LES BATARDS DU ROI
Mme la princesse de Conli , fille de Mme de La Vallière.
Il arriva à Mme la princesse de Conli une aventure (jui lit ^rantl bruit et qui eut de jurandes suites. La couitesse de Bury avait été mise auprès (relit' |»<»ui" élrt; sa dame d'iionueur à sou mariaj^e. C'éliiit une lenuue d'une grande vertu , d'une ^^rande douceur et d'une grjuule politesse, avec de l'esprit et de la conduite. Elle avait lait venir du Dauphiné Mlle Clioin, sa nièce, qu'elle avait mise lillc (riionucui- de Mme la princesse de Conti. C'était une ^iossc lille écrasée, brune, laide, camarde, avec de l'espiit et un esprit d'intrigue et de manéj,^'. Klle vo>ail sans cesse Monseigneur (pii ne l)ou;;eait de ebez Mme la princesse de Conli. Klle raunisi,el, .sans (pi'on s'en apeiTiM, se mil inlimenient dans sa conliauce. Mme de Lislebonne et ses deux lilles (pii ne soitaient pas non plus de cbez la princesse de Conti, et cpii élaieiil parvemies à Tinlimité de Monsei^-neur, s'apercmciil les preiiiier<'S de la coniiance entière <pir la (îboin a\ail ac(puse, cl deviruent ses meilleures amies. M. ûv Luxembourg', (|ui avait Ir ne/ limi, réenni.i. Le roi ne
l'aimait point et ne se seiTait de lui que par nécessité ; il le sentait, et s'était entièrement tourné vers Monseigneur : M. le prince de Conti et lui s'étaient proposé de se rendre les maîtres de l'esprit de Monseigneur et de le gouverner, pour disposer de l'État quand il en serait devenu le maître.
Dans cet esprit ils avisèrent Clermont, parent et protégé de M. de Luxembourg, qui l'avait donné à Monseigneur, d'où il s'était inlroduit chez Mme la princesse de Conti dont il avait fait l'amoureux, de s'attacher à la Choin, d'en devenir l'amant, et de pal'aître vouloir l'épouser. Us lui conlièrent ce qu'ils avaient découvert de Monseigneur à cet égard , et que ce chemin était sûrement pour lui celui de la fortune. Clermont, qui n'avait rien, les crut bien aisément ; il lit son personnage , et ne trouva point la Choin cruelle ; l'amom* qu'il feignait , mais qu'il lui avait donné, y mit la coniîance; elle ne se cacha plus à lui de celle de Monseigneur, ni bientôt Monseigneur ne lui lit plus mystère de son amitié pour la Choin, et bientôt après la princesse de Conti, qui ne s'apercevait de rien et devint amoureuse de Clermont, leur fut une nouvelle dupe. Là-dessus on partit pour l'armée, où Clermont eut toutes les distinctions que M. de Luxend)Ourg lui put donner.
Le roi , inquiet de ce qu'il entrevoyait de cabale Muprès de son iils, les laissa tous partir, et n'ou-
iit LOI! s XIV
blia pas d'user du socivl de 1m poslr ; les couit'km's lui eu dér()])aionl souvenl le tVuil, mais à la (iii l'indiscivtiou de ne pas (oui ivscrvoi' aux courrici's trahit riulrijiuc. Le roi eut de leurs lettres, il \ \il le dessein de Cleriuont'et delà Clioiu de s'épouser, leur auiour, leui" projtM de gouverner Monsei- «iueui- et préseutenieul el a[)iès lui; eoni1)ien M. de Lu\end)ourg était l'àuie de toute cette aflaire, el les merveilles pour soi qu'il s'en proposait; l'excès du mépris de la Clioin et de Clennont pour la j)rincesse de Conti , de qui Clennont lui sacrifia les lettres que le roi eut |)ai' ce ineuie pa(piet inlcrccplé à la [)osle, api'ès beaucoup d'autres llont il faisait rendre les lettres après eu avoij' pris les extraits, et avec ce paquet uneletti(; de Clennont accompagnant \ti sacritice, où la princesse de Conti était traitée sans ménageniciil, où Monseigneur u'élait marcpié que sous le nom de Irur gros ami, el où loiil le cd'ur seiuhlait se répandre. Alors le loi ( riil eu a\oir assez, et une après-dînée de iiiaii\ais lenqis (pi'il ue sortit poiid, il manda à la princesse (h; Conti de lui \(iiir parler dans son cabiiu-l. Il en avait aussi i\r^ Icllrcs ^ Clennont cl des lettres de Clermont à elle où leur amour était fort expiimé, et dout la Clioiu cl lui se mo(piaienl ensemble.
