ET PERSONNAGES PRINCIPAUX DE LA COUR DE LOUIS XIV
Le duc de La Rochefoucauld.
M. de La Rochefoucauld était borné d'une part, ignorant de l'autre à surprendre, glorieux, dui*, farouche, et ayant passé toute sa vie à la cour, embarrassé avec tout ce qui n'était pas subalterne ou de son habitude de tous les jours. Il était rogue, en aîné des La Rochefoucauld qui le sont tous par nature et par conséquent très-repoussants. J'en ai vu peu de ce nom qui aient échappé à un défaut si choquant, que M. de La Rochefoucauld avait fort au-dessus de tous ; avec cela bien plus ami qu'ennemi , quoique ennemi dangereux et même à incartades; mais excepté avec un bien petit nombre, ami par fantaisie, sans goût et sans choix. Il aimait moins que médiocrement ses enfants, et quoiqu'ils lui rendissent de grands devoirs , il leur rendait la vie fort dure ; gouverné jusqu'au plus aveugle abandon par ses valets, à qui presque tous il fit de grosses fortunes, partie par crédit, partie en se ruinant pour eux, jusque-là qu'il falhit que sur la fin, son fds, le bâton haut, y entrât pour tout ce qu'il voulut.
Si M. de La Rocliofoiicaiild passa sa vie dans la favoiir la plus drrlaivc, il faut dire aussi qu'clli» lui coula cher, s'il avait cpidcpies senlinicnts de lilu'i-tr. Jamais valcl ne le fui de personne avec tant crassiduilé el de bassesse, il i'aul lâcher le mol, avec tant d'esclavajre. 11 n'est pas aisé de comprendi'e (pi'il s'(mi i)nt trouver un second à soutenii* plus de (juaraiite ans d'une semblable vie. Le Ic^vei- et le coucliei", les deux autres cbangemenls d'habits tous les jours, les chasses el les promenades du roi tons les jours aussi, il n'en manquait jamais, quebiuelois dix ans de suite sans découcher d'où était le roi, et sur le i)ie(l de demander con^M'', non piis pour découcher, cai" en [)lus de quarante ans il n'a jamais couché vin^l fois à Paris, mais ])our aller dîner hors de la cour el ne pas être à la promenade : il ne In! jamais malade, et sur la (in rarement el courlemeiil de la ;4(»iille. Les douze ou (juinz(* dei'inères aimées il i)renait du lail h Liancourt, et un congé de nuq à six semaines. Quatre ou cinq lois en sa vie il en a pris autant pf>ur aller cliez lui à Verteuil en Poitou où il se plaisait fort, et où la dernièie il ne fut jias huit jours (pi'il fallut n-venir, sm* un courrier et un billet du roi (]ui lui mandail (ju'il avait un nntrav, et qui ])ar amitié et coidiance le vouI;iit auprès d(; lui. Il allait diuei- à Paris trois ou «pialre
foi*; r.'UUjée, lui peil pllIS snii\/'iit ;'i mic julilc
mnison près Versailles , où le roi fut quelquefois, mais il n'y coucha jamais.
On aurait cru qu'il devait être heureux, et jamais personne ne le fut moins. Tout le choquait . il se fâchait des choses les plus fortuites et les plus indifférentes ; il était si accoutumé à réussir, que tout ce qu'il obtenait pour soi ou pour autrui lui semblait toujours peu de chose. En même temps jamais homme si envieux. Les grâces les moins à la portée des gens en qui il s'intéressât, et les moins proportionnées à lui , le chagrinaient essentiellement. Il était né piqué de tout, d'un évèché, d'une abbaye.
Sur les derniers temps , ses bas amis et ses valets abusèrent de lui pour eux et pour les leurs, et lui firent faire au roi si souvent des demandes âpres, importunes, et si peu convenables, qu'il l'en fatigua, et l'accoutuma à le refuser, et lui à le gourmander de plaintes et de reproches, ce qui mit un malaise entre eux, et lui donna des pensées de retraite qui l'amusèrent et le trompèrent longtemps.
