I. Ijc duc de Savoie
sait à fond notre cour, la lui avait peinte, et lui avait appris la manière unique de s'y rendre heureuse. Beaucoup d'esprit naturel et facile l'y seconda, et beaucoup de qualités aimables lui attachèrent les cœurs, tandis que sa situation personnelle avec son époux, avec le roi, avec Mme de 3Iaintenon lui attirèrent les hommages de l'ambition. Elle avait su travailler à s'y mettre dès les premiers moments de son arrivée ; elle ne cessa tant qu'elle vécut de continuer un travail si utile , et dont elle recueillit sans cesse tous les fruits. Douce, timide, mais adroite, bonne jusqu'à craindre de faire la moindre peine à personne, et, toute légère et vive qu'elle était, très-capable de vues et de suites de la plus longue haleine, la contrainte jusqu'à la gêne, dont elle sentait tout le poids, semblait ne lui rien coûter. La complaisance lui était naturelle, coulait de source ; elle en avait jusque pour sa cour.
Régulièrement laide, les joues pendantes, le front trop avancé, un nez qui ne disait rien, de grosses lèvres mordantes, des cheveux et des sourcils châtains bruns fort bien plantés , des yeux les plus parlants et les plus beaux- du monde, peu de dents et toutes pourries dont elle parlait et se moquait la première , le plus beau teint et la ])his belle peau, peu de gorge mais aduiirable, le cou long avec un sou|)Çon de goitre qui ne lui se\ait l)ointinal, un jjort de tète galant, gracieux, ma-
)!):> LOriS MV
jcsUioiix c\ \c roiiarcl de nirmc, \c sourire lo plus oxjjivssir, iiiK* liilllc lonuiic, loiidc, iiKMUie, aisée, jKifr.iikMiient coupée, une uiarcpio de déesse sur les joues; elle plais.iil au dcM'nier poiul. Les grâces naissaieul d'elles-uiéuies de tous ses pas, de toutes ses luauières et (1(^ ses discours les plus couuuuus. lii air siuiple el ualui-el toujours, uaïf assez sou- Neul, mais îissaisouué d'esprit, clmnuait, avec cette aisaure cpii était eu elle, juscjuà la couuuuuiqiiei' à tout ce (pii ra[)procliait.
Elle voulait plaire uièuie aux personnes les plus
inutiles et les plus médiocres, sans qu'elle parut le
recherchei'. Ou était leiilé de la croire toute et uiii-
(piemeut à celles avec (|ni elle se trouvait. Sa {gaieté
jeuue, \ive, active, auiinail tout, et sa léjJièreté de
liMoplic la portait partout coiuuie un tourbillon
(pii n'ui|)lit plusieurs lieux à la lois, et (jui y douu(i
le niouvcmcnl d la \u\ Klle ornait tous les spec-
l;icles, était l'àme des létes, des plaisirs, des hais,
el ) ravissait par les grâces, la justesse et la per-
leclion de sa danse;. Elle aimait le jeu, s'annisait
au petit jeu , car tout r.'mmsait; elle [jréleiail le
gros, y était ntaie, exacte, la plus belle joueuse du
monde, «t eu un iustîuil Taisait le jeu de chacun;
ép:ahMjicnl ;iaic et anuisée à l'aire les après-dluées
des lectures sérieuses, à converser dessus, et àtra-
>ajller avec s<*s dames séi-ieuses ; on appelait ainsi
ses dames (hi palais les plus A;:ées. Elle n'épargua
rien jusqu'à sa santé, elle n'oublia pas jusqu'aux plus petites choses, et sans cesse, pour gagner Mme de Maintenon, et le roi par elle. Sa souplesse, à leur égard, était sans pareille et ne se démentit jamais d'un moment. Elle l'accompagnait de toute la discrétion que lui donnait la connaissance d'eux, que l'étude et l'expérience lui avait acquise, pour les degrés d'enjouement ou de mesure qui étaient à propos. Son plaisir, ses agréments, je le répète , sa santé même, tout leur fut immolé. Par cette voie elle s'acquit une familiarité avec eux, dont aucun des enfants du roi, non pas même ses bâtards, n'avait pu approcher.
En public sérieuse; mesurée, respectueuse avec le roi, et en timide bienséance avec Mme de Maintenon, qu'elle n'appelait jamais que ???affm^e, pour confondre joliment le rang et l'amitié: en particulier, causante, sautante, volligeanle autour d'eux, tantôt perchée sur le bras du fauteuil de l'un ou de l'autre, tantôt se jouant sur leurs genoux, elle leur sautait au cou, les embrassait, les baisait, les caressait, les chiffonnait, leur tirait le dessous du menton, les tourmentait, fouillait leurs tables, leurs papiers, leurs lettres, les décachetait, les lisait quelquefois malgré eux, selon qu'ehe les voyait en humeur d'en rire , et parlant quelquefois dessus. Admise à tout, à la réception des courriers qui a|)portaient les nouvelles les plus importantes, en-
trant «liez le l'oi à loiilo liriiro, inèiuo des iiioinoiils poiulanl le conseil, utile el lUlale aux ministres mêmes, nîais toujours portée à oblifJicT, à servir, à excuser, à bien l'aire, à moins qu'elle ne lui Niolemmenl poussée contre quelqu'un. Si libre, qu'entendant un soir le roi el Mme de iMainlenoii parler d\cc alîcctation de la cour d'Angleterre dans les connnencemenls qu'on espéra la })ai\ par la reine Amie : «« Ma tante, se mit-elle à dire, il faut convenir (ju'eii Anj^leterrc les reines gouvernent mieux (pie les rois, et savez-vous bien pourquoi, ma tante? » et toujours courant et gambadant : « C'est que sons les rois ce sont les l'eunnes qui gouvernent, et ce sont les bonnnes sous les reines. » I/admiiable est qu'ils en rirent tous deux et (puis trouvèrent ([u'elle avait raison.