L'i princesM' de Conti, (pii conuue ses sceurs^ n'allail jamais clie/ le mi (|n'('Ulre scm souper e
son coucher, hors des étiquettes de sermon ou des chasses, se trouva ])ien étonnée du message. Elle s'en alla chez le roi fort en peine de ce qu'il lui voulait , car il était redouté de son intime famille , plus s'il se peut encore que de ses autres sujets. Sa dame d'honneur demeura dans un premier cahinet , et le roi la mena plus loin ; là , d'un ton sévère, il lui dit qu'il savait tout, et qu'il n'était pas question de lui dissinuder sa faihlesse pour Clermont, et tout de suite ajouta qu'il avait leurs lettres, et les lui tira de sa poche en lui disant : Connaissez-vous cette écriture ? qui était la sienne , puis celle de Clermont. A ce déhul, la pauvre princesse se trouva mal ; la pitié en prit au roi qui la remit connue d put, et qui lui donna les lettres sur lesquelles il la chapitra , mais assez humainement : après il lui dit que ce n'était pas tout, et qu'il en avait d'autres à lui montrer par lesquelles elle verrait combien elle avait mal placé ses affections, et à quelle rivale elle était sacrifiée. Ce nouveau coup de foudre peut-être plus accablant que le premier renversa de nouveau la princesse. Le roi la remit encore , mais ce fut pour en tirer un cruel châtiment : il voulut qu'elle lût en sa présence ses lettres sacrifiées et celles de Clermont et de la Clioin. Voilà où elle pensa mourir, et elle se jeta aux pieds du roi hai'inée de ses larmes, et ne poiivaul |)i('S(|ue articuler : ce ne lui
(jiir sanglots, pardons, drsospoirs , rapfcs, cl à implorer justice et vengeance; elle fut bicntùl iaile. La Clioin M cliassée le lendemain , et M. de Luxembourg eut ordre en même temps d'envoyer Clerniont dans la place la plus voisine qui était Tournai, avec celui de se défaire de sa cliarpe, et de se retirer ai)rès en Daupliiné pour ne pas sortir de la province. En même temps le roi manda à Monseigneur ce (jui s'était passé entre lui et sa fille, et })ar là \c mit hors de mesure d'oser proléger les deux iulbrtunés. On peut juger de la i)art que le prince de Conti, mais surtout M. de Luxembourg^ et son lils, prirent à cette découverte, et combien la frayeur saisit les deux derniers.
Cependant connue l'amitié de iMonseigncur pour la Clioin avait été découverte par ces mômes lettres, la princesse de Conti n'osa ne pas garder qu(»l((ues mesures. Klle envoya .Mllf Clumi , dans un de ses carrosses, à l'abbaye de l'orl-Koyal à Paris, cl lui donna une pension el des voilures |)our cinpoilei' ses meidiics. La comtesse de liur\ , (pii ne s'élail doutée fit' rien sur s;i nièce, lui iuconsolahlc cl voulut se retirci- biciilôl .iprcs.
L<'S chansons achevèrent de célébrei' cette étrange avenlurc de la princesse el de sa conlidenle.
ÇT SA COUR. 12o
M. le duc du Maine, lils de Mme de Monlespan, el son frère, le comte de Toulouse.
M. du Maine sentait que Monseigneur ne l'aimait point. Le roi avançait en âge , et 3Ionseigneur vers le trône ; 31. du Maine en tremblait. Avec de l'esprit, je ne dirai pas coimne un ange, mais comme un démon auquel il ressemblait si fort en malignité, en noirceur, en perversité d'âme, en desservices à tous, en services à personne, en marches profondes, en orgueil le plus superbe, en fausseté exquise, en artifices sans nombre, en simulations sans mesure et encore en agréments, en l'art d'amuser, de divertir, de charmer cjuand il voulait plaire ; c'était un poltron accompli de cœur et d'esprit, et à force de Tétre, le poltron le plus dangereux, et le plus propre, pourvu que ce fût par dessous terre, à se porter aux plus terribles extrémités pour parer ce qu'il jugeait avoir à craindre, et se porter aussi à toutes les souplesses et les bassesses les plus rampantes auxquelles le diable ne perdait rien.
Il était, de plus, poussé par une femme de même trempe \ dont l'esprit, et elle en avait aussi inliniment, avait achevé de se gâter et de se corrompre par la lecture des romans et des pièces de
1. Aune-Louise de Bourbon, lille de M. le Prince, pelile-fillc du grand Coudé.
\1C> LULIS MV
lliiVilr.c, dans 1rs })assioiis ik'S([iiclk's l'Ilc s'ahaii- (htiiiiail IclkMiicnl, qu'elle' a passé des années à les apprendi-o par c\rur, et à les jouer publiquement elle-niènic. Elle avait du couraye à l'excès, entreprenante , audacieuse, l'uiùeusc , ne connaissant ([ue la passion présente et y postposant tout, indijinée contre la prudence et les mesures de son mari (|u'elle appelait misères de l'aiblesse, à qui elle reprochait riioimeur quelle lui avait (ait de l'épouser , qu'elle rendit petit et souple devant elle en le traitant connue un nègre, le ruinant de l'uiid eu c(»nd)le sans i\u\\ osât prolerer une i)arole , souillant tout d'dle dans la frayeur (lu'il en avait et dans la terreui" eneoi'e (pie la tète achevât loiil à lai! de lui tournei". Quoiqu'il lui cachai assez de dioses, l'ascciKlaiil (pTelle a\ail sur lui était incroyaLh', et c'était à coups de hàtou (pi'elle le poussait en a\aut.