Sa vue était déjà fort affaiblie ; elle ne lui permettait phis de monter à cheval. Il courait en calèche, et si on manquait, c'était à l'ordinaire une furie jusqu'à la chasse suivante qu'on prenait. A la mort du cerf, il se faisait descendre et mener au roi, pour lui iiirsentei* le pied, qu'il lui Inui'raif
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soiiveiîl dans los yeux ou dans roroill(\ Cola lo pi'iiiait Inil , cl luriuc \c monde, et de le voir I>res(iue eouelié dans sa ealèelie connue un corps mort. Uiiol(iuefois le loi hasardait doucement de lui j)i-oposer de prendre du rei)os ; et cela perçait Je cœur au l'avori, (jui, ne pouvant plus suivre le roi ni le servir laute de vue, sentait (pi'il lui devenait pesant de plus en plus.
Peu écoulé, pre>(pie toujours éconduil, qucl- (pielois à lorce d'impoiluner lel'usé sècliement , le dépit vint au secours du courage. Il se relira, mais piloyablemenl. Il llottait entre sa inaison de Paiis et Sainte-Geneviève, où la mémoire du cardinal de La Kocliefoucauld l'eût rendu maîlre de ton! ce qu'il aurait voulu. Kn l'un et l'aulic lieu il n'eût pas mancpié de toute espèce de compagnie et de secours. Mais ses valets, (pu étaient ses maîtres, ne lui |)ermirenl ni ruii ni l'aiilrc. Ils le \oidiirciit à |)orlée de le faire marcher à leur gré chez le roi, pour en arracher des grAces pour eux, et tirer ce (pTii |)ourrait d'uFi reste (h; civdil cl (!(.• hoiilé du roi jionr lui. Ils le conlinèi-eid au Chenil à Veisailles, lieu Ires-éloi^né tic. loul , et où hientôl il clenienra dans ini entier abandon , livi'é à l'euiuii ri à la (loulein* d'un aveugle déchu de toute occupation, de toute la\eur et de loul commerce. Il en lit encore rpiehpies parties de main, |)our imjtorninri- le loi. d.'iiix !.• r.ihinet diKpiel il allait par les
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(leiTières, la plupart peu fructueuses, et qui ache- \èrent de l'accabler. Il finit ainsi fort amèrement sa vie, entièrement en proie à ses valets, et avec peu de provisions pour se suffire.
Le maréclial de Villeroy.
Le maréchal de Villeroy a tant figuré , devant et depuis, qu'il est nécessaire de le faire connaître. C'était un grand homme bien fait, avec un visage fort agréable , fort vigoureux , sain , qui sans s'incommoder faisait tout ce qu'il voulait de son corps. Quinze et seize heures à cheval ne lui étaient rien, les veilles pas davantage. Toute sa vie nourri et vivant dans le plus grand monde ; fils du gouverneur du roi, élevé avec lui dans sa familiarité dès leur première jeunesse , galant de profession , parfaitement au fait des intrigues galantes de la cour et (le la ville, dont il savait amuser le roi qu'il connaissait à fond , et des faiblesses duquel il sut profiter, et se maintenir en osier de cour dans les contre-tenqis qu'il essuya avant que je fusse dans le monde. Il était magnifique en tout, fort noble dans toutes ses manières, grand cl beau joueur sans se soucier du jeu, point méchant gratuitement, tout le langage et les façons d'un grand seigneur et d'un honune pétri de la cour; gloricuv à l'excès par nature, bas aussi à l'excès pour peu
iju'il ru l'ùl hi^soin , (M à l'ciiMi'd du roi et tic Mme de Maiulouoii vald à lout l'aire.
