'Ktat, ctsm- ceux (pii s'en nièlaicnl, comme elle l'iisait sur les antres i)ai*ties. Mais TmcN sut hicn sagement se j)réser\cr de ce (lanj:en ii\ pié;^»-. Il s'en délendit toujours, en (lisant modoii-iiiriil (pTil n'a\ait point (TalTaires pnur cnlrctcnii' «c lia\ail. (le n'était pas (pic le loi ne lui dit tout là-dessus; mais elle sentait toute la dilTérence d'assister à un tiavail ré^^lé où elle a'^issait avec loisir , adresse cl mesures jiriscs, ou d'être

obligée de prendre son parti entre le roi et elle sur ce qu'il lui apprenait de cette matière , de n'avoir d'antre ressource que chez elle-même , et d'aller de Iront avec lui , si elle voulait une chose plutôt qu'une autre , nuire aux gens à découvert , ou les servir de môme.

Le roi y était même fort en garde. Il lui est arrivé plusieurs fois que, lorsqu'on ne s'y prenait pas avec assez de tour et de délicatesse , et qu'il apercevait que le ministre ou le général d'armée favorisait un parent ou un protégé de Mme de Maintenon , il tenait ferme contre , pour cela même ; l)uis disait , partie fâché , partie se moquant d'eux : « Un tel a bien fait sa cour , car il n'a pas tenu à lui de bien servir un tel, parce qu'il est parent ou protégé de Mme de Maintenon. » Et ces coups de caveçon la rendaient très-tmiide et très-mesurée , quand il était question de se montrer au roi à découvert sur quelque chose ou sur quelqu'un. Aussi répondait-elle toujours à quiconque s'adressait à elle, même pour les moindres choses, qu'elle ne se mêlait de rien ; et si bien rarement elle s'ouvrait davantage , et que la chose regardât le département d'un ministre sur lequel elle conqjtàt, elle renvoyait à lui, et promettait de lui en i)arler. Mais, encore une fois, rien n'était plus rare. On ne laissait pas rependant d'aller à elle, pour, par ce de- \oir, ne l'avoir pas contraire, et pai' l'espérance

lli LOUIS \1V

aussi {\nc y uoiiobslanl crllc réponse J)aiialo, clic Icrait pciil-ùlrc ce (lu'on désirait, coiiiiiie cela ailisail (|iiclqiictbis.

Il \ avait peut-être ciiKj on six personnes au plus (le tous étals, descpielles la [)lupart étaient ses aniis de son ancien lciii[)s, à (|ui elle répondait plus frauchcuient , quolcjuc toujours faiblement et niesui'éiucut , et i)our (pii eu elïet elle agissait au mieux (pi'il lui était possible; ce néanmoins, réussissant Irès-oi-diuaircmcnl pour eux , elle n'y réussissait i)as toujours.

Ce lut p;u' le désir extrême de se mêler des atlaires étranj5à'res , connue elle se mêlait de toutes les autres, cl l'impossibilité d'en attirer le travail cbez elle, (pi'elle prit le paiti de tous les manéyes pai- lescpiels elle rendit la princesse des Ursins maîtresse de tout eu Esjjaj^ne, et l'y maintint jusipi'à la paix d'Utieclit, aux dépens de Torcy et des ambassadeurs de France en Espaj-ne , c'est-;\dire, aux dépens de rKs[)agne et de la France, parce que Mme des Ursins eut Tadi'csse de lui l'aire tout passer par les mains, et de lui persuader (pi'elle ne gouvernait la (onr et l'État en Espagne (|ue sous ses ordres et par ses volontés. Uevenons mi moment à ces coiq)s de cavecou du roi dont ou vient de parler.

Le Tellier, dans des li-nips bien antérieurs, et Junglempb a\.uit d'éln « liancelier de France, con-

ET SA CUUK. Jlo

naissait bien le roi là-dessus. Un de ses meilleurs amis, car il en avait, parce qu'il savait en avoir, l'avait prié de quelque chose qu'il désirait fort, et qui devait être proposé dans le tra^ail particulier de ce ministre avec le roi. Le Tellier l'assura qu'il y ferait tout son possible. Son ami ne goûta point sa réponse, et lui dit franchement que dans la place et le crédit où il était, ce n'était pas de celles-là qu'il lui fallait donner. «< Vous ne connaissez pas le terrain, lui répliqua Le Tellier. De vingt afiàires que nous portons ainsi au roi, nous sommes sûrs qu'il en passera dix-neuf à notre ^ré; nous le sommes également que la vingtième sera décidée au contraire. Laquelle des vingt sera décidée contre notre avis et notre désir , c'est ce que nous ignorons toujours , et très-souvent c'est celle où nous nous intéressons le plus. Le roi se réserve cette bisque pour nous faire • sentir qu'il est le maître et qu'il gouverne ; et si par hasai'd il se présente (piclque chose sur quoi il s'opiniàtre, et qui soit assez importante pour que nous nous opinià- Irions aussi , ou pour la chose même , ou pour l'envie que nous avons qu'elle réussisse connue nous le désirons, c'est très-souvent alors, dans le rare que cela arrive, une sortie sûre ; mais , à la vérité, la sortie essuyée et l'affaire manquée , le roi, content d'avoir montré que nous ne pouvons lien cl peiné de nous avoii" fâchés, de\ienl sou|>le

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ol lli \il>l(\ t'ii sorte (\uc l'est aloi's le temps où nous faisons tout te ([ue nous voulons. »

(l'est , en elTet , connue le roi se conduisit avec ses ministres tonte sa >ie, toujours pariaitcment gouverné par eux , même par les plus jeunes et les plus médiocres, même par les moins accrédités cl eousidérés, toujours en garde pour ne l'être point, et toujours persuadé (pi'il réussissait i)leinenient à ne le point êtie.