Nul concerl a\cc le coinle de Toulouse; c'était un lioiniiie ioit court , mais riiouneur, la \ertu, la di'oiture, la \éiilé, réipiilé même, ascc im accueil aussi ;:racieu\ (pi'im froid natui'el, mais glacial, le pouvait jx'i'meltic ; de la valeur et de l'envie (le faire, mais par les hoiuics \oies, et en (pii le sens <lroi( et juste, poiu- le lrés-ordinaii"e, suppléait à l'i'spril; fort appli(pir d'ailleurs à savoii" sa marine de ^Miei-re et de couuucrce cl rculcndant Ircs-bicn. l'n homme de ce caractère n'était pas
ET SA CULK. 127
pour vivre intimement avec son frère et sa bellesœur. M. du 31aine le voyait aimé et estimé parce qu'il méritait de l'être , il lui en portait envie. Le comte de Toulouse, sage, silencieux, mesuré, le sentait, mais n'en faisait aucun semblant. Il ne pouvait souffrir les folies de sa belle-sœur. Elle le voyait en plein, elle en rageait, elle ne le pouvait souffrir à son tour, elle éloignait encore les deux frères l'un de l'autre.
Celui-ci était fort bien avec Monseigneur et M. et Mme la duchesse de Bourgogne qu'il avait toujours fort ménagés et respectés. Il était timide avec le l'oi, qui s'amusait beaucoup plus de M. du Maine, le Benjamin de Mme de Maintenon, son ancienne gouvernante , à qui il sacrifia Mme de Montespan , qui toutes deux ne l'oublièrent jamais. Il avait eu l'art de persuader au roi qu'avec beaucoup d'esprit, qu'on ne pouvait lui méconuaîlre, il était sans aucunes vues, sans nulle andjition, et un idiot de paresse, de solitude, d'application, et la plus grande dupe du monde en tout genre. Aussi passait-il sa vie dans le fond de son cabinet, mangeait seul, fuyait le monde, allait seul à la chasse, et de cette vie sauvage s'en faisait un vrai mérite auprès du roi, qu'il voyait tous les jours en toutes les heures particulièies ; enfin, suprêmement h\pori-ile, à la grand'messe , aux vèi)res, au salut foules les iétes et dimanches avec apparat. 11 était le
(•(L'ui", l'àiiio, ri)raclc de Mihl' ilc 3iaiiilciiuii, de la(|ucllc il faisait tout ce qu'il voulait, et qui ne sonjzeail qu'à tout ee (jui lui pouvait ùtre le plus agréable et le plus avantageux , aux dépens de quoi que ce pût être.
M. du M;iiiie ne sei'\it qu'une fois, et ce fut sous le maréchal de Villeroy au siège de Nanmr. M. de Vaudeniont, qui commandait un corps d'armée séparé, s'était avancé conq)lant d'être soutenu par y\. du Maine dont les troupes étaient situées sur ses derrièi'es. iM. de Villeroy manda, dès (pi'il fut jour, à M. (lu Maine, de commencer l'aciion. Im[)atient de ne ])()iiil entendre l'effet de cet ordre, il dépêche de nouveau à M. du Maine, et redouble cuki ou six fois. M. du Maine vonhil d'abord reconnaître, puis se confesser, après niellie son jiile en ordre qui y était d('j)uis long:tem[)S et qui pétillait d'entier en action. I^'lldant tous ces délais, Vandcniont marchait le plus diligemment (pie la })récaulion le lui jjouvait permettie. Les ofliciers généraux de noire ^^*mche s(î récriaient. Montrevel, lieutenant général le plus ancien d'eux, ne pouvant plus souffrir ce (pi'il \()\ait . i)ressa M. dn Maine, Ini remontra rinsUmce des ordies réitérés (pi'il recevait du maréchal d«* Villeroy, la vi( loiie Iik ile et suie, et l'imporlarwe pour sa gloire, p(»in- le succès de Nannu", pnnr le ^nand li uil (jn'il s'en d(!vait attendre de l'eflroi et de la nudité des Pays-Bas a|)rès la dé-
loutc de Iti seule armée qui les pouvait défendre. Il se jeta à ses mains, il ne put l'etenir ses larmes, rien ne fut refusé ni réfuté, mais tout fut inutile. M. du 3Iaine balbutiait, et fit si bien que l'occasion écliappa, et que M. de Vaudemont en fut quitte pour le plus grand péril qu'une armée pût courir d'être entièrement défaite, si son ennemi, qui la voyait et la comptait bonnne par lionnnc, eût fait le moindre mouvement pour l'attaquer.
Toute notre armée était au désespoir, et i)ersonne ne se contraignait de dire ce que la colère, l'ardeur et l'évidence suggéraient. Jusqu'aux soldats et aux cavaliers montraient leur rage sans se méprendre; en un mot, ofiiciers et soldats, tous furent plus outrés que surpris. Tout ce que put faire le marécbal de Villeroy fut de débander trois l'égimenls de dragons, menés par Artagnan, marécbal de cauip, sur leur arrière -garde, qui [)rirent quelques drapeaux et mirent quelque désordre dans les troui)es qui faisaient l'arrière-garde de tout.