11 avait cet esprit de coui" et du monde que le grand usage donne , et cjue l'intrigue et les vues aiguisent , avec ce jargon (ju'on y apprend , (jui n'a (juc le tuf, mais (jui cldouit les sots, et que riiahilude i\r la laniiliarilé du roi, de la laveur, des di^linclions, du couunandemcjit rendait plus brillant, et dont la ialuilé suprôme faisait tout le fond. C'étiiit un hoimuc fait exprès pour présider à un bal, pour Cire le juge d'uFi carrousel, et, s'il avait eu de la voix, pour chanter à l'Opéra les rôles de rois cl de héros; fort propre encore à donner les modes et à rien du tout au delà. Il ne se connaissait ni en gens ni en choses, pas mèuie en celles de plaisir, et parlait et agissait sur parole; grand admirateur de ([ui lui imposait, et conséquemmcul i\u\\(i paiiaite, comme il le hit loulc sji vie de VaudfMiiont, de Mme des Ursins et des personnages éclatants; incapable de bon conseil, incapable encore; de toute aflaire, même d'en rien comprendre par delà l'écorce, au point (pie, lors(|u'il hit dans le conseil, le roi était peiné de celle ineptie, jusipi'au point d'en baisser la lôlc, d'en rougir et de jierdre sa |)eine à le redresser, à lâcher de hu laire comprendre le point dont il s'agissait. C'est ce «pie j'ai su longlemps après de Torcy, (pii était étonné au dernier point
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(le la sottise eu affaires d'un homme de cet ûge si rouipu à la cour. Il y était en effet si rompu qu'il en était corrompu. H se piquait néanmoins d'être fort honnête homme ; mais comme il n'avait point de sens, il montrait la corde fort aisément, aux occasions même peu déUcates, où son peu de cervelle le trahissait , peu retenu d'ailleurs quand ses vues, ses espérances et son intérêt, même l'envie de plaire et de flatter, ne s'accordaient pas avec la prohité. C'était toujours , hors des choses communes, un embarras' et une confiance dont le mélange devenait ridicule. On distinguait l'un avec l'autre, on voyait qu'il ne savait où il en était; quelques spropositi prononcés avec autorité, étayés de ses grands airs, étaient ordinairement sa ressource. Il était brave de sa personne ; pour la capacité militaire on en a vu les funestes fruits. Sa politesse avait une hauteur (lui repoussait; et ses manières étaient par ellesmêmes insultantes quand il se croyait affranchi de la politesse par le caractère des gens. Aussi était-ce riiomme du monde le moins aimé, et dont le commerce était le plus insupportable , parce qu'on n'} trouvait qu'un tissu de fatuité, de recherche et d'apjdaudissement de soi, de montre de faveur et de grandeur de fortune, un tissu de questions qui en internnnpaient les réponses, qui souvent ne les attendaient pas, et qui toujours étaient sans aucun
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rapport onscMiiblc. D'ailleurs iiullo cliosc que des nmlcs de t'niir, (ravcMilmvs , de iialanterios; nulle lecture, nulle instruction, ignorance crasse sur tout, plates plaisanlerii's, force vent et tjarl'ait vide. Il traitait avec l'empire le })lus dur les personnes de sa dépendance. Il est incroyable les iraitemenls conliiniels (pie jusipTà sa nioi'l il ;i laits continuellement à son lils (pii lui reudail des soins mlinis, et une soumission sans irplique, et j'ai su par des amis de TaJIai'd, dont il était Ibrl proche et qu'il a toujours protégé, (pi'il le niellait sans cesse au désespoir, même parvenu à la tète de rariuée. Ijilin la faussi'lé, el la plus grande et la plus pleine opinion de soi en tout genre, mettent la dernière main à la iterlection de ce trop véritîible tableau.
Le duc de I^auzun.
Le duc de Lau/im él.til un pelil liomme, blondasse, Inen lait dans sa laille, de pliysionomie haute, pleine d'es[)ril, (pii imposait, mais sans agrément dans le visage?, à ce que j'ai ouf diie aux gens de son temps; plein d'and)ilion, de cajirires, do (anlaisies, jaloux de tout, voulant ionjours passer le bul , jamais content de rien, sans lettres, sans aucun oi-nemeiil ni agrément dans l'esprit, naturellement chagrin, solitaire, sauvage; fort uohlc dans toutes ses laçons, méchanl el malin
par naliiro, encore plus par jalousie et par aml)ition , toutefois bon ami quand il l'était , ce qui était rare, et bon parent volontiers , ennemi même des indifférents , et cruel aux défauts à trouver et donner des ridicules, extrêmement brave et aussi dangereusement hardi. Courtisan également insolent, moqueur et bas jusqu'au valetage, et plein de recherches, d'industries, d'intrigues, de bassesses pour arriver à ses fins , avec cela dangereux aux ministres, à la cour redouté de tous, et plein de traits cruels et pleins de sel qui n'épargnaient personne. Il vmt à la cour sans aucun bien, cadet de Gascogne fort jeune , débarquer de sa province sous le nom de Puyguilhem. Le maréchal de Gramont , cousin germain de son père , le relira chez lui. 11 était alors dans la première considération à la cour, dans la confidence de la reine mère et du cardinal 3Iazarin , et avait le régiment des gardes et la survivance pour le comte de Guiclie son fils aîné, qui de son côté était la fleur des braves et des dames, et des plus avant dans les bonnes grâces du roi et de la comtesse de Soissons , nièce du cardinal, de chez laquelle le roi ne bougeait, et qui était la reine de la cour. Le comte de Guiche y introduisit le marquis de Puyguilhem , qui , introduit chez la comtesse de Soissons par le comte de Guiche, en fort })eu de temps devint favori du
roi, qui hii donna son régunent de dragons en le 3i «
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civanl, c[ biontùl après le lit maréchal de camp, et créa pour lui la eliarjJKî de eoloiiel général des dragons.