Je n'oserais jamais écrire dans des iMémoires sérieux le trait que je vais rappoi'ler, s'il ne servait plus qu'aucun à montrei- jus(ju'à cpiel point ell(! était parverme d'oser loul dire et tout Wniv. iwcr eux. J'ai décrit ailleuis l;i position oi'dinaii'c où le roi ci Mme de Mainlcuoii élairnl «lie/ elle, l'n soir (ju'il V avait comédie à Versailles , la princesse, apirs avoir bien parlé toutes soi'tes de iaiigîiges, Nil entrer Nanon , cette aneicmie Iciiime de cbaudire de Mme de Maint<Mion, dont J'ai lait mention plusieurs |(HS, et aussitôt s'alla mellic, loul eu ^laud li.iltil connue elle él.nl el p.iij'e, le dos à la cliemin(''e ,
debout , appuyée sur le petit paravent entre les deux tables. Nanon, qui avait une main comme dans sa poche, passa derrière elle, et se mit comme à genoux. Le roi, qui en était le plus proche, s'en aperçut et demanda ce qu'elles faisaient là. La princesse se mit à rire , et répondit qu'elle faisait ce qu'il lui arrivait souvent de faire les jours de comédie. Le roi insista. « Youlez-vous le savoir, reprit-elle, puisque vous ne l'avez point encore remarqué. C'est que je prends un lavement d'eau. — Comment, s'écria le roi mourant de rire, actuellement, là, vous prenez un lavement? — Hé vraiment oui , dit-elle. — Et comment faites-vous cela ? w Et les voilà tous quatre à rire de tout leur cœur. Nanon apportait la seringue toute prèle sous ses jupes, troussait celles de la princesse qui les tenait comme en se chauffant, et Nanon lui glissait le clystère. Les jupes retombaient, et Nanon remportait sa seringue sous les siennes; il n'y paraissait pas ; ils n'y avaient pas pris g-arde , ou avaient cru que Nanon rajustait quelque chose à l'habillement. La surprise fut extrême, et tous deux trouvèrent cela fort plaisant. Le rare est qu'elle allait avec ce lavement à la comédie sans être pressée de le rendre, (]uelquefois même elle ne le rendait qu'après le souper du roi et le cabinet; elle disait que cela la rafraîchissait, et empêchait que l'étouffement du lieu de la comédie ne lui fit mal à la tête. Depuis
la drrouvcrlo ollo ne s'en contraignit pas plus (luaiiparavant. Elle les connaissait en pciicdion, cl ne laissait pas de voirai de sentir ce que c'ct;nl (pie Mme de M;iintenon et Mlle Clioin.
Un soir qu'allant se mettre au lit, où Mgr le duc de Bourgogne l'attendait , et qu'elle causait sur sa chaise percée avec Mme de Nogaret et du Cliastclet (pii me le contenait le lendemain, et c'était là où elle s'ouvrait le plus volontiers, elle leur ])arla avec admiration de la (ortune de ces deux fées, puis ajouta en riant : « Je voudrais mourir avant M. le duc de Bourgogne, mais voir pourtant ici ce qui s'y passerait; je suis sûre qu'il épouserait une sœur grise ou unetourière des filles Sainte- Marie. » Aussi attentive à plaire à Mgr le duc de Bourgogne qu'.au roi même, quoi(ju(^ souvent trop hasardeuse, et se fiant trop à sa passion pour elle et au silence de toutcf^ qui pouvait l'approcher, elle prenait l'intérêt le plus vif en sa grandeur persoimelle et en sa gloire. Le roi ne se pouvait passer d'elle. Tout lui manquait dans l'intérieur lors(iue des parties de plaisir (pic la tciidi'essc et la considération du roi poni- clic vonliiicnt souvent qu'elle ru pour la divertir, rcmpcchaicnt d'être avec lui; et jusqu'à son souper puMic, (piand rarement elle y manquait, il y paraissait par un image de plus de sérieux et de silence sur toute la personne du roi. Aussi , quehpie goût (|u'elle eût pour ces sortes
(le parties, elle y ét<ait fort sobre, et se les faisait toujours commander. Elle avait grand soin de voir le roi en partant et en arrivant; et si quelque bal en hiver, ou quelque partie en été lui faisait passer la nuit, elle ajustait si bien les choses qu'elle allait embrasser le roi dès qu'il était éveillé, et l'amuser du récit de la fête.