Le marécbal de Villeroy, plus outré que persoime, était trop bon courtisan pour s'excuser sur autrui. Content du témoignage de toute son armée et de ce que toute son armée n'avait que trop vu et senti, et des clameurs dont elle ne s'était pas teiuie, il dépêcha un de ses gentilsbonunes au roi, à (pii 11 manda (pie la diligence dont Vaudemont ■<ii i
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UN ail usé dans sa icliailc l'avail sauvé de ses espélaïuTs qu'il avail crues eeilaines, et sans entrer en aueun délail, se livra à loul ce qui pourrait lui en arriver. Le roi, qui depuis vingt -(luatre heures les comptait toutes dans l'attente de la nouvelle si décisive d'une victoire, fut bien surpris quand il ne vit (pie ce gentillionnne, au lieu d'un lionnne distingué, et bien touché quand il apprit la tranquillilé de celle journée. La cour en suspens, qui pour son lils, qui pour son mari, (jui })our son Irére, demeura dans l'étonnement, cl les amis du maréchal de Villeroy dans le dernier (Mubarras. Un conq)tc si généial et si court, rendu d'un événement si considéiable et si imminent, réduit à rien, tint le roi en iiupiiétude; il se contint en attendant un éclaircissement du temps. 11 avait soin de se l'aire lire loule8 les gazettes de la Hollande. Dans la j)reniicre (pii paiMit, il lut une grosse action à la gauche, «h's louanges excessives de la valem* de M. du Maine, (pie ses blessures avaient arrêté Ut succès et sauvé >L de VaudeuionI, et (jiie M. (hi Maine avait été emporté sui- im brancard. (]elle raillerie labideuse pi(pia le loi, mais il le lut l)ien (Javanlage de la gazelle suivante (pii se rétracta du combat (pi'elle avait racoiilé, et ajouta (pie M. du .Maine n'avait pas même été blessé. Tout cela, joint au silence qui avait régné depuis cette jounu'c, et ou compte hi succini l que )r maréchal de VjIIcion
lui cil avait rendu, et sans clierclier aucune excuse, donna au roi des soupçons qui l'agitèrent.
La Vienne, baigneur à Paris, fort à la mode, était devenu le sien du temps de ses amours. Il lui avait plu par des drogues qui l'avaient mis en état plus d'une fois de se satisfaire davantage, et ce chemin l'avait conduit à devenir un des quatre premiers valets de chambre. C'était un fort honnête homme , mais rustre , brutal et franc ; et cette franchise , dans un homme d'ailleurs vrai , avait accoutumé le roi à lui demander ce qu'il n'espérait pas pouvoir tirer d'ailleurs quand c'étaient des choses qui ne passaient point sa portée. Tout cela conduisit jusqu'à un voyage de Marly, et ce fut là où il questionna La Vienne. Celui-ci montra son en> barras, parce que, dans la surprise, il n'eut pas la présence d'esprit de le cacher. Cet embarras redoubla la curiosité du roi et enfin ses commandements. La Vienne n'osa pousser plus loin la résistiuice ; il apprit au roi ce qu'il eût voulu pouvoir ignorer toute sa vie , et qui le mit au désespoir. Il n'avait eu tant d'embarras, tant d'envie, tant de joie de mettre M. de Vendôme à la tète d'une armée que pour y porter M. du Maine. Toute son ai)plication était d'en abréger les moyens en se débarrassant des princes du sang par leur concurrence cnti'e eux. Le comte de Toulouse, étant amiral, avait sa destination toute faite. C'était donc pour
M. (lu yhùiw i\uvU\\cn[ Ions ses soins. Eu ce iiionienl il U's vit êehouer, et la douleur lui eu l'ut insupporiahle. II sentit i)our ee elier lils tout le i)oi(ls (lu speelaele de son année, el des railleries que les gazettes lui ap[)renaient qu'en faisaient les étiangers, et son dépit en lui ineoneevable.