11 avait la même conduite avec Mme de Mainlenoii, à (pu de fois à auli'es il faisait des sorties terribles, et dout il s'a|)i)l;uidissait; Que^iuefois elle se mettait à pleurer devaui lui, et elle était i)lusicurs jours sur de \éi*ital)les épines. Quand elle eut mis Fagoii auprès du roi, au lieu de d'Acpiiu qu'elle fit chasser, [)aree ipi'il élail de la main de Mme de Moides- |)an , et pnnr a\()ii" nn homme lont à elle et de iieaueonp d'opiil (.'l «pTelle s'était attaché dans les Voyances aux eaM\ où d avait snivi W duc du Maine, et un honnne don! elh; put tirer un continuel parti dans cette place inlime du jncmier médecin (pi'elle vexait tous les matins, elle taisait la malade (piand il lui arrivait de ces scènes, et c'était d'ordinaire par où elle les faisait finir avec plus d'avaidage.

Les gens de Mme (le Mainlenon , car tout en est curieux, élaieiU en trt's-pelil nond»re , |)eu répandus, modestes, respectueux, Inunhies, silencieux, cl ne s'en liicnl jamais accroiix'. (tétait l'aii* de la

maison, et ils n*y seraient pas demenrés sans cela. Us y faisaient avec le temps une fortune modérée, suivant leur état , et qui ne pouvait donner d'envie, ni occasion de parler : tous demeuraient dans ime obscurité plus ou moins aisée. Ses femmes passaient leur vie enfermées chez elle. Non-seulement elle ne voulait point qu'elles sortissent , mais elle les empêchait de recevoir personne , et la fortune qu'elle leur faisait était courte et rare. Le roi les connaissait toutes et tous ; il était famiher avec eux , et y causait souvent , lorsqu'il passait quelquefois chez elle avant qu'elle y fût rentrée.

Il n'y avait d'un peu distingué que cette ancienne servante du temps qu'après la mort de Scarron elle était à la charité de Saint-Eustache, logée dans cette montée où cette servante faisait sa chamljre et son petit pot au feu dans la même chambre. Nanon de ce temps-là , et que Mme de Maintcnon a toujours appelée ainsi , qui d'abord avait été son uni(|ue domestique , et qui l'avait constannnent suivie et senie dans tous ses divers états, était devenue 3111e Balbien, dévote comme elle, et vieille. Elle était d'autant plus importante qu'eUe avait toutL' la confiance domestique de Mme de Maintenon, et l'œil sur ces demoiselles qui se succédaient de Saint-Cyr auprès d'elle, sur ses nièces, (*t sur Mme la duchesse de Bourgogne méni(\ qui ]\v l'ignorait pas , et (jui habilement, sans

la gâter, on avait l'ail sa bonne amie. Elle se coiffait et s'habillait eonnne sa maîtresse; elle allWtail d'en tout imiter. A connnencer par les enfants léjiitimes et les bâtards, à continuer par les pi-inces du san^»" et pai' les ministres, il n'y avait celui ni celle (pii ne la ménageât, et qui ne fût en contiiiiiile, cl, le diiai-je , en respect devant elle. S'en scivail (pu pouvait pour de l'argent, (pioicpie au fond elle se mêlât de fort peu de chose. Elle était très-raisonnablement sotte, et n'était méchaide ([ue rai'ement, et encore par bêtise, (pioicpie ce fût une personne toute composée, toute sur le merveilleux, cl (pii ne se montrait presque jamais. Su protection pour aller à Marly ne fui pas inlVuctueuse. Elle a\ail l'air dnux, liiiiiible, empressé, important, et Idutefois r('si)ectueu\..

En rapjjortaiit ces bagalcîlles de Mme de iMaintenon à côté de choses plus importantes, je me suis trouvé, je l'avour, ru\n' la ci'ainte de (piehjues redites et rclb' (le ne p.is cxplifpiei* assez en détail des curiosités (|ii(' nous icgi'tîttons dans toutes les liisloires, <'t <lan> i»r('S(pie tous les Mémoires des divers lenqis. On \oudrait y voir les princes, avec leurs maîtresses et lem*s ministres, dans leur \i(* journalière. Outre une ( inio>il(' si raisonnable, on en connaîtrait bim niicnx les ukcui's du l(-iiij)s et le ^énie d(fs monarfpirs, cclni de leurs niaitresm^s el de leur"* ministres, de leurs la\oris, de

ceux qui les ont le plus approches, et les adresses qui ont été employées pour les gouverner ou pour arriver aux divers buts qu'on s'est proposés. Si ces choses doivent passer pour curieuses, et même pour instructives dans tous les règnes, à plus forte raison d'un règne aussi long et aussi rempli que l'a été celui de Louis XIV , et d'un personnage unique dans la monarchie depuis qu'elle est connue , qui a, trente-deux ans durant, revêtu ceux de confidente, de maîtresse, d'épouse, de ministre, et de toute -puissante, après avoir été si longuement néant, et comme on dit, avoir si longtemps et si publiquement rôti le balai.

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