Un soir qu'à Fontainebleau, où toutes les dames des princesses étaient dans le même cabinet qu'elle et le roi après le souper, elle avait baragouiné toutes sortes de langues , et faisait cent enfances pour amuser le roi qui s'y plaisait, elle remarqua Mme la Duchesse et ]\Iine la princesse de Conti qui se regardaient , se faisaient signe et haussaient les épaules avec un air de mépris et de dédain. Le roi levé et passé à l'ordinaire dans un arrière-cabinet pour donner à manger à ses chiens, et venir après donner le bonsoir aux princesses, la Dauphhie prit Mme de Saint-Simon d'une main et Mme de Lési de l'autre, et leur montrant Mme la Duchesse et Mme la princesse de Conti qui n'étaient qu'à quelques pas de distance : « Avcz-vous vu, avez-vous vu? lem* dit-eUe; je sais qu'à tout ce que j'ai dit et fait, il n'y a pas le sens connnun, et que cela est misérable, mais il lui faut du bruit, et ces choseslà le divertissent, » et tout de suite s'appuyant sur leurs bras, elle se mit à sauter et à chantonner : « Hé je m'en ris! hé je me moque d'eUes! et je serai
leur iviiif, ci je n'ai (\\w l'airr d'elles ni à celle lieiire ni jamais, el elh^s auront à conii)ler avec moi, et je serai leur reine; >» sautant et s'élançanl el s'éjouissant de toute sa force. Ces dames lui criaient tout bas de se taiic», que ces princesses l'entendaient, et (iiie tout ce ((ui était là la voyait faire, et jus(|u'à lui diiv ([u'elle était folle, car d'elles elle ti-onvait tout hon ; elle de sauter plus fort et de chantomier plus haut : « Hé je nie moque d'elles! je n'ai (juc faire d'elles, et je serai leur j'eine, » et ne finit que lorsque le roi entra.
Hélas! elle le croyait, la charmante princesse, el qui ne l'eût cru avec elle? Il plut à Dieu ])our nos malheurs d'en disposer aulremeid hientùt après.
Avec elle s'écli|)sérent joie, plaisirs, amusements même, et toutes espèces de j^n'àces; les ténèhres couvrirent toute la surfjice de la cour; elle l'animait tout entière, elle en rern|)lissait tous les lieux à la fois, elle v occupai! tout, cl «Ile en pénétrait tout l'intérieur. Si la cour subsista après elle, ce ne fut plus que pour lan;:nii-. Jamais princesse si regrcllée, jamais il n'en In! si di;:iie de l'élre. Aussi les re;:rels n'eu ont-ils pu p.isscr, el l'amertuuKî involontaire et secrète en est constamment demeurée avec un vide alTrciix (pii n'a pu éli'e diminué'.
I. Lr dur (Jp KoiirgriKiio avait thwx fri'ios. L'un «JViix porta «rabord le nom dn dur d'Anjou et (]r\ini roi d'Kspa^tic xous le nom de Philippe V; l'autre était h: duc de llcrry, (ils favori do
Le Ycridredi 5 fémer, le duc de Noailles donna une fort belle boîte pleine d'excellent tabac d'Espagne à la Daupbine , qui en prit et le trouva fort bon. Ce fut vers la fin de la matinée ; en entrant dans son cabinet où personne n'entrait, elle mit cette boite sur la table et l'y laissa. Sur le soir la lièvre lui prit par frissons. Elle se mit au lit et ne put se lever, même pour aller dans le cabinet du roi , après le souper. Le samedi 6, la Daupbine, qui avait eu la fièvre toute la nuit , ne laissa pas de se lever à son heure ordinaire et de passer la journée à l'ordinaire, mais le soir, la fièvre la reprit. Elle continua médiocrement toute la nuit, et le diinancbe 7 octobre encore moins ; mais sur les six heures du soir, il lui prit tout à coup une douleur au-dessous de la tempe, qui ne s'étendait pas tant qu'une pièce de six sous, mais si violente qu'elle fit prier le roi qui la venait voir de ne point en-
Monseignciir. Il mourut sans enfants , peu de temps après le duc et la duchesse de Bourgogne. 11 avait épousé une lillc du duc d'Orléans, qui fut régciii pendant la minorité de Louis XV.
Le duc de Bourgogne laissait deux enfants en bas âge. L'aîné ne lui survécut que fort peu de temps. Le second , auquel on donna le nom de duc de Bretagne après la mort de son frère, fut depuis le roi Louis XV. La mort de Monseigneur, celle du duc et de la duchesse de Bourgogne, celle du petit duc de Bretagne et du duc de Berry furent attribuées au poison. Le roi d'Espagne n'hésita pas à accuser le duc d'Orléans. Saint-Simon, sans accuser expressément personne, laisse planer quelques soupçons sur le duc du Maine.
trcr. Colle sorle de rage de douleur dura sans relûc'he juscju'au lundi 8, et résista au tabac en l'umée et à mâcher, à quantilé d'oiiiuin et à deux saignées du Iji'as. La lièvre se nioulra davantage lorsque les douleurs furent un i)eu calmées; elle dit (ju elle avait plus soulfeit qu'en accouchant.