Ce prinee, si éiral à l'extérieur et si lujuire de ses moindres niouvenienls dans les événeineids les plus sensibles, sueeoniba sous celte unique occasion. Sortant de table, de Marly, avec toutes les dames, et eu présence de tous les conrtisaus, il aperçut un \al<'t du serdean qui, en desservant le IVuit, uiil uu biscuil dans sa pocbe. Dans l'inslaut, il oublie toute sa diiiiiilé, et sa canne à la main, (pi'on venait de lui l'eudre avec son cliapeau, coiul sur ce valet (pii uc s'allendail à lieu luoius, ni pas un de ceu\ (ju'il sépara sur son passa;,^, le frappe, l'injurie rt lui casse sa canne sur le corps; à la vérité, elle était de roseau et ne résista f'uère. De lî, le tronçon à la main et l'air d'un bouuuc qui ne se ]K)Sséd;ut plus, et continuant à injuiier ce, valet qui était déjà bien loin, il traversa ce petit salon et une aiiliclianibre, et entra cbez Mme de Mainleiion où il lut près d'ime beure, comme il fais^iit souvent à .Marh api-ès diuer. Sortant de la j)ou!' repasser cbez lui, il lrnu\;i le père de La (>baise. Dès qu'il l'aperçut jiai uii les comlisans : « Mon |iL're, lui dit-il fort baut, j'ai bii-u battu un co(juiii
ET SA COUR. d33
et lui ai cassé ma canne sur le dos ; mais je ne crois pas avoir offensé Dieu. » Et tout de suite lui raconta le prétendu crime. Tout ce qui était là tremblait encore de ce qu'il avait vu ou entendu; la frayeur des spectateurs redoubla à celte reprise; les plus familiers bourdonnèrent contre ce valet; et le pauvre père fit semblant d'approuver entre ses dents pour ne pas irriter davantage, et devant tout le monde. On peut juger si ce fut la nouvelle, et la terreur qu'elle imprima, parce que personne n'en put alors deviner la cause, et que cbacun comprenait aisément que celle qui avait paru ne pouvait être la véritable. Enfin tout vint à se découvrir; et peu à peu et d'un ami à l'autre, on apprit enfin que La Vienne, forcé par le roi, avait été cause d'une aventure si singulière et si indécente.
Pour n'en pas faire à deux fois, ajoutons ici le mot de 31. d'Elbœuf, tout courtisan qu'il était. Le vol que les bâtards avaient pris lui tenait fort au cœur. Comme la -campagne était à son déclin et les princes sur leur départ, il pria M. du Maine, et devant tout le monde, de lui dire où il couiplait de servir la campagne suivante, parce que, où que ce fût, il y voulait servir aussi. Et après s'être fait presser pour savoir pourquoi, il répondit que « c'est qu'avec lui on était assuré de sa vie. » Ce trait accablant et sans détoiu- 11! un
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jirraïKl l)ruit. M. du Maine baissa les yeux el n'osa répondre mw parole; sans doute qu'il la lui garda l)onne; mais M. d'Elbonif, fort bien avec le roi, el par hii el par les siens, élait d'ailleurs en silualion de ne s'en.soueier {^uère. Plus le roi fut ouiré de eetle av(»nlure, qui influa tanl sur ses allaii-es, mais que le personnel lui rendit inlinimenl plus sensible, [)lus il sut de gré au maréclial de Villeroy, el plus encore Mme de Maintenou augmenla d'amilié poui' lui. Sa laveur devint depuis éelatanic, la jalousie* d(î loul ce (pii était le nii('ii\ liailé du roi, el la d'ainle même des ministres.
Mme la Diuhesse et Mme la duchesse d'Orléans, lilles de Mme de Monlcspan.
Mme la Duebesse, l'aînée des lilles du roi et d(» -Mme de Monlcspan, aNJiit en M. le Duc' un mari jalouv, brutal, fai-oucbc, d'ime liumenr insupportable v[ féroce, (pie le désii' de coimnander des armées el toujours la ( lainle du roi avaient retcfui à son égard. Dans un(! laille conircfaile, mais (pii s'apercevait peu, sa li-iire était lormée jiar les plus tendres amours, cl son esprit était fait pour
1. I^oiiis III dcnoiirhon, dur iVKni;U\oj\ et prince de Condë , connu M)U5 le nom tW. M. le Duc, pflit-fils du «r.jii(l Condé, et p/Tc dti premier ministre do Louis \V.
se jouer d'eux à son gré sans en être dominé. Tout amusement semblait le sien; aisée avec tout le monde , elle avait l'art de mettre chacun à son aise ; rien en elle qui n'allât naturellement à plaire, avec mie grâce non pareille jusque dans ses moindres actions, avec un esprit tout aussi naturel , qui avait mille charmes. >î'aimant personne , connue pour telle, on ne se pouvait défendre de la rechercher ni de se persuader jusqu'aux personnes qui lui étaient les plus étrangères , d'avoir réussi auprès d'elle. Les gens même qui avaient plus lieu de la craindre, elle les enchaînait, et ceux qui avaient le plus de raisons de la haïr avaient besoin de se le rappeler souvent, pour résister à ses charmes. Jamais la moindre humeur, en aucun temps; enjouée, gaie , plaisante avec le sel le phis fin, invulnérable aux surprises et aux contretemps , libre dans les moments les plus inquiets et les plus contraints, elle avait passé sa jeunesse dans le hùvole et dans les plaisirs qui, en tout genre et toutes les fois qu'elle le put, allèrent à la débauche. Avec ces qualités, beaucoup d'esprit, de sens pour la cabale et les affaires , avec une souplesse qui ne lui coûtait rien ; mais peu de conduite pour les choses de long cours, méprisante, moqueuse, piquante, incapable d'amitié et fort capable de haine, et alors méchante, lière, implacable, féconde en artifices noirs et en chansons
\M) LOriS XIV
k's plus iruollcs dont elle alliihlait «iaicincnl los personnes (]irelle seinhlail aimer et (jui passaient leur Nie a\('c elle, (détail la sirène des poi'les, (jui en a\ait tons les eliai'nies el les |)érils; avec l'âge, ranil)ili()n élail \enue, mais sans (pnller le goût des jdaisirs, el ce frivole lui servit longtemps à niasipiei" le solide.