Le due de Mazariii, déjà relire de la eour en 1669, voulut se dérilre de sa cliarjie de grand niailre de rartillerie , Pmgnilheni en eut le vent des premiers, il la demanda au rcji (pii la lui pi-omil, mais sous le seerel. La déclaration ne vint pas. PuNguilliem, après une longue attente, ne pouvant deviner d'où lui vient son mal, i)rend une résolution ipii serai! incroyable si elle u'élail attestée de toute la cour d'alors. 11 couchait avec nue (emme de chambre favorite de Mme de Montespan , car tout lui était bon pour être; averti et protégé, et il ^iut à bout de la plus hasardeuse hardiesse dont on avait jamais oui parlei*. Parmi tous ses amours le roi ne découcha jamais d'avec la reine, souvent lard, mais sans y mancpier, tellement que i)our être plus à son aise, il se mettait les après-dîuées entre deux draps chez ses maîtresses. Puyguilliem se lit cacher par celle Icnuue dcî chambre sous le lit dans leipiel le roi s'allait mettre îivec Mme d(î Montespan, et par leiu* conversation, y apprit l'obstiiclc (pie Louvois avait mis à sa charge, la colêro du roi de ce (pie son secret a\ait été éventé, sa résolution de ne lui point domier railillerie par ce dépit, et pour éviter les (pierelles cl Timporlunil6 continuelle d'avoir à les décider entre Pus-
giiilhein et Louvois. Il entendit tous les propos qui se tinrent de lui entre le roi et sa maîtresse, et que celle-ci qui lui avait tant promis tous ses bons offices , lui rendit tous les mauvais qu'elle put. Une toux, le moindre mouvement, le plus léger hasard pouvait déceler ce téméraire , et alors que serait-il devenu ? Ce sont de ces choses dont le récit étouffe et épouvante tout à la fois.
Il fut plus heureux que sage, et ne fut point découvert. Le roi et sa maîtresse sortirent enfin de ce lit; le roi se rhabilla et s'en alla chez lui, Mme de Montespan se mit à sa toilette pour aller à la répétition d'un ballet où le roi, la reine et toute la cour devaient aller. La femme de chambre tira Puyguilhem de dessous ce lit, qui apparemment n'eut pas un moindre besoin d'aller se rajuster chez lui. De là il s'en vint se coller à la porte de la chambre de Mme de Montespan.
Lorsqu'eUe en sortit pour aller à la répétition du ballet, il lui présenta la main , et lui demanda avec un air plein de douceur et de respect, s'il se pouvait flatter qu'eUe eût daigné se souvenir de lui auprès du roi. Elle l'assura qu'elle n'y avait pas manqué, et lui conqiosa comme il lui plut tous les services qu'elle venait de lui rendie. Par-ci, pai-là il rinterronqjit crédulement de questions pour la mieux enferrer, i)uis s'approchant de son oreille, il lui (lil ([u'elle était une menteuse, une friponne,
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iiiio ro(iiiiii(\ 11110 p.... à cliiiMis, o\ lui ivpria mol pour mol la convcMsalioii du roi vi d'ollc*. Mme. i\o MonU'spaii (M1 fui si troiiMcM* (pr(>llo n'ciil pas la force do lui ivpoudiv un srul mol, cl cu\ peine à «^aiiner le lieu où elle allait, avec j»Tande diriieullc fisui-monleretàeaclierlelremblement desesjambes el (le loul sou corps, eu soi'U; qu'en arrivant dans le lieu de la répétition du halle! , elle s'évanouit. Toute la cour y était déjà. Le roi tout effrayé vint à elle, on cul de la peine à la faii'c revenir. Le soir clic conta an roi ce (pii Im étiiil lui'ivé, et ne doutait pas (pie ce ne fut le diable (pii eût sit(*)l el si précisément informé Puy^uilbem de lont ce qu'ils avaient dil df lui dans ce lil. Le l'oi lui e\li'èmenx-nl irrilé de tonics les injures que >Iine de .Mon- Icspan en avait essuyées, el foil en peine comment Puyj^uilbem avait été si exactement et si subitement instruil.