Un état si violent mit la chandjre en rumeur sui' la boite que le duc de Noaillcs lui avait donnée. En se mettant au lit le jour qu'elle l'avait reçaie et que la fièvre lui prit, qui élail le vendredi 5, elle en parla à ses dames, louant fort la boîle cl le tabac, [)uis dit à Mme de Lévi de la lui aller chercher dans son cabinet où elle la trouverait sur la lable. 3Ime de Lévi y lui, ne la trouva point; et pour le l'aire court, toute espèce de peniuisilious laites, jamais on ne la revit, depuis que la Dauphine l'eut laissée dans son cabinet sur celte table. Celle disparition avait paru fort extraordinaire dès le moment (pi'on s'en aperçut, juais les recherches iimliles qui contirmèrent à s'en faire, suivies d'accidents si étranges el si prompts, jetèrent les i)lus son*l)res soupçons, lis n'allèrent pas jusrpi'à celui qui avait donné la boite, ou ils lurent contenus avec une exactitude si générale cpi'ils ne l'alteignirent point. La rumeur s'en restreignit mènnî dans un cercle peu étendu. On espéiait toujours beaucoup d'une princesse adorée, <t à la \ie de iaipielle tenait la foilune diverse suivant les diveis
étais de ce qui composait ce petit cercle. Elle prenait du tabac à l'insu du roi, avec confiance, parce que Mme de Maintenon ne l'ignorait pas ; mais cela lui aurait fait une vraie affaire auprès de lui s'il l'avait découvert; et c'est ce qu'on craignit en divulguant la singularité de la perte de cette boîte. La Daupliine mourut à Versailles, le vendredi 12 février, entre huit et neuf heures du soir. J'étais retiré dans ma chambre, pénétré de cette perte; l'archevêque de Reims, qui entrait chez moi à toute heure, y arriva et me trouva seul. Il était affligé, comme il n'était personne qui put s'en défendre ; il l'était de plus de la perte de la charge de dame d'aloul's qu'avait la comtesse de Mailly, sa belle-sœur, avec laquelle il était intimement de tous temps. Il savait par elle l'aventure de la tabatière. Le roi ne faisait presque que de partir, et il s'était trouvé dans la chambre de la pauvre princesse tout pendant que le roi y avait demeuré, et il y était longtemps auparavant. Il me conta d'entrée que le duc de Noaihes, qui était en quartier de capitaine des gardes, y était venu avant le roi, qu'il lui avait vu un air embarrassé , le regard cuiieux, une décision fort nette et trop sereine que cela ne pouvait aller loin, un examen attentif, et quelque chose de foit composé dans toute sa personne; qu'il était demeuré assez longtemps , et s'en était allé pour y revenir fort peu après a\ec le roi, où, à travers
Sun embarras qui subsistait , \c contentenient perçait; enfin il m'en parla eonnne lui en attribuant tout le mallieur, et me le dit nettement.
Il faut remarquer (pie tous ces Mailly ne j)ouvaient soulIVii- les Noailles; la jalousie les ronj'eait (le la pr(}lerence qu'ils av;iient sur eux chez Mme de Maintenon, et leur manie éiaïi de trouver f'oi-t mauvais (pie la comtesse de Mailly, fille de son cousin germain , n'en eût pas clé traité'e en parfaite i^galitti de fortune, comme la fille unique de son ])r()pre frère. Ceux qui surent à la fin l'histoire de la boîte, en assez j^rand nombre, ne fui'ent pas plus susceptibles que moi de ce s()Up(;on, et pei*sonne ne s'avisa de j( 1er rien sur le duc de Noailles. l*our moi , je le crus si peu que notre liaison dcmeiua la même. Quehpie intime qu'elle ait ('té' jusqu'à la mml du l'oi, je ne sais connnent il est airivé' (pic nous ne nous sonnnes jamais parlé de cette fatale tabatièie.
Les lioiTcurs (jiii ne s(i peuvent plus dilTérer d'être racontées f,dacenl ni.i in.iiii. .le les supprimerais si la vérité si enlièreimiil (Iik; à ce (pi'on écrit, si d'autro Ikhicuis (|iii ont au'iinenlé celles des premières s'il est possible, si la p; icilé (pii en a retenti dans toute rKmo|)e, si les suites les plus importantes au\(pjell( s elles ont donné lieu, ne me fon;aienl de les c\j)oser ici conmie faisant une partie inlé^n-ante et des plus considérables de
ce qui s'est passé sous mes yeux. La maladie de la Daupliinc , subite , singulière , peu connue aux médecins, et très-rapide, avait dans sa courte durée noirci les imaginations déjà fort ébranlées par un avis venu à Boudin peu auparavant, et conlirmé par celui du roi d'Espagne. La colère du roi du changement de confesseur , qui se serait durement fait sentir à la princesse si elle eût vécu, céda à la douleur de sa perte, peut-être mieux à celle de tout son amusement et de tout son plaisir; et la douleur voulut être éclaircie de la cause d'un si grand mallieur pour tâcher de se mettre en état d'en éviter d'autres , ou de rentrer en repos sur l'inquiétude qui le frappait. La Faculté reçut donc de sa bouche les ordres les plus précis là-dessus.