Mme la duchesse d'Oi-léans^ (Mail une autre sorte de persoime. Klle él.iil grande et de tous points majestueuse; le teint, la gorge, les l)rasadinira])les, les \en\ aus>i; la houclie assez bien avec de belles dents, un peu longues; des joues troj) larges et ti'op i)endantes (pii la gàtai(Mil , mais rpu n'emjircliaienl pas la beauté, (le (jui la déparait le jilus étaient les places de s(^s somcils (|Ui étaient connue pelés et rouges, a\('c Cor! peu de poils; de belles |)aupièi'es et des cbeveu\ châtains bien plantés. Sans être bossue ni contrefaite, elle a\ait ii\i côté plus gi'os (pie l'aulre, une niaiche de C(Mé, cl cette conlraiult- i\r taille en annonçait une auli'e (pii était pln> incommode dans la société, et (pii la gênait elle-même. IJIe n'aNail pas moins d'esprit (pie .M. 1( duc d'Oiléans, et de plus (pie lui mie grainb' suite dans l'esprit ; a\ec cela une éloipieiice naturelle, un(.' ju>tesse d'expression, une singula-
<. Klle avait (^'pouM^ le dur di- Cli.-irlr)s , (|ni prit !<; iioiii de duc d'Orléans <i la mort iW. sou prrc .MunslLM.r), et fut rOgciil du royaume.
rite dans le choix des termes qui coulait de source et qui surprenait toujours, avec ce tour particulier à Mme de 3Iontespan et à ses sœurs , et qui n'a passé qu'aux personnes de sa familiarité ou qu'elle avait élevées. 3Iine la duchesse d'Orléans disait tout ce quelle voulait et comme elle le voulait, avec force, délicatesse et agrément; elle disait même jusqu'à ce qu'elle ne disait pas, et faisait tout entendre selon la mesure et la précision qu'elle y voulait mettre ; mais elle avait un parler gras si lent, si emharrassé , si difticile aux oreilles qui n'y étaient pas fort accoutumées, que ce défjiut, qu'elle ne paraissait pourtant pas trouver tel , déparait ex trèjuement ce qu'elle disait.
La mesure et toute espèce de décence et dehienséance étaient chez elle dans leur centre , et la |)lus exquise superhe dans son trône. On sera étonné de ce que je vais dire, et toutefois rien n'est plus exactement véritahle : c'est qu'au fond de son àme elle croyait avoir fort honoré M. le duc d'Orléans en l'épousant. Il lui en échappait des h'aits fort souvent qui s'énonçaient dans leur imperceptihle. Elle avait trop d'espi-it pour ne pas -entir que cela n'eût pu se supporter, trop d'orgueil aussi pour l'étoufler; impitoyahle avec cela jusqu'avec ses frères sur le rang qu'elle axait épousé, et petite-fdle de France juscjue sur sa rhaise percée. M. le duc d'Orléans, qui en liait
soiivrnt, Tappolail Mino Luoilor en parlant à Hl(\ c\ rWc coiivcMiail cpic vc nom ne lui (l(''plaisait pas. Kilo ne sonlail ])as moins tous les avanl.i'ics et toules les dislinclions que son mariage avait ^alus à M. le duc d'Orléans à la mort de Monsieui'; et SCS déplaisirs de la conduile de M. le due d'Orléans avec elle, où toutefois l'air extérieur était demeuré convenabl(% ne venaient point de jalousie, mais (lu dépit de n'en c\iv pas adorée et servi(i comme une divinité, sans ({ue de sa part clic eût M)ulu taire un seul pas vei's hii , ni (pioi ([ue eo fût (pii i)ùl lui plaire et l'attaelicr, ni se contraindre en (pioi (pie ce soit (jui le pouvait éloigner, et qu'elle von ait distinctement (pii l'éloignait. Jamais de sa j)arl en aiicnn temps rien d'aceueillant , de prévenant i)Our lui , de lamiliei", de cette lii)erté d'une fenune (]ui \il hieii avec son mari , et toujoui's recevant ses avances avec froid, et une sorte de supériorité de grandeur, et c'est une des choses qui avaient le plus éteigne M. le duc d'Orléans d'elle.
La tunidilé de Mme la dueiiesse d'Oiléaiis était en même lenq)S e\ti*èine. Le loi l'eût fait trouver mal d'un >eul ic;:.H(1 un peu sé\('re, et Aime de Mainlenon peut-être aussi; du moins treml)lail-(;lle devant elle, et sur les choses les plus communes, et en |)uhlic elle ne leur répondait jamais (pTeii ))all)utiaiit et 1,1 frayeur sur le visage, .le dis répon-
dait, car de prendre la parole avec le roi surtout, cela était plus fort qu'elle. Sa vie au reste était fort languissante dans une très-ferme santé; solitude et lecture jusqu'au dîner ; ouvrage le reste de la journée ; et du monde depuis cinq heures du soir qui n'y trouvait ni amusement ni liberté, parce qu'elle n'a jamais su mettre personne à son aise. Ses deux frères furent tour à tour ses favoris. Lorsque je commençai à la voir, le favori était son petit frère. C'est ainsi que par amitié et âge elle appelait le comte de Toulouse. Il la voyait tous les jours avec la compagnie , assez souvent seul dans son cabinet avec elle. M. du Maine, ce n'était alors que par visites peu fréquentes, et encore moins avec la compagnie. Ses vues l'en rapprochèrent après le mariage de M. le duc de Berry; et depuis la mort de ce prince, il la ménageait, mais pour s'en faire ménager, et de M. le duc d'Orléans par elle , avec un manège merveilleux.