I*uy;;uilb('m , (h; son C()té, élail furieux de manquer l'artillerie, de soi'te rpie le roi et lin se li'ouvaienl dans une élran;:(' coiilrainle ens('nd)le. (^ela ne pul durer ipie (piel(|ues jours. PuN'inilliem, avec SCS ^M'andes enliées, épia un lèle-à-lèle a\ee le roi et le saisit. Il lui parla de l'arlilleiae el le somma audacieusement de sa paiole. Le roi lui répondit rpi'il n'en était |)lus tenu, puis(pril ne la lui avail donnée que sons le secret, el (pi'il y avait manqué. Là-dessus I*uyguilbem s'éloigne de (piel-
qiies pas, tourne le dos au roi, tire son épce, en casse la lame avec son pied, et s'écrie en fureur qu'il ne servira de sa vie un prince qui lui manque si vilainement de parole. Le roi, transporté de colère, lit peut-être dans ce moment la plus belle action de sa vie. Il se tourne à l'instant, ouvre la ienétre, jette sa canne dehors, dit qu'il serait fâché d'avoir frappé un homme de qualité, et sort.
Le lendemain matin, Puyguilhem, qui n'avait osé se montrer depuis , fut arrêté dans sa chambre et conduit à la Bastille, où le roi lui fit offrir en dédommagement d'être capitaine des gardes du corps. Puyguilhem, voyant cet incroyable et prompt retour du roi pour lui, reprit assez d'audace pour se llalter d'en tirer un plus grand parti, et refusa. Le roi ne s'en rebuta point. Guitry alla prêcher son ami dans la Bastille, et obtint à grand'peine qu'il aurait la bonté d'accepter l'offre du roi. Dès qu'il eut accepté, il sortit de la Bastille, alla saluer le roi, et prêter serment de sa nouvelle charge, et vendit les dragons. Il avait eu, dès 1065, le gouvernement de Berry, à la mort du maréchal de Clérembault. Je ne parle point ici de ses aventures avec Mademoiselle, qu'elle raconte elle-même si naïvement dans ses Mémoires , et l'extrême folie qu'il lit de différer son mariage avec elle, auquel le roi avait consenti, pour avoir de belles livrées et pour obtenir que le mariage fût célébré à la messe
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ilii roi, ce (|iii (loiiiKi le k'ini)s à Monsieur, poussé par M. le Prince, d'allor tous doux faire des rcpréscnlalions au roi, (jui l'engagèrent à rétracter son. cousenlenient, ce (jui ronii)il le mariage. Madenioi- ^t'iic jeta l'eu et flaniuies; mais Puyguilhem, qui, (le|)uisla mort de son père, avait j)ris le nom de comte deLauzun', en lit au roi le grand sacrifice de bonne grûcc, et plus sagement (pTii ne lui appartenait.
Kn 1070, le roi \oiilul faire un voyage triomphant avec les dames, sous prétexle d'aller visiter ses places de Flandre, accompagné d'un corps d'armée et de toutes les li'oupcs de sa maison , tellement que l'alarme eu lut grande dans les Pays-Bas, (pie le roi prit soin de i-assur(M'. 11 donna le commandenienl du total au comte de Lau/un, avec la patente de général d'aiMuée. H eu fit les Ibnctions avec beaucoup (riidelligeuce, une galanterie et une magnilicence extrêmes. Cet éclat el celte inar(;iie si distinguée de la faveur de Lauzun donnèrent fort à penser h Louvois (pic Laii/uii ne ménageait en aucune sorte. Ce minisircî se joii^nit à Mme de Montespan , qui ne lui a\ail ]):l^ pardonné la découNcile qu'il avait l'aile et les injures atroces (ju'il lui a\ait dite», et ils firent >i bien tous deux (pi'ils ir\cillèrcîil dans le roi le 'souvenir de répée hrisée, l'insob'iicc d'avoir si peu apiés, et encore dans la IJas-