Le rapport de l'ouverture du corps n'eut rien de consolant : nulle cause naturelle de mort, mais d'autres vers les parties intérieures de la tête , voisines de cet endroit fatal où elle avait tant souffert. Fagon et Boudin ne doutèrent pas du poison, et le dirent nettement au roi, en présence de Mme de Maintenon seule. Boulduc qui m'assura en être convaincu , et le peu des autres à qui le roi voulut parler et qui avaient assisté à l'ouverture , le confinuèrent p.ir leur morne silence. Maréchal fut le seul qui soutînt qu'il n'y avait de mai'ques de poison que si équivoques, qu'il avait ouvert ])lusieurs corps où il s'en était trouvé de pareilles, et sur la
mort (lesquels il n'y avait jamais eu le plus léger soupçon. Il m'en parla de même, à moi à qui il lie cachait rien, mais il ajouta que néanmoins, à ce qu'il avait vu, il ne voudrait pas jui'er du oui ou (lu non, mais ([ue c'était assassiner le roi et le faire mourir à petit feu que de nourrir en lui une opinion en soi désolante, et cpii pour les suites et pour sa prû[)re vie ne lui laisserait plus aucun repos. En elï'et, c'est ce qu'opéra ce rajîport, et pour assez longtemps. Le roi outré voulut clierchei' à savoir d'où le coup infernal pomait être parti, sans })ouvoir s'apaiser par tout ce que Maréchal lui i)ut dire, et qui disi)uta vivement contre Fagon et Boudin, les([uels maintinrent aussi vivement leurs avis en ce premier lapport, et n'en démordirent point dans la suite. Boudin, outré d'avoir perdu sa charge et une princesse pleine de honlé pour lui , même de confiance , et ses espérances avec elle, ri'pandit connue un forcené (pi'on ne pouvait pas douter (|u'elle ne fût enq)oisonnée. Quelques autres, qui avaient été à l'ouverture, le dirent à l'oreille à leurs amis; en moins de vingtquatre heures la cour et Paris en furent remphs. L'indignation se joignit à la douleur de la |)ertc d'une princesse adorée, et à l'un et à l'autre la fra>eur et la curiosité, (pii huent incontinent auginent(''es par la niidachc du hau|)hin.
L'espèce de la maladie du Dauphin, ce (juon su^
que lui-même en avait cru, le soin qu'il eut de faire recommander au roi les précautions pour la conservation de sa personne, la promptitude et la manière de sa fin , comblèrent la désolation et les affres.
Maréchal qui avait fait l'ouverture , s'opiniàtra contre Fagon et les autres. Il soutint qu'il n'y avait aucunes marques précises de poison; qu'il avait vu des corps ouverts à peu près dans le même état, dont on n'avait jamais eu de soupçon ; que le poison qui les avait emportés , et tué aussi le Dauphin, était un venin naturel de la corruption de la masse du sang enflammé par une fièvre ardente qui paraissait d'autant moins qu'elle était plus interne; que de là était venue la corruption qui avait gâté les parties, et qu'il ne fallait point chercher d'autres causes que celles-là, qui étaient celles de la fin très-naturelle qu'il avait vu arriver à plusieurs personnes , quoique rarement à un degré semblable, et qui alors n'allait que du plus au moins. Fagon répliqua. Boudin aussi, avec aigreur tous deux. Maréchal s'échauffa à son tour, et maintint fortement son avis. Il le conclut par dire au roi et à Mme de Maintenon, devant ces médecins, qu'il ne disait que la vérité, comme il l'avait vue et comme il la pensait; que parler autrement c'était vouloir deviner, et faire en même l(»mps tout ce qu'il fallait pour faire mener au roi
fîor. LOUIS XIV
la vi(^ la plus doiiloiirciisr , la plus imMlaiite et la l)his rcMMpiic (les plus l'àelieux soupçons, les plus iioii's et en nuMnc temps les plus inutiles ; et que c'était eflectivenient l'enipoisoimer. Il se prit après à l'exhorter, pour le repos et la prolongation de sa vie, à secouer des idées terribles en elles-niéuies, fausses suivant toute son expérience et ses connaissances, et qui n'enl'anteraient que les soucis et les sou[)(,'ons les plus vagues, les plus ])oignants, les plus irrémédiables ; et se i'àebîi fortement conti'c ceux (jui s'efforçaient de les lui inspirer.
Il me conta ce détail ensuite, et me dit en même tem|)s cpie, ouli'e cpi'd croNail ({ue la morl i)ouvait être jialiircilc , (pioiiiiic \éiilablemenl il v\\ doiilàt à tout ce qu'il avait icmarfpié d'extraordinaire; mais (pi'il a\;iil principalement insisté par la conipassidii (le la situation de c(jmii' cl d'esprit où l'opinion de j)oison allait jeter le roi, et par l'indignatiofi d'une cabale qu'il Noyait se former dans i'intérieui' , dès la maladie, et sui'lout (le|)uis la mort de Mme la d.inpliiiie, pour en domier le ])a(piet à M. le due (rUiiéans, et (pi'il m'en avertissait comme son ami et le sien; car Maréelial , (pli était ellectif, et la |)robité, et la \érité, et la vertu juème, était d'ailleurs grossier, et ne savait ni la force ni la mesui'e des termes, étant d'aillems lont a fait res|)eclueu\ et parfaitement éloigné de se méconnaître.