Il arriva à Marly, aux trois sœurs , une aventure qu'il faut raconter, car elle caractérise. Le roi et Monseigneur y tenaient chacun une table à même heure et en môme pièce, soir et matin; les dames s'y partageaient sans affectation, sinon que Mme la princesse de Conti était toujours à celle de Monseigneur, et ses deux autres sœurs toujours à celle (kl roi. Il v avait dans un coin de l;i nième pièce
140 LOLIS XIV
ciiKf ou six coiivorl:; où, sans afrcciation aussi, se inctlaicnl lanUM les unes , lanliM los aulirs, luais (pii ir^laiiMit tcMins par pcisoniic. Celle du roi élail plus proflio (lu ^laud salon, raulr(^ plus voisine des feiiMrcs c\ de la })orle par où, (mi sortant de dîner, le roi allait chez Mme de iMaintcnon , (jui alors dînait souvent à la tal)U» du roi, se luellait vis-à-vis de lui, les tables élaient rondes, ne nianfreait jamais (pTù eelle-là, et soupait toujours seule cliez elle. l*our e\[)li(juer le lail, il fallait mettre ce tableau an net.
Les princesses n'étaient que très- légèrement cnseml)le, et Mme la pi'inccssc de Conti inléiieuremenl de (oi-l uiau\aise luuueui' du goùl de Monsei;j:neur [)0ur lii Clioin, ipTelle ne pouvait i^norei", et dont elle n'osait domier aucun signe. A un dîner juMidiinl le(piel Monseigneur était à la chasse, et où sa lahle élail tenue pai' Mme la princesse de Conli, le roi s'amusa à hadinei" a\('e Mme la Ducln^sse, et siirlil de eeUe gia\ilé (pi'il ne (piillail jamais, pour, el à la surpi'ise de la compagnie, jouer avec elle aux olives. (]ela fil boire (piebpies coups à Mme la Ducbesse; le roi fit sendilant d'en boii'c un ou deux, el cet anuisement dura jiisipranv IViiils el à la sortie de tablr. Le roi, |)assant devant Mme la prineesse de (>)nti pour alln- cliez Mme de Maiiileiion , cbo(jué peut-être du séiiciix (pi'il lui rcmar- (jua , lui dit assez sècliemenl «pic sa gra\ilé ne
ET SA COUR. m
s'accoiiuiiodait pas de leur iM-ogncrie. La princesse piquée laissa passer le roi, puis se tournant à Mme de Chàtillon, dans ce moment de chaos où chacun se lavait la houche, lui dit qu'elle aimait mieux être grave que sac à vin, entendant quelques repas un peu allongés que ses sœurs avaient faits depuis peu ensemhle. Ce mot fut entendu de Urne la duchesse de Chartres , qui répondit assez haut, de sa voix lente et tremhlante, (pi' elle aimait mieux être sac à vin ((ue sac à guenilles : par où elle entendait Clermont et des ofliciers des gardes du corps (jui avaient été , les uns chassés , les autres éloignés à cause d'elle. Ce mot fut si cruel qu'il ne reçut point de repartie, et qu'il courut sur-le-champ par Marly , de là par Paris et partout. Mme la Duchesse , qui avait hien de la grâce et de l'esprit à l'art des chansons salées, en lit d'étranges sur ce même ton. Mme la princesse de Conti au désespoir, et qui n'avait pas les ir.èmes armes, ne sut ([ue devenir. Monsieur, le l'oi des tracasseries, entra dans celle-ci qu'il trouva de part et d'autre trop forte. Monseigneur s'en mêla aussi; il leur donna un dîner à Meudon, où Mme la princesse de Conti alla seule et y arriva la première; les deux autres y furent menées par jlousieur. Elles se parlèrent peu, tout fut aride, et elles revinrent de tout point connue elles étaient allées.