Je ne fus pas longtemps, malgré ma clôture, à apprendre d'ailleurs ce qui commençait à percer sur M. le duc d'Orléans. Ce bruit sourd, secret, à l'oreille, n'en demeura pas longtemps dans ces termes. La rapidité avec laquelle il remplit la cour, Paris, les provinces, les recoins les moins l'ré- ([uentés , le fond des monastères les plus séparés , les solitudes les plus inutiles au monde et les plus désertes, enfin les pays étrangers et tous les peuples de l'Europe , me retraça celle avec laquelle y furent si subitement répandus ces noirs attentats de Flandre, contre l'bonneur de celui que le monde entier pleurait maintenant. M. du Maine et ceux qui restaient de la cabale et qui continuaient de figurer comme ils pouvaient à la cour , Vaudemont , sa nièce d'Espinoy, d'autres restes de Meudon, vivaient. Us espéraient contre toute espérance; ils en saisirent ce funeste retour, ils ressuscitèrent ; et avec Mme de Maintenon à leur tète , que ne se promirent-ils point, et en effet, jusqu'où n'allèrenl-ils pas ?
Un coup d'œil jeté sur la position des bâtards, et en particulier sur celle de M. du Maine, est ici nécessaire pour bien comprendre la situation.
M. du Maine, le plus timide des hommes, quoique le plus grand ouvrier sous terre, \ivail en des tiauses mortelles pour toutes ses grandeurs, et il avait trop d'esprit encore pour ne pas trembler
aussi pour ses ônonncs (^'tal)lisscmcnts pou sûrs à lui laisser, si on venait à a])attrc le trône (pi'il s'était l)Ali. Cependant ses enfants eroissaienl, le roi vi(Mllissait ; il pâlissait d'c^lfroi de la perspeelive (jue l'âge du roi rendait peu éloignée, et que les transes mortelles de tout son être lui ra})proeliaient eneore plus. Il n'avait qui que ce fût auprès du Dauphin et de la Daupliine dont il pût tirer secours dans aucun teni})s; il n'y voyait aucun remède. Leur mort fut donc poui* lui la plus parfaite délivrance, et dans la même mesure qu'elle fut ])0ur toute la France le mallieur le plus coud)lé. Quelle étoile! mais (piel coup de baguette! quel subit ])assaij^e des terreurs du sort d'Eucelade à la ferme espérance de celui de Pliaéton el de 1(* rendic durable! Il se vivifia donc des bu'ines univei-selles; mais en maître dans les arts les plus ténébreux, je ne dirai pas les plus noirs, pai'ce ({ue nulle notion lie m'en est revenue, il ci'ut qu'il lui iinj)oilait de fixer les soupçons sur fjuebju'un, et c'était pour lui coiq) doid)Ie et centuple d'eu affubler M. le duc d'Orléans.
M. le duc d'Orléans en fut si rapidement abreuvé, ([n'étant allé, dès le 17 février, avec Madame domicr l'eau bénite h la Daupbine, l;i foule du peuple dit tout haut toutes sortes de sottises contre lui tout le long de leur passage, rpie lui et Madame entendirent très-distinctement, sans oser le monlicr, mais dans
ET SA COLK, ±0\)
la peine, l'embarras et l'indigiialion qui se peut imaginer. Il y eut môme lieu de craindre pis d'une populace excitée et crédule, lorsque, le 21 février, il alla seul donner l'eau bénite au Dauphin. Aussi essuya-t-il sur son passage les insultes les plus atroces d'un peuple qui ne se contenait pas, qui lançait tout haut les discours les plus énormes, qui le montrait au doigt avec les épithètes les plus grossières, que personne n'arrêtait, et qui croyait lui faire grâce de ne se pas jeter sur lui et le mettre en l)ièces. Ce fut la même chose au convoi. Les chemins retentissaient de cris plus d'indignation et d'injures que de douleur. On ne laissa pas de prendre sans bruit quelques précautions dans Palis pour empêcher la fureur publique dont les J)ouillons se tirent craindre en divers moments. Elle s'en dédommagea par les gestes, les cris, et par tout ce qui se peut d'atroce, vomi contre M. le duc d'Orléans. Vers le Pahiis-Royal , devant lequel le convoi passa, le redoublement de huées, de cris, d'injures, fut si violent, qu'il y eut lieu de tout craindre pendant quelques minutes.
On peut imaginer le grand usage que M. du Maine sut tirer de la fohe publique, du retentissement des cafés de Paris, de l'entraînement du salon de Marly, de celui du parlement, oîi le premier président lui rendit religieusement ses l)rémices, de tout ce qui ne lard.i pas à revenir des 34 n
ilO LOllS MV
provincos, iMisuik» drs pays iMrangors. On no sônic qiif |»(»nr riHui'illir, ci la ivcollc i)assa toutes 1rs (.'spci'aïu'cs. La mort du i)olit Dauphin cl \c rapport de son ouvcrlmv lui un nouM'au ivlais qui ranima plus xiolcmmcnt la luirur ot la licence, qui donna un nouveau jeu à M. du Maine, à Bloin, aux allidés de rinlérieui', à Mme de Maintenon, de les faire valoir; ;ui roi, d'abattement, de crainte, de haine et d'un malaise continuel. C'est la cruelle situation où ils le voulaient pour se le rendre plus maniahle, et disposer de lui plus facilement.
I)e[>uis l'extrémité du Dau})hin, je ne sortis plus de ma chamhre (ju'un moment i)Our voir le roi, et p<iur aller passer les a})rês-duiées à Versailles, dans celle du duc de Bcauvillier qui ue voyait [)res- (pie du tout personne, uiîdade diuis son lit, et pénétré de douleui- au j)oint où il l'était. Un soir que j'en revenais, Mme la duchesse d'Orléans iwc manda (pic M. le duc d'Orléans et elle s'ennu}aient fort de ne me point voir, cl que l'un et l'autre me priaient d'y aller, parce (pi'ils avaient quchpie chose de pressé à jur dire.
J') allai en elTet. Je trouvai Mme la duchesse d'Orléans désolée. VMc m'ai)[)rit (juc le marcpiis d'Kfliat était venu, la veille au soii", de Paris, les «\erlir drs hruits allreux (pii y étaient universelleinenl répandus; de rclTcl général (pi'ils y faisaieid; que le roi et Mme de Mainlruon étaient noji-seu-
ET SA COUR. ±ï\
lement persuadés par le rapport des médecins, mais qu'ils l'étaient aussi de tout ce qui se disait contre M. le duc d'Orléans , et qui se débitait avec tant d'emportement que d'Effiat ne le croyant pas en sûreté, s'était déterminé, malgré l'horreur de la chose, à les venir avertir, et presser M. le duc d'Orléans d'avoir là-dessus avec le roi une explication qui ne pouvait être différée, dont la plus naïve , la plus nette et la plus persuasive était d'insister pour que le roi lui permît de se remettre à la Bastille , de faire arrêter Humbcrt et tous ceux de ses gens que le roi jugerait à propos, jusqu'à ce que cela fût éclairci. « Madame, m'écriai-je, et que prétend faire M. le duc d'Orléans? — Monsieur, me dit-elle, il est allé parler au roi ce matin, qu'il a trouvé fort sérieux et fort froid, même fort sec, et silencieux sur les plaintes qu'il lui a faites et la justice qu'il lui a demandée. — Et la Bastille, madame, interrompis-j e , en a-t-il parlé? — Hé vraiment oui, me répondit-elle, mais cela n'a pas été reçu. Il y a eu un air de dédain, qui n'a pas changé, quoiqu'il ait fort insisté. Enlin M. le duc d'Orléîuis s'est rabattu à demander au moins qu'Humbcrt y fût mis , interrogé , et toutes les suites. Le roi a encore refusé d'assez mauvaise grâce. Enfin, à force d'instance, il a dit qu'il ne le ferait pas arrêter, mais qu'il donnerait ordi'c à la Bastille de l'v recevoir s'il v allait se re-
:2li» LU LIS \1\
iiifllio (If lui-mi'inc. » Je m'écriai rncoro plus sur un si pornicicux conseil, el si brusquement cxc^culé.
Tandis que nous causions ainsi Ions deux seuls, y\. le duc d'Orléans enlra; jamais je ne vis homme ï>i profondément outré et abattu. Il me redit ce que je venais d'entendre qui s'était passé entre le roi et lui, entre son \c\cv et la messe, et l'ordi'e qu'il avait envoyé, au retour de cette convei'sation, pour (|ue llumhert s'altàt remettre à la Hastille. Je lui témoi-inai , comme j'avais fait à Mme la duchesse d'Orléans, ce que je pensais là-dessus, mais faiblement, parce que ki chose était faite, el cpie l'état où je le \is me fit plus de compassion qn'il ne me liissi» espérer de parti vigoureux. Je leur l'endis ce que j'avais appris de Maréchal, mais en sui)primant l'j duc du Maine, (hnpiel je ne parlai (jue l'apivsdlnée tète à létc à M. le (hic d'Orléans. Le lendemain, je sus par lui (pie le roi lui avait dit sèche- . ment rpi'il avait changé d'avis sur Humbert; (ju'il était inutile (pi'il allât se remetti'c <ï la Bastdie, et (jii'il n'y serait pas reçu; (pi'ayant voulu insistei', U* roi hii avait tourné le dos, et s'en était allé dans SI ganh*-rol)e, et lui riait sorti du cabinet; en sorte (pi'il venait de mander ce chan^'^emenl h lluinhiM't, (pie nous sûmes aprr'S être allé à la Haslillc, sur l'onh-e (pi'il en avait vcni de M. le duc d'Orléans, el y a\oir été rehisé.
De ces jours-là du [iremicr éclat à Marl> et dans
le monde, M. le duc d'Orléans fut non-seulemenl abandonné de tout le monde, mais il se faisait place nette devant lui chez le roi et dans le salon , et, s'il y approchait d'un groupe de courtisans, chacun, sans le plus léger ménagement, faisait demi-tour à droite ou à gauche, et s'allait rassembler à l'autre bout , sans qu'il lui fût possible d'aborder personne que par surprise, et même aussitôt après , il était laissé seul avec l'indécence la plus marquée. Jusqu'aux dames désertèrent un temps Mme la duchesse d'Orléans, et il y en eut qui ne la rapprochèrent plus. Après avoir si pitoyablement enfourné, il fallut laisser passer l'orage; mais l'orage était trop soigneusement entretenu pour passer. Il fut soutenu avec la même frayeur de son approche, la même aliénation, jusqu'au dernier Marly de la vie du roi , où ce monarque menaça ouvertement ruine , et quand les bruits faiblissaient dans Paris et les provinces , il s'y trouvait des émissaires adroits et attentifs à les renouveler, et d'autres à en faire retentir l'écho à la cour, et cela dura toujours , et bien après le roi , avec le même art. En un mot, je fus le seul, je dis exactement l'unique, qui continuai à voir M. le duc d'Orléaiis à mon ordinaire, et chez lid et chez le roi, à l'y aborder, à nous asseoir tous deux en un coin du salon , où assurément nous n'avions aucun tiers à craindre, à me jjromener avec lui dans les jîii'diiis.
i\\ LOUIS XIV
ri à la vue des fenùlrcs du roi el do Mme de Maiutenon.
Cependant M. de Beauvillicr, le ehancelier, tons mes amis et amies , m'avei-tissaient sans cesse que j'allais me perdre par une eonduite si opposée à rmiiversclle et aux sentiments du roi et de Mme de Maintenon pour M. le duc d'Orléans ; que ne rompre pas avec lui, par une enlière cessation de le voir, était une chose honnête et qui se pouvait soutlVir; mais cpie de vivre continuellement avec lui et puhliquement, el dans les jardins de Marly, sous les yeu\ du roi el de toute la cour, c'était une folie imitile à M. le duc d'Orléans, el qui \w pouvait (pie déjjlaire à ufi point (pi'à la iiii elle me |)erdrait. Je tins l'crmc* , je liouvai i\\\v le cas d'aussi rares m;ilheurs était celui non-seulement de n'abandonner pas ses amis (piand on ne les croyait pas coupal)les, mais c<'lui encore (h; se rapproclwr do plus en jilus pour sou pro|)i'(' lioiiiiciir, pour la coiisolaliou (ju'on leur devait et (pi'ils ne recevaient de personne, et pour montrer au monde l'indijrnation qu'on avait do la c:domuie. (Ml insista très-souvent, ou me lit cutriidrc cpic le roi le trou\ait mauvais, que Mme de Maintenon eu ét'iil |)iquéc ; on n'ouhlia rien pour me taire peur. Je fus insensible à tout ce (ju'ou nie ])ul dire; el je uu cessiii pas un jour de voir M. le (]iir d'Orléans el d'ordinaire deux à Irois heures de suite.
Ce fut Maréchal qui cmpcclia que Huniberl u'cu- ^tràt à la Bastille. Le roi , que 31. le duc d'Orléaus venait de quitter quand il lui en fit la proposition pour lui-même, et refusé, au moins pour Humbert, entra dans sa garde-robe, où plein de la chose, il la conta à Fagon et à Maréchal qu'il y trouva. Maréchal , avec sa vertueuse liberté, demanda au roi ce qu'il en avait ordonné. Sur sa réponse, il loua la candeur et la franchise de M. le duc d'Oi'léans, la prudence du roi de lui avoir refusé d'aller à la Bastille, et improuva la permission donnée pour Humbert. « Que prétendez -vous par là, sire, lui dit-il hardiment : afficher partout la honte prétendue de votre plus proche famille? et quel en sera le bout? de ne trouver rien , et d'en avoir la honte vous-même. Si par impossible, et je répondrais bien que non , vous trouviez ce qu'on vous fait chercher, feriez-vous couper la tète à votre neveu qui a un fils de votre fdle, et publier juridiquement son crime et son ignominie ? Et si vous ne trouvez rien, comme sûrement il n'y a rien à trouver, faire dire à tous ses ennemis et les vôtres, que c'est qu'on n'a pas voulu trouver? Croyez-moi, sire, cela est horrible, épargnez-le-vous, révoquez la permission tout à l'heure, et ôtez-vous de la tète des horreurs , des noirceurs fausses qui ne sont l)onnes qu'à abréger vos jours et à les rendre livs-misérables. >» Cette vive et si prompte sortie.
d'un lioininr que le roi connaissait vrai et réellement allaelié à sa personne , eut son (^flel |)our Hnniberl. I^e roi sur-le-ehainj) dit (ju'il avail raison, (ju'anssi nes'élail-il lais>r aller ])our Huinhei't (juc i»;ir iiiiportunilé, el (lu'il ne le laisserait i)as entrer à la Bastille; el |)i'il d'heures après, (|ue M. le (Un- d'Orléans se i)résenta devant lui , il le lui (lit cl lui ordonna de mander à Humberl de ne ]>lus son^^er à la Bastille. Maréchal me le conta le lendemain, cl me dit tpic Fa'ion et Bloin n'avaient pas dit un seul mot; je l'einhiassai de sa vertueuse bravoure (pii a\ail si bien léussi, et je ne la laissai pas ignorer à M. et à Mme la duchesse d'Orléans,
Yl.