li-i LOl'lS \|\
La lin (le ci'Uo aiiiiéo lïil orai^cusc à Mai'l\. Mme la (luchossc de Chartres et Mme la Diiehesse, liliis lalliées jiar l'aversion de Mine la princesse de Conli , se mirent au voyajie suivant à un repas rompu, ai)rès le coucher du roi, dans la chamhre de Mme de Chartres au château; Monseigneur joua laiil dans le salon. En se retirant chez lui, il monta chez ces princesses, et les trouva qui fumaient avec des pipes qu'elles avaient envoyé chercher au corps de garde suisse. Monsei'iiieur, qui eu \il les suites si cette odeur {^ajiiiail, leur lit quitter cet exercice: mais la luuiée les avait liaiiies. Le roi leur lit le leudeiii.iiii une rude euriccliou, dont Mme la princesse de Conti tri()nq)ha. Cependant ces hrouilleries se multiplièreni, el le roi, (pii a\ail espéré (jn'elles tiniraienl (relles-mémes, s'en ennuya ; et un soir à Versailles (prelles étaient dans son cahinet après son souper, il leur en parla Irés-loi'temenl,el conclut pai'les assurer (pie s'il en entendait parler davanla;^(', elles a\aient chacune des maisons (!(* campagne où il les en\errail |)()ur longlemps, el où il les trouverait foil hien. La meiiac(; eut son ctTet, el le calme et la hiensc'aiK <■ re\inrent el sup- ))iéèrent ù l'amitié.
Lufants dti roi , non reconnus.
Le roi ni de LaUn^'iï^'» ciipiliiiu»' «le cavalerie, un nicslrc de camp par commisbion, grâce (pi'il se lit
ET SA COUR. d43
demander par M. de Vendôme et qui n'a guèi'e mené cet officier plus loin. Ce La Queue, seigneur du lieu dont il portait le nom, à six lieues de Versailles et autant de Dreux , était un gentilhomme tort simple et assez médiocrement accommodé, qui avait épousé une fille que le roi avait eue d'une jardinière. Bontemps, l'homme de confiance du roi pour ses secrets domestiques , avait fait ce mariage et stipulé sans déclarer aucun père ni mère , que La Queue savait à l'oreille et s'en promettait une fortune. Sa femme fut confinée à la Queue, et ressemhlait fort au roi. Elle était grande, et pour son malheur elle savait qui elle était, et enviait fort ses trois sœurs reconnues et si grandement mariées. Son mari et elle vécurent fort Jjien enscmhle et eurent plusieurs enfants demeurés dans l'obscu^ rite. Ce gendre ne paraissait presque jamais à la cour, et comme le plus simple officier et le moins lecueilli dans la foule , à qui Bontemps ne laissait pas de donner de temps en temps de fargent. La femme vécut vingt ans tristement dans son village, sans pres({ue voir personne, de peur que ce qu'elle était se divulguât , et mourut sans en être sortie. On fut étonné, à Fontainebleau, qu'à peine la princesse, qui était destinée à 3Igr le duc de Bouigogue, y fut arrivée , 3hne de Maintenon la lit aller à un petit couvent borgne de Moret où le lieu ne pouvait l'amuseï', ni aucune des religieuses
Ui lOlis \l\
dont il n\ en avail i)as une de coimiio. Klli' \ ic-
louriia plusiours l'ois pciulaiil le voya^io , cl cela
ivvcilla la ciiiiosilô cl los hruils. Mme de Maiide-
iiun \ allait souvent de Fontainebleau, et à la lin
on s'y était accoutumé. Dans ce couvent était [)i'()-
lesse une Mauresse inconnue à tout le monde, et
(lii'oji ne monti"ait à [xM'somie. lionlemps, [)remiei'
valet de cliand)re et {gouverneur de Versailles, dont
j'ai parlé, par ipii les choses du secret d()mesli(pie
du i-oi jiassaieid de tout temps, V\ iwiùi mise
toute jeune , avail |)a\é mie dot (|ui ne se disait
point, et de plus conlimiail une grosse pension
tous les ans. 11 jn-enail exaclement soin (pTelle efd
son nécessaire, et loul ce (pii peut })asser pour
abondance à une leli^ieuse, cl (jne loid ce (ju'elle
pouvait désii'er de toute esi)èce de douceui's lui l'ùt
lourni. La leiic irine \ allait souvent de Fonlaiiie-
lilcaii, rt picnail ^raiid soin du bien-être du cou-
\enl, cl Mme de Mainlenon apirs elle. Ni l'nne ni
l'auti'cî ne prenaient pas un soin direct de cette
Mauresse ipn put se icmaifpicr, mius elles n'\
étaient |)as moins alleidi\cs. Klles ne la vo\aient
pas toutes les lois (jM'ellcs \ allaient, mais souNcid
pourtant, cl avec inic i^rande alleidion à sa saidé ,
à sa (Mincluite et a celle de la supéiiemc à son
C%ii\'i\. Monseigneur y a été (pichpielois, et les
princes, ses cnl'anls, nue ou deux loi>, et toii> ont
demandé et vu la .Mauresse avec honte. Kllc était
là avec plus de considération que la personne la plus connue et la plus distinguée, et se prévalait fort des soins qu'on prenait d'elle et du mystère qu'on en faisait; et, quoiqu'elle vécût régulièrement, on s'apercevait bien que la vocation avait été aidée. Il lui échappa une fois , entendant Monseigneur chasser dans la forêt, de dire négligemment : « C'est mon frère qui chasse. » On prétendait qu'elle était fille du roi et de la reine ; que sa couleur l'avait fait cacher et disparaître, et publier que la reine avait fait une fausse couche, et beaucoup de gens de la cour en étaient persuadés. Quoi qu'il en soit, la chose est demeurée une énigme